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Mois : août 2017

3 contre-vérités assénées par Macron dans son interview au Point

L’interview de Macron au Point est un exercice de communication qui montre combien le Président se gargarise de mots mais vit complètement coupé des réalités concrètes. On peut se demander s’il mesure la portée concrète des décisions qu’il prend…

Macron mesure-t-il réellement la portée des décisions qu’il prend? La lecture de son interview-fleuve au Point permet d’en douter. Voici trois exemples précis, et non des moindres, qui permettent de nourrir le doute.

Plus de libertés pour les entreprises? Vraiment?

Macron, dans son interview, explique (page 35), à propos des ordonnances:

« Cette réforme est ambitieuse pour aider nos PME-TPE à créer de l’emploi en leur donnant plus de libertés et de sécurité ».

Mais, immédiatement avant, il explique pourquoi il veut renforcer le pouvoir des branches:

« les branches sont indispensables parce que beaucoup d’entreprises, mal outillées ou trop petites, ne peuvent ou ne souhaitent pas négocier des accords complexes. Et puis n’oublions pas que la branche évite aussi une forme du dumping entre les entreprises. (…) On peut organiser la concurrence, mais en la régulant, sans faire du moins-disant permanent sur les standards sociaux ».

Donc, on « régule » la concurrence, on l’organise par des accords de branche. Ce qui signifie donner plus de libertés aux entreprises.

Plus de régulation, plus de règles: voilà la liberté selon Macron…

Une fiscalité qui encourage le financement des entreprises? Vraiment?

Autre contradiction flagrante dans l’interview d’Emmanuel Macron: le financement des entreprises. Le Président explique:

« Je veux une fiscalité qui incite à investir son argent dans les entreprises, dans l’économie réelle, celle qui crée de l’activité et des emplois, pour laquelle le financement par la dette n’est pas approprié car le niveau de risque est trop élevé. »

Mais alors pourquoi créer une flat tax de 30% sur les revenus du capital quand ceux-ci, placés en assurance-vie, sont taxés à 23% aujourd’hui?

Dans la pratique, Macron relève de 25% la taxation de l’épargne placée en actions… lorsqu’elle l’est sous forme d’assurance-vie (soit plusieurs centaines de milliards aujourd’hui). Mais il explique qu’il faut baisser la fiscalité sur le financement de l’entreprise…

La baisse de l’impôt sur les sociétés

Macron, comme Édouard Philippe, présentent leur politique en matière de baisse de l’impôt sur les sociétés comme très favorable aux entreprises.

« Nous baisserons l’impôt sur les sociétés, au cours du quinquennat, jusqu’à 25% »

Sauf que… cette mesure retarde les promesses faites par le gouvernement précédent. Rappelons ici que Michel Sapin, sous la pression du Parlement, s’était engagé à baisser cet impôt à 28% en 2020.

Dans la pratique, Emmanuel Macron ne tiendra pas ce calendrier et va retarder les baisses d’impôt actées par la loi de finances 2017.

Presse subventionnée: Macron donne un gros coup de pouce financier au Point

Macron vient de donner un très beau coup de pouce financier au Point, en accordant à cet hebdomadaire une interview exclusive à laquelle il est impossible d’échapper. Le Point perçoit par ailleurs près de 4 millions de subventions du gouvernement.

Il faut donc payer 4,5€ pour lire l’interview du président de la République. L’intéressé a refusé l’interview du 14 Juillet, dont le prix est inclus dans la redevance télévisuelle, et il préfère réserver ses propos en exclusivité à un hebdomadaire par ailleurs lourdement subventionné.

Deux petits constats malicieux.

Le Point coûte aussi cher que la baisse de l’APL

Cet été, la polémique a fait rage sur une baisse de 5 euros de l’APL. C’est à peu près le prix d’un numéro du Point. On sait donc désormais à quoi correspond le prix de la parole présidentielle.

Dans son interview, Macron souligne que les jeunes sont les grandes victimes de la société française. M’enfin, j’imagine que ceux qui vont voir leur APL sucrée de 5 euros manqueront d’appoint pour acheter le journal où le Président se fait leur porte-parole imaginaire.

En tout cas, imaginer que tous les Français ont dans la poche 4,5€ pour acheter un hebdomadaire où leur Président s’exprime témoigne d’une singulière méconnaissance de la réalité française. Le vecteur de cet interview est fondamentalement élitiste.

Aider Le Point après avoir recruté Bruno Roger-Petit: la subordination de la presse continue

On s’étonnera quand même du cadeau financier qu’Emmanuel Macron vient d’offrir à un hebdomadaire subventionné. Le bon sens eut été, au minimum, de choisir trois titres pour une interview groupée, mieux représentatifs de l’opinion.

Les propriétaires du Point ne se plaindront pas, au demeurant, de ce cadeau qui leur est fait. Selon les derniers chiffres, la diffusion de l’hebdomadaire a baissé de 25% depuis 2012, et cette tendance semble irrépressible.

Le Président vient d’offrir un coup de pouce et d’enrayer, pour une semaine au moins, le déclin du titre. Après le recrutement de Bruno Roger-Petit à l’Élysée, Macron ne ménage donc ni son temps ni sa peine pour sauver l’emploi dans la presse papier.

Mailly, cardinal protodiacre d’un pontificat jupitérien mort-né

Au Vatican, le cardinal protodiacre est chargé de prononcer la fameuse phrase « Habemus papam », lorsque le conclave s’accorde sur un nom pour la tiare pontificale. C’est un peu ce rôle que Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, vient de jouer en annonçant que sa confédération ne défilerait pas contre les ordonnances avant le dévoilement de celles-ci. Ce ralliement précoce à la cause du gouvernement est un mauvais signal pour les chefs d’entreprise.

Il faut, bien entendu, attendre le texte officiel, gardé secret jusqu’à la dernière minute. Sauf que Jean-Claude Mailly a indiqué aux Échos que son bureau confédéral s’était opposé à la présence de FO à la manifestation du 12 septembre contre la réforme.

Selon Mailly, le gouvernement a en effet joué le jeu de la concertation et a su lâcher, sur le pouvoir des branches professionnelles, les concessions nécessaires pour s’attirer les bonnes grâces de sa confédération. Cette remarque est en soi une indication majeure sur les risques encourus par les entreprises: loin des annonces initiales du gouvernement, un dosage plus favorable aux branches paraît avoir été lâché.

Mailly le protodiacre profite de l’impopularité de Macron

Il faut dire que les syndicats jouent sur du velours à l’occasion du dévoilement des ordonnances. L’impopularité grandissante d’Emmanuel Macron, alors même que son mandat débute à peine, place le gouvernement en position de faiblesse face aux corps intermédiaires susceptibles de le chahuter.

Macron a donc beau jeu de préserver les apparences du « maître des horloges », on sent poindre la panique à la tête de l’exécutif. Ce n’est en tout cas pas le moment de se mettre à dos la totalité des syndicats, quitte à prendre des mesures contre-productives sur le fond.

Le danger du renforcement des branches

En l’espèce, le renforcement du rôle des branches constitue un reniement en beauté des intentions mêmes qui avaient porté les ordonnances. Les branches, comme le rappelle Mailly, visent à raboter les éléments de compétitivité qui favorisent les entreprises les plus innovantes. Renforcer la branche, c’est récompenser les médiocres en engluant les meilleurs dans des règles complexes.

On comprend que les organisations syndicales adorent l’idée, surtout qu’elles tirent d’ordinaire des financements plus ou moins occultes des dispositifs paritaires dont les branches raffolent. En revanche, on comprend mal ce que le gouvernement va faire dans cette galère, en dehors, bien entendu, d’un apaisement des relations avec les syndicats.

Des calculs personnels de Mailly?

Les observateurs du monde syndical n’ignorent pas que le contexte personnel de Jean-Claude Mailly n’est pas sans influence sur les positions de FO. Le secrétaire général achèvera son mandat courant 2018. Selon ses propres aveux, il entend rester actif.

Certains lui prêtent l’intention de jouer un rôle à l’OIT. Pour lequel il a besoin du soutien du gouvernement.

Tout ceci ne fera pas les affaires des entreprises.

« Nous avons fait notre travail de syndicalistes pragmatiques qui est de discuter point par point, et nous nous positionnerons à la fin sur ce qui va, et ne va pas »

Bruno Roger-Petit, ou la presse subventionnée jusqu’à l’écoeurement

Bruno Roger-Petit, éditorialiste de Challenges, vient d’être nommé porte-parole de l’Élysée. Cette nomination constitue un aboutissement logique pour un journaliste épinglé par sa propre rédaction pour son soutien excessif à Emmanuel Macron durant la campagne électorale. Dans la France de Macron, la subordination de la presse au pouvoir atteint des sommets.

Durant la campagne électorale, tous ceux qui ont osé interroger ouvertement les relations de subordination malsaine entre Emmanuel Macron et la presse subventionnée ont fait l’expérience du bannissement. Pourtant, l’entourage de celui qui est devenu Président n’a pas ménagé les pressions outrancières vis-à-vis de tout ce qui ne se montrait pas complaisant à l’égard de leur candidat.

Il n’aura pas fallu trois mois pour que les pots aux roses apparaissent. L’un des éditorialistes les plus courtisans envers le candidat Macron vient d’être nommé porte-parole de l’Élysée.

Cette collusion était bien connue avant même l’élection du Président. Mais il était de fait impossible de l’aborder publiquement sauf à passer pour complotiste, ou fasciste, ou je ne sais quoi de peu enviable.

Étrange destin d’un pays où le déni des évidences atteint parfois des paroxysmes de fièvre paranoïaque.

Challenges, l’un des titres les plus subventionnés au numéro

On notera avec amusement que Bruno Roger-Petit est un habitué de la subvention publique. Dès aujourd’hui, il vit avec l’argent du contribuable pour défendre chaleureusement un Président qu’il avait qualifié, dans l’un de ses éditoriaux, d’intellectuel. Mais hier déjà, il était rémunéré par le contribuable… partiellement en tout cas.

Challenges est en effet l’un des titres les plus subventionnés de France. Au numéro en tout cas. On nous permettra de souligner que cette façon de subventionner la presse constitue quand même une vilaine manie qui instaure, qu’on le veuille ou non, un rapport de subordination de la presse envers les pouvoirs publics au sens large.

On vient d’en avoir une nouvelle preuve avec ce nouveau porte-parole de l’Élysée.

Des subventions pour faire taire la vraie presse?

La subvention à la presse est un cercle vicieux.

La presse subventionnée est ennuyeuse, convenue, courtisane, consensuelle. Elle se croit sérieuse. Mais elle est si rasoir que personne ne l’achète. Sans subvention, elle est condamnée à mourir.

Plus elle est subventionnée, moins elle fait d’efforts pour répondre aux attentes de ses lecteurs, et plus elle est rasoir.

Par un étrange retournement des valeurs, ceux qui ennuient leurs lecteurs et survivent grâce aux subventions du pouvoir se présentent volontiers comme les garants de l’indépendance et de l’objectivité face aux mécréants du Net qui seraient partisans et peu crédibles. Cette inversion des valeurs vient d’être mise en lumière avec férocité par la nomination de Bruno Roger-Petit.

En réalité, la prétendue impartialité de la presse subventionnée est désormais bien expliquée aux Français. Répétons-le: la presse « institutionnelle » est à la solde de ses financeurs, même si elle cherche à la faire oublier par des leçons quotidiennes de bien-pensance.

La collusion systémique entre la presse et le pouvoir

Sur le fond, Chomsky a parfaitement analysé le phénomène à l’un des avatars duquel nous assistons aujourd’hui.

Pour obtenir des « scoops », il faut être proche du pouvoir. C’est l’intérêt du secret en politique: il donne de la valeur à ceux qui détiennent l’information. Pour obtenir un scoop auprès d’une personne bien informée, il faut être complaisante avec elle, lui servir la soupe. François Hollande l’avait bien compris.

Donc, le journaliste qui veut des scoops cirent les pompes des puissants. Devenir leur porte-parole, en quelques sorte. On appellera ce phénomène, désormais, la loi Roger-Petit.

Bruno Roger-Petit et la fabrique du consentement

Bruno Roger-Petit donne un bel exemple de fabrique du consentement en démocratie libérale, telle que Noam Chomsky l’a astucieusement démontée. La campagne pour les présidentielles a permis de vérifier le rôle des médias dans la mise en place progressive d’un consensus autour d’une candidature jugée comme seule « démocratique » face à celle de Marine Le Pen parée de tous les oripeaux de l’extrême droite.

Le blog d’Olivier Berruyer donne une bonne analyse des théories de Chomsky sur le sujet.

Le président de Michelin prononce son discours d’investiture à la présidence du MEDEF

Hier, à l’université d’été du MEDEF, Jean-Dominique Sénard, président de Michelin, a prononcé ce qui ressemble à un discours d’investiture à la présidence du MEDEF. Il a dessiné plusieurs lignes de réformes fortes qui devraient faire réagir ses concurrents (s’ils maintiennent leur candidature) et les dirigeants syndicaux de salariés.

Depuis plusieurs semaines court avec une insistance grandissante la rumeur d’une candidature de Jean-Dominique Sénard, président du géant mondial Michelin, à la présidence du MEDEF. L’idée serait notamment portée par le puissant Henri de Castries, assureur bien connu. Elle serait aussi portée par Emmanuel Macron qui souhaite disposer d’une personnalité nouvelle à la tête du MEDEF, capable d’initier un second tour social après la réforme du Code du Travail.

Le discours du président de Michelin avait en tout cas les allures d’un discours d’investiture. Celui qui sera probablement président de la confédération patronale l’an prochain a proposé plusieurs réformes fortes. En particulier, il prône une simplification du paritarisme de gestion, serpent de mer patronal qui a semblé laisser sceptiques ses challengers Roux de Bézieux et Saubot, présents dans la salle.

Pour mémoire, une partie importante du financement du MEDEF dépend de ce paritarisme.

En outre, Sénard a prôné un capitalisme empreint d’humanité, autre formule dont on attend la déclinaison concrète. C’est probablement cette déclinaison qui intéresse Emmanuel Macron et qui explique le soutien de l’Elysée au candidat.

La situation devrait désormais se dénouer rapidement. Sénard a recueilli un chaleureux soutien de la part de l’assistance.

Ce sont les fédérations qui élisent le président du MEDEF, pas les patrons

L’élection à la présidence du MEDEF ne se fait pas au scrutin direct. Ce ne sont pas les patrons qui votent individuellement en faveur du président, mais les fédérations auxquelles ils adhèrent. Si Sénard obtient le soutien des trois fédérations majeures (métallurgie, banque, assurance), son élection est acquise. Sinon…

Licenciement, auto-entrepreneurs: le gouvernement sacrifie l’emploi dans les PME

Comme on pouvait le pressentir, les PME devraient sortir rincées de l’épisode de « réformes » lancées par Emmanuel Macron. Entre renchérissement des indemnités de licenciement et relèvement du plafond d’auto-entrepreneurs, l’addition risque d’être salée. Au point que le choix d’être employeur s’imposera de moins en moins.

Selon l’annonce de Bruno Le Maire, le plafond de chiffre d’affaires pour les auto-entrepreneurs devrait doubler et passer à 66.200€ annuels pour les services, et à la bagatelle de 165.000 euros pour la vente de produits. Cette mesure est loin d’être anecdotique, si l’on se souvient que l’auto-entrepreneur ne paie que 23% de cotisation sur ses revenus au régime social des indépendants, quand les gérants de SARL sont assujettis à une cotisation de plus du double.

Autrement, à excédent brut d’exploitation égal, ceux qui ont fait le choix de recruter des collaborateurs et de se rémunérer comme gérants seront lourdement pénalisés par rapport à ceux qui « externalisent » la main d’oeuvre et optimisent leur gestion.

Cette perspective suscite de nombreuses questions sur l’intérêt de recruter dans les PME.

La question des indemnités de licenciement

Parallèlement, les chefs d’entreprise « en bonne et due forme » risquent de subir de plein fouet une autre mesure. Non seulement, ils devront subir la concurrence accrue d’auto-entrepreneurs regonflés par le relèvement des plafonds de chiffres d’affaires, mais ils pourront moins facilement licencier leurs salariés.

Les ordonnances sur le travail devraient en effet déboucher sur un relèvement de 25% des indemnités de licenciement en contrepartie de la barémisation des dommages et intérêts en cas de licenciement abusif. Les employeurs qui ajustent leur masse salariale à leur activité réelle devront donc payer plus cher, à l’avenir pour réduire les actifs de leur entreprise.

Les choix d’Emmanuel Macron risquent donc de présenter un double inconvénient. D’une part, ils mettront les petits patrons sous pression. D’autre part, ils renchériront le coût du travail pour ceux qui font le choix de recruter.

Une lutte contracyclique contre le chômage

Globalement, les mesures prises de façon éparpillée par le gouvernement, l’une visant à favoriser les auto-entrepreneurs, l’autre visant à favoriser les salariés, auront donc un effet simple. Elles utiliseront les petits patrons comme variable d’ajustement.

Dans la pratique, en effet, pour un excédent brut d’exploitation de 100.000€, l’intérêt pour un entrepreneur sera donc de rester auto-entrepreneur plutôt que de se constituer en SARL. On pourra justifier comme on le voudra cette stratégie, son effet économique est simple: il favorise la pratique de l’auto-entrepreneuriat au détriment du recrutement classique.

Après les longs débats sur l’ubérisation de l’économie, on est au moins fixés sur la stratégie du gouvernement: entre les gros bataillons des grandes entreprises et la concurrence sidérale des auto-entrepreneurs, tout est fait, par petites touches, pour dissuader les entreprises de grandir et de prospérer.

Match auto-entrepreneurs contre artisans: qui gagne le match?

Supposons qu’une activité dans le bâtiment génère 100.000€ d’excédent brut, c’est-à-dire de marge en supplément des salaires versés.

Si cet excédent est versé sous forme de bénéfice au chef d’entreprise, l’imposition sur le revenu se fera sur des bases proches. Simplement, le coût de la protection sociale va du simple au double, à montant égal, selon les statuts.

L’auto-entrepreneur est assujetti à hauteur de 23%. Le gérant de SARL à hauteur de 48%.

Selon les statuts, la différence de rémunération nette s’élève donc à 25.000€, soit 2.000€ par mois.

Les gérants de SARL, s’ils dégagent un excédent brut de 100.000€, ont donc un intérêt objectif à licencier leurs salariés et à leur proposer des contrats sur factures d’auto-entrepreneurs.

Voilà comment une politique micro-économique favorise le chômage.

Travail détaché: comment Macron va dynamiter la sécurité sociale

Le travail détaché prononce-t-il l’arrêt de mort de notre coûteuse et inefficiente sécurité sociale? La hâtive proposition française de faire cotiser les travailleurs détachés aux régimes de protection sociale obligatoires des pays où ils sont détachés est une bénédiction pour tous ceux qui attendent cette annonce avec impatience. Et il n’est pas sûr que les pouvoirs publics français l’aient compris.

La ministre des Affaires Européennes, Nathalie Loiseau, qui est une pure fonctionnaire, n’a probablement pas compris la portée de la proposition qu’elle porte, dans l’ombre du président Macron, sur le travail détaché. Celle-ci consiste à forcer les dits travailleurs à cotiser au régime de protection sociale obligatoire du pays qui les accueille temporairement. Implicitement, cette proposition suppose donc que les travailleurs en question ne cotisent plus, pendant ce temps, dans le régime obligatoire de leur pays d’origine. Sauf, évidemment, à ce que la France invente le principe de la double cotisation obligatoire aux régimes de sécurité sociale: après tout, Nathalie Loiseau, qui a dirigé l’ENA, n’en serait pas à une invention baroque près.

Une proposition sur la sécurité sociale qui paraît séduisante…

En apparence, cette proposition est séduisante et répond à un bon sens économique à courte vue. Puisque les pays à faible coût du travail exporte mieux leurs travailleurs que les pays à coût élevé, yaka rééquilibrer les termes de la concurrence en imposant aux travailleurs détachés le même coût que les travailleurs indigènes. Certes, l’idée va à rebours de l’idée européenne de libre-échange, puisqu’elle consiste à imposer à tous les pays européens le régime social français dès lors que lesdits Européens travaillent en France, mais pourquoi pas…

… mais qui cache beaucoup de surprises

La première petite particularité, qui est aussi une bombe à retardement, de cette idée tellement simpliste qu’elle en devient populiste, c’est qu’elle va coûter très cher aux comptes sociaux. En échange de leurs cotisations à la sécurité sociale française, les travailleurs détachés recevront en effet les prestations pour lesquelles ils cotisent.

Et hop! voilà le chauffeur routier roumain qui, le temps de sa présence en France, réclamera les prestations familiales auxquels il a droit pour sa tribu d’enfants, et ne manquera de les conduire dans nos hôpitaux pour y recevoir tous les soins auxquels ils auront droit. À n’en pas douter, d’ailleurs, les Roumains et les Polonais ne tarderont pas à se battre pour être détachés en France compte tenu des nombreuses opportunités qu’elle offrira.

On peut même parier que l’attractivité de la France ira croissante: tous ceux qui, dans leur propre pays, n’ont pas accès aux soins dentaires ou à une hospitalisation digne de ce nom ne tarderont pas à solliciter le détachement qui va bien le temps de recevoir les soins nécessaires.

Comment la France attirera le mauvais risque

Les assureurs connaissent bien cette formule: les pays de forte protection sociale attireront rapidement le mauvais risque. Autrement dit, l’effet d’aubaine que la proposition française entend créer en Europe attirera sous forme de travail détaché les salariés les plus malades des pays peu protégés socialement. Cette mécanique évidente va créer deux effets pervers.

Premier effet: le nombre de travailleurs détachés augmentera au lieu de diminuer. Beaucoup d’employeurs polonais ou roumains crouleront en effet rapidement sous les candidatures volontaires pour le détachement dès lors que les filières de soins seront en place, que ce soit vers la France ou l’Allemagne, ou l’Autriche, ou les pays du Nord dotés de régimes sociaux généreux.

Deuxième effet pervers: le mauvais risque ne tardera pas à plomber les comptes sociaux de ces pays. Les travailleurs détachés se révéleront en effet des consommateurs assidus compte tenu de l’effet d’aubaine créé par le nouveau système: obligés à cotiser à un dispositif plus coûteux que celui de leur pays d’origine, leur intérêt rationnel sera d’optimiser la dépense, en obtenant le maximum de contreparties…

Un système mal compris de concurrence entre régimes de protection sociale

En réalité, la France n’a pas compris (parce qu’elle est gouvernée par des fonctionnaires qui ne comprennent goutte à cet univers) qu’elle faisait entrer le loup de la concurrence dans la bergerie des régimes de sécurité sociale. Certes, cette entrée n’est pas fracassante. Mais, dans la pratique, la France propose de permettre à un travailleur européen de pratiquer une sorte de cabotage entre régimes de sécurité sociale.

Ainsi, le chauffeur routier roumain pourra, en plus de son régime national, être affilié au régime français, allemand, belge, italien, hollandais, et d’autres encore, selon les missions qu’il accomplit. On s’amuse par avance des efforts qu’il faudra déployer pour coordonner l’usine à gaz…

Justement, la coordination entre les systèmes de sécurité sociale (et notamment de retraite) va très vite poser un problème insoluble que le fameux « esprit européen » tant vanté par Emmanuel Macron obligera à trancher. Si cet « esprit européen » est fondé sur la libre circulation des travailleurs, il imposera très rapidement, et compte tenu du nombre de travailleurs détachés dans l’Union, à reconnaître un droit à la concurrence.

La fin du monopole de la sécurité sociale

Pour le comprendre, il faut « retourner la feuille » et la lire à l’envers. Plus de 200.000 salariés français seraient aujourd’hui détachés dans des pays à faible sécurité sociale. Pour ceux-là, il est évident que la proposition française en matière de travail détaché va poser un problème concret: accepteront-ils de rester détachés s’ils sont contraints de renoncer à leurs droits en France pour cotiser à une retraite roumaine ou à une protection sanitaire locale?

Bien sûr que non, ce qui ouvrira deux hypothèses.

Soit la proposition française est sans alternative, et la France bloquera le processus de détachement des pays « riches » vers les plus pauvres. Elle introduira de fait un mécanisme empêchant le détachement des Français ou des Allemands vers l’Est de l’Europe.

Soit la France concède à ce qui existe déjà en Allemagne: le libre choix du travailleur en faveur d’un régime de sécurité sociale. Le travailleur détaché pourra librement opter pour le régime de sécurité sociale de son choix, à condition d’en payer le prix.

Et voilà comment l’exigence dominante dans la gauche française d’une sécurité sociale suffocatoire et en expansion permanente sera à l’origine de sa propre disparition. Car, à n’en pas douter, l’Allemagne épaulera la proposition française à condition que celle-ci accepte le modèle allemande de concurrence entre les caisses primaires de sécurité sociale.

C’est d’ailleurs la solution réaliste pour la question du travail détaché.

Le modèle allemand de concurrence entre caisses de sécurité sociale

Comme la France, l’Allemagne dispose d’un système de sécurité sociale privée, mais obligatoire. En grande partie, le système français a hérité du système allemand, « importé » lors de l’annexion de l’Alsace-Moselle de 1918.

Il existe toutefois trois différences majeures entre ces systèmes de sécurité sociale.

La première différence tient au faible financement patronal du système allemand. Alors qu’en France, la protection sociale des salariés est financée à plus de 35% par les employeurs, ce taux avoisine les 20% en Allemagne. La stratégie allemande a permis de combattre le chômage de masse.

La deuxième différence tient à l’équilibre des comptes sociaux en Allemagne. Alors que la sécurité sociale française est déficitaire, la sécurité sociale allemande est excédentaire, pour un coût moindre par rapport au PIB.

La troisième différence tient à la concurrence: en France, le système de caisse primaire territorialisée empêche un cotisant de choisir sa caisse d’affiliation. En Allemagne, la sécurité sociale a gardé sa nature professionnelle et les salariés peuvent librement choisir leur caisse d’affiliation.

Gouvernement profond: quand les anti-complotistes voient des complots partout

Les anti-complotistes comme Rudy Reichstadt sont-ils les principaux producteurs des théories du complot? Un article de Rudy Reichstadt sur le gouvernement profond aux États-Unis vient de le montrer une nouvelle fois.

Rudy Reichstadt, animateur de Conspiracy Watch, vient de produire un article sur les critiques de certains trumpistes contre le gouvernement profond qui mérite une lecture divertissante. Rudy Reichstadt fait en effet partie de ces petits chiens de garde de la bien-pensance chargés de désigner les auteurs autorisés et de mettre à l’index un lot grandissant de dissidents. Son credo est celui du complotisme: Reichstadt est là pour nous dire, façon Savonarole, quels livres ont le droit d’être lus et quels livres méritent des autodafés dès lors qu’ils sont produits par des complotistes.

En ce sens, il applique avec une bonne conscience digne d’un inquisiteur le principe selon lequel il n’est pas de sotte manière d’acquérir sa médiatisation, serait-ce en devenant censeur quasi-officiel au service d’une domination culturelle douteuse.

Les anti-complotistes voient des complots partout

Reprenons donc, pied à pied et en la citant laborieusement l’argumentation selon laquelle les théories du gouvernement profond sont complotistes.

Premier point: « l' »Etat profond » existe-t-il vraiment? » se demande Reichstadt. Et là, on se dit que l’article va disserter sur l’existence d’un État profond en examinant les bases scientifiques de cette théorie régulièrement discutée ici. Comme Reichstadt n’est pas complotiste, on imagine qu’il va argumenter.

Après une restitution de la page Wikipédia consacrée au sujet, Reichstadt se lance dans son argumentation:

Si le concept peut faire valoir ses prétentions à rendre compte imparfaitement mais sûrement d’une partie bien tangible de la réalité dans le contexte de régimes semi-démocratiques ou autoritaires comme en Turquie et en Egypte (on parle en arabe de « dawla âmiqa« ), où le pouvoir civil est placé sous la surveillance, voire la tutelle directe de l’armée, il apparaît en revanche autrement plus discutable de parler d' »Etat profond« s’agissant de démocraties libérales politiquement stables, garantissant les libertés publiques fondamentales, dotées de contre-pouvoirs efficients, d’une presse plurale et d’un Etat de droit authentique.

Traduction: une démocratie libérale ne peut pas être sujette à un gouvernement profond. Celui-ci n’existe que dans les dictatures ou les semi-dictatures. D’accord, mais pourquoi? Et comment ne pas constater que cette affirmation se heurte à des évidences simples.

Par exemple, il est évident qu’en France il existe une technostructure qui maintient la pérennité de certaines lignes politiques (l‘histoire réelle de la sécurité sociale en est la preuve) par-delà les élus et la classe politique apparente. Nier le poids de la technostructure dans la prise de décision politique paraît quand même non seulement curieux, mais suspect.

Sur ce point, Reichstadt semble avoir une réponse toute faite: ceux qui affirmeraient qu’il existerait des gouvernements profonds dans les démocraties libérales sont des complotistes.

Comment Reichstadt fabrique des complotistes

Se met alors en marche la machine Reichstadt pour expliquer que toute philosophie de l’histoire ou toute analyse historique fondée sur la responsabilité humaine (à rebours des théories marxistes) est complotiste.

On notera ici les ficelles quasi-grammaticales utilisées pour fabriquer une théorie du complot. D’abord Reichstadt indique qu’Edwy Plenel soutient qu’il existe un État profond en France, qui serait celui de la haute administration. Ensuite, il indique: « Outre-Atlantique, ce sont les médias favorables à Donald Trump qui ont sorti cette expression incroyablement élastique de sa relative confidentialité ».

On remarquera la méthode de Reichstadt: pour savoir si une démocratie libérale peut être sujette à un gouvernement profond, il ne cherche pas des faits, il lit le nom des auteurs. Fidèle à ses réflexes inquisitoriaux, les idées ne l’intéressent pas. Il veut seulement savoir si ceux qui utilisent l’expression « État profond » ont bonne réputation ou pas.

Soit tu es validé par la bien-pensance et ton casier moral est vierge, auquel cas l’expression que tu utilises est acceptable. Soit ton casier est chargé, et l’expression devient interdite. Dans le cas de la théorie du gouvernement profond, Reichstadt rapproche Edwy Plenel et les admirateurs de Trump (catégorie large dont le caractère infamant tient lieu d’argumentation).

Reichstadt égrène ensuite la liste de ceux qui utilisent aussi l’expression d’État profond: Serge Halimi, et Peter Dale Scott, « un professeur de littérature à la retraite qui a fait du concept d' »Etat profond » un véritable fond de commerce« . La rhétorique est ici plaisante, puisqu’elle concentre le fiel de la suggestion négative: Dale Scott est un professeur de littérature, il est à la retraite, et il fait commerce de son expression. Comme Reichstadt a probablement conscience que son argumentation est un peu courte, il la ponctue par la phrase qui tue: « l’éditeur des trois livres traduits en français de Dale Scott soit aussi celui des ouvrages de l’auteur conspirationniste Thierry Meyssan et un proche des militants de ReOpen911. »

Et voilà! la meilleure preuve du caractère conspirationniste de la théorie de l’État profond, c’est Thierry Meyssan a édité la traduction française de Peter Dale Scott.

La technique argumentaire utilisée repose un sophisme vieux comme le monde, qu’on appellera par facilité les chiffons rouges. Il ne s’agit pas d’expliquer pourquoi un gouvernement profond ne peut exister dans une démocratie libérale, il s’agit paresseusement d’expliquer que tous ceux qui le pensent ont mauvaise réputation, et même qu’ils sont complotistes. La preuve, Meyssan a publié une traduction en français qu’un livre qui défend cette théorie.

Cette technique peut être déclinée à l’infini, façon poèmes jaculatoires de l’Église. Ainsi, Reichstadt continue son numéro de Savonarole:

D’Alain Soral à Eric Zemmour ou Aymeric Chauprade en passant par Stephen Bannon, Alex Jones et l’animateur de la chaîne Fox News, Sean Hannity, chacun dispose avec cette notion mal dégrossie d' »Etat profond » du sésame qui lui manquait pour raconter à peu près n’importe quoi sans jamais avoir à le prouver. Ainsi a-t-on vu le site d’extrême droite américain Breitbart accuser l' »Etat profond » d’avoir organisé la fuite d’informations sur Trump au New York Times et au Washington Post.

Le lecteur distrait ou naïf ne s’aperçoit alors pas clairement que Reichstadt vient de lui expliquer par suggestions progressives qu’Edwy Plenel et Alain Soral c’est la même chose, que Mediapart, Fox News ou Breitbart, c’est la même veine. Joli numéro de petit commissaire politique!

Le zéro pointé de Reichstadt en philosophie de l’histoire

Comme Reichstadt sent bien qu’il ne comprend pas tout ce qu’il dit et qu’il ne mesure pas toutes les implications de cette grotesque généralisation à laquelle il se livre (signe que la bien-pensance peine à recruter des gens intelligents), il se fend de ce monument de pensée binaire qui pourra un jour figurer dans les manuels d’histoire de la propagande:

A ce stade, il faut préciser que l’on peut bien, sans sombrer dans le complotisme, faire usage de concepts abstraits pour décrire la réalité de manière dramaturgique. De Platon à Hegel, la philosophie occidentale a noirci des milliers de pages sur le rôle historique du « Logos ». De la même manière, il n’y a rien d’injustifiable à lire l’histoire politique européenne des deux derniers siècles à l’aune d’un affrontement tellurique entre « la Réaction » et « le Progrès », « le Capital » et « le Prolétariat ». Aucune de ces lectures n’est a priori suspecte de complotisme.

Gentiment, Reichstadt nous produit le catéchisme de la pensée autorisée dans son petit monde bien-pensant d’a priori non suspects: alors, Platon, Hegel, Marx, on a le droit. Les autres non: ils sont suspects. C’est comme ça, dans cette la dictature de la pensée anti-conspirationniste, il y a les a priori fiables et les a priori suspects.

L’a priori tient lieu, chez Reichstadt, de pensée et d’argumentation.

Reichstadt complotiste en chef

L’aveu de Reichstadt vient enfin:

Le pas avec le conspirationnisme est néanmoins franchi à partir du moment où l’on accuse abusivement ces entités d’ourdir des complots auxquels rien ne prouve qu’elles soient mêlées.

Personnellement, cette définition du complotisme me va bien. Le complotisme me paraît en effet consister à porter des accusations de collusion entre des gens dont rien ne prouve qu’ils soient mêlés.

En ce sens, Reichstadt donne une superbe preuve de sa manie complotiste. Lui qui vient de nous expliquer que la théorie du gouvernement profond en démocratie libérale était complotiste parce qu’elle était défendue par Plenel, Zemmour, Soral, Halimi, Peter Dale Scott et Meyssan. Ces gens-là n’ont effectivement aucun rapport entre eux. Seul Reichstadt les mêlent ensemble pour disqualifier une théorie sur laquelle il n’apporte aucun argument sur le fond, mais seulement des sophismes.

À force de se croire Blanche-Neige et de voir des nains partout, Reichstadt a oublié qu’il était lui-même un nain.

Travail détaché: Macron pour un libre-échange protectionniste

La tournée d’Emmanuel Macron auprès des pays du groupe de Visegrad pour obtenir une réforme de la directive sur le travail détaché n’est pas aussi triomphale qu’il ne voudrait le faire croire. Elle donne lieu à une très belle invocation de l’esprit européen, le fantasme des élites françaises…

C’est l’histoire d’un pays qui participe à la fondation de la Communauté Européenne en 1957 et qui, 70 ans plus tard, a laissé filer tous ses comptes publics et ses comptes sociaux. Pour y travailler, il faut verser un euro de cotisation sociale chaque fois qu’on y verse un euro de salaire. Ce même pays vit dans la croyance extravagante selon laquelle il pourrait former un marché unique avec tous les pays européens, y compris les plus pauvres, leur ouvrir ses frontières, sans souffrir du coût de sa protection sociale.

Et le jour où il découvrirait qu’un travailleur roumain ou bulgare coûte moins cher qu’un travailleur français, il jouerait une comédie de boulevard où l’esprit européen de 1957 serait brutalement rendu cocu par les volages bulgares, roumains, polonais, hongrois et autres membres du groupe de Visegrad.

On n’est pas bien sûr que la pièce soit très drôle, mais les acteurs (en l’espèce Emmanuel Macron) donnent tout ce qu’ils peuvent pour la rendre crédible.

Quand les élites françaises vivent dans le fantasme de « l’esprit européen »

Il faudrait un bon divan de psychanalyste pour faire accoucher Emmanuel Macron de toutes les croyances naïves sur l’Europe qu’il porte encore, comme si, derrière son masque d’adulte, demeuraient des impressions d’enfance jamais digérées.

Par exemple, Emmanuel Macron croit que l’élargissement de l’Europe aux pays de l’ancien bloc communiste n’altère pas le sens originel du Traité de Rome. Appartenir à l’Europe, c’est toujours plus de protection pour les salariés. Et plus de protection pour les salariés, c’est forcément une augmentation constante du coût du travail et la mise en place d’un système public d’assurance sociale appelé sécurité sociale. Tous ceux qui ne tendent pas vers cet objectif n’ont pas l’esprit européen.

Voilà ce qu’on pourrait appeler une belle croyance naïve: imaginer qu’un Polonais ou un Bulgare entre dans l’Europe pour bénéficier, enfin, des lumières françaises et pour espérer, enfin, disposer d’une sécurité sociale comme la nôtre. Pas un instant, Emmanuel Macron n’a la lucidité suffisante pour comprendre que la France, la grande malade de l’Europe, et son modèle sociale qui crève sous ses charges et ses dépenses publiques, constituent de véritables repoussoirs pour les autres.

En réalité, la Pologne et la Roumanie rêvent peut-être d’Europe, mais ils ne rêvent plus de ressembler à la France. Ce rêve est mort depuis les années 90, voire avant. Ce que les élites françaises imaginent comme la définition de l’esprit européen n’est qu’un vieux fantasme coupé des réalités.

Le mensonge du dumping social expliqué aux élites

Dans leur conception obsolète de l’Europe, les élites françaises dénoncent donc le dumping social. Cette expression est évidemment hypocrite, parce qu’elle fait croire que les Roumains ou les Polonais casseraient illégalement le coût de la main-d’oeuvre lorsqu’ils envoient leurs travailleurs en France pour conduire des camions ou pour se livrer à des travaux ingrats qu’aucun Français n’accepte plus de faire.

C’est évidemment un mensonge que de prétendre que ce système est illégal. La Pologne comme la Roumanie ont décidé de ne pas se suicider économiquement en étouffant sous une protection sociale coûteuse et peu efficace. Ils en récoltent les fruits, parce qu’ils sont plus compétitifs que nous.

Sauf à imaginer que le monde entier fait du dumping, il faut bien un jour admettre que tous les pays du monde ne sont pas obligés de suivre le modèle français. Ou alors, on renonce à intégrer des espaces économiques communs avec ces pays, et on assume son protectionnisme.

Macron est-il l’homme du libre-échange protectionniste?

Dans sa tournée des pays orientaux, Macron livre sa stupéfiante vision de l’esprit européen. « En même temps », notre Président est pour le libre-échange ET pour le protectionnisme.

D’un côté, il nous explique qu’il faut être ouvert, internationaliste, et autres rengaines bien-pensantes qui soutiennent mordicus que le libre-échange, c’est la lumière, et que le protectionnisme, c’est les ténèbres. Cette soupe nous a été servie pendant plusieurs mois durant la campagne électorale.

D’un autre côté, notre président souhaite que l’ouverture des frontières ne remettent surtout pas en cause les choix politiques et sociaux français. Donc, le libre-échange oui, à condition qu’ils ne nous oblige pas à être compétitifs en réduisant le coût de notre travail ou en nous contraignant à des réformes systémiques.

C’est toute la difficulté d’élire des courtisans aristocrates à la tête d’un État: ils pensent que les discussions de salon suffisent à gouverner. Mais un jour les belles idées qu’on égrène dans les dîners mondains ont un impact sur la réalité, et il faut savoir l’assumer.

Donc le marché unique, présenté dans les salons parisiens comme l’alpha et l’oméga de l’humanité, comme une marque de culture et de civilisation qu’on ne peut critiquer sans être taxé d’obscurantisme fascisant, n’est pas seulement une idée de bisounours. C’est aussi l’ouverture à des pays où la main-d’oeuvre moins chère concurrence la nôtre, ce qui, invariablement, produit du chômage dans les milieux populaires (ceux qu’on bannit par principe des dîners où l’on se gargarise d’européisme béat).

Avec une naïveté confondante, Macron le découvre aujourd’hui.

L’esprit européen vu de Roumanie

Par une série de décisions suicidaires (mais incritiquables au nom du sacro-saint angélisme européen), la France a acquiescé à l’élargissement européen. Elle a donc imaginé qu’elle pourrait créer un espace économique commun avec des pays où le salaire minimum est trois ou quatre fois inférieur au nôtre, et où les dépenses sociales ne représentent pas la moitié des nôtres. Dans le même temps, elle a continué, sur son sol, à faire vivre le fantasme d’une protection sociale en expansion constante.

Pour les nouveaux venus, cette situation est une aubaine. Elle leur donne l’occasion inespérée d’accélérer leur développement ou leur rattrapage vis-à-vis des pays occidentaux en profitant au maximum de leurs avantages compétitifs et, au premier chef, de leur main-d’oeuvre pas chère.

Tout étudiant en première année d’économie le sait: l’avantage compétitif est la base du libre-échange. C’est aussi l’esprit européen depuis l’Acte Unique de 1986.

Imaginer que ces pays nouveaux entrants vont, du jour au lendemain, renoncer à leur avantage est soit naïf soit idiot.

Au passage, la proposition française de faire cotiser les Roumains détachés en France a une contrepartie: faire cotiser les 200.000 Français détachés dans les pays de l’Est de l’Europe aux régimes sociaux de ces pays. On s’en délecte par avance.

Benoît Mayrand, conseiller consulaire UDI cité par le Point

« Si la France obtient une révision de la directive détachement qui lui permettrait d’obliger les travailleurs étrangers détachés sur son territoire à cotiser à l’Urssaf, aux Assedic et aux caisses de retraite complémentaire, et à acquitter l’impôt sur le revenu, s’insurge Benoît Mayrand, il est bien évident que les pays d’origine de ces salariés appliqueront la même politique. Ils exigeront que les travailleurs détachés français cotisent auprès de leurs propres organismes sociaux et se soumettent à leurs fiscalités. Mais quel Français sera prêt demain à effectuer une mission à l’étranger s’il doit renoncer à sa couverture sociale, à ses droits au chômage et à la retraite ? La remise en cause de la directive détachement au sein de l’Union européenne affectera gravement près de 200 000 Français de l’étranger qui bénéficient de ce statut. »

Lallab: la grosse manipulation misogyne soutenue par la gauche bien-pensante

L’association Lallab, qui prétend lutter contre le sexisme et le racisme, mais en réalité fait l’éloge de la femme voilée, est au coeur d’une polémique. Selon une tribune publiée dans Libération, et notamment signée par Benoît Hamon (et une longue liste de Tartuffes bien-pensants), l’association serait victime d’islamophobie. Les signataires de ce texte effarant feraient bien de s’intéresser à l’activité de l’association avant de la soutenir.

Il paraît que les Français sont islamophobes et complices de l’extrême-droite lorsqu’ils condamnent l’intervention du contribuable en faveur de l’association Lallab! C’est Benoît Hamon lui-même qui le soutient.

Ah! le bel argument qui élève le débat: tu penses que le voile est un signe de soumission de la femme, tu es d’extrême-droite ou complice de celle-ci. Tu penses que la République laïque doit rester neutre et ne pas soutenir des associations à caractère religieux, et tu es d’extrême-droite ou complice de celle-ci. Bientôt, tu expliqueras que tu es carnivore, et on te répondra que tu es sans doute d’extrême-droite.

Merci, donc, à tous les bien-pensants, qui nous donnent envie de nous enrichir intellectuellement au contact de leurs arguments de haut vol et tout dans la nuance. On se dit, en les écoutant, que le monde du Vivre Ensemble et de la diversité nous promet une pensée élaborée et une liberté critique digne des traditions démocratiques les plus riches.

L’étonnant silence de Lallab sur les musulmanes qui se révoltent contre le voile

Officiellement, Lallab fait entendre les voix des femmes musulmanes. C’est ce qui lui vaut le soutien des bien-pensants ennemis de l’extrême droite. Alors, quand on lit ça, on se dit chouette: une association de femmes musulmanes va nous détailler le combat des femmes algériennes pour porter le bikini sur les plages, qui a agité l’actualité cet été.

Voilà en effet un sujet qui paraît en lien direct avec l’objet de l’association: faire entendre la voix des femmes musulmanes qui luttent contre l’oppression vestimentaire imposée en Algérie. Et là, tu t’aperçois que Lallab n’a pas soufflé, de tout l’été, un mot de cette affaire.

Pourtant, il paraît que l’association organise un tour sur les femmes musulmanes dans le monde, pour donner la parole à celles-ci. Visiblement, il n’y avait plus de billets pour l’Algérie, parce que la voix des femmes musulmanes s’est massivement exprimée cet été de l’autre côté de la Méditerranée, et Lallab n’en a pas soufflé mot. Amusant, non?

En revanche, Lallab a trouvé le temps de consacrer un article au port du voile pendant les épreuves du baccalauréat. Le règlement de l’examen veut en effet que l’administration s’assure qu’une candidate voilée ne dissimule pas, sous son voile, des appareils électroniques qui lui permettent de tricher.

Sous la plume de Lallab, cette mesure égalitaire est présentée comme suit:

Au centre d’examen, la jeune femme et ses camarades ont été sommées de retirer leurs voiles, pour ensuite être soumises à une fouille très minutieuse sans raison apparente. Une expérience déstabilisante pour Baraa, qui se confie ici.

Visiblement, le combat de Lallab est très orienté vers le soutien au voile, et n’a absolument pas la moindre ambition de faire entendre réellement la voix des femmes musulmanes ni des valeurs républicaines.

Mais qu’importe, c’est nous qui sommes islamophobes!

Siffler la fin de la récréation sur le sujet de l’islamophobie

Il serait que nos démocraties se réveillent et prennent la mesure du rapport de force que des agitateurs musulmans tentent d’imposer en notre défaveur.

D’un côté, notre mode de vie est attaqué presque quotidiennement par des jeunes musulmans issus de l’immigration qui n’hésitent pas à tuer aveuglément dans les rues. Cette guerre ne sera gagnée que si les communautés nationales restent solidaires.

Dans cette solidarité, les musulmans de France doivent choisir leur camp. Soit ils considèrent que le mode de vie en vigueur en France et en Europe est souhaitable et ils doivent participer à sa défense. Soit ils le détestent et pensent que ce que les femmes algériennes rejettent dans leur pays est bon pour nous, et nous devons dès aujourd’hui en tirer toutes les conséquences.

Quant aux Français qui n’ont rien à voir avec l’Islam mais qui préfèrent soutenir ceux qui oppriment les femmes et combattre les femmes qui veulent s’émanciper de l’Islam, il est grand temps qu’ils prennent la mesure de la trahison culturelle à laquelle ils se livrent.

Car, ne leur en déplaise, l’islamophobie est sévèrement réprimée par la loi en France. Mais… pour certains Musulmans, l’islamphobie n’est pas une crainte. C’est manifestement un levier idéal pour exiger de nous un abandon de notre identité.

Un extrait du texte ignoble signé par Hamon

« A l’origine des trois campagnes dirigées contre Lallab, on trouve des membres de l’extrême droite et de groupes identitaires, mais aussi des personnes prétendant défendre une vision «intransigeante» de la laïcité et de l’universalisme républicain. En plus de reposer sur une compréhension erronée de la loi de 1905, cette supposée intransigeance est en réalité une intolérance, voire une paranoïa, qui s’exerce à l’égard d’une seule religion : l’islam. Cette vision les rend complices de l’extrême droite, les amène à hurler avec elle, et à défendre une vision raciste et sexiste de la société. À cet égard, nous dénonçons la responsabilité particulière du Printemps républicain, ou encore du site Ikhwan Info. Supposément de gauche, féministe, universaliste et laïque, ce mouvement s’en prend ici à une association qui rassemble des femmes directement concernées par la misogynie et le racisme, et qui s’auto-organisent pour lutter contre. Ces structures passent par l’approximation et la manipulation pour défendre un universalisme abstrait et une République qui dissimule mal ses inégalités. »