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Mois : mars 2017

Le cabinet noir seul auteur des fuites contre Fillon?

Article écrit pour Atlantico.

Les cris d’orfraie poussés par la gauche à l’évocation d’un cabinet noir piloté par l’Elysée ne manquent pas de piquant. La police politique est une vieille tradition française, et, sous la Vè République, ils sont rares, les présidents qui n’y ont pas eu recours. On peut même dire que, sous Hollande, c’est une stratégie industrielle low-cost qui s’est déployée.

Reste à savoir si, dans le cas Fillon, c’est un cabinet noir ou l’un des « cercles » de la police française qui a agi.

Une tradition de Polichinelle

On ne peut taxer Hollande d’avoir inventé la police politique. Elle fut pratiquée bien avant lui. Tout le monde sait, par exemple, que Mitterrand disposait non seulement d’une cellule d’écoute très semblable à ce fameux cabinet noir reproché à Hollande, mais même qu’une entité spécifique au sein des Renseignements Généraux était chargée de vider les poubelles des autres services pour y collecter tout ce qui pouvait servir à l’exercice du pouvoir: les histoires de fesse, les rumeurs les plus sordides, les truanderies en tous genres dont la simple évocation suffisait à faire trembler celui qui en était le prétendu auteur. Le chantage et la violation de la vie privée ont toujours été au coeur de la raison d’Etat.

Encore pouvons-nous nous estimer heureux si ces pratiques malsaines se sont limitées aux seuls cabinets noirs. En réalité, l’ensemble de la police française est animé de ce virus qui fait confondre la traque aux délinquants et la mise sous contrôle des politiques et des décideurs. Il suffit d’avoir assisté à une réunion de police dans une préfecture pour comprendre que la direction de nos services policiers sur l’ensemble du territoire est friande de ragots et s’abreuve quotidiennement aux sources même de la fange.

L’industrialisation de la rumeur sous Hollande

Je me souviens, en 2002, d’avoir assisté à une réunion de ce genre, dans une préfecture. Les responsables de la police régionale avaient déjà compris le potentiel de violation de la vie privée offert par Internet. L’essentiel de la réunion était d’ailleurs occupé par le portage et le colportage de ragots sur les décideurs locaux, dont la vie privée était passée au crible par une multitude d’informateurs.

Grâce à la loi sur le renseignement, sortie très vite après l’attentat contre Charlie Hebdo (et dont la suite a montré l’inutilité), la police politique française s’est dotée d’un outil qui facilite grandement ce travail d’invasion de la vie privée. Ce n’est pas faute, à l’époque, d’en avoir souligné les risques: rien n’y a fait, le parti qui a élu Fillon candidat de la droite et du centre, a voté cette loi scélérate comme un seul homme. Il était pourtant évident qu’il s’agissait alors de creuser la tombe de la démocratie et des libertés. Cela s’appelle un retour de boomerang.

Pour comprendre l’ampleur des dégâts, il faut lire l’énumération des moyens techniques désormais mis en oeuvre dans la deuxième partie du rapport de la commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), notamment à compter de la page 37:

Entre les captations de paroles, les captations d’images, les captations de données informatiques, les IMSY Catchers et les algorithmes divers et variés, la vie privée des citoyens a disparu.
Bien entendu, tout ceci est supposé être contrôlé…

Les trous dans le contrôle: 1.700 personnalités écoutées en France

Justement, s’agissant du contrôle, le rapport de la fameuse commission cité ci-dessus a le bon goût d’en indiquer lui-même, en toute transparence, les limites, avec ce petit graphique qui détaille assez clairement la mécanique

Bon an mal an, on le voit, ce sont 20% des écoutes qui sont déclenchées sur des motifs ne relevant ni terrorisme ni la délinquance ou de la criminalité. Quand on sait que, en 2015, plus de 8.500 écoutes ont été réalisées (7.700 l’année précédente), on obtient alors ce chiffre: 1.700 écoutes réalisées pour des « autres motifs », c’est-à-dire concrètement des personnalités écoutées pour être mises sous asservissement par la police et par le pouvoir en place.

François Fillon découvre, avec une dose de naïveté feinte, qu’il fait partie de ceux-là.

Même les socialistes se méfient des écoutes

La généralisation des écoutes est à ce point devenue un fléau que la plupart des candidats, Benoît Hamon compris, se servent désormais de l’application russe cryptée Telegram pour communiquer entre eux. On lira par exemple ce passage d’un article de presse avec délice:

À gauche du PS, où l’on s’arme contre François Hollande en vue de 2017, on trouve également de fervents adeptes de Telegram. Au moins deux candidats déclarés à la primaire auraient rejoint l’application, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, de même qu’Aquilino Morelle, l’ancien conseiller spécial du président de la République et désormais l’un des soutiens du chantre du made in France. Chez les autres opposants de gauche au gouvernement, Jean-Luc Mélenchon et l’ensemble de ses proches communiqueraient également de manière cryptée.

Amusant, non? L’information en elle-même permet de mesurer la méfiance des décideurs parisiens vis-à-vis des dérapages de la police politique.

Le cabinet noir et le second cercle

Reste à savoir si François Fillon est victime de ce cabinet noir ou de ce que la Commission des Techniques de Renseignement appelle le « second cercle », c’est-à-dire les innombrables officines publiques chargées de collecter des informations sur les citoyens et qui se transforment le moment venu en autant de cellules de dénonciations anonymes dont le pouvoir peut tirer profit pour régler leur compte à ses adversaires.

Voici comment cette commission digne du tribunal des 10 dans la République de Venise décrit le « second cercle »:

Les services du « second cercle » sont :

 sous l’autorité du directeur général de la police nationale :

• l’unité de coordination de la lutte antiterroriste ;

• à la direction centrale de la police judiciaire : le service central des courses et jeux, la sous-direction de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière, la sous-direction antiterroriste, la sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité, les directions interrégionales et régionales de police judiciaire, les services régionaux de police judiciaire et les antennes de police judiciaire ;

• à la direction centrale de la police aux frontières : les unités chargées de la police judiciaire au sein des directions déconcentrées de la police aux frontières et des directions de la police aux frontières d’Orly et de Roissy, les brigades mobiles de recherche zonales, l’office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre de la direction centrale de la police aux frontières, l’unité judiciaire du service national de la police ferroviaire ;

• à la direction centrale de la sécurité publique : les services du renseignement territorial, les sûretés départementales ;

 sous l’autorité du directeur général de la gendarmerie nationale :

• à la direction des opérations et de l’emploi : la sous-direction de l’anticipation opérationnelle, la sous-direction de la police judiciaire ;

• les sections de recherches de la gendarmerie nationale ;

 sous l’autorité du préfet de police de Paris :

• à la direction du renseignement : la sous-direction de la sécurité intérieure, la sous-direction du renseignement territorial ;

• à la direction régionale de la police judiciaire de Paris : la sous-direction des brigades centrales, la sous-direction des affaires économiques et financières, la sous-direction des services territoriaux ;

• à la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération de Paris : les sûretés territoriales ;

 sous l’autorité d’emploi du ministère de la défense :

• les sections de recherches de la gendarmerie maritime, de la gendarmerie de l’air et de la gendarmerie de l’armement.

En voilà, du monde, pour épauler le cabinet noir qui suit toutes les affaires pour le compte de l’Elysée.

On notera en particulier la présence dans cette nombreuse liste des services de renseignement territorial (anciennement appelés les « RG »), la police judiciaire, y compris les services chargés des affaires économiques, le service des courses et des jeux ou encore les services de lutte contre la délinquance financière.

Tracfin, la boîte magique

Dans cette énumération, il ne faut surtout pas oublier « Tracfin », la cellule de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dépendant du ministère des Finances. On retrouvera la liste de ses missions ici:

Tracfin est un service administratif de traitement du renseignement financier. Il dispose d’une autonomie opérationnelle pour mener à bien ses missions : lutter contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment de l’argent et le financement du terrorisme. Pour ce faire, Tracfin recueille, analyse, enrichit et exploite tout renseignement propre à établir l’origine ou la destination délictueuse d’une opération financière à partir des déclarations effectuées par les professionnels assujettis ou d’informations reçues par les administrations partenaires et les cellules de renseignements financiers étrangères.

Pour ceux qui ne l’ont pas compris, précisons que Tracfin est informée par les banquiers, les assureurs, les avocats et autres qui sont pénalement tenus de dénoncer les faits de blanchiment. Bref, de violer la vie privée de leurs clients, sous couvert de lutter contre la délinquance. Cette obligation de déclaration et de signalement à Tracfin est présentée comme ceci par le site de la cellule:

Que déclarer ?

– Les déclarations de soupçon : les professions assujetties sont tenues de déclarer les sommes inscrites dans leurs livres, les opérations ou tentatives d’opérations portant sur des sommes dont elles savent, soupçonnent ou ont de bonnes raisons de soupçonner qu’elles proviennent d’une infraction passible d’une peine privative de liberté supérieure à un an ou participent au financement du terrorisme ou d’une fraude fiscale.

– Communications systématiques d’informations (COSI) « Transmission de fonds ». Pour les établissements de crédit, de paiement, et de monnaie électronique, les opérations de transmission de fonds effectués à partir d’un versement d’espèces ou au moyen de monnaie électronique. Les seuils à partir desquels les informations sont requises : 1 000 € par opération et 2 000 € cumulés par client sur un mois calendaire.

– Communications systématiques d’informations « Retraits et dépôts d’espèces ». Pour les établissements de crédit, de paiement et de monnaie électronique, sont concernés les versements et retraits en espèces, effectués sur un compte de dépôt ou de paiement, dont les montants cumulés sur un mois calendaire dépassent 10 000 € (en euros et/ou en devises).

Autrement dit, dès lors qu’une personne reçoit plus de 2.000 euros en espèces, elle est supposée être signalée à Tracfin par sa banque. Que fait alors Tracfin? Là encore, le site de la cellule est clair:

Tracfin peut être amené à conduire un travail d’enquête documentaire au moyen « d’actes d’investigations ». Celle-ci a pour objectif de mieux contextualiser le soupçon déclaré et/ou de l’enrichir afin d’évaluer sa pertinence. Parmi ces actes d’investigation, le Service peut être amené à envoyer des droits de communication à toute personne assujettie au dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme et susceptible de détenir des informations intéressant un dossier en cours. Les informations obtenues dans le cadre de l’exercice d’un droit de communication bénéficient des mêmes règles de confidentialité que celles transmises dans les déclarations de soupçon.

Alors, Monsieur Fillon, le cabinet noir est-il le seul à la manoeuvre?

Guerre de lobbying gramscien autour de la sécurité sociale et des complémentaires santé

S’il est bien un sujet où, contrairement aux apparences, l’acquiescement des Français et le travail de conviction ne vont pas de soi, c’est celui de la sécurité sociale et des complémentaires santé. Contrairement au mythe répandu par ses promoteurs, la sécurité sociale continue à faire, en France, l’objet d’une résistance dont quelques exemples sont fournis par l’actualité.

L’Etat jette toutes ses forces dans le lobbying pour défendre son monopole

L’IRDES, largement dépendant des pouvoirs publics mais très discret sur son financement (encore le goût de la transparence propre aux organismes publics et para-publics…), vient de publier une étude sur les complémentaires santé, dont la trame est cousue de fil blanc. C’est ce qu’on appelle le lobbying gramscien: au lieu d’avancer à visage découvert, on fait la promotion d’une idéologie en l’habillant sous couvert d’une étude scientifique produite par un organisme indépendant.

L’étude en question produit notamment ce diagramme, qui ne veut rien dire ou presque:

On comprend bien le propos de l’IRDES: les complémentaires santé coûtent plus cher aux pauvres que la sécurité sociale. Donc, il faut les supprimer et demander aux plus riches de payer encore plus cher leur santé pour que la sécurité sociale coûte moins cher aux plus pauvres. Bien entendu, l’étude s’abstient d’exprimer les données en valeur absolue, et de montrer que quand un pauvre consacre environ 10% de son revenu disponible de 1.000 euros à la santé (soit 100 euros), les classes moyennes en consacrent pratiquement le double, sur une somme bien supérieure (soit près de 20% sur d’un revenu disponible de 3.000 euros, soit 500 euros).

Mais le propos n’est pas de rappeler que si les pauvres peuvent bénéficier d’une santé pas cher, c’est grâce aux efforts importants consentis par les autres. Le propos gramscien est d’expliquer que le monopole complet de la sécurité sociale doit se réaliser, et donc qu’il faut supprimer les complémentaires santé parce qu’elles coûtent trop cher aux pauvres.

Décidément, on ne lésine pas avec les impôts payés par les plus riches pour justifier des positions absurdes puisque, rien ne prouve, redisons-le, qu’une santé sans remboursement complémentaire fait vivre les assurés sociaux plus vieux. Redisons-le, ce qui soigne, ce n’est pas la sécurité sociale, ce sont les médicaments et les traitements médicaux.

Si cher hôpital public

On saura gré au Figaro d’avoir pointé du doigt le coût des audits diligentés auprès de cabinets extérieurs par les hôpitaux parisiens, toujours à tendre la sébille pour obtenir une rallonge budgétaire. L’AP-HP dispose pourtant d’une cellule de consultants internes supposée rendre inutile ce type de missions. N’empêche, les assurés sociaux, y compris ceux du premier décile de revenus identifiés par l’IRDES, ont tous participé à hauteur de 1,2 million d’euros l’an dernier pour enrichir CapGemini et autres grands acteurs du domaine.

C’est bien connu, les frais de gestion du secteur public sont parfaitement maîtrisés!

Les employeurs investissent dans la santé de leurs salariés

On comprend pourquoi, au vu de ces dérapages, l’Etat ait besoin de mobiliser les grosses ficelles du lobbying gramscien. Le monopole de la sécurité sociale et l’absorption des complémentaires santé ne coule absolument pas de source pour les Français. On notera au passage qu’une étude commandée par la FFA et la FNMF auprès du cabinet Audirep montre que les employeurs investissent massivement dans la santé de leurs salariés.

Principale conclusion : la majorité des entreprises vont plus loin que le minimum légal dans la couverture santé de leurs salariés. Et ce, à plusieurs titres.

Sur la cotisation, d’abord. Alors que la loi prévoit une prise en charge minimale par l’employeur de la complémentaire santé de 50%, celle-ci est de 57% pour les PME-ETI-GE [petites et moyennes entreprises-entreprises de taille intermédiaire-grandes entreprises]. Dans les très petites entreprises (TPE), les employeurs sont encore plus généreux, avec 59% de la cotisation.

Concernant la couverture, plus de la moitié des entreprises ont opté pour un niveau supérieur au panier de soins minimum prévu par l’Ani ou à celui négocié par les branches, note Audirep.

Ceci montre que les éléments de liberté laissés dans la politique de santé joue en faveur des Français, et non le contraire. Ce constat est évidemment gênant pour tous ceux qui rêvent d’une nationalisation en bonne et due forme.

Attentat de Londres: les vidéos à voir

Après le tragique attentat de Londres, voici quelques vidéos à regarder pour comprendre ce qui s’est passé près de Westminster.

Londres dans la terreur

À ce stade, les journaux britanniques ne donnent pas l’idée du terroriste, mais signalent l’enthousiasme avec lequel les partisans de l’Etat islamique ont accueilli l’annonce de cet attentat.

Il convient d’attendre plus d’informations pour comprendre complètement les origines de cet inquiétant attentat à Londres.

Rappelons toutefois que la capitale britannique n’en est pas à son premier attentat…

Dans tous les cas, solidarité avec les Londoniens.

Macron ou le rêve éveillé, par Vincent Fromentin

Article paru sur la Lettre de Galilée.

Comment pouvait-il en être autrement ? À l’issue du Grand Débat organisé par TF1 et LCI avec les 5 « grands » candidats à la Présidentielle, c’est Macron qui a été jugé le plus convaincant avec 29% des intentions, selon un sondage Elabe rapporté par Europe1. Mélenchon, Le Pen et Fillon dans un mouchoir de poche, recueilleraient respectivement 20%, 19% et 19%. Benoît Hamon ne serait plébiscité que par 11 % des sondés.

La Lettre de Galilée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais comment pouvait-il en être autrement quand on voit l’affiche de l’annonce de ce débat historique sous la Vème république ? Emmanuel Macron est le seul à avoir le buste tourné à l’opposé de tous les autres candidats qui ont tous grise mine (à part lui qui semble bénéficier d’un traitement de faveur coloré et adouci…)

Le beau parleur qui siphonne le parti socialiste en ralliant les soutiens sait séduire. « Je vous aime farouchement mes amis » lançait-il à ses militants à Lyon. Et pourtant les affaires sont là :

  • Jean-Jacques Mourad, cardiologue, spécialiste de l’hypertension et conseiller santé d’Emmanuel Macron, a empoché plus de 80 000€ pour des interventions payées par Servier entre 2013 et 2016. Et Emmanuel Macron, dans son programme santé, souhaite le « rétablissement de la prise en charge à 100% des formes sévères de l’hypertension artérielle« , spécialité du laboratoire Servier. Il a fallu un tweet du Formindep pour faire tomber le bonhomme. Quelques heures après les révélations, le conseiller a quitté l’équipe de campagne. Pour autant, son frère, Bernard Mourad, ancien banquier conseiller de Patrick Drahi, patron de SFR, Libération, BFM TV ou L’Express, entre autres, reste toujours aux manettes comme conseiller spécial de Macron.
  • Anne Jouan, dans Le Figaro, pousse le bouchon peut-être un peu loin en relevant qu’il reste auprès de Macron un conseiller Santé, le Pr Jérôme Salomon. « L’homme n’est pas un inconnu : c’est un «Kouchner boy», et un proche de Didier Tabuteau, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner au ministère de la Santé et premier directeur de l’Agence du médicament de 1993 à 1997… à des dates clés du Mediator. La boucle est bouclée.« 
  • surnommé « le vrai patron de Macron » (Le Point), Jean-Marc Borello est le monsieur social de Macron, potentiellement ministrable. Il est à la tête du Groupe SOS, 15 000 salariés et 800M€ de CA. Accessoirement, il fut gérant d’une boîte de nuit parisienne, le Palace, et condamné à ce titre à 6 mois de prison avec sursis en 1999 pour avoir « facilité le trafic et l’usage de stupéfiant« . « Un comble pour cet ennemi de l’addiction » qui fut nommé chargé de mission à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) en 1982 titrait Libé en 2013. Mais certainement une épine dans le pied de Macron qui vient tout juste de présenter son « plan de moralisation de la vie politique » impliquant l’impossibilité pour un élu de posséder un casier judiciaire.

Le « candidat du Siècle« , au programme attrape-tout et encore flou, n’est pas exempt de conflit d’intérêts. Pourtant les affaires retombent comme des soufflets. Au cours du débat télévisé, Benoît Hamon ne s’est d’ailleurs pas privé de piquer le candidat au sujet de ses accointances avec les lobbies : « Pouvez-vous prendre l’engagement ici, parmi ces personnes qui ont fait des dons, n’y a-t-il pas plusieurs cadres de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie chimique ? » a-t-il lancé.

Le débat d’hier soir a confirmé son art consommé de la rhétorique mais révélé par certains aspects son manque d’épaisseur et d’expérience que beaucoup d’adversaires lui reprochent. « Plutôt à l’aise dans la riposte, il l’a moins été dans l’explication de son projet. Emmanuel Macron semble avoir été prisonnier de son positionnement, ni à droite ni à gauche, distribuant les bons points aux uns et aux autres selon les sujets. Une volonté d’apparaitre pragmatique qui lui a fait prendre le risque d’être flou. » analysait Vanessa Schneider pour Le Monde.

Ah oui. J’oubliais. Rassurez-vous. Le débat n’a pas évoqué -ou survolé de très haut- les questions de santé et de sécurité sociale. Comment pouvait-il en être autrement ?

RSI: pourquoi la décision de la Cour de Cassation du 7 mars est toxique

Un certain nombre d’adversaires du RSI s’est félicité de la décision du 7 mars 2017 de la Cour de Cassation, comme s’il confortait une mise en cause du régime imposé par la loi en 2005. Il me semble au contraire que cet arrêt constitue une menace pour la bonne cause. Voici pourquoi…

Le fond de l’arrêt de la Cour de Cassation

Sur le fond, l’arrêt de la Cour de Cassation annule un arrêté ministériel d’extension de 2006 rendant obligatoire un contrat monopolistique d’assurance complémentaire santé dans la branche de la boulangerie. Cet arrêté étendait un accord de branche, créant un « régime de branche » désignant AG2R comme assureur unique de la branche. Cette désignation, qui s’imposait à toutes les entreprises de la branche, y compris aux entreprises qui avaient déjà choisi d’assurer leurs salariés chez un autre assureur, s’était faite sans aucun appel d’offres, dans des conditions largement évoquées dans nos colonnes.

La Cour de Cassation a appliqué un arrêt préjudiciel de la Cour de Justice de l’Union Européenne qui, en 2015, avait considéré que cette désignation était contraire à l’article 56 du Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE). En effet, l’absence de publicité préalable à la passation de ce marché viole les principes de libre circulation des marchandises dans l’Union et de libre accès aux services du marché unique.

La Cour de Cassation n’a pas dit autre chose.

En quoi cet arrêt confirme le monopole du RSI

Dans l’hypothèse où cet arrêt pourrait avoir un lien avec le monopole du RSI, on constatera logiquement que cette décision de la Cour de Cassation est néfaste pour ceux qui le combattent.

En effet, dans son arrêt, la Cour ne conteste pas l’existence d’un monopole en protection sociale. Elle en conteste ici les modalités d’attribution. De ce strict point de vue, il ne faut commettre aucune méprise. La Cour de Cassation n’a pas entamé le principe du monopole d’un seul acteur dans le domaine de la protection sociale. Elle l’a au contraire sanctuarisé, en expliquant simplement qu’il fallait respecter les règles de désignation de l’assureur pour que le monopole puisse se mettre en place en conformité avec le droit de l’Union.

RSI et concurrence

Mais, sur le fond, redisons-le: aux termes du droit de l’Union, le RSI n’est pas concerné par cette décision de la Cour, dans la mesure où il est, par la loi nationale, un organisme de sécurité sociale. De fait, l’Union reconnaît la possibilité d’imposer des régimes obligatoires de sécurité sociale qui échappent à la concurrence. Diverses jurisprudences de la Cour de Justice l’ont d’ailleurs reconnu.

Le principe est ici assez simple économiquement à comprendre: l’Union considère que, pour éviter la concentration du « mauvais risque » sur les régimes publics, les Etats membres ont le droit d’imposer des systèmes de solidarité regroupant tous les assurés concernés par le régime en question. Elle considère que l’équilibre économique du contrat justifie cette position monopolistique.

Comment combattre juridiquement le RSI?

Juridiquement, donc, le combat contre le RSI au nom du droit communautaire est perdu d’avance.

En revanche, deux pistes mériteraient d’être explorées, qui ne le sont pas aujourd’hui.

La première consiste à expertiser la légitimité d’un régime de sécurité sociale contraignant pour les non-salariés. En apparence, le règlement de coordination des régimes de sécurité sociale dans l’Union le permet. Une étude plus approfondie mériterait d’être menée sur ce point pour dépasser les apparences et rappeler que la sécurité sociale fut inventée pour protéger les salariés et que la rendre obligatoire pour les indépendants est contraire au bon sens.

La seconde consiste à mettre en évidence l’insuffisance de la loi française qui crée, avec le RSI, un organe de droit privé chargé d’une mission d’intérêt général. Je partage assez l’avis que cette forme bâtarde pose problème. Mais elle doit être posée devant le Conseil Constitutionnel au travers d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC).

Un sujet qui mérite d’être posé au calme…

Le Roux: le népotisme, ce cancer de la Vè République dont on a longtemps tu le nom

Le népotisme (les faveurs accordées aux membres de sa famille, officielle ou non) est devenu un principe de gouvernement dans la Vè République, qu’une certaine police de la pensée a longtemps interdit d’évoquer (sous l’accusation immédiate de jalousie ou de mesquinerie). À force de nier les évidences et de persécuter tous ceux qui disaient « le roi est nu », l’élite dirigeante a créé une impressionnante cocotte minute, avec, d’un côté, des puissants qui ont abusé d’un système, et des assujettis qui rejettent celui-ci d’autant plus violemment qu’ils ont dû le subir sans mot dire.

Fillon, Le Roux: les faces émergées d’un iceberg global

Les affaires Fillon, comme Le Roux, ne sont guère que l’aboutissement d’un processus de décomposition politique entamé depuis plusieurs décennies. Peu à peu, le principe de la dynastie a remplacé l’égalité des chances républicaines. Avec de moins en moins de gêne, l’élite française a assumé la préférence accordée aux fils ou aux filles « de », et les droits dérivés que la filiation procurait.

Faut-il citer les innombrables dynasties qui se sont imposées un peu partout? Dans les medias, par exemple? avec les Drucker, par exemple. Dans l’intelligentsia? avec les Todd et maintenant les Glucksmann. Au cinéma? Avec les Lellouche, les Gainsbourg, les Bohringer. Partout, la Vè République a accepté comme normal un fonctionnement où l’on fait croire qu’il existe une parfaite égalité entre ceux qui doivent se faire un nom et ceux qui doivent se faire un prénom.

De glissements en dérapages, plus personne ne trouve donc choquant d’utiliser sa situation sociale pour favoriser ou enrichir ses enfants.

Le silence longtemps imposé sur ces pratiques

Par peur de déplaire et d’être taxé des pires bassesses par ceux qui ont tiré profit du système, le silence s’est imposé. Il a longtemps été de bon ton d’expliquer qu’un enfant bien né ne réussissait pas de façon déloyale, mais seulement par son talent. La fiction d’une égalité des chances, d’un fonctionnement normal du système, est devenue le récit obligatoire et mensonger d’une société atteinte par ce cancer létal.

Les initiés du système le savent. Tiens… je me souviens, lorsque j’étais à l’ENA, d’un Préfet (militant PS) qui fut mon maître de stage et qui avait connu Martine Aubry lorsqu’elle faisait sa scolarité dans cette école. Il se plaisait à raconter combien le caractère de l’intéressée était épouvantable et moyennement porté sur l’effort. Il concluait toujours: « Vous savez, Eric, être l’enfant de quelqu’un, dans la République, ça aide… »

Bien entendu, que la Vè République a lentement dérivé vers un système aristocratique de reproduction des élites particulièrement grossier, et d’autant plus grossier qu’il était interdit d’en parler. Le silence a permis la généralisation des métastases, tout comme il a dissimulé un rejet virulent de son fonctionnement.

Une maladie de droite comme de gauche

L’erreur serait de croire qu’un « camp » politique pratiquerait plus le népotisme que l’autre. L’affaire Fillon, comme l’affaire Le Roux, le montrent. Les partis de gouvernement souffrent tous, autant qu’ils sont, de ce mal insidieux. Par exemple, l’occultation jusqu’à ces dernières semaines, des collaborateurs parlementaires, a permis la généralisation de pratiques qui choquent profondément des Français précarisés par la crise.

Pendant que beaucoup cherchent des emplois, ils s’aperçoivent que leur député peut recruter ni vu ni connu sa femme ou ses enfants, et leur assurer des salaires confortables aux frais du contribuable, sans aucun effort et sans rendre aucun compte. Tous les Français ont entendu des politiciens professionnels arrogants comme Claude Bartolone leur expliquer que la transparence sur toutes ces affaires n’était rien d’autre que du populisme et de la démagogie.

Ah! les belles leçons de morale sur le front républicain contre le populisme! on les comprend mieux maintenant! République, que d’emplois fictifs on recrute en ton nom…

La fausse illusion du Front National

Ceux qui se tournent vers le Front National pour secouer le cocotier sont évidemment prisonniers d’une illusion, nécessaire à certains égards mais tragique. Nécessaire partiellement parce qu’on peut comprendre que, face aux résistances d’une caste dirigeante en pleine réaction nobiliaire, l’opinion publique parie sur un parti vierge de tout passé gouvernemental pour changer la donne. Mais si l’on se souvient que le Front National fait pratiquement partie intégrante du patrimoine familial de la dynastie Le Pen, on mesure immédiatement l’illusion qu’il y a à croire que ce parti remettra en cause la tradition du népotisme.

Ceux qui ont tenté, d’ailleurs, de faire du FN un parti non patrimonial ont vécu le pire. Faut-il citer les Mégret, les Gollnisch, et autres, qui ont un temps imaginé à leur détriment pouvoir prétendre à une vie démocratique? Redisons-le ici, Florian Philippot, qui donne le sentiment d’une ouverture du parti à autre chose que la famille subira rapidement les foudres de ses « amis » une fois le pouvoir conquis.

Le népotisme s’ajoute aux connivences coupables

Si le népotisme était la seule tumeur qui attaque nos élites, nous pourrions imaginer qu’un traitement médical, chirurgical, serait possible. Mais ce népotisme s’ajoute aux autres maux que les lecteurs de ce blog retrouvent souvent dénoncés dans ces colonnes. La République n’est pas seulement mal en point parce qu’on y préfère un fils ou une fille médiocre à un inconnu, un « parvenu » compétent. Elle est aussi en plein déclin parce qu’on y préfère un médiocre qui compose avec les tares du système à une personnalité compétente qui veut remettre de l’ordre raisonnable dans les choses.

Prenons l’exemple de Bruno Le Roux qui a recruté ses filles encore mineures comme collaboratrices parlementaires (on entend d’ici ses ricanements devant bobonne en évoquant le « bon coup » qu’il jouait au système et en balayant d’un revers de la main les objections qu’elle pouvait faire par la phrase toute faite: « avec tous les efforts qu’on fait, avec tout le temps qu’on donne, on a bien droit à ça »). L’impétrant fut, à la fin des années 90, vice-président de la MNEF, où il a croisé des tas de gens sérieux comme Dominique Strauss-Khan ou Manuel Valls.

Ce petit monde de la MNEF présente aujourd’hui une impressionnante galerie de portraits qui se tiennent par la barbichette, jusque dans des affaires crapuleuses dont on ne finira pas de raconter les détails dans cent ans encore…

L’inévitable curée des élites due à la réaction nobiliaire

En réalité, la France connaît un cycle historique régulier. De loin en loin, ses élites se forment, se figent, se reproduisent entre elles jusqu’à la dégénérescence des tarés, se crispent sur leurs privilèges, puis subissent une vaste purge avant de recommencer. Ce processus a lieu sous nos yeux. La démission d’un Le Roux n’est qu’un épiphénomène et un cap dans un processus de désintégration dont on espère qu’il ira jusqu’au bout.

La France a besoin de renouveler ses élites pour retrouver sa grandeur. Et comme ses élites incompétentes actuelles s’accrochent au régime comme une moule à son rocher… il faudra bien les déloger d’une façon ou d’une autre.

Premier débat de marquage à la culotte présidentielle

Le premier débat entre les cinq candidats favoris de la présidentielle ne devrait fondamentalement pas bouleverser la donne dans la course à l’Elysée. Il est plus marqué par une série de marquages à la culotte entre chacun des participants, sans qu’il soit possible de dire si l’un ou l’autre aurait pris de l’avance sur les autres.

Un débat d’observation

En soi, la nouvelle n’a rien d’étonnant. La forme même de ce type de débat contraint de fait à limiter les confrontations individuelles et tend à figer chacun sur des positions balisées à l’avance. La présence de cinq orateurs oblige à des approches transversales et collégiales, où chaque thème est abordé après le suivant dans le respect global d’un temps de parole où aucun candidat n’a intérêt à gaspiller de précieuses secondes en harponnant ses contradicteurs.

C’est donc à peine si l’on a entendu Jean-Luc Mélenchon interpeler Marine Le Pen ou François Fillon, et si l’on a entendu Marine Le Pen interpeler Emmanuel Macron. L’exercice se prête peu à ces dérapages.

On ajoutera qu’il peut exister un véritable danger à jouer la carte de la polémique dans ces émissions. La présidentialisation d’un candidat ne passe pas forcément par une entrée dans la mêlée.

Marine Le Pen et Fillon évitent le pire

Les amateurs de saignée resteront donc sur leur faim. En particulier, les affaires ont été peu évoquées. Marine Le Pen et François Fillon s’en tirent à bon compte.

À de nombreux égards, François Fillon peut sortir satisfait de cette séquence audio-visuelle où il a pu parler économie et projet sans être renvoyé à ses scandales personnels. Beaucoup de Français auront vu un candidat déterminé, doté d’une vision économique et convaincu de la nécessité de la mettre en place sans état d’âme. Cette vision s’est détachée notamment sur la question de la sécurité où l’ancien Premier Ministre a répété de façon assez courageuse que la création de postes supplémentaires ne pouvait être la seule façon de répondre à la montée du terrorisme.

De son côté, Marine Le Pen a au moins pu savourer sa participation à un débat qui marquait la fin de sa diabolisation. Il y a quelques mois encore, la perspective d’occuper le même plateau de télévision que ses adversaires ne coulait pas de source. Son discours a-t-il convaincu les indécis? Rien ne le prouve, mais elle a en tout cas montré qu’elle n’avait pas commis de faux pas.

Attention à la présidentialisation de Hamon

Certains commentateurs ont pointé la relative discrétion de Benoît Hamon. Celle-ci peut l’avoir servi. Hamon, sans rien perdre de sa pugnacité, a en effet montré qu’il pouvait se situer au-dessus de la mêlée et modérer ses propositions pour éviter de diviser. Auteur de piques contre Marine Le Pen, il a assumé avec une certaine audace une ligne plutôt islamophile sur la laïcité, affirmant qu’il fallait protéger le droit des femmes à porter le voile.

Il n’est pas sûr que cette sortie le réconcilie avec les féministes, mais elle a marqué une vraie différence du candidat socialiste sur la question identitaire.

Macron et les spéculations de la presse

La performance d’Emmanuel Macron est probablement celle qui donnera lieu aux appréciations les plus divergentes. Certains organes de presse ont d’ores et déjà clamé qu’il avait été le plus convaincant. Dans la pratique, le candidat d’En Marche a donné peu d’idées ou annoncé peu de mesures concrètes. À plusieurs reprises, il s’est même livré à des passes d’armes avec Marine Le Pen et à quelques pics contre François Fillon ou Benoît Hamon, dont il n’est pas sûr qu’elles aient contribué à sa présidentialisation durable.

Il faudra voir dans la durée si ce type de stratégie est porteur.

Mélenchon tel qu’en lui-même

Reste la prestation de Jean-Louis Mélenchon, qui n’aura surpris personne. Moqueur, parfois drôle, rôdé au débat, Jean-Luc Mélenchon a occupé la scène, déversant sans relâche ses idées post-prolétariennes sur l’opinion. Là encore, de là à penser qu’il a convaincu, il existe une marge. La saturation du temps de parole et les points remportés dans les duels ne sont pas forcément garants de popularité.

Non, l’économie française ne crée pas d’emplois marchands! elle en perd…

On a pu lire ces derniers temps une opération de propagande téléguidée affirmant que l’économie française (re)créait des emplois marchands. C’est évidemment un fantasme. Il suffit de lire les statistiques de la DARES parues hier pour comprendre le phénomène de destruction en profonde de l’emploi marchand en France depuis une quinzaine d’années…

La baisse des emplois marchands depuis 10 ans en France

Ce tableau extrait du document de la DARES résume parfaitement la situation:

Depuis 2007, la France a officiellement gagné 41.500 emplois sur un total de plus de 18 millions, soit 0,2% en tout. Autant dire que l’emploi a stagné en France en 10 ans. Mais… ce qu’on ne dit pas clairement, c’est que ce chiffre n’inclut pas les pertes vertigineuses du secteur agricole. En incluant l’agriculture, la France a perdu des emplois, dans des proportions que les statistiques publiques dissimulent.

Examinons maintenant les chiffres officiels dits des « secteurs concurrentiels ». Ceux-ci incluent tout de même le « tertiaire non marchand », c’est-à-dire les associations.

Si l’on extrait les sommes qui vont bien, on s’aperçoit que, en 10 ans, la France a perdu 500.000 emplois industriels, et 200.000 emplois dans le bâtiment, intérim compris, soit un total de 700.000 emplois.

En contrepartie, elle a créé 474.000 emplois dans le tertiaire marchand.

Concrètement, la France a donc perdu 225.000 emplois marchands en dix ans… soit une baisse d’environ 1,5% de la masse d’emplois marchands depuis la crise de 2008.

C’est par le recours au tertiaire non marchand que l’équilibre, hors agriculture, que l’équilibre se fait.

Bref, la France a perdu une quantité importante d’emplois marchands depuis 10 ans.

Le beau cadeau de Hollande à un député copain-coquin

Nommer un député haut fonctionnaire à la fin de son mandat! Hollande a offert plusieurs cadeaux à ses amis politiques avant de quitter l’Elysée. Celui qu’il a offert la semaine dernière méritait d’être signalé. Il s’agit de la nomination de Pascal Terrasse, député socialiste de l’Ardèche et spécialiste des questions de dépendance (et de santé) comme inspecteur général de l’administration du développement durable.

Le député Terrasse et ses petits arrangements

On s’amusera, au passage, de lire les propos successifs de Pascal Terrasse, soutien initial d’Emmanuel Macron.

Ainsi, en octobre, l’intéressé déclarait:

Je garde une vraie amitié pour Emmanuel Macron. Qu’il ait démissionné du gouvernement, c’est bien… si c’est pour porter des idées. Mais il commet une erreur de stratégie en envisageant de se présenter à l’élection présidentielle. Je le soutiens donc tant qu’il n’est pas candidat. Le jour où il est candidat, ma position pourrait bien changer.

L’expérience montre qu’un député socialiste qui annonce un revirement est généralement un député socialiste qui attend un cadeau.

En janvier, le même Terrasse déclarait:

Le député socialiste de l’Ardèche ne soutiendra pas Benoît Hamon s’il remporte la primaire de la gauche dimanche prochain. Si Manuel Valls était battu, l’Ardéchois rejoindrait Emmanuel Macron. Il l’a annoncé ce lundi matin sur France Bleu Drôme Ardèche.

Nommez-moi inspecteur général, ou je soutiens Macron!

Finalement, Pascal Terrasse a eu le bon goût d‘annoncer, le 6 mars, son retrait de la course politique sans mentionner de soutien à quiconque. On ne sait jamais, pour la suite, vaut mieux ne pas insulter l’avenir. Mais, le 6 mars, il n’a rien dit sur sa brutale reconversion professionnelle…

La LURA, le Trafalgar de Touraine contre les indépendants

Entrepreneurs, avez-vous entendu de la LURA, la liquidation unique des régimes alignés? Prévue par la loi du 20 janvier 2014, cette disposition vise à simplifier la liquidation des « polypensions ». En apparence, la mesure est heureuse et positive. Mais, comme toujours, le diable est dans les détails. Pour les entrepreneurs, ces détails risquent d’être douloureux.

La LURA, c’est quoi?

Dans la pratique, la LURA prévoit que les assurés polypensionnés des régimes alignés verront leur retraite liquidée par leur dernier régime d’affiliation. Les régimes alignés englobent le régime général, le régime agricole et le régime des indépendants, le fameux RSI. Les fonctionnaires et les ressortissants de régimes spéciaux échappent donc à la mesure. Bien joué!

Le diable est dans la LURA

À compter du 1er juillet 2017, les liquidations des polypensions vont faire l’objet d’un changement des règles du jeu. Plusieurs mesures, citées dans un document de la DREES présenté au Conseil d’Orientation des Retraites début mars a très bien fait le point sur ce sujet sensible.

D’une part, les temps de polyaffiliation seront écrêtés à une année maximum (quatre trimestres). Autrement dit, les cotisants vont perdre des trimestres cotisés qui ne seront plus retenus dans le calcul de leur retraite. En outre, les salaires annuels moyens sont annualisés, ce qui pénalise directement les cotisants au… régime social des indépendants et au régime agricole qui disposaient de salaires fluctuants.

Enfin, le taux de proratisation entre régimes (qui permettent de calculer la part de chaque régime dans la retraite finale) sera également écrêté.

Les entrepreneurs, grandes victimes de ce système

Comme par hasard, les principales catégories concernées par ces mesures sont les entrepreneurs et les professions libérales. Ce tableau de la DREES permet de le vérifier:

On le voit, 48% des affiliés sont concernés par la mesure touchant les polyaffiliations. Et parmi cette population concernée, les indépendants et les professions libérales représentent 18,6 points. Soit 40% de la population visée, quand les indépendants représentent moins de 10% de la population active.

Autrement dit, la LURA a bien visé à faire un sort tout à fait particulier à ces affreux indépendants qui ont pris des risques dans leur vie professionnelle.

Combien de personnes y laisseront des plumes

Pour mesurer les dégâts, on examinera attentivement le tableau qui suit:

Les petits traits bleus montrent la part des polypensionnés qui perdront des trimestres à compter du 1er juillet 2017 du fait des nouvelles méthodes de calcul. Les traits verts correspondent à la part de pensionnés qui seront gagnants. On le voit, au moins 40% des polypensionnés laisseront des plumes dans la réforme.

NE MANQUEZ PAS LES CONSEILS D’EMMANUELLE SALE SUR CE SUJET

Mais, officiellement, Marisol Touraine n’a pas touché aux pensions.