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Mois : novembre 2016

Comment la primaire de la droite tue le « politique autrement »

La primaire de la droite a une vertu et un résultat très efficace: ceux qui imaginaient une remise à zéro du logiciel de l’ex-UMP ont perdu aujourd’hui toute illusion. Ceux qui se présentent au suffrage en 2017 n’ont tiré aucune conséquence des échecs passés, et demeurent stables dans une étrange continuité des mêmes mauvaises pratiques.

La primaire de la droite et le cas accablant de NKM

La leader de la droite parisienne a fait l’objet d’une révélation tout à fait cocasse. Le Monde vient de révéler une conversation que l’élue parisienne avait eue avec Bernard Squarcini, ancien patron des services secrets reconverti dans la sécurité pour les grands de ce monde. On en reste bouche bée, puisque NKM, en pleine campagne pour les municipales parisiennes, déclare, en réponse à la sollicitation de « tuer Rachida Dati » à la demande de Squarcini:

« Je vais te dire, le meilleur moyen de la tuer, c’est d’éteindre. […] Et Fillon, c’est pareil, faut pas le tuer publiquement, faut l’éteindre. »

La veille au soir, NKM avait méchamment accroché Nicolas Sarkozy lors du deuxième débat télévisé de la primaire. Une réponse d’un berger à une bergère, sans doute. Mais NKM aura désormais beaucoup de mal à faire illusion sur sa capacité à sortir des règles politiques habituelles et des vieilles pratiques du RPR.

Le clan Sarkozy en pleine haine

Dans la même semaine, Davet et Lhomme révélaient que, dans le cadre des écoutes téléphoniques ordonnées pour faire la lumière sur le financement libyen de la campagne de Sarkozy, les enquêteurs avaient mis la main sur un SMS de Rachida Dati à Brice Hortefeux (datant de 2013) qui en dit long sur les coulisses de la Sarkozie:

je vais dénoncer l’argent liquide que tu as perçu pour organiser des rdv auprès de Sarko lorsqu’il était président, des relations tout aussi liquides que tu as eues avec Takieddine, l’emploi fictif de ton ex à la Caisse d’Epargne grâce à Gaubert, et l’emploi illégal de ta compagne actuelle au Parlement européen (…)

Donc, on en apprend de belles sur les petits avantages reçus ou tirés par Brice Hortefeux de sa carrière politique. Et ça, c’est mortel pour le Français moyen qui compte chaque sou à la fin du mois.

Juppé et l’identité bientôt désenchantée

De son côté, Alain Juppé parvient à se tenir (provisoirement) à l’écart des affaires de mauvais goût. Mais le ralliement de Valérie Pécresse accentue le sentiment de malaise laissé par sa candidature. L’intéressée soutient-elle Alain Juppé parce que celui-ci lui a promis Matignon en cas de victoire? La question agite tous les esprits, et les coulisses de la campagne devraient nourrir ce trouble ainsi que le sentiment diffus que les connivences opaques prennent le pas sur les choix idéologiques ou politiques.

Par exemple, lors de sa prestation de dimanche sur BFM, Valérie Pécresse était accompagnée, dans le public, par Geoffroy Didier, son ancien porte-parole de campagne, et accessoirement vice-président du Conseil Régional d’Ile-de-France. L’intéressé avait défrayé la chronique en 2013 pour avoir varié de position sur le mariage gay, et pour avoir soutenu Pierre-Yves Bournazel, porte-parole… d’Alain Juppé.

Le monde est petit…

La primaire de la droite tuera-t-elle la droite?

Ce climat d’ensemble est évidemment extrêmement lourd pour l’ensemble de la droite française. Les candidats avaient pourtant promis une campagne digne avant les vacances. Mais la concurrence fait rage et les boules puantes devraient s’intensifier jusqu’au scrutin final. Voire au-delà: personne ne peut garantir que la proclamation finale des résultats évitera à un candidat déçu de se présenter malgré tout au scrutin.

L’étonnant activisme du gouvernement sur le fait religieux

Le ministère du Travail vient de publier son Guide très attendu du fait religieux en entreprise. Alors que l’avocat général de la Cour Européenne des Droits de l’Homme a, fin mai, souligné le droit des entreprises à pratiquer une politique de ressources humaines fondée sur la recherche de la neutralité, le gouvernement n’a pas souhaité attendre la jurisprudence qui devrait prochainement intervenir pour prendre position sur le sujet.

Le fait religieux bientôt touché par l’Europe?

La démarche, l’empressement, étonnent d’autant plus que le gouvernement présente le fait religieux sous un regard extrêmement minimaliste… pour le droit de l’employeur, et collectionne les vieilles jurisprudences pour justifier des comportements internes à la vie des organisations. Double étonnement: rappelons ici que ce que le gouvernement juge bon dans les entreprises, il le proscrit dans l’administration.

Le service public français s’est en effet arrogé le droit de poser une interdiction générale et absolue du port du voile (ou de tout autre signe religieux) dans ses locaux. Manifestement, les rédacteurs du guide jugent tout à fait convenable de proposer l’exact contraire dans les entreprises.

Une fois de plus, le gouvernement laisse faire une administration intrusive, invasive, qui complique la vie des entreprises tout en ayant simplifié la sienne. Voilà qui ne manquera pas de susciter quelques intéressantes réactions. Nous reviendrons prochainement sur ce sujet…

5 conseils au CLIP, le collectif de la police nationale

Le CLIP, c’est le collectif libre et indépendant de la police. Créé en 2012, il est au coeur de la révolte policière qui secoue les nuits de l’hexagone. Son succès, peu médiatisé et relativement insaisissable, témoigne de la crise profonde que vit l’organisation de la police en France. Revigoré par les récents événements de Viry-Châtillon, voici quelques conseils pour le soutenir et l’accompagner dans sa route vers la représentativité.

Une organisation liquide pour éviter la bureaucratisation

Le principal danger, pour le CLIP, serait de reconstituer la même bureaucratie syndicale que les concurrents institutionnels. Et une bureaucratie syndicale vient si vite… Elle apparaît dès que des décharges d’heures existent et dès qu’un militant peut avoir un intérêt personnel dans l’organisation divergent de l’intérêt général.

La mise en place d’une bureaucratie syndicale est la première arme utilisée pour corrompre ou neutraliser une action collective.

Les policiers en colère ont donc tout intérêt à préférer l’organisation liquide qu’ils ont mise en place aujourd’hui (structure informelle et facilement mobilisable).

Utiliser Internet pour conquérir la représentativité

Assez logiquement, le CLIP devrait accepter un compromis avec le « système » en réclamant la reconnaissance de sa représentativité. C’est la meilleure façon d’accéder rapidement à ses revendications.

Pour y parvenir, il doit constituer des listes aux élections professionnelles. Ce cap à franchir est un défi pour une organisation liquide: la reconnaissance syndicale est en effet calibrée pour obliger à mettre en place une bureaucratie (ne serait-ce que par la nécessaire gestion des listes de candidats). L’utilisation d’Internet, comme le fait le CLIP aujourd’hui, constitue la meilleure stratégie pour concilier ces objectifs contradictoires sans « s’user » comme ses concurrents.

Maintenir l’apolitisation du mouvement

Aux débuts de la grogne policière d’octobre, Jean-Christophe Cambadélis et quelques autres se sont fait un plaisir d’insinuer que le Front National était à l’oeuvre. Pourtant, le CLIP fait le ménage, comme en témoigne cet avertissement public aux manifestants:

CLIP

Ces efforts de neutralité seront tôt ou tard très payants.

Développer sa vision de l’intérêt général

Si le CLIP souffre aujourd’hui d’une faiblesse majeure, elle tient d’abord à son absence de « vision », c’est-à-dire son silence sur la compatibilité entre ses revendications et l’intérêt général. C’est dommage, car le mouvement joue sur du velours: enfin, des Français découvrent des policiers qui s’intéressent à l’ordre public et qui veulent le maintenir. Quelle bouffée d’air dans un pays où l’on peut parfois avoir le sentiment que plus personne ne croit à ses missions et que chacun cherche seulement à retirer des avantages corporatistes à travers des luttes incertaines.

Mesdames et messieurs les policiers en colère, dites-le avec des mots!

Jouer l’opinion publique et ses attentes

Conséquence logique de ce qui vient d’être dit: les policiers en colère devraient chercher à s’appuyer sur une opinion publique qui leur est acquise. Si le mouvement qui se dessine, d’une jonction avec d’autres mouvements de fonctionnaires, peut avoir un sens, il constitue néanmoins une erreur stratégique à long terme. Les Français sont prêts à soutenir des policiers qui se battent pour une meilleure sécurité dans les rues. Ils ne soutiendront pas longtemps des fonctionnaires qui demandent de nouveaux avantages.

CLIP

Rien ne remplacera jamais une relation directe avec ses clients pour faire progresser sa cause…

Pourquoi la gauche bannit Mélenchon

Mélenchon est le grand banni de la gauche. Ce week-end encore, la Conférence Nationale du Parti Communiste a refusé d’accorder son soutien au tribun de la France insoumise. Même si la décision n’a pas surpris le leader maximo, elle illustre bien la difficulté du bonhomme dans ses relations historiques avec son camp et témoigne de l’étrange bannissement dont il fait l’objet.

Les communistes travaillés au corps par le PS

Bien entendu, si l’appareil communiste, ou ce qu’il en reste, a rejeté Mélenchon samedi, des calculs très intéressés sont à l’oeuvre. Seuls votaient les cadres du parti, c’est-à-dire ceux qui ont un poste ou un mandat à défendre. Tous savent que leur avenir est précaire et compromis, et qu’ils ont besoin du parti socialiste pour survivre. Il suffit que le PS aligne un candidat aux législatives face à eux pour qu’ils soient balayés et que leur carrière politique s’arrête.

Avec Mélenchon, ils sont sûrs de récolter cette mesure de rétorsion dans de prochaines législatives. Le PS risque fort de ne pas leur y faire de cadeau au cas où Mélenchon ruinerait, au premier tour, la chance du candidat socialiste d’arriver au second. C’est pourquoi les cadres communistes préfèrent aujourd’hui une alliance très illusoire avec Montebourg, plutôt qu’un regroupement assez naturel avec Mélenchon.

Le calcul compliqué de Pierre Laurent

Pour Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, la situation est encore plus délicate à gérer. Depuis plusieurs mois, il refuse d’apporter son soutien à Mélenchon. Vendredi dernier, il s’est toutefois dévoilé en sa faveur, pour être démenti par ses cadres le lendemain. Ces palinodies cachent un calcul: ce sont les militants qui voteront fin novembre pour accorder ou non leur soutien à Mélenchon. Dans l’hypothèse où la base désavouerait (ce qui est plausible, voire probable) les cadres du parti, Pierre Laurent récolterait donc la mise, après avoir freiné des quatre fers la campagne du leader maximo.

Un cordon sanitaire autour de Mélenchon à gauche

Pour le reste, l’appareil politique de la gauche proroge donc le bannissement dont Mélenchon est victime depuis de très nombreuses années, probablement depuis l’invention de la gauche socialiste, au sein du Parti Socialiste, en 1988. On a oublié qu’à l’époque Mélenchon travaillait main dans la main avec Julien Dray, devenu depuis visiteur du soir à l’Elysée. Les deux compères ont suivi un chemin inverse. Dray s’est notabilisé, mu par une ambition exactement contraire à celle de Mélenchon, qui s’est radicalisé.

C’est cette radicalité qui explique sa sortie du Parti Socialiste et sa mise en quarantaine par ses anciens petits camarades.

Mélenchon, le dernier marxiste orthodoxe

Sur le fond, Mélenchon est le dernier « capé » de gauche à préserver l’héritage idéologique du marxisme. Alors que l’essentiel de l’offre politique à gauche s’est perdu dans un gloubi-boulga idéologique où la référence à une pensée unique (assez multiforme) tient lieu de substrat intellectuel, Mélenchon apparaît comme une page arrachée au livre 1 du Capital de Marx. Avec Lutte Ouvrière, il constitue donc une pièce unique.

Cette orthodoxie idéologique lui vaut sa mise à l’écart: Mélenchon a refusé de tremper dans l’espèce de combinazione idéologique qui domine la gauche. Et ce refus lui vaut de nombreuses inimitiés.

Mélenchon victime du mépris social de la gauche bobo?

Le marxisme sous-jacent de Mélenchon suffit-il à expliquer son bannissement? On trouvera dans le livre de Davet et Lhomme (Un Président ne devrait pas dire ça…) un indice qui éclaire la fâcherie entre la gauche et Mélenchon. Hollande y avoue avoir régulièrement méprisé publiquement Mélenchon et ne l’avoir jamais pris au sérieux. Pour avoir moi-même voulu un jour inviter officiellement Mélenchon, alors ministre, dans une ambassade tenue par un proche de Hollande, sous le règne de Jospin, je revois ici la moue silencieuse mais désapprobatrice de l’ambassadeur. Le refus ne tenait pas seulement du désaccord idéologique. Il tenait aussi du mépris ordinaire pour ce « petit chose » qu’était Mélenchon. Pour la gauche, et spécialement pour les hiérarques bien nés du Parti Socialiste, Mélenchon restera toujours le fils de prolo qui n’a pas voulu sacrifier au Dieu argent et à la fascination pour les puissants.

Et ça, c’est difficile à pardonner rue de Solférino.

Mélenchon porté par sa conscience de classe

Même si la référence (implicite) au marxisme ne doit pas, chez Mélenchon et dans son entourage, dissimuler une forme de ruse ou de coquetterie, il n’en reste pas moins que le personnage reste porté par sa conscience de classe et peut se prévaloir l’assumer haut et fort quand d’autres (comme Emmanuelli) ne l’évoquent plus que comme un lointain souvenir qui peut faire bien, mais qui ne constitue plus un moteur politique.

La gauche et le prolétariat

En ce sens, le bannissement de Mélenchon est symbolique de la distance qui s’est instaurée entre le prolétariat et la gauche de gouvernement. Les puissants de gauche se méfient de ces tribuns qui puisent leur légitimité dans une relation directe avec le « peuple de gauche », sans s’appuyer sur l’appareillage compliqué de la démocratie représentative.

Le combat de 2017 sera passionnant de ce point de vue: il permettra de mesurer la capacité dont l’appareil officiel dispose encore pour torpiller un mouvement qui ressemble furieusement à un mouvement issu de la société civile, avec une forte inspiration révolutionnaire.

Et si on inventait une fiscalité des entreprises intelligente?

La fiscalité des entreprises constitue probablement le sujet le plus crucial et le plus confus dans les problématiques générales de réforme fiscale. Il se situe au carrefour de tous les « marqueurs » idéologiques de notre temps: quelle richesse faut-il imposer? quelle harmonisation multilatérale (en Europe notamment)? comment lutter contre l’évasion fiscale? comment simplifier l’impôt pour concilier un souci d’égalité et un besoin de rendement?

Tous ces noeuds où s’entremêlent les aspects techniques et les grands choix politiques ne font malheureusement pas l’objet d’un débat public posé et clairvoyant. Et l’on peut reprocher à nos élus de l’escamoter systématiquement au profit de positions doctrinaires à courte vue.

Pourtant, tout indique que la fiscalité des entreprises est au bout d’un cycle et d’une logique. Les incertitudes concernant la baisse du taux d’impôt sur les sociétés en France le montrent: le sujet n’a pas encore atteint sa maturité, mais il est présent dans les esprits. Les décideurs publics hésitent, comprennent qu’il faut agir, mais ne savent pas encore comment. Malgré l’urgence d’une résolution de crise.

La fiscalité des entreprises est en crise

Car la crise fiscale est bien là pour les entreprises, singulièrement en France. D’un côté, la pression fiscale est singulièrement inégalitaire: les petites et moyennes entreprises paient beaucoup plus que les grandes entreprises, ce qui constitue un paradoxe anti-économique. Ce sentiment de déséquilibre absurde s’est accru avec la révélation des Panama Papers, du Lux Leaks, de l’affaire Apple, qui sont autant d’exemples où les petits payent quand les gros s’évadent.

L’épaisseur réglementaire en accusation

Pendant ce temps, les dépenses publiques filent, et les entreprises doivent écoper. Le rapport de la Cour des Comptes indiquant qu’il existe en France plus de 200 impôts pour les entreprises souligne bien que, avec notre fiscalité des entreprises cumulant des taux élevés et des assiettes étroites, la rentabilité de l’impôt est faible. Il faut donc chaque fois inventer de nouvelles recettes pour combler les trous dans la raquette. D’où un mille-feuilles fiscal inextricable et des entreprises écrasées par la complexité du système.

La fiscalité des entreprises en expansion permanente

Malgré ces constats, les députés et le gouvernement ne manquent pas une occasion de durcir la réglementation, de l’opacifier et de la rendre encore plus inégale. Les discussions autour du taux de l’impôt sur les sociétés cette année à l’Assemblée Nationale l’ont montré. Mais on pourrait aussi évoquer le relèvement de l’acompte sur la taxe sur les surfaces commerciales il y a quelques jours, qui fait hurler l’Alliance du commerce, pour illustrer le propos. La fiscalité des entreprises est mue par un mouvement spontané d’expansion politique.

Des réformes dispersées et toujours trop lentes

Si la situation est critique, certains responsables publics tentent timidement des réformes. La Commission Européenne a par exemple annoncé l’ACCIS (Assiette Commune Consolidée pour l’Impôt sur les Sociétés), qui devrait harmoniser l’assiette de l’IS dans l’Union, faute de s’attaquer à une harmonisation des taux. De son côté, la France prévoit une baisse des taux à l’horizon 2019… Ces tentatives louables apparaissent très insuffisantes par rapport à l’urgence de la situation, et surtout manquant singulièrement de vision.

Un sujet-clé pour la prospérité collective

La question générale de la contribution des entreprises à la prospérité collective n’est pourtant pas anodine. Elle se pose d’une double façon.

Premier point: quelle est l’efficacité économique de la fiscalité des entreprises? quelle est la conception de la fiscalité qui est la plus rentable et qui déstabilise le moins la prospérité générale?

Deuxième point: quelle est la bonne mesure démocratique pour la participation des entreprises au financement de la dépense publique?

Ces deux questions méritent une véritable délibération, dont on regrettera que les échéances électorales n’en portent aucune mention.

La proposition détonante de Marc Chesney

Pourtant, des idées circulent. En Suisse, l’économiste Marc Chesney lance une initiative destinée à obtenir un referendum sur le remplacement des impôts sur les sociétés par une taxe de 0,2% sur les transactions financières. Selon son calcul, cette nouvelle taxe, à peu près indolore, supplanterait à produit égal la TVA, l’impôt sur les sociétés et toutes ces choses qui empoisonnent la vie des entreprises. Rien ne prouve que l’effet serait le même en France, mais démonstration est à nouveau faite que la France est en retard sur ces débats, et c’est bien dommage.

Avec un peu moins de pensée unique et un peu plus de goût pour l’innovation, de vraies réformes pourraient avoir lieu, qui libéreraient nos énergies et notre potentiel productif.

Mais peut-être les Français ne peuvent-ils accoucher de ces idées que dans la douleur.

Sarkozy, trumpisant envers et contre tout?

Nicolas Sarkozy sera-t-il, quoi qu’il arrive, candidat à la présidentielle? Le débat entre les 7 candidats, hier, a reposé une nouvelle fois la question.

Le dangereux tout sauf Sarkozy

Une seule évidence s’est dégagée du débat d’hier soir: les candidats à la primaire sont lancés dans un tout sauf Sarkozy assez impressionnant. Il est le seul candidat à faire l’unanimité contre lui, au point qu’on ne sait plus, dans les critiques implicites ou explicites qui lui sont adressées par ses challengers, ce qui procède de la peur de le voir gagner, et ce qui procède de la haine pour ce qu’il est et qu’il incarne.

Cette focalisation de tous contre un seul risque de se révéler extrêmement dangereuse, dans la mesure où elle donne le sentiment que les candidats sont désormais engagés dans une lutte inégale contre un seul d’entre eux, et se satisfont tous mollement de l’hypothèse Juppé, dont on peine, du coup, à voir les aspérités réelles. C’est le vrai danger de cette campagne obsessive. Plus Sarkozy est mitraillé, mieux il se transforme en héros, et plus Juppé, à force d’être l’homme du consensus, se hollandise.

Disons même que le meilleur service à rendre à Sarkozy, c’est le tout sauf Sarkozy.

L’éternel retour du bonapartisme

Les Français ont toujours été extraordinairement ambigus sur ces sujets. D’un côté, ils ont peur de ces personnalités dénigrées par la majorité bienpensante. D’un autre côté, ils les adorent lorsqu’elles donnent le spectacle héroïque de la combativité malgré tout. C’est le mécanisme du bonapartisme qui sommeille toujours dans la conscience du pays.

Il y a une raison à cette étrange ambiguïté. Les Français sont structurellement (et depuis plusieurs milliers d’années) un peuple de paysans. Et le paysan a peur d’une seule chose: de l’imprévisibilité du temps et du climat. Il a besoin d’être rassuré, et il aime la tranquillité des choses stables. Mais le spectacle d’un homme qui survit à la tempête réalise son fantasme fondamental. Lorsque le mauvais temps arrive, le paysan a besoin de croire qu’il fera front. Il lui faut un souffle héroïque pour y parvenir.

Et Sarkozy, comme en 2007, donne ce spectacle. Ses challengers lui en font le cadeau.

Reste à savoir si le bonhomme Sarkozy parviendra à faire oublier la déception immense que son quinquennat avait produite.

Sarkozy et l’effet Trump

En attendant, Sarkozy bénéficie de l’effet Trump. Depuis plusieurs mois, tout le monde s’est donné le mot, en France, pour jurer que Donald Trump était carbonisé et n’avait aucune chance de gagner la présidentielle aux Etats-Unis. Il paraît même que tout le monde, dans son camp, le donnait perdant et l’abandonnait. On demandait son éviction.

Et puis hop! le voilà remis en selle.

Je prends les paris: au premier sondage donnant Sarkozy gagnant, ceux qui le détestent aujourd’hui et annoncent son trépas politique retourneront casaque et lui feront des mamours. Vanitas vanitatis de l’élite parisienne!

L’étoile Juppé va-t-elle pâlir?

Inversement, Alain Juppé a du souci à se faire. Après avoir rassuré par sa posture calme et une détermination affichée, ses amours avec Bayrou et son apparence flegmatique suscitent un doute. Juppé n’est-il pas un Hollande qui se cache? Ne nous ferait-il pas le coup de la finance au discours du Bourget? Cet enfant de Jacques Chirac va-t-il nous mener en bateau et plonger le pays dans une nouvelle phase d’immobilisme?

Dans le camp de Juppé, il faudrait prendre garde. Il est toujours compliqué de réanimer une étoile qui pâlit. Ce n’est pas qu’on lui reproche quelque chose, qu’une erreur aurait été commise. C’est simplement un doute qui vient, une lassitude, une interrogation…

Si Juppé gagne, Sarkozy ira-t-il quand même?

Impossible, bien entendu, de ne pas évoquer cette question qui agite tout Paris: Sarkozy ira-t-il à l’élection même s’il perd la primaire? On s’en amuse. Il y a un an, le staff des Républicains expliquait que les candidats en lice (une belle brochette de premiers ministres, notamment, avec un ancien président de la République) avaient eu tout ce qu’ils pouvaient espérer dans leur vie politique. Donc, aucun d’entre eux n’aurait de peine à s’effacer en cas de défaite à la primaire. C’était sur de chez sûr, ça ne pouvait même pas se discuter.

Un an plus tard, un autre calcul se répand dans les travées: la droite aura (pensent-ils!) mécaniquement 10 millions de voix au premier tour et François Hollande (ou quelque autre socialiste) n’en aura pas plus de 5 millions. Donc, deux candidats de droite au premier tour ne plombent pas les chances de succès de la droite au deuxième. Là aussi, c’est sûr de chez sûr!

Et… Marine Le Pen et ses 6,5 millions de voix au premier tour de 2012? Mélenchon et ses 4 millions de voix en 2012, qui pourrait bénéficier d’un report des voix socialistes?

Impossible, assure-t-on dans l’arrière-boutique des Républicains.

On se marre!

Cazeneuve, Brinsolaro et la réaction nobiliaire

Le psychorigide Bernard Cazeneuve a réussi un nouvel exploit: celui de froisser l’épouse du policier Franck Brinsolaro, tué lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, en inaugurant une place au nom du flic sans inviter sa veuve ni l’orpheline qu’il a laissées derrière lui. Le geste, qui voulait apaiser des policiers toujours en colère, est emblématique de la réaction nobiliaire à l’oeuvre dans les élites françaises.

Comment Cazeneuve tente de reprendre la main…

Cazeneuve est évidemment confronté à une difficulté à laquelle il ne s’attendait pas: la grogne spontanée de la base contre le mépris dont elle est l’objet de la part de sa hiérarchie et des syndicalistes appointés pour canaliser les énergies. Les policiers qui défilent dans les rues, la nuit tombée, sont une menace majeure pour le ministre. Cette opposition interne, insaisissable, incorruptible, vient du fond des tripes. C’est soudain la France profonde qui dit son ras-le-bol du divorce consommé entre l’intérêt général et le système qui est supposé le représenter, le garantir et le défendre.

Pour récupérer le coup et juguler cette colère froide, Cazeneuve pratique la démarche du crabe: un jour chaud, avec l’inauguration d’une place au nom d’un policier mort dans un attentat, un jour froid, avec une manoeuvre d’intimidation disciplinaire contre l’un des policiers contestataires.

La technique est bien connue. Encore faut-il un orfèvre pour la pratiquer, et il n’est pas sûr que Cazeneuve ait l’envergure pour y parvenir.

Guillaume Lebeau défendu par ses collègues

Premier point: le passage de l’un des contestataires, Guillaume Lebeau, devant l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), aussi appelée « police des polices », n’a pas vraiment ramené le calme. Des centaines de policiers sont en effet venus soutenir leur collègue en manifestant sous les fenêtres du ministère. Voilà qui s’appelle jeter de l’huile sur le feu.

Pour le ministre, la situation devient compliquée, dans la mesure où la transformation progressive de cet agent en martyr symbolique du conflit va constituer un boulet durable. De deux choses l’une: soit le ministère continue la procédure disciplinaire, et tout laisse à penser que le conflit sera aggravé, réanimé, attisé. Soit le ministère abandonne et son autorité sera un peu plus écornée, surtout à l’approche d’une élection qui annonce une débâcle de la majorité et une éviction rapide du directeur général de la police nationale, qui aurait, dans une démocratie, démissionné depuis longtemps.

Le mépris pour Brinsolaro

Mais le plus cataclysmique, c’est quand même cette cérémonie à Marseille en mémoire d’un policier.. normand! organisée sans que la veuve ne soit invitée. Il n’est d’ailleurs pas sûr que cet « oubli » soit le fait de Cazeneuve lui-même: peut-être a-t-il délégué la préparation de l’événement à un conseiller qui a voulu faire oeuvre utile en écartant une importune qui pose des questions un peu trop gênantes sur la version officielle des faits.

Rappelons ici que la veuve Brinsolaro a porté plainte contre le ministère de l’Intérieur pour n’avoir pas correctement assuré la protection de Charlie Hebdo, thèse qui ne paraît choquante qu’aux zélateurs d’une vérité officielle bien fragile.

En tout cas, celui qui a « oublié » d’inviter la veuve Brinsolaro à la cérémonie d’hommage à son mari a retrouvé ici le mépris aristocratique très bien décrit par Cyrano de Bergerac:

Il devrait en revanche se souvenir qu’à force de mépriser les gens honnêtes, les aristocrates, à la fin des envois, sont touchés.

Le danger du cynisme politique

Cazeneuve voudrait en tout cas montrer que les hommes (et les femmes) ne l’intéressent pas, que seul compte le bénéfice politique qu’il peut tirer de cette cérémonie, en utilisant à son profit le nom de Brinsolaro, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. On voit bien que la culture du souvenir est ici le prétexte grossier à une manipulation politique: quand un ministre parle de Brinsolaro, ce n’est pas Brinsolaro qui compte, mais les dividendes symboliques qu’il escompte. Calmer la base, lui faire croire qu’on l’aime, prononcer un discours où on le lui dira, filmé par des caméras complaisantes, retransmis même par France Inter, et tout ira bien.

Ainsi va le cynisme politique, lorsqu’il est pratiqué par des politiciens arrogants mais sans grande envergure: leur mépris pour les gens est si visible, si grossier, qu’ils ne s’aperçoivent même plus que plus personne n’en est dupe.

Cazeneuve et le triomphe de la réaction nobiliaire

Avec Bernard Cazeneuve, la réaction nobiliaire a trouvé son champion. Car il ne faut pas voir autre chose dans l’absence de la veuve Brinsolaro à la cérémonie d’hommage à son mari qu’une des multiples manifestations de la réaction nobiliaire qui crispe les élites françaises.

La veuve Brinsolaro, cette manante, cette bélitre, a eu l’audace de poser des questions sur la version officielle des faits. Après Charlie Hebdo, le ministre de l’Intérieur a expliqué que ses services avaient très bien fonctionné. On a même vu défiler devant les caméras tous les thuriféraires du pouvoir, comme l’urgentiste Patrice Pelloux, pour soutenir que la France était parfaitement préparée à ce genre d’attentats (la journée du 13 novembre l’a prouvé, d’ailleurs). Et une impétrante avec sa misérable fille devenue pupille de la Nation ose défier les puissants en leur demandant raison de leur version de fait?

Mais de quoi je me mêle? Retourne à ton chagrin, la soubrette, et ne t’avise pas de « cliver », de « faire le jeu du Front National », d’attiser le populisme et la démagogie en imaginant que tu as le droit de remettre en cause la vérité de la noblesse. On connaît par coeur la minable anthologie des petits marquis pour discréditer tous ceux qui imaginent que la démocratie n’est pas une icône mais une réalité.

Face à ce spectacle désolant des petits marquis qui se goinfrent sur le dos du peuple français en le méprisant chaque jour, un seul message se justifie encore: Messieurs les petits marquis, personne n’est dupe, et vous serez tôt ou tard rattrapés par votre arrogance…

PLFSS 2017: quand les organisations patronales luttent contre la libre concurrence

Les organisations patronales, en France, et contrairement aux fantasmes agités dans les médias subventionnés, n’aiment pas le libéralisme et ne manquent pas une occasion de le combattre. Le débat qui vient d’avoir lieu dans l’hémicycle en loi de financement de la sécurité sociale en a donné une nouvelle preuve.

Les frondeurs à la manoeuvre

La question est de savoir si les entreprises peuvent librement choisir leur assureur en prévoyance (décès des salariés, invalidité, incapacité de travail) ou non: c’est la querelle, bien connue des experts, de la désignation. Les tenants du corporatisme français soutiennent que le libre choix d’une entreprise peut être enfreint par un accord de branche, négocié on ne sait comment. Les tenants de la liberté d’entreprendre dénoncent cette restriction sur un marché de plusieurs millards d’euros aujourd’hui.

À l’Assemblée Nationale, les frondeurs ont fait passer (par 19 voix contre 11 – bonjour l’assiduité parlementaire!) un amendement au PLFSS 2017 autorisant les branches professionnelles à limiter la capacité de choix des entreprises à un ou deux assureurs choisis pour des raisons que tout le monde connaît. Les négociateurs de branche sont en effet souvent administrateurs de groupes paritaires d’assurance qu’ils adorent favoriser, moyennant une rétro-commission sous forme de stands achetés dans les congrès, d’encarts publicitaires surfacturés et autres faux nez d’un financement à l’ancienne.

Frondeurs et patrons main dans la main

Le débat a donné lieu à de rapides passes d’armes, dont une retient l’attention:

M. Denys Robiliard. (…)
D’abord je constate que cet amendement traduit un accord entre organisations patronales et organisations représentatives de salariés.

Tiens donc! les organisations patronales auraient cautionné une restriction à la liberté d’entreprendre… et auraient soutenu un amendement porté par des frondeurs, qui ne manquent pourtant jamais une occasion de dénoncer les cadeaux faits aux entreprises.

Décidément, le très décadent parlementarisme français a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Quelle position du MEDEF?

Interrogé par nos soins, le MEDEF a fait mine de s’étonner de cette initiative parlementaire et dénie (probablement à juste titre) toute implication ès qualité dans une opération d’aussi mauvais goût. Le plus probable est que les retards à l’allumage, fréquents chez les permanents du MEDEF, aient exclu du débat la confédération patronale en tant que telle. Le moteur du char d’assaut n’a pas eu le temps de chauffer que la bataille était déjà terminée.

En revanche, certains grands adhérents du MEDEF n’ont probablement pas vu d’un oeil hostile cet arrangement avec la liberté d’entreprendre. On pense ici tout particulièrement à la Fédération du Bâtiment, où la prévoyance est confiée à un organisme paritaire ami des désignations (Pro-BTP, au passage dirigé par un ancien conseiller de François Hollande…).

Quelle position de la CPME?

Parallèlement, la CPME a également dû faire preuve de la même timidité que le MEDEF sur le sujet, même si l’ex-CGPME a noué des partenariats avec l’un de ces organismes paritaires. Ce n’est pas que la CPME n’aime pas le paritarisme, mais les liens avec les assureurs paritaires ne sont pas, à proprement parler, son terrain de chasse favori. Les patrons de PME ont en effet coutume de travailler directement avec des courtiers d’assurance et les accords de branche n’y sont pas un sport quotidien.

En revanche, là encore, la Fédération du Bâtiment est un fidèle adhérent de la CPME, et loin du bon Dieu, personne ne sait où traînent les mains de ses saints.

Encore et toujours l’UPA

En revanche, l’UPA et ses branches à forte concentration d’artisans adorent les désignations, les entraves à la concurrence et les petits arrangements entre amis paritaires. L’exercice constitue même une spécialité de la maison, où l’enchevêtrement d’intérêts conflictuels mais lucratifs posera tôt ou tard un problème démocratique majeur.

Les mic-macs de la boulangerie sont d’ailleurs souvent rappelés dans nos colonnes. L’actuel président de l’UPA, Jean-Pierre Crouzet, a en effet réussi l’exploit, lorsqu’il était président tout puissant de la Confédération Nationale de la Boulangerie et administrateur d’AG2R, de négocier une désignation d’AG2R dans sa branche. Cette parfaite maîtrise du capitalisme de connivence lui a d’ailleurs valu une médaille (pas qu’)en chocolat: une nomination en bonne et due forme au paradis de la combinazione appelé le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE).

L’UPA et les arguments de Grand Guignol

De fait, la prose produite par l’UPA sur la libre concurrence mériterait régulièrement de figurer au festival du rire de Montreux. À lire l’abondante production patronale sur le sujet, les artisans (et de nombreux patrons d’ailleurs) rêvent de vivre dans une économie administrée, quasi-soviétique, où tout serait organisé par les branches professionnelles.

Bien entendu, aucun de ces grands défenseurs du corporatisme d’Ancien Régime ne prend soin d’indiquer la représentativité réelle des négociateurs de branche ni des organisations qui les mandatent.

On aimerait par exemple savoir si ou non, en 2008, lorsque Jean-Pierre Crouzet a imposé à la force de l’épée à tous les boulangers de France un contrat d’assurance monopolistique, son organisation représentait au moins 30% des acteurs de son secteur. On aimerait savoir si, après les multiples assignations de boulangers pour non-respect de l’accord de branche dont il fut le complice (condamnant certains d’entre eux à la faillite, au nom de la solidarité, bien entendu), son organisation a réellement perdu, comme cela se murmure dans les couloirs, les deux tiers de ses membres. Auquel cas, la confédération de la boulangerie aurait aujourd’hui le droit d’imposer à 100% de la profession des décisions prises par des représentants de 10% seulement de ses membres…

Aucun de ces grands défenseurs du corporatisme ne juge non plus utile de préciser les liens financiers qui les attachent aux assureurs paritaires. Pourtant, nombre d’organisations patronales sont aujourd’hui dépendantes, pour leur survie, d’un financement par des rétro-commissions sur des contrats d’assurance dont on peine à comprendre la justification économique.

Autre que celle d’entretenir des forces conservatrices qui bloquent les réformes dont ce pays à besoin.

Les frondeurs socialistes font un cadeau de 12 milliards au grand capital

Les frondeurs socialistes sont probablement les plus extraordinaires hypocrites de la Vè République. D’un côté, ils multiplient les leçons de morale sur le thème de la solidarité, de la classe ouvrière, de l’aide aux plus pauvres, aux veuves et aux orphelins. De l’autre, ils ne manquent pas une occasion de se courber devant le seul puissant qu’ils respectent et qu’ils admirent vraiment (depuis que la fonction présidentielle et sa dignité ont trépassé sous les coups de boutoir d’un conducteur de scooter): l’argent!

Les sociaux-démocrates ont été, sont et seront toujours d’exemplaires sociaux-traîtres.

Les frondeurs prétendent haïr le capitalisme…

Pas plus tard que la semaine dernière, les frondeurs s’en sont donné à coeur joie pour refiscaliser l’attribution gratuite d’actions (AGA), sous des termes qui fleuraient bon la lutte des classes:

Bref, on pourrait faire beaucoup de choses utiles pour les Français, plutôt que ce cadeau à quelques cadres supérieurs et dirigeants qui ne sont pas dans le besoin.

Ces propos dans la bouche de Pascal Cherki ont failli nous arracher une larme de tristesse. Ce n’était plus l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, c’était une projection de Germinal à la Maison des Jeunes et de la Culture de Denain (prononcez « D’nain »), championne de France (et même du monde) toutes catégories, du RSA.

… pour mieux lui servir la soupe

Mais, dans la foulée, le même Cherki (avec l’aide de soixante autres admirateurs de l’argent) déposait, en loi de financement de la sécurité sociale, un amendement qui mettait brutalement du baume au coeur de ceux à qui il prétendait faire les poches en loi de finances. Cet amendement propose de sécuriser les monopoles dans le domaine de la protection sociale complémentaire d’entreprise.

La manoeuvre est habile, car très technique et discrète. Elle n’en revient pas moins à faire un cadeau de 12 milliards aux poids lourds du capitalisme financier mondial. Vous savez, ceux qui sont les ennemis du discours du Bourget…

Le faux motif de la solidarité

Pour justifier cette duperie, les frondeurs, qui ont envoyé l’incertain Denys Robiliard (sur lequel nous reviendrons dans les jours à venir) pour défendre l’opération de bonneteau à leur place dans l’hémicycle, ont comme toujours invoqué la sacro-sainte solidarité. L’intéressé a reçu le soutien d’une clique pêle-mêle de radicaux socialistes et de communistes.

On sait que dans ce domaine la mutualisation est le seul moyen de garantir l’égalité de traitement de l’ensemble des salariés et des employeurs d’une branche.

Cette déclaration du radical socialiste corse Paul Giaccobi est à marquer d’une pierre blanche. Quand un radical de gauche corse, qui vient juste d’être renvoyé en correctionnelle pour détournement de fonds publics, vous parle de mutualisation et d’égalité de traitement, vous savez tout de suite qu’un loup se cache quelque part.

Un monopole qui finance les syndicats…

Sur ce point, le premier loup se cache à la lisière de la forêt. La prévoyance professionnelle dont il est question dans l’amendement des frondeurs est un marché de plusieurs milliards détenu à plus de 90% par des institutions de prévoyance dirigée par les organisations syndicales, qui finance ces mêmes syndicats de façon plus ou moins occulte. On comprend mieux pour les partenaires sociaux ont poussé ce texte.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

… et le Grand Capital

Mais il y a un deuxième loup que les frondeurs se gardent bien de dévoiler. Car, si le marché de la prévoyance est une chasse gardée des partenaires sociaux et de leurs pompes à phynances, il est aussi un appoint net pour le grand capital et pour ces horribles « assurés privés » à qui les frondeurs prétendent faire barrage. Car l’ensemble des institutions de prévoyance se fait réassurer (et donc partage ses bénéfices) avec quelques richissimes assureurs privés.

Compte tenu de la réglementation prudentielle, les institutions paritaires de prévoyance sont en effet obligées de partager les risques avec des acteurs qui ont les reins solides.

12 milliards de cadeaux au Grand Capital

Combien ce marché représente-t-il? Selon l’Argus de l’Assurance, ce ne sont pas moins de 12 milliards € qui tombent dans les poches des plus gros assureurs grâce à la réassurance de la prévoyance professionnelle. Les plus gros bénéficiaires de l’opération sont très bien décrits ci-dessous:

Source: Argus de l'Assurance
Source: Argus de l’Assurance

Axa, CNP, Generali: voilà quelques acteurs misérables du capitalisme français qui applaudissent des deux mains à l’amendement des frondeurs. Moyennant une commission versée aux syndicats, les affaires vont continuer. Au nom de la solidarité, bien entendu.