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Mois : janvier 2017

Vous aussi, repérez-vous sur le radar de la gauche

Le radar de la gauche qui nous sert à comparer les candidats de la primaire repose sur une méthodologie par items clivants. Nous dressons ici la liste de ces items et les scores obtenus par chaque candidat. Vous pouvez, à votre tour, répondre aux questions et vous situez par rapport aux candidats de la primaire.

L’axe Europe du radar

Pour comparer les candidats sur leurs propositions en matière européenne, le radar note cinq critères.

  1. le candidat veut-il un budget européen intégré avec un gouvernement économique?
  2. le candidat propose-t-il une Europe à plusieurs vitesses, avec des « noyaux durs » de quelques pays?
  3. le candidat souhaite-t-il que l’Europe harmonise des normes sociales élevées?
  4. le candidat propose-t-il une politique migratoire ouverte dans l’Union?
  5. le candidat veut-il une Europe de la défense?

L’axe finances publiques

Sur cet axe, les questions sont les suivantes:

  1. le candidat veut-il sortir du 3% des traités européens?
  2. le candidat propose-t-il une baisse partielle ou globale de la pression fiscale sur les particuliers?
  3. le candidat veut-il une CSG progressive?
  4. le candidat propose-t-il un revenu universel?
  5. le candidat revendique-t-il une annulation complète ou partielle de la dette publique?

L’axe souveraineté

Les questions sont les suivantes:

  1. la souveraineté joue-t-elle un rôle dans le programme du candidat?
  2. le candidat défend-il le « made in france »?
  3. le candidat exprime-t-il une préférence pour le protectionnisme?
  4. le candidat se préoccupe-t-il d’identité nationale?
  5. le candidat veut-il accroître l’effort de défense?

L’axe des réformes institutionnelles

Les questions posées ici sont les suivantes:

  1. le candidat veut-il réformer le parlement?
  2. le candidat veut-il associer les citoyens à l’élaboration des lois?
  3. le candidat propose-t-il un non-cumul intégral des mandats?
  4. le candidat veut-il instaurer un scrutin proportionnel aux législatives?
  5. le candidat propose-t-il le septennat unique?

L’axe de la laïcité

Voici les questions:

  1. la laïcité occupe-t-elle une place importante dans le programme du candidat?
  2. le candidat a-t-il un point de vue sur le rôle de l’Islam?
  3. le candidat propose-t-il un plus large accueil des migrants?
  4. le candidat accepte-t-il le droit de vote aux étrangers?
  5. le candidat prône-t-il la PMA (au moins pour les couples lesbiens)?

L’axe social

Enfin, et de façon presqu’anecdotique, le radar compare les propositions sociales des candidats, à travers les questions qui suivent:

  1. le candidat propose-t-il de « figer » la sécurité sociale?
  2. le candidat propose-t-il une réforme des retraites?
  3. le candidat propose-t-il une sécurité sociale professionnelle?
  4. le candidat propose-t-il une réforme du RSI?
  5. le candidat veut-il abroger la loi Travail?

Bon amusement à tous!

Exclu primaire de la gauche: suivez notre radar des idées

Le premier débat de la primaire de la gauche a lieu ce soir, avec 7 candidats dont certains sont relativement confidentiels. Pour vous aider à suivre les arguments et les programmes, nous avons mis en place un radar de la gauche qui permet de repérer facilement les positions de chacun sur les marqueurs qui clivent l’opinion, spécialement à gauche.

Les marqueurs de gauche aujourd’hui

Au fil des débats, plusieurs marqueurs se dégagent à gauche, qui peuvent se regrouper en plusieurs blocs.

Un bloc assez large regroupe les thématiques européennes, de souveraineté et de finances publiques, qui sont connexes mais ne se réduisent pas les unes aux autres. Faut-il maîtriser les déficits ou laissez filer la dépense publique pour financer de nouvelles politiques? Laisser filer la dépense publique, c’est affronter l’Europe et sa règle du 3%, donc revendiquer une forme de souverainisme.

Un autre bloc regroupe les questions de politique intérieure, notamment de protection sociale, de travail et, en partie, de laïcité entendue comme art français de vivre ensemble. Ces marqueurs-là sont l’espèce d’épine dorsale de la gauche, celle par laquelle elle s’est structurée au siècle dernier. Entre revendications ouvrières, aspirations à de nouveaux droits et lutte contre le pouvoir de l’Eglise, la gauche retrouve son « triangle d’or » revendicatif. Il est intéressant de voir quel profil il revêt aujourd’hui.

Un troisième bloc, atypique, est celui de la réforme institutionnelle. Il est identifié en tant que tel dans notre radar.

Sur chacun de ces items, nous avons classé le degré d’engagement des candidats.

Quelle méthode de classement?

Pour établir notre radar des programmes à la primaire, nous avons distingué sur chaque axe de clivage cinq propositions structurantes qui distingue les candidats (voir l’article consacré à ce classement). De façon schématique mais fidèle, le radar affecte 1 point lorsque le candidat fait une proposition correspondant à l’item, et affecte 0 lorsque le candidat ne propose rien sur le sujet.

La somme des points recueillis axe par axe permet d’établir la « toile d’araignée » qui se trouve ci-dessous.

Source: www.entreprise.news

Les grandes surprises de la primaire de la gauche

Le radar proposé ci-dessus réserve quelques grandes surprises.

Dans le domaine de la protection sociale et du travail, c’est curieusement Manuel Valls qui présente les propositions les plus « à gauche »: pas de réforme de la sécurité sociale, préservation du système actuel de retraite, mise en place d’une sécurité sociale professionnelle, alignement du RSI sur le régime général. L’ex-Premier Ministre a pris soin de corriger son image de libéral.

Sans le dire, ses challengers se montrent beaucoup plus réformateurs sur des sujets critiques.

Pour le reste, les candidats paraissent relativement peu ambitieux sur leurs propositions, et l’absence de superficie sur la toile de leurs propositions témoigne d’une difficulté à faire bouger les lignes. Et c’est probablement là que les candidats à la primaire commettent une erreur stratégique qui laissent une place « aux autres ».

Emmanuel Macron sur la route de la collaboration avec l’Allemagne

Macron en Allemagne. Même à froid, même avec le recul donné par deux jours de réflexion, le discours qu’il a prononcé à Berlin résonne encore dans nos esprits comme une faute politique qui a tout du franchissement spontané de la ligne rouge.

Les deux Europe que la France a face à elle

Il y a bien deux Europe face à nous.

L’une est celle dont nous rêvons, où la construction communautaire se confondrait avec l’esprit des peuples et la volonté des nations, où chaque Européen pèserait de son poids pour construire un continent harmonieux, un espace politique durable et démocratique. On oublie souvent le sens exact de ce mot. Dans la démocratie, le peuple décide, et le gouvernement se fait pour le peuple.

S’agissant de l’Europe, c’est une gageure, puisqu’il n’y a pas un peuple mais des peuples européens. Et le Brexit a montré comment certains d’entre eux pouvaient ne pas retrouver dans la construction communautaire l’esprit démocratique auquel ils aspirent.

L’autre Europe n’est pas celle de nos rêves, mais celle de la réalité. Elle est dominée par l’Allemagne qui n’hésite pas à y imposer des décisions unilatérales qui ne sont pas démocratiques et qui déstabilisent le fonctionnement de l’ensemble du continent. C’est le cas de l’ouverture unilatérale des frontières aux « réfugiés » par Angela Merkel, décision qui n’en finit pas de fragiliser l’Europe (comme tant d’autres dont les Grecs, par exemple, pourraient longtemps nous entretenir).

Le destin européen de la France

Contrairement aux idées propagées par certains milieux europhiles ou eurolatres en France, critiquer la construction communautaire ne signifie pas un repli sur soi, bien au contraire.

Personne ne conteste que la France ait un destin européen, quelle que soit sa volonté d’ailleurs, ou ses envies. Avant même que l’Europe ne soit l’Europe, c’est-à-dire à l’époque où l’Europe se croyait seule au monde, les peuplades qui habitaient l’espace actuel de la France entretenaient déjà des relations organisées avec le reste du continent. On a parfois l’illusion que l’histoire de l’Europe a commencé en 1945, ou en 1957 avec le traité de Rome. En réalité, l’histoire politique qui a commencé cette année-là n’est qu’une virgule, ou une apostrophe, dans un chapitre beaucoup plus long où la France a toujours tenu une place éminente.

Reste à savoir si le destin européen de la France trouve son content dans l’adhésion à un ordre continental où elle ne décide pas, mais où elle obéit, où elle ne domine pas mais où elle est soumise. La grande force des eurolatres est d’avoir retourné le sens des mots en imposant une synonymie entre amour de l’Europe et soumission à l’Allemagne.

C’est évidemment une imposture que les vrais esprits démocratiques ne peuvent accepter durablement.

Macron a prêté allégeance à l’Allemagne

Dans ce grand retournement des mots qui est au coeur du programme politique d’Emmanuel Macron, le discours de Berlin demeurera comme un moment de vérité, une sorte de parole malheureuse qui échappe à son auteur.

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron, pourtant très entouré de 400 experts, pourtant inspecteur général des Finances, pourtant ancien ministre de l’Economie, tardait à dévoiler son programme économique. En particulier, depuis plusieurs mois, il se dérobait à la question de sa stratégie en matière de finances publiques. C’est pourtant le marqueur essentiel d’un programme présidentiel: plus ou moins de dépenses publiques, plus ou moins de dettes, d’impôts, de déficit. Ce silence ne l’a pas empêché de multiplier les promesses coûteuses.

Sans doute, nous les Français ne sommes nous pas capables de comprendre la stratégie du candidat, puisque l’intéressé a choisi Berlin pour dévoiler son approche du sujet. Et c’est en anglais qu’il y a expliqué le cap qu’il entend faire suivre à la France s’il était élu.

« Nous, Français, devons restaurer la confiance avec les Allemands en faisant des réformes sérieuses », a-t-il déclaré. Ce n’est pas l’entrevue de Montoire, où Pétain avait assumé son allégeance à l’Allemagne de 1940, mais nous n’en sommes quand même pas très loin.

En tout cas, nous savons maintenant l’essentiel: Macron veut plaire à l’Allemagne, Macron veut pédaler sur le tandem franco-allemand à la même vitesse qu’Angela Merkel, et Macron opposera à toute réforme française l’horizon bouché des aspirations allemandes.

De la vraie nature du couple franco-allemand

Car il ne faut pas se tromper sur la véritable nature de cette fameuse relation franco-allemande présentée comme un objectif en soi de politique étrangère, et même de politique intérieure.

Imagine-t-on un esprit raisonnable expliquer à Pepsi-Cola que son avenir passe par une relation amicale avec Coca-Cola? Imagine-t-on un esprit raisonnable expliquer à Samsung qu’il doit travailler en bonne intelligence avec Apple? Qui demanderait à Carlos Ghosn de restructurer Renault en demandant l’avis de Volkswagen? Nous avons fait le choix du capitalisme en Europe, et dans le monde capitaliste, le principe général qui domine est celui de la concurrence.

Lorsqu’un responsable politique français, envers et contre toute logique, « oublie » ce détail et préconise d’accorder un droit de regard à l’Allemagne sur nos réformes intérieures, comme le propose Emmanuel Macron, c’est bien à notre principal concurrent que nous proposons de donner les clés de la maison France.

Il s’agit, bien entendu, d’une faute politique et historique majeure.

Renverser les termes de l’échange

Emmanuel Macron appartient à cette élite française convaincue que la France ne peut plus peser seule, et qu’elle doit accepter une subordination à l’Allemagne pour assurer son avenir. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché, puisqu’il a déclaré à Berlin: « On peut faire un Google européen, un Google français n’existera jamais. »

Conformément au mode de pensée de l’élite française, les évidences les plus simples sont systématiquement écartées au profit de l’idéologie. Alors qu’il n’existe aucun champion européen du Net, mais qu’il existe des champions nationaux, notamment français (comme Blablacar), il est de bon ton de continuer fidèlement le grand retournement du sens. Au nom du sérieux et de la vérité scientifique proclamée la main sur le coeur, l’élite nous enjoint de soutenir des contre-vérités flagrantes comme celle d’une minoration définitive de la France dans la croissance économique mondiale.

Il existe pourtant une autre possibilité. Il nous est toujours loisible de nous affranchir de l’étiquette aristocratique qui nous interdit de dire les choses et nous ordonne de les regarder à l’envers. Nous sommes toujours libres d’ouvrir les yeux et de comprendre que si la France est minorée, ce n’est pas parce qu’elle est faible, mais parce qu’elle (et singulièrement sa classe dirigeante) ne croit plus en elle.

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Quand on veut tuer la France, on la soumet sans coup férir à sa principale concurrente: l’Allemagne. Merci, M. Macron, de nous l’avoir rappelé.

RSI, revenu universel: 5 leçons pour avoir de l’influence sur Internet

Comment gagner de l’influence sur Internet? Les exemples du RSI et du revenu universel donnent quelques illustrations de ce qu’il faut faire et ne pas faire pour utiliser le monde numérique comme levier d’influence.

RSI, revenu universel: un petit rappel

En 2017, deux thèmes s’imposent dans l’opinion: la nécessaire réforme fondamentale du RSI, et la mise en place du revenu universel.

Sur ces deux points, il faut saluer l’effet de campagnes Internet bien menées.

Dans le cas du revenu universel, sans l’engagement initial du MFRB qui a beaucoup utilisé depuis plus de trois ans les réseaux sociaux pour documenter le sujet, il est très probable que cette idée serait restée, dans l’esprit des décideurs politiques, une utopie d’hurluberlus. On peut donc mettre au crédit de ce mouvement la capacité à avoir imposé le thème dans l’opinion, en recourant essentiellement au pouvoir de l’Internet.

Dans le cas du RSI, je me souviens d’avoir entendu l’entourage d’un candidat à la présidentielle découvrir le sujet en septembre 2016. Quelques mois plus tard, après une campagne bien sentie, plus aucun candidat ne s’autorise à ne pas traiter le sujet (même Peillon, pour qui le RSI est une bête exotique, en parle).

Dans les deux cas, sans la puissance du Net, ces thèmes n’auraient pu être popularisés.

Leçon n°1: la patience est la mère de toutes les vertus

Pour tous ceux qui voudraient développer des campagnes d’influence sur Internet, ces deux exemples donnent un premier enseignement: il faut savoir être patient pour marquer les esprits.

D’une manière générale, on peut estimer à au moins trois mois l’investissement nécessaire pour qu’une influence s’acquière, à condition que le terrain ait été préparé à l’avance. Dans le cas du RSI, l’activisme des « Libérés », notamment sur Facebook, a permis de dégager une piste de lancement très favorable pour propulser des thèmes qui ont rapidement pris auprès des candidats à la présidentielle, et auprès de la presse.

Mais il s’agit d’une exception. La norme d’une campagne d’influence sur un thème technique est plutôt celle d’un investissement d’au moins douze mois, voire du double lorsque le thème est très éloigné des préoccupations de l’opinion publique. C’est le cas du revenu universel, jugé peu crédible il y a encore trois ans, et qui a gagné sa respectabilité au fil du temps.

Pendant ce temps, il faut marteler inlassablement ses thèmes.

Leçon n°2: influence et viralité

Deuxième point essentiel: une campagne d’influence sur Internet bat son plein par la viralité.

De ce point de vue, le « must » consiste à créer des contenus éditoriaux qui sont republiés par le plus grand nombre possible de medias. Pour y arriver, il faut investir dans une « industrialisation » des contenus qui permettent aux agrégateurs de flux de reprendre les textes sans y modifier une virgule. Et ça, c’est un peu compliqué. En tout cas, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval.

Une fois les contenus « exportables » fabriqués, il faut mobiliser les bonnes personnes sur les réseaux sociaux. Ces bonnes personnes-là feront le boulot de rediffusion des liens vers leur auditorat.

Autrement dit, il ne suffit pas de fabriquer des contenus pour être lus, il faut aussi savoir les diffuser, ce qui peut prendre autant de temps que la rédaction proprement dite.

Leçon n°3: rédiger des contenus ciblés et actifs

Certains me demanderont comment fabriquer des contenus viralisables.

Ce point mériterait un long développement. En résumé, deux critères sont essentiels pour qu’un contenu soit viralisé.

D’une part, il doit s’adresser à ce que la sociologie des réseaux sociaux appelle une communauté complète. Le contenu doit viser celle-ci et comporter tous les items attendus par celle-ci sur le sujet qui l’intéresse.

D’autre part, le contenu doit être « actif ». Il ne doit pas seulement chercher à informer les lecteurs, mais il doit les conduire vers une action collective claire (ne serait-ce qu’une compréhension globale du dossier pour se « situer » collectivement).

Leçon n°4: l’influence doit être maîtrisée dans le temps

Une campagne d’influence suppose de bien maîtriser ses délais. Un contenu éditorial « actif » a une durée de vie d’environ trois ou quatre jours. Son influence produit le plein de ses effets dans les dix jours qui suivent la publication. Une campagne d’influence fonctionne donc par vagues. Il faut savoir structurer le plan de publication pour optimiser le jeu des vagues. Parfois, il faut des effets répétés et rapprochés, parfois il faut espacer les publications.

Dans la pratique, une campagne d’influence produit plusieurs étapes naturelles dans l’esprit des internautes. La première étape est celle de la curiosité: le sujet était inconnu, et on le découvre. La deuxième étape est celle de la compréhension: peu à peu, des problèmes techniques éloignés deviennent plus clairs. La troisième étape est celle de l’action: l’influenceur doit rendre une conclusion naturelle.

Ceux qui veulent brûler les étapes se condamnent à l’échec. C’est par exemple le cas, cataclysmique, du think tank « libéral » Générations Libres qui a combattu une fusion du revenu universel avec la protection sociale durant la deuxième étape, alors qu’il s’agissait d’un sujet de troisième étape. Dès lors, les objectifs libéraux de ce projet seront beaucoup plus difficiles à défendre. Ceux qui ont attendu la troisième étape pour défendre une vision « socialiste » du projet avancent désormais en terrain favorable.

Leçon n°5: maîtriser son paysage d’influence

Pour réussir une campagne d’influence, il faut impérativement investir initialement dans l’identification des alliés potentiels et des « écouteurs » potentiels. Pour chacune de ces populations, il faut être capable de déployer une parole audible.

Là, l’investissement peut être lourd, car il suppose des moyens techniques qui ne s’improvisent pas.

Rendez-vous dans les mois à venir pour mesurer le résultat final de ces campagnes.

Comment le pseudo-libre-échange permet d’asservir l’Occident

À l’occasion du Brexit puis de l’élection de Donald Trump, les élites européennes ont saturé l’espace médiatique d’éloges du libre-échange comme preuve de l’ouverture des esprits. Que n’a-t-on entendu, dans le prurit quotidien que la presse subventionnée nous a servi, sur la méchanceté d’un repli sur soi et sur les grands progrès intellectuels permis par le développement du libre-échange.

Bizarrement, ces affirmations passent d’autant moins bien qu’elles sont contredites par la simple expérience quotidienne de chacun. Plus l’Occident pratique le libre-échange, moins il s’enrichit et moins les esprits semblent ouverts. Jamais les menaces pesant sur les libertés n’ont été aussi fortes et jamais la liberté d’expression n’a subi autant de pressions dans nos pays (qu’on songe au récent délit d’entrave numérique, à la loi sur le renseignement et aux bétonnages lui-même des médias à l’occasion du Brexit).

C’est une étude de l’INSEE parue hier qui permet de comprendre l’envers du décor idyllique que les beaux esprits nous présente en Occident. Il méritait un petit déchiffrage.

Libre-échange ou pas?

Premier point: rappelons que ce qu’on appelle couramment le libre-échange dans le monde n’est en réalité qu’un fake de cette doctrine économique.

D’abord, le libre-échange contemporain porte sur la libre circulation des marchandises, mais pas des personnes. C’est pour cette raison que le libre-échange crée des délocalisations et un processus de désindustrialisation en Europe du Sud. Faute de pouvoir faire venir une main-d’oeuvre bon marché pour produire bon marché face aux concurrents, les pays soumis au « libre-échange » délocalise leur production là où les coûts sont les moins élevés.

Les esprits les plus perfides diront d’ailleurs que le libre échange tel qu’il est conçu aujourd’hui est le faux nez ou le nom d’emprunt d’un système économique mondial consistant à attacher les ouvriers à une terre et à porter au coeur de celle-ci les usines qui ont fait, il y a cent ans, notre prospérité.

Ensuite, le libre-échange contemporain est profondément asymétrique. C’est notamment le cas dans nos relations avec la Chine, à laquelle nous avons ouvert grandes les portes de l’OMC sans véritable contrepartie sur son marché intérieur.

Structurellement, l’Occident a donc rebaptisé « libre échange » un système fondé sur une délocalisation progressive de son activité industrielle dans des pays où la main-d’oeuvre est abondante, peu chère et peu exigeante.

La logique économique du pseudo-libre-échange

En lisant l’étude de l’INSEE citée plus haut, on trouve notamment ce texte qui résume bien la situation:

En 2015, les ménages ont dépensé 84 milliards d’euros pour leur budget « apparence physique », soit 3 000 euros en moyenne par ménage. Depuis 1960, ces achats ont augmenté en valeur de 5,9 % par an en moyenne ; ils ont progressé moins vite que la consommation totale (+ 7,2 %). La part de ces dépenses dans le budget total des ménages s’est ainsi réduite de moitié, passant de 14,1 % en 1960 à 7,3 % en 2015.

On trouve aussi ce graphique qui donne la clé du libre-échange:

Depuis 1960, la part des vêtements et des chaussures dans la dépense des ménages s’est effondrée. En revanche, les soins et biens personnels ont vu leur part dans la dépense des ménages, fortement augmenter.

Telle est la logique de ce que l’on a appelé le libre-échange: diminuer fortement le coût des biens de consommation en Occident, pour créer une forme d’abondance qui abuse le consommateur.

Le coût social du libre-échange

Si l’ouverture des frontières à la Chine (et à d’autres) a permis de baisser sévèrement le prix d’un certain nombre de biens de grande consommation (comme les vêtements), elle a eu une impact direct pour les emplois peu qualifiés: leur utilité a fortement diminué depuis 1960, puisque la production de textile, par exemple, est désormais concentrée hors de nos frontières.

Ainsi, sans le dire, l’Occident a échangé un sentiment d’abondance contre un chômage de masse et contre une raréfaction des emplois industriels peu qualifiés. Pour caricaturer la situation, l’Occident (et la France en particulier) ont opté pour une population qui travaille peu et achète pas cher des produits étrangers, plutôt que pour une population sans chômage mais avec des produits à coûts élevés.

On ne le redira donc jamais assez, mais ce qu’on appelle injustement le libre-échange est d’abord une stratégie de transfert industriel vers des pays qui permettent de baisser les prix des biens de consommation sur nos marchés, ce qui évite de relever les salaires dans nos pays.

En quoi le pseudo-libre-échange est une stratégie de la servitude

Un graphique amusant consisterait à croiser la courbe des dépenses en vêtements avec celle des dépenses de protection sociale. On pourrait vérifier de façon transparente que la baisse des prix sur nos marchés permise par le libre-échange a créé une dépendance sociale forte dans nos pays. Pour accompagner le choc des délocalisations industrielles qui précarise nos pays, les gouvernements occidentaux ont déployé une stratégie sociale visant à faire endosser aux classes moyennes le coût social du chômage de masse. C’est pourquoi l’essentiel de l’augmentation colossale des dépenses publiques depuis cinquante ans est essentiellement dû à la protection sociale.

Ce que n’ont pas avoué les gouvernements occidentaux, c’est évidemment l’intention initiale qui a présidé à cette stratégie séculaire. Lorsque l’Occident a décidé de s’ouvrir à la Chine, il était alors certain pour tous les décideurs que la Chine deviendrait une sorte de grande zone industrielle en périphérie de l’Occident où se concentreraient toutes les usines polluantes et tous les problèmes sociaux dont nous ne voulions plus sur notre sol. Il était aussi certain que le mouvement qui commençait obligerait nos économies à muter pour préserver leur richesse.

Le pari discret était celui d’une mutation technologique accélérée qui nous permettrait de compenser la perte de l’industrie manufacturière que nous acceptions. Et, transitoirement, il était tout aussi évident que se créerait en Occident un nouveau Lumpen prolétariat transitoire, dont il fallait acheter la docilité par une politique sociale financée par les classes moyennes.

Pourquoi un raté français dans la mutation macro-économique

Le problème spécifique à la France est celui de son incapacité à assurer dans de bonnes conditions sa mutation macro-économique. On l’a vu avec le Minitel. La France avait toutes les armes nécessaires pour atteindre les frontières technologiques les plus évoluées, sauf une: le contexte permettant l’industrialisation mondialisée de ses inventions.

Le même phénomène s’est produit avec Dailymotion. Dans la pratique, le carcan économique qui sclérose la France et que le gouvernement profond ne souhaite pas réformer pour défendre ses rentes bloque notre mutation.

On mesure à quel point le destin français ressemble de plus en plus à celui du Titanic. On fait la fête, on invente chaque jour une nouvelle règlementation, une nouvelle protection pour des salariés, en leur donnant l’illusion que le pays peut éternellement supporter plus de coûts sans se réformer. Et un jour, on comprendra que le vrai prix du jean’s chinois à 10 euros dans nos hypermarchés est celui d’une paupérisation globale du pays.

Les parlementaires sont-ils trop peu payés?

Les parlementaires sont de pauvres gens, scandaleusement sous-payés et injustement incompris. Le petit défilé de lamentations auquel nous avons assisté sur le sujet cette semaine souligne une fois de plus l’ahurissante rupture entre les petits marquis indécents qui prétendent régenter la République et les Français ordinaires qui doivent se résigner à une indigestion de couleuvres.

Les provocations d’Henri Guaino

Henri Guaino, auto-proclamé gaulliste social, a osé déclarer devant des caméras de télévision qu’avec 5.100€ par mois de rémunération comme député, il ne pouvait rien « mettre de côté ».

« Moi, j’ai commencé ma carrière d’élu à 50 ans passés. Donc à 50 ans passés, vous avez des charges, j’habite à Paris. On peut me dire : ‘Vous pouvez déménager’. Bien sûr, je vais dire à ma famille : ‘On s’en va’. Je ne suis pas élu dans la Creuse ou en Corrèze, [à Paris] les loyers sont beaucoup plus élevés. Le train de vie que j’ai, même en le réduisant, il pèse plus lourd. »

Ses électeurs qui vivent au même endroit avec beaucoup moins auront apprécié le geste et la phrase.

Les pleurnicheries de Gérard Collomb

Hier, c’était Gérard Collomb qui reprenait le crachoir pour pleurer sur son sort. Étranglé par le cumul des mandats, le maire de Lyon (qui s’investit beaucoup dans la campagne d’Emmanuel Macron) est peu assidu au Sénat. On ne peut pas tout faire dans la vie. Du coup, il est dans le viseur de nouvelles dispositions qui frappent les absentéistes au porte-feuilles: sa rémunération est tombée à 4.000 euros.

« Il est impossible de prévoir quels jours on doit être à Paris, car on ne sait pas d’une semaine sur l’autre quand se feront les votes solennels. Impossible dans ces conditions d’organiser un agenda », se justifie l’élu, pour qui la mesure de Gérard Larcher serait même contre-productive. « Dans ces conditions, on n’aura plus comme sénateurs que des mauvais, des apparatchiks de partis et des retraités »

Pénaliser financièrement les élus absents? Cette mesure, qui paraît de bon sens lorsqu’elle frappe les salariés ordinaires, est visiblement vécue comme une plaie par les élus de gauche qui la subissent.

Les syllogismes très peu républicains de Gérard Collomb

On s’amusera de relever, en creux, la pensée profonde de Gérard Collomb. Selon lui, « mal payer » les parlementaires obligera à « avoir des mauvais », « des apparatchiks de partis et des retraités ». Ah bon? parce que ce n’est pas le cas aujourd’hui?

Il a raison, Collomb, de poser la question de la représentativité sociale des chambres parlementaires. On sait aujourd’hui qu’elles sont essentiellement composées de fonctionnaires. C’était d’ailleurs son cas, puisque, avant d’être élu, il était enseignant dans des lycées publics. Jusqu’à preuve du contraire, un enseignant n’est pas payé 5.000 euros. Pas même 4.000 euros. En devenant député, Collomb a probablement doublé son salaire. Est-ce pour cela qu’il était mauvais?

Car, sans le dire, Collomb nous explique qu’un bon parlementaire, c’est un parlementaire qui doit avoir un métier aussi bien payé que celui de député ou de sénateur. Sa petite phrase illustre à merveille le glissement insidieux de la République vers un système censitaire qui ne dit pas son nom.

Seuls les plus riches doivent pouvoir être élus.

La variante de « l’enracinement » local

Parallèlement, on apprend que des députés républicains vont faire pression sur François Fillon pour que soit remise en cause la loi sur le non-cumul des mandats.

L’argument le plus généralement utilisé pour justifier cette situation anormale où un maire est aussi le député du coin repose sur l’idée que le cumul permet de mieux connaître les problèmes locaux, ce qui éviterait ainsi une « déconnection » entre Paris et la province. Ah! ah! superbe syllogisme…

Rappelons d’abord qu’un élu à l’Assemblée Nationale est… l’élu de la Nation. Il ne représente donc pas sa circonscription, mais le peuple français tout entier. Le fait que cette idée soit complètement « passée de mode » et qu’officiellement aujourd’hui les parlementaires se considèrent comme de simples lobbyistes d’une circonscription, ou d’une région, ou d’une collectivité, en dit long sur le déclin de l’esprit républicain parmi nos élus, et sur la dégradation de la démocratie en France.

Selon la Constitution, seul le Sénat représente les collectivités locales, ce qui explique d’ailleurs que les sénateurs ne soient pas élus au suffrage universel direct.

Ce que les cumulards aiment expliquer sans l’assumer, c’est que la République est morte, et qu’elle se réduit désormais à un concert de parcours individuels où chaque élu fait feu de tout bois pour tirer la couverture à lui… en arrosant sa circonscription de bienfaits ou d’avantages extorqués à l’intérêt général.

C’est précisément cette dérive institutionnelle qu’il faut combattre en changeant de régime. Mais… merci aux parlementaires de tomber ainsi le masque sur la réaction nobiliaire qu’ils pratiquent au jour le jour.

Mais si, Marisol Touraine a bien déremboursé des médicaments!

Marisol Touraine a ouvert une polémique assez curieuse, dénonçant la « droite mytho » qui l’accuse d’avoir déremboursé des médicaments.

Selon Marisol Touraine:

C’est FAUX ! Archi- faux : pas un seul déremboursement de médicament pour raison financière, pas une seule nouvelle franchise et la baisse des dépassements d’honoraires. Nos économies viennent de réorganisation de fond, elles n’ont pas été faites sur le dos des Français. Au contraire, nous avons fait progresser les remboursements.

L’affirmation, péremptoire, ne manque pas de divertir tous ceux qui suivent un minimum les affaires de sécurité sociale et d’assurance maladie, puisque Marisol Touraine s’est bien gardée de pratiquer la moindre réorganisation de fond dont elle s’habitue pourtant la paternité.

Comment Marisol Touraine a déremboursé des médicaments

Toute la réponse à la question est contenue dans la phrase de Marisol Touraine sur les « dépassements d’honoraires » qu’elle aurait baissés. Bien entendu, Marisol Touraine n’apporte aucun élément documenté et vérifiable pour étayer ses jolis mensonges sur la baisse des dépassements d’honoraires.

En revanche, Marisol Touraine semble avoir oublié le décret n° 2014-1374 du 18 novembre 2014 relatif au contenu des contrats d’assurance maladie complémentaire bénéficiant d’aides fiscales et sociales dont elle est pourtant la signataire. Ce décret fixe des plafonds de remboursement pour les contrats de complémentaire santé « responsables », c’est-à-dire défiscalisés. Ces plafonds visaient notamment les consultations de spécialistes et les lunettes.

Dans la pratique, Marisol Touraine a donc bel et bien instauré une pénalité fiscale forte sur les remboursements intégraux des honoraires en dépassement… ainsi que sur les lunettes.

Les femmes, premières victimes de cette politique de déremboursement

Rappelons, au passage, que cette politique de déremboursement a méchamment frappé les classes moyennes. C’est notamment le cas dans les zones urbaines, où le remboursement des visites chez les gynécologues est désormais plafonné.

Il n’était pas inutile de le redire…

FO, le contestataire contesté (et sénescent) du syndicalisme français

FO (Force Ouvrière) est née en 1947 d’une scission avec la CGT, jugée à l’époque trop proche de Moscou. La Confédération de l’avenue du Maine fait bien son âge: vieillie, sclérosée dans la posture faussement contestataire de son secrétaire général, elle devrait beaucoup souffrir dans les mois à venir des nouveaux calculs en matière de représentativité.

FO, syndicat contestataire ou frondeur?

Ils en font des gorges chaudes, les autres syndicalistes. Que ce soit à la CGT ou à la CFDT (régulièrement ciblée sur le terrain par les attaques de FO), la stratégie frontale de Jean-Claude Mailly devrait faire perdre des plumes à sa confédération. Certains chuchotent même que la représentativité de la confédération dans le secteur privé serait en jeu, surtout si les élections actuellement en cours dans les TPE devaient se solder par une déroute pour FO.

Il faut dire que la stratégie de Jean-Claude Mailly n’est pas limpide. L’intéressé est proche du Parti Socialiste, et son attitude durant le débat sur la loi Travail est plus apparue comme un jeu croisé avec les frondeurs qu’une opposition franche du collier à la loi. La cohérence idéologique de FO est en effet loin d’être claire, à l’image des forces hétéroclites qui s’y rassemblent. De notoriété publique, FO est le syndicat le mieux infiltré par le Front National, mais aussi par les mouvements trotskystes. Ce mélange explosif est tout sauf simple à manier.

Jean-Claude Mailly tarde à passer la main

Dans cet ensemble complexe, Jean-Claude Mailly tarde à passer la main. Son départ était prévu pour 2015, mais n’a finalement pas eu lieu. Ah! qu’il est doux de se penser indispensable. Cette année-là, au 23è congrès du syndicat, Mailly avait prononcé un discours d’une heure et demi, façon Fidel Castro. Il avait préconisé de se « radicaliser » contre le capitalisme.

Incidemment, Mailly a préparé sa succession en écartant Stéphane Lardy (habitué aux compromis avec le patronat et récompensé pour ses services par une nomination à l’IGAS) et en mettant Pascal Pavageau sur les rails.

Le jeu compliqué de FO dans la fonction publique

Les difficultés de FO ne proviennent pas seulement du vieillissement manifeste de son équipe de direction. La confédération souffre d’une autre tare: le poids exorbitant des fonctionnaires dans ses rangs, qui étouffent l’expression des intérêts propres au secteur privé, pourtant très majoritaire en France. Structurellement, FO tient son influence de sa représentativité dans la fonction publique (où FO est crédité de près de 18% des voix, derrière la CGT et la CFDT).

Le spectacle que FO donne dans la sphère publique n’est pas toujours très ragoûtant. L’une des caricatures de cette dérive est régulièrement moquée à Marseille, où le syndicat gère la ville main dans la main avec le maire Jean-Claude Gaudin depuis de nombreuses années. Cette situation étrange agace ouvertement l’opposition socialiste locale.

Des dérives aussi dans le secteur privé

Mais la stratégie de FO dans le secteur privé n’inspire pas plus de confiance. Faute de militants cotisants, la confédération multiplie les artifices pour maintenir un train de vie très supérieure à la réalité de ses adhésions.

Ainsi, FO ne manque pas une occasion de vanter les bienfaits du paritarisme du gestion et invoque à tout bout de champ la solidarité pour justifier des pratiques désormais censurées par le Conseil Constitutionnel (notamment dans le domaine des désignations en protection sociale complémentaire). Pour de nombreuses fédérations et branches professionnelles, cette pratique consiste généralement à imposer un assureur aux tarifs élevés, mais qui rétrocèdent sous une forme ou sous une autre, une partie des bénéfices aux organisations syndicales qui le désignent.

Cette dérive avait d’ailleurs atteint de telles proportions que, dans la branche des pharmacies d’officine, la CFDT avait attaqué en justice la désignation de Klesia (présidée par FO…).

Le cas emblématique de l’hôtellerie-restauration

Dans ce registre, le bouillonnement qui entoure actuellement la fédération FO de l’agro-alimentaire constitue un énième épisode illustrant les dérives de la confédération.

FO adore parler, à tout bout de champ, de la solidarité comme rempart aux méfaits du libéralisme. Mais un certain nombre de salariés ont découvert médusés que la complémentaire santé de la branche de la restauration, dont FO est l’un des piliers et farouches défenseurs, avait pu, en juillet 2015, baisser ses tarifs de 32 à 28 euros mensuels sans rien modifier à ses garanties. L’aveu était fait qu’une marge de 15% au moins se constituait sur le dos des salariés… marge qu’une saine concurrence permet désormais de transformer en pouvoir d’achat pour les salariés, grâce à la baisse des tarifs.

Dans ce contexte, le secrétaire de la fédération de l’agro-alimentaire vient de démentir les rumeurs d’enrichissement personnel qui circulent dans les rangs de sa base.

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de la solidarité?

Comment l’Etat lutte contre la bonne bouffe: l’exemple de la grippe aviaire et du foie gras

C’est devenu une mode chez le consommateur: on veut de la bonne bouffe! de la nourriture saine, qui ne rend pas malade, avec des produits dont on comprend et connaît la composition. En apparence, tout le monde est favorable à cette aspiration: mieux vaut se nourrir avec des produits bons et sains plutôt que l’inverse.

Le problème, c’est que la « bonne bouffe » contrecarre singulièrement les logiques industrielles à l’oeuvre dans l’agro-alimentaire. Et l’on découvre progressivement que bien se nourrir n’est pas un intérêt unanimement partagé, y compris en France. Les abattages massifs de canards actuellement programmés dans le sud-ouest en donnent une nouvelle illustration, et l’Etat est le premier acteur à mettre son grain de sel dans la protection des intérêts industriels.

Bonne bouffe et bouffe pas chère: l’exemple du foie gras

Par exemple, le foie gras. N’importe quel consommateur préfère un foie gras issu d’un canard qui a couru en liberté et qui a mangé des céréales de qualité, plutôt qu’un foie fabriqué on ne sait trop comment dans des fermes pas vraiment sûres.

Le problème est que le paysan qui produit le foie gras à l’ancienne coûte cher à nourrir. Il rogne les marges des chaînes de production de plus en plus intégrées. Et certains ont même la mauvaise idée d’abattre et de transformer leurs canards eux-mêmes, sans intervention de ces chaînes autre que l’achat d’un caneton (le métier de « naisseur » étant très particulier). Autrement dit, il existe dans la filière du foie gras des irréductibles qui refusent l’intégration dans le monde industriel.

La production traditionnelle en France menacée… par les Français?

Pour les grands groupes industriels, souvent issus de coopératives de producteurs ou alliés à elles, il existe donc une sorte d’inclination naturelle pour la javellisation de la petite concurrence par l’imposition de normes de production inaccessibles aux « petits ». Dans la filière du foie gras, cette situation s’explique assez aisément par le graphique ci-dessous:

En dix ans, la production de foie gras français a augmenté, mais ses parts mondiales de marché se sont repliées face à la concurrence de la Bulgarie, de l’Ukraine, de la Chine.

Mais, il faut expliquer que cette concurrence exotique peut être le fait des Français! Euralis par exemple (propriétaire de Monfort, n°3 du foie gras) a des abattoirs en Bulgarie. Labeyrie et Delpeyrat, n°1 et 2, ont des sites de production ambitieux en Chine. Le développement de foie gras étranger n’est donc pas forcément une mauvaise nouvelle pour les acteurs français.

Un marché mondial à la peine

Pour achever le tableau économique du secteur, il faut aussi comprendre que la hausse de la production ne se traduit pas forcément par une hausse des profits. Les prix ont en effet, notamment à cause de la concurrence livrée par les nouveaux producteurs, tendance à baisser. Là encore, un petit tableau produit par le ministère de l’Agriculture permet d’y voir plus clair:

Autrement dit… les exportations de foie gras augmentent en volume (voire atteignent des records), mais leur valeur marchande diminue dans des proportions importantes (3% entre 2014 et 2015).

Pourquoi les géants français doivent délocaliser

Face à ce marasme, la situation des géants français est assez délicate, dans la mesure où la hausse de la production ne se traduit pas par une hausse de la profitabilité. Dans ces conditions, on sait tous ce qu’un producteur fait: il baisse ses coûts de production, et, pour y parvenir, il utilise toutes les armes à sa main… son objectif est de préserver, voire d’augmenter ses marges de rendement dans un monde où augmenter la production ne signifie plus augmenter ni le chiffre d’affaires ni les profits.

Le développement d’activités en Bulgarie ou en Chine constitue une première réponse, qui donne lieu à des pratiques assez bien décrites par un importateur indépendant:

Il se murmure, dans le petit monde du palmipède du Sud-Ouest, que certaines grandes enseignes possèdent des abattoirs en Bulgarie ou font produire en Hongrie ou en Roumanie. Leurs produits sont expédiés en France dans de grandes poches sous vide, donc non emballés. L’emballage se fait dans les départements traditionnellement producteurs de foie gras et de magret. Cela permet aux entreprises d’estampiller leurs étiquettes avec un numéro de département français. Et cela en toute légalité.

Produire à bas prix en Bulgarie, et vendre au prix « français » des produits étiquetés en France comme s’ils venaient du sud-ouest? Non, ils n’oseraient pas…

Pourquoi tuer les petits producteurs français?

Reste que, malgré ce système, le petit producteur français (il en reste 30.000) a la vie dure et il mérite une bonne leçon… Diminuer le nombre de producteurs en France devient un enjeu économique pour la profitabilité des grands groupes, et cela pour deux raisons.

Première raison: moins de producteurs, et singulièrement moins de producteurs indépendants, permet de limiter la concurrence. On a vu ci-dessus que cette étape est importante à franchir dans un marché où les marges de profitabilité diminuent.

Deuxième raison: le développement de grandes fermes de production à la place du système actuel émietté permet de mieux maîtriser les coûts, par les gains de productivité que l’augmentation des tailles critiques permet. Moins de producteurs, de taille plus élevée, c’est moins de bouches à nourrir pour au moins autant de produits à vendre.

Comment tuer les petits producteurs français?

Pour « réorganiser » la filière, les grandes enseignes françaises ont donc tout intérêt à mobiliser les leviers traditionnels qui permettent de tuer la concurrence. En premier lieu, et comme toujours, le recours à la réglementation européenne est une arme majeure.

On le sait: Bruxelles est une machine à produire des normes réglementaires influencées par les grands groupes, que l’administration adore surinterpréter, par la suite, pour faire plaisir aux puissants. Le marché du foie gras n’y a pas échappé.

Ainsi, une recommandation du Conseil de l’Europe, rendue applicable au 1er janvier 2016 en France, a-t-elle interdit l’utilisation de cages de gavage individuelles, et a-t-elle contraint le recours à la cage collective. Et, pas de chance, seuls les producteurs français avaient investi dans des cages individuelles. La réglementation favorise donc les producteurs hongrois et bulgares, qui, eux, pratiquent la cage collective.

Précisons que cette réglementation s’est construite au nom du bien-être animal, revendication supplétive utile pour tous les défenseurs de l’industrie agro-alimentaire. Les défenseurs du bien-être animal adorent en effet « taper » sur les petits producteurs français, mais restent étrangement muets sur les pratiques industrielles.

La grippe aviaire tombe à point nommé

Sur ces entrefaites, on découvre que des oiseaux migrateurs transportent des agents pathogènes, et singulièrement la grippe aviaire.

Quelle aubaine! ces germes ont en effet la bonne idée de contaminer les canards qui se trouvent sous leur passage. L’épizootie qui s’ensuit peut toucher n’importe quel animal élevé à l’air libre, ce qui est le cas des mulards de nos petits producteurs de foie gras. Voilà une bonne occasion de refaire de la réglementation à tout-va! Et d’imposer aux petits producteurs des abattages préventifs qui les mettent au bord du gouffre financier, voire les pousse à la faillite.

Pendant ce temps, bien entendu, les groupes français qui produisent leur foie gras en Bulgarie jubilent.

L’administration française en action

Donc, il faut réglementer pour éviter les maladies. Le 8 février 2016, l’administration française prend un arrêté relatif aux mesures de biosécurité applicables dans les exploitations de volailles et d’autres oiseaux captifs dans le cadre de la prévention contre l’influenza aviaire. On y lit des mesures dont l’impact économique est évident:

A partir d’une analyse de risque, tout détenteur définit un plan de biosécurité pour l’ensemble de son exploitation détaillant les modalités de séparation physique et fonctionnelle de chaque unité de production. Le plan est consultable sur support papier ou électronique lors de tout contrôle. Le détenteur le met à jour à chaque modification de ses pratiques de biosécurité ou lorsqu’une modification du risque relatif à l’influenza l’exige. (…)

Les bâtiments permettent des opérations de nettoyage et de désinfection efficaces et régulières ; en l’absence de pratiques de paillage permettant d’absorber les lisiers et fientes sèches, les soubassements sont lisses et la pente des sols est conçue pour permettre l’écoulement lié aux lisiers et fientes sèches vers les équipements de stockage ou de traitement.

L’accès à chaque unité de production est protégé par un sas sanitaire clos conçu pour limiter les contaminations entrantes et sortantes des unités ; une tenue spécifique ou des tenues à usage unique sont disponibles et revêtues avant l’accès à chaque unité de production (chaussures et vêtements) ; le lavage des mains est indispensable avant chaque accès. (…)

Les circuits d’aération, d’abreuvement, d’alimentation et d’évacuation du lisier, des fientes sèches ou du fumier sont aisément démontables ou accessibles.

Les parcours des volailles sont herbeux, arborés ou cultivés et maintenus en bon état ; ils ne comportent aucun produit ou objet non indispensable à l’élevage ; aucun stockage de matériel n’y est réalisé.
Les abris sur les parcours sont nettoyables et désinfectables. Ceux dont l’état de vétusté ne permet pas le nettoyage et la désinfection dans des conditions satisfaisantes sont retirés.

Chaque parcours est clôturé afin d’empêcher toute sortie et d’éviter tout contact entre elles de volailles ou d’autres oiseaux captifs d’unités de production différentes. Dans les exploitations commerciales, les conditions de mise en œuvre du présent alinéa sont précisées par instruction du ministre en charge de l’agriculture.

Rien que là, le petit producteur est placé sous surveillance stricte, s’il a encore la mauvaise idée de continuer son activité.

Comment les grands acteurs du secteur aident l’administration

Curieusement (ou pas, bien entendu), ce sont les grands du secteur eux-mêmes qui prêtent main forte à l’administration pour épaissir le voile réglementaire qui étouffe les petits producteurs. On trouvera par exemple un « GUIDE DE BONNES PRATIQUES D’HYGIENE ET D’APPLICATION DES PRINCIPES DE BIOSECURITE LORS DES OPERATIONS DE TRANSPORT POUR LA FILIERE PALMIPEDES A FOIE GRAS » rédigé sous l’étiquette de la fédération des producteur de foie gras (le CIFOG). En réalité, le groupe de travail qui a encadré la rédaction du guide est totalement phagocyté par les géants du secteur:

Quand la réglementation est influencée (ce qui est généralement le cas) par un grand du secteur, on sait tout de suite à quoi elle sert.

Les géants du secteur sont-ils à l’origine de l’épizootie?

Le guide des bonnes pratiques en matière de transport des palmipèdes constitue sans doute un comble de l’ironie, voire de la provocation. En effet, le groupe MVVH y a activement participé, puisqu’il regroupe Maïsadour et Val de Sèvre. Or l’actuel abattage en masse des canards dans le Gers est probablement dû… à une contamination par le transport de canards contaminés sortis des élevages du groupe dans le Tarn.

Sur ce point, les médias subventionnés surveillent de près leur langage. Mais il est acquis que la première vague de contamination dans le Gers est directement partie d’un centre de production de Vivadour.

Plus grave, les producteurs réunis dans le collectif Canards en Colère accusent les producteurs de Vivadour d’avoir recommencé la même imprudence début janvier:

Il faut évidemment rester prudent… Mais les faits sont troublants. Et, comme par hasard, l’administration française a pris soin de réglementer le matériel nécessaire pour l’élevage des canards gras, mais elle a oublié d’étendre sa réglementation à la mise en quarantaine des canards en cas de doute sur une contamination. C’est bête ça…

Pourquoi les géants industriels profitent de l’épizootie

Une chose est sûre, en tout cas, l’épizootie est une aubaine pour les grands groupes. Ceux-ci disposent de larges stocks de foie gras qu’un abattage massif de canards permet d’écouler. En outre, la baisse de la production française favorise la hausse des prix.

D’ailleurs, Delpeyrat, groupe partenaire de Maïsadour, s’est félicité de ses excellents résultats en 2015, et ne cache pas ses ambitions pour les années à venir.

L’ère de la bonne bouffe n’est pas gagnée…

L’angoisse de l’entrepreneur face à la pénalisation de l’aide aux clandestins

Plusieurs affaires judiciaires montrent la progression de la pénalisation (c’est-à-dire, au sens propre, du traitement pénal) de l’aide aux migrants clandestins, et pour l’entrepreneur, c’est forcément un sujet d’angoisse. Pour le comprendre, je suis obligé de tenir des propos très provocateurs, interdits autant à gauche qu’à droite, mais enfin! dans l’intérêt général, et spécialement dans l’intérêt économique de notre belle Nation, il faut bien qu’elles soient dites un jour.

Pourquoi un entrepreneur aide un clandestin

Bien sûr, il y a le bla-bla bobo récurrent sur les 5 ou 6 millions de chômeurs en France qui rêvent chaque matin de travailler et qui supplient la terre entière de les faire sortir du chômage, mais le méchant capitalisme leur refuse ce droit. Et puis il y a la réalité des entrepreneurs quand ils cherchent quelqu’un pour prendre un job dans leur entreprise. Les uns ne reçoivent jamais de réponse parce que le boulot est d’emblée trop ingrat, les autres en reçoivent trop, parce qu’ils attirent des cohortes d’hurluberlus qui n’ont aucune véritable envie de travailler mais adorent se persuader du contraire et jouer ensuite aux victimes du « système ».

Alors, quand un candidat (ou une candidate, le genre ne fait ici rien à l’affaire) se présente, qu’il correspond aux besoins, qu’il est motivé, quand l’entrepreneur sent que ledit candidat va lui régler ses problèmes, il ne s’occupe ni de sa religion ni de sa couleur de peau, ni de savoir s’il a ou non des papiers, il le recrute aussi sec. Parce que l’entreprise a besoin de ce recrutement pour vivre.

L’entrepreneur face au blabla nationaliste

Bien sûr, recruter un clandestin est un acte délictueux qui peut même heurter la conscience de certains entrepreneurs farouchement convaincus qu’il faut arrêter l’immigration clandestine. Mais il y a les blablas colportés dans les salons ou les medias, et puis il y a les faits, et ceux-ci sont implacables.

Très souvent, sur des emplois peu qualifiés, les seuls candidats que l’entrepreneur voit se présenter à ses portes sont issus de l’immigration, et les clandestins sont à la fois les plus compétents et les plus motivés. Les artisans et les petits employeurs d’Ile-de-France, notamment, et particulièrement ceux qui ont des métiers de force ou pénibles, ne me contrediront pas.

Souvent, sur des emplois qualifiés, les étrangers (et je vise ici spécialement les Africains) font la différence: plus motivés, mieux préparés et pas encore corrompus par cette idéologie de la protection toute puissante en France, où le postulant vous explique une fois sur deux qu’il doit prendre des congés avant de commencer le job que vous lui proposez et qu’ensuite il fera trente-cinq heures semaine, pauses cigarettes comprises, et pas une minute de plus.

On peut donc parler d’identité nationale autant qu’on veut, la réalité économique et sociale en France est têtue: nous avons besoin d’étrangers pour faire fonctionner le pays. Ou alors on assume une sévère explication de texte auprès des « Français » pour les remettre au travail (et ce ne sera pas du gâteau).

Comment l’Etat empoisonne déjà la vie des employeurs

Dans cette situation recouverte aujourd’hui par une chape de silence soigneusement entretenu (merci les medias subventionnés), l’Etat empoisonne d’ores et déjà la vie de l’entrepreneur.

Pour ceux qui recrutent des étrangers en situation régulière mais provisoire, il y a d’abord la séance annuelle extrêmement pénible de renouvellement des papiers. Quand ton salarié t’explique qu’il doit se rendre à la Préfecture pour renouveler sa carte de séjour, tu sais déjà que le pauvre gars va te flinguer, bout à bout, une bonne semaine de boulot, puisque la règle scrupuleusement suivie dans les services de l’Etat est de rendre le service le plus dégueulasse possible aux demandeurs, histoire de bien les décourager.

La procédure est donc bien rôdée. Ton salarié se pointe à six heures du matin aux portes de la Préfecture, où il s’agglutine dans le froid avec des familles équipées d’enfants en bas âge, et des tas d’autres gens qui forment une sorte de cortège de la misère mondialisée. Il attend là deux ou trois heures. Puis il entre, il prend un ticket, et quand il est reçu, le fonctionnaire qui examine son dossier fronce les sourcils en lui expliquant qu’il manque un papier ou qu’il y a un problème trouvé le matin sous le sabot d’un cheval, et ton employé revient au bureau la queue entre les pattes en expliquant qu’il doit y retourner le lendemain.

Ce petit jeu peut durer plusieurs jours, parfois plusieurs semaines si rien n’y est fait. Donc, si, comme moi, tu ne prends pas ton téléphone pour engueuler le secrétaire général de la Préfecture et lui expliquer que tu vas révéler ces dysfonctionnements dans la presse (ce qui permet de résoudre le problème en quelques heures, d’ordinaire), tu entres dans la phase de précarité. Ton salarié bénéficie alors d’un récépissé de demande qui ouvre la porte à toutes les folies et les aventures et fait potentiellement de toi un criminel qui aide un sans-papier. Et si ton salarié ne magouille pas avec une association de sans-papiers pour s’en sortir, tu risques gros…

Quand la paresse des policiers nationalistes te fait plonger

Je lis dans Le Monde ce papier sur un policier « lanceur d’alerte » au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, près de Roissy:

Dans son rapport de 2015, le contrôleur général des lieux de privation de liberté s’inquiétait que « des attitudes mécaniques et indifférentes confinent trop souvent à l’inhumanité » dans les 24 centres de rétention du territoire. Il ajoutait que ceux-ci « constituent la catégorie de lieux de privation de liberté dans laquelle le comportement des forces de l’ordre fait l’objet des critiques les plus nombreuses ». Analyse que le brigadier ne renierait sans doute pas, lui qui dit effectivement avoir été « gêné », par le tutoiement pratiqué auprès des retenus, par ces « poubelles infestées de rats » qu’on « éloigne des zones de vie juste avant une inspection », par ces opérations de contrôle organisées au petit matin devant les gares « parce que ceux-là, ce sont des travailleurs, ceux qui se laissent embarquer sans se rebeller ».

Le rêve de tant de policiers, nationalistes ou non: des délinquants « qui se laissent embarquer sans se rebeller ». Être un héros, oui! mais sans risque et sans effort. Faudrait quand même pas casser l’outil, ni remettre en cause les avantages sociaux.

En attendant, toi, tu comprends vers dix heures du matin que ton salarié étranger ne vient pas aujourd’hui et n’est pas près de revenir, parce qu’un connard de flic l’a chopé à la sortie du métro, histoire de dire partout qu’il a sauvé la France de l’invasion islamique avant d’aller se faire sa belote avec les copains. Et tu es dans la mouise…

Bientôt une pénalisation des employeurs?

À force de stigmatiser le salutaire débat sur l’identité nationale, les intellectuels officiels ont créé une situation paradoxale. D’une part, toute allusion à un débat sur le sujet est devenue suspecte d’appartenance à l’extrême droite. De l’autre, une sorte de passivité totale s’est instaurée sur des attitudes inouïes des pouvoirs publics.

Ainsi, la multiplication des poursuites pénales contre les « complices » des étrangers clandestins ne suscite guère d’émotion particulière. Ici, c’est un « passeur » bénévole qui s’expose à dix mois de prison avec sursis. Là, c’est un universitaire qui a failli subir le même sort.

Les employeurs doivent ici prendre conscience du risque auquel ils s’exposent. Parce qu’à la différence d’un universitaire, ils seront, soumis aux mêmes poursuites pour les mêmes faits, suspectés d’avoir voulu tirer profit de la misère de ces étrangers. Et personne ne viendra les soutenir dans la détresse: ils seront bons pour la tôle en bonne et due forme.