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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Hollande à la gauche: « Je vous ai bien eus »!

A l’issue de sa conférence de presse, François Hollande a dû laisser un goût amer dans la bouche désormais pâteuse des électeurs de gauche qui ont pris le temps de le regarder, de l’écouter, et pire encore: de l’entendre! Le goût amer d’une chanson de Michel Sardou qui disait: « Je vous ai bien eus! ».


Le discours du Bourget, vous vous en souvenez?

A la relecture du fameux discours du Bourget prononcé en janvier 2012 par le candidat Hollande, certains électeurs avaient peut-être interprété des phrases comme:

C’est pour l’égalité que nous devons agir parce que, depuis 10 ans, l’égalité recule partout. Partout, des privilèges apparaissent à mesure qu’une nouvelle aristocratie – j’emploie le mot à dessein – arrogante et cupide s’installe et prospère. 1 % des Français privilégiés se séparent du reste de la société. Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. Parfois, ils ne vivent même pas chez nous. Une véritable sécession sociale a vu le jour ces dernières années : des quartiers relégués, abandonnés et de l’autre des quartiers protégés, sécurisés pour que nul ne vienne déranger. Je serai le Président de la fin des privilèges parce que je ne peux pas admettre que, pendant ce temps-là, pendant que certains s’enrichissent sans limite, la précarité s’étende, la pauvreté s’aggrave et 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont beaucoup trop d’enfants.

sous le signe d’une rupture avec la politique d’exonération fiscale au bénéfice des entreprises.

D’ailleurs ce soir-là le candidat Hollande avait aussi eu ces mots:

Pour atteindre cet objectif, je reviendrai sur les cadeaux fiscaux et les multiples niches fiscales accordées depuis une décennie aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises.

La conférence de presse, avec son pacte de responsabilité, a évidemment un peu tranché avec l’esprit qui a présidé à l’élection de François Hollande.

La blague du « pacte pour la croissance en Europe »

Les mêmes électeurs se souviennent peut-être aussi de l’extraordinaire « pacte pour la croissance en Europe » que François Hollande avait proposé à ses partenaires à peine élu, et qu’Angela Merkel a foulé aux pieds. Il s’agissait à l’époque de relancer la dépense publique à hauteur de 120 milliards€ pour retrouver la croissance.

Lorsque nous étions jeunes, ce type de mesure s’appelait la relance par la dépense. Inspirée de la pensée keynésienne, la démarche percute la logique de l’offre défendue par l’Allemagne.

De fait, la logique de la dépense, de la demande, François Hollande l’a bel et bien défendue en arrivant à l’Elysée, comme remède au marasme européen. Il s’est fait envoyer paître, à l’époque, moyennant un accord timide à un plan portant sur moins de 1% du PIB et dont plus personne n’entend parler ni ne se soucie. Depuis, les logiques d’austérité et d’offre ont triomphé partout. Seule la France reste les bras ballants, et s’enfonce dans une crise dont on voit seulement les premiers effets.

Le virage en épingle à cheveux du président Hollande

Quoiqu’il soutienne le contraire, François Hollande a donc bel et bien effectué un virage à 180 degrés dans la doctrine économique qu’il promeut. En soutenant, lors de sa conférence de presse, que la gauche ne défendait pas forcément une politique de la demande et qu’elle pouvait se rallier à une politique de l’offre, il a évidemment reconnu implicitement non seulement l’existence de ce virage, mais aussi son abandon complet des logiques qui ont permis son élection.

Rappelons ici quelques éléments: ce que les économistes appellent pompeusement une politique de la demande consiste tout simplement à stimuler l’activité économique par un soutien à la consommation, par exemple en favorisant les augmentations de salaires. Parce que cette politique améliore le niveau de vie des plus pauvres, elle est d’ordinaire considérée comme de gauche. La politique de l’offre consiste, dans la pratique, à faire des « cadeaux » aux entreprises pour les pousser à investir. Pour y parvenir, la logique économique exige généralement une baisse du coût du travail… qui se fait au détriment immédiat des salariés.

En soutenant que la gauche n’était pas forcément orientée vers une politique de la demande, François Hollande en a dit long sur le chemin qu’il demande à ses électeurs de parcourir.

Combien d’électeurs socialistes suivront-ils cette conversion?

Ce que François Hollande propose est économiquement à l’unisson de ce que ses partenaires européens soutiennent. Les réactions venues d’Europe le prouvent. En revanche, il se situe à l’opposé de ce que sa majorité a défendu lors de la campagne électorale. Et là, le Président est bel et bien confronté à un problème: quelle majorité va-t-il dégager autour de mesures qui attaquent directement ses meilleurs soutiens électoraux: les fonctionnaires?

En annonçant qu’il n’augmenterait plus les impôts et qu’il agirait seulement sur la dépense publique, François Hollande s’engage sur un terrain nécessaire, mais scabreux. On voit mal comment la fonction publique soutiendra une politique qu’elle a déjà farouchement combattue sous Sarkozy. De toutes parts, les manifestations de résistance se multiplient: budgets votés en déficit (à commencer par l’ENA!), pagailles dans les services, revendications salariales constantes.

Dans la pratique, cette politique suppose obligatoirement des mesures courageuses mais impopulaires: fermeture de perceptions, d’hôpitaux de proximité, de collèges ruraux, gains de productivité dans les services, accroissement des rendements, etc.

L’Etat est-il encore contrôlable?

Surtout, pour parvenir à ses fins, le Président doit reprendre la main sur les services, et là encore il se heurte à de profondes difficultés.

Premier point: la complexité. L’Etat est devenu une machine protéiforme que plus personne ne maîtrise. Les collectivités locales et la sécurité sociale sont dans une situation pire encore. Non seulement les forces qui agitent ces organisations, mais la lourdeur des circuits de fonctionnement et de décision, l’extrême technicité des dossiers (ce que l’on appelle l’effet-taille) compliquent singulièrement le pilotage de l’ensemble.

Deuxième point: l’inclination byzantine du Président, qui adore créer des hauts conseils, des comités, des instances consultatives dans tous les sens, qui sont autant de freins à une décision saine et efficace. La réduction des dépenses n’échappera pas à cette règle. Avec le Conseil de la Dépense qui se réunira mensuellement auprès de lui, on risque de créer un écran supplémentaire entre les décideurs et la réalité.

Parallèlement, la modification du calendrier budgétaire, qui commencera dès janvier, va définitivement couper les « budgétaires » de la réalité qu’ils budgétisent. Une année sera à peine achevée qu’il faudra déjà embrayer sur l’année suivante, sans que jamais on ne sache quel est l’état réel des fonctionnements, des besoins et des dépenses.

Bref, que de pieuses intentions. Mais la foi n’est jamais rien sans les actes…

 

Le chômage: prochain théâtre d’opérations pour les partenaires sociaux

La négociation de la convention d’assurance chômage promet d’être rude. De toutes parts, la campagne médiatique sur le thème de la France et de sa générosité avec les chômeurs a commencé. Les organisations syndicales vont négocier sous une contrainte forte: celle d’une intelligentsia parisienne qui appelle à réduire les droits en vigueur.

Comme je l’indique sur le site Tripalio, les enjeux de cette négociation qui débute vendredi sont multiples, et assez passionnants. Il me paraît intéressant de les traiter à la lumière des prévisions de l’Unédic rendues en septembre 2013. C’était une époque euphorique où l’on était convaincu que le président Hollande gagnerait (temporairement) son pari d’inversion de la courbe du chômage. Voici les prévisions qui étaient établies:

Prévisions chômage

On le voit: l’Unedic anticipait un reflux relatif du chômage, en tout cas du nombre de chômeurs indemnisés, à compter de septembre 2013, avec une stabilisation globale par la suite. Malheureusement, ce phénomène ne s’est pas produit et la situation est pire qu’escompté.

Simplification administrative: mon intervention sur Bfm Business

Les lecteurs de ce blog ont l’habitude de lire mes considérations sur l’Etat incontrôlable et sur la nécessité de produire un choc de privatisation pour réformer le service public en profondeur. J’étais invité hier sur Bfm Business pour commenter les annonces du Président de la République sur la simplification administrative. L’occasion d’aborder quelques-uns des thèmes qui me tiennent à coeur: l’open data, le big data, l’INSEE et ses privilèges exorbitants, et surtout la crise de la décision dans la société d’aujourd’hui.

 

Complémentaire santé: une solution très recommandable

Dans l’épique conflit pour la généralisation de la complémentaire santé, le Conseil Constitutionnel a donné un nouveau coup de griffe aux petits arrangements entre amis, par sa décision du 19 décembre 2013 sur la loi de financement de la sécurité sociale. Cette étape ne clôt probablement pas le dossier, mais elle en marque très probablement un tournant: celui de la marginalisation des partisans (nombreux dans la majorité présidentielle) d’une étatisation rampante par accords de branche.

Faut-il rappeler ici les origines abondamment commentées sur ce blog du problème global de la généralisation de la complémentaire santé?

Revendiquée depuis de nombreuses années par différentes organisations syndicales, la généralisation a finalement constitué l’article 1 de l’ANI sur la sécurisation de l’emploi du 11 janvier 2013. Les partenaires sociaux mettaient alors le doigt dans un engrenage qui a tourné de façon quasi-ininterrompue pendant un an. Le sujet ne faisait pas débat sur le fond, mais sur ses modalités de mises en oeuvre. Dans la pratique, 4 millions de salariés sur un total de 16 millions sont aujourd’hui dépourvus d’une complémentaire santé financée en tout ou partie par l’employeur. Fallait-il couvrir cette population par un contrat de branche ou par un contrat d’entreprise?

Cette question en apparence technique a surpris le gouvernement et la majorité par sa sensibilité politique. Comme je l’ai régulièrement écrit, on touchait ici à une ligne de fracture architectonique dans la société française, entre esprit des corporations et liberté de l’entreprise – sujet discuté dans ce pays depuis plusieurs siècles. Pour avoir méconnu la portée de ces questions, le gouvernement s’est essuyé trois déculottées successives.

Les déculottées du gouvernement

La première est venue le 29 mars, lorsque l’Autorité de la Concurrence a rendu un avis défavorable aux clauses de désignation telles qu’elles étaient pratiquées, et telles que le gouvernement prétendait les généraliser dans sa transposition législative de l’ANI. Les clauses de désignation, prévues par l’article L 912-1 du Code de la Sécurité Sociale, consistent à désigner un assureur en complémentaire santé unique pour une branche professionnelle, par un accord de branche qui s’impose à toutes les entreprises de la branche. L’Autorité de la Concurrence a pointé du doigt le manque de transparence dans ces procédures de désignation, et les a proscrites.

Malgré ce premier avis défavorable, le gouvernement a voulu passer outre. C’est donc le Conseil Constitutionnel qui s’est chargé d’invalider les désignations prévues par la loi, défendues mordicus par Jean-Marc Germain, rapporteur de la loi et campé dans le rôle d’idéologue en chef à cette occasion. Par une décision du 13 juin, le Conseil a repris l’avis de l’Autorité de la Concurrence et considéré que les désignations ne respectaient pas la liberté d’entreprendre. Le Conseil a toutefois précisé que les désignations déjà existantes (dans une soixantaine de branches) étaient valides.

Marisol Touraine a, durant l’été, repris le flambeau que Michel Sapin ne voulait plus porter. Elle a donc préparé un amendement à la loi de financement de la sécurité sociale, après avoir consulté le Conseil d’Etat, qui remplaçait les clauses de désignation par des clauses dites de recommandation. Cette mécanique déjà en vigueur, et confirmée par l’Autorité de la Concurrence, consiste à offrir la possibilité aux branches qui le souhaitent de recommander sans contrainte un assureur dans la branche. Les entreprises conservent toutefois la possibilité de recourir à un autre assureur que le « recommandé ».

Pour corser le jeu, Marisol Touraine a proposé une petite incitation à la recommandation: un avantage fiscal pour les recommandés, dans une proportion telle qu’aucun concurrent ne pouvait soutenir les prix sur le marché. Cette discrimination fiscale, pourtant validée par le Conseil d’Etat, revenait à réintroduire par la petite porte la clause de désignation chassée par la grande. Avec une pénalité fiscale majeure, les concurrents étaient de fait exclus du marché.

Sans grande surprise, le Conseil Constitutionnel a donc invalidé cet avantage fiscal accordé aux recommandés, en invoquant la rupture d’égalité devant l’impôt. L’éreintante campagne de la généralisation de la complémentaire santé se termine donc par une troisième déculottée gouvernementale.

Les lobbyistes ont fait fortune

Durant tout cet automne, pendant le débat du PLFSS, la guerre a fait rage en coulisses pour obtenir des aménagements de la position gouvernementale.

D’un côté, les spécialistes du marché de l’entreprise se sont fortement mobilisés, allant même jusqu’à manifester sous les fenêtres du Sénat pour manifester leur opposition au texte. Pour le gouvernement, avoir réussi à mettre des assureurs dans la rue est tout de même une performance notable.

D’un autre côté, les institutions de prévoyance, très implantées dans les branches dont elles sont l’émanation, ont également fait feu de tout bois pour préserver leur avantage. Elles ont pu s’appuyer sur la CFDT, qui n’a ménagé aucun effort pour défendre un système de branche dont on dit (mais ce ne sont que des rumeurs) qu’il participe de façon occulte au financement du syndicalisme.

C’est avec une véritable amertume que ces organisations ont accueilli la décision du Conseil Constitutionnel. La CFDT écrit notamment:

La CFDT regrette la décision du Conseil constitutionnel concernant les clauses de recommandation dans les accords collectifs dans le cadre de la généralisation de la complémentaire santé.

Cette décision intervient au terme d’une intense campagne de pression qui a focalisé le débat public sur les conditions du choix des opérateurs de la couverture complémentaire, au détriment des objectifs de l’accord interprofessionnel de janvier 2013.

En effet, cette décision ne remet pas en cause la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés. Mais elle fait le jeu de certaines grandes entreprises qui ne souhaitent pas être soumises à un accord de branche qui favoriserait une solidarité avec les petites et moyennes entreprises.

Pour la CFDT, cette décision n’est pas conforme aux règles européennes. C’est pourquoi nous étudions les voies de recours possible à ce niveau.

Soumettre une décision du juge constitutionnel français au juge européen… quelle étrange conception de la souveraineté. La CFDT devrait doper son service juridique.

Quel impact sur la réalité?

Au total, les salariés ne devraient pas voir grande différence par rapport à l’existant, comme l’a d’ailleurs noté la CGT. La décision du Conseil Constitutionnel est une décision de statu quo.

Elle permet en effet aux branches de recommander, comme certaines ne se sont pas privées de le faire, un acteur, ou plusieurs acteurs, pour assurer les entreprises. Dans le même temps, elle permet aux entreprises de conserver leur liberté de choix.

Le Conseil a bien rendu ici une décision sage. Celle de préserver des équilibres existants, et de laisser faire les entreprises.

Les Douanes bretonnes, un bel exemple de gaspillage public…

C’est en lisant le blog du président de la commission des Lois à l’Assemblée Nationale, Jean-Jacques Urvoas, que j’ai pris conscience d’un gaspillage tout à fait plaisant à pointer du doigt, mais qui prouve une fois de plus que, sans une rupture majeure avec notre démocratie représentative finissante, nous ne pourrons pas réformer utilement ce pays, ni épargner aux générations futures le poids d’une dette gonflée par l’égoïsme des aînés.

Notre bon représentant du peuple souverain Urvoas a en effet inauguré son année éditoriale en émettant un voeu: celui de développer le service public. Et il adresse une pensée toute particulière à… la brigade des Douanes de Quimper, dont la fermeture est programmée depuis des années, mais qui survit notamment grâce au lobbying de ses élus locaux. Surtout lorsque ceux-ci accèdent à des mandats nationaux pour porter à Paris la parole des intérêts particuliers de leur région.

Que de jolis propos! c’est vrai que le service public, en France, n’est guère développé… disons même qu’il est atrophié! c’est vrai que les dépenses publiques ne représentent que 57% du PIB, qu’elles sont tout à fait maîtrisées, et qu’une politique nouvelle dans ce pays consiste à prôner le développement d’une administration des Douanes. C’est vrai que la Bretagne est quotidiennement battue par des flots d’immigrés clandestins venus d’Afrique en pirogue, et qu’elle est une grande zone de transit pour les étrangers. Il est également vrai qu’avec une dette publique qui s’approche de 100% du PIB, la France dispose de marges de manoeuvres budgétaires qui lui permettent de maintenir une douane pléthorique en Bretagne.

Car de pléthore, Jean-Jacques Urvoas lui-même s’en indigne:

alors que les autres unités sont dotées de 15 à 20 agents, elle refuse avec constance toute l’augmentation de l’effectif actuel de 7 agents !

Eh oui! vous avez bien lu! la Bretagne plusieurs unités de douanes, chacune composée de 20 agents.

Le dernier décompte officiel a été donné en 2011 au Sénat, en réponse à une question d’un parlementaire breton. Voici la réponse:

La direction interrégionale des douanes et droits indirects de Nantes, qui regroupe les circonscriptions régionales de Bretagne, des Pays de la Loire, de Poitiers et des garde-côtes pour cette partie du littoral, redéploie actuellement ses moyens de surveillance terrestre afin de les positionner au plus près des flux de personnes et de marchandises et d’intensifier ainsi ses interventions contre les trafics frauduleux. Cette démarche se traduit par la fermeture des brigades de Lannion et de Vannes, dont les résultats contentieux n’étaient pas satisfaisants et par l’amélioration concomitante de la capacité opérationnelle d’autres unités. Ainsi, les contrôles dynamiques sur les grands axes routiers s’effectuent au moyen d’un plateau technique renforcé avec notamment l’élément motocycliste de la brigade de Rennes qui passe de sept à dix agents et l’implantation prochaine d’une seconde équipe de maître de chien à Brest. Ces mesures s’accompagnent, à partir d’avril 2011, de l’instauration d’un dispositif de contrôles embarqués sur l’axe ferroviaire Rennes-Lorient-Quimper. Ce nouveau schéma participe donc bien d’une stratégie globale de renforcement de l’efficacité de la douane dans ses missions de protection du territoire et des citoyens. À ce jour, aucune autre fermeture de brigade des douanes n’est envisagée en Bretagne. Le devenir de la brigade de Quimper sera, comme annoncé, examiné en 2012 à la lumière de l’étude menée par la direction interrégionale de Nantes qui prendra notamment en compte sa contribution à la lutte contre la fraude, tout particulièrement en matière de produits stupéfiants. Dans le secteur de la surveillance maritime, le dispositif en place reste également inchangé. Quatre unités garde-côtes, fortes d’une centaine d’agents, sont ainsi localisées en Bretagne dont un patrouilleur de 43 mètres à Brest, chargé de surveiller l’entrée de la Manche et de la façade Atlantique. Enfin, en ce qui concerne les services des opérations commerciales, le dispositif actuel repose sur six bureaux, à Brest, Lorient, Quimper, Rennes, Saint-Brieuc et Saint-Malo, dont l’implantation a récemment été confirmée dans le cadre de la réforme du dédouanement.

Malgré la fermeture des bureaux de Lannion et de Vannes, il reste encore des services de douane « terrestre » dans six villes de Bretagne, plus une centaine de douaniers chargés de surveiller les côtes et dotés d’un patrouilleur de 43 mètres, plus la brigade motocycliste de Rennes, plus les deux unités cynophiles. Abondance de bien ne nuit pas. Rappelons au passage que la région Nord-Pas-de-Calais, qui est frontalière de la Belgique et de l’Angleterre, et qui est donc quotidiennement confrontée aux trafics de tous poils, comptent seulement 7 implantations..

Mon propos n’est pas « d’épingler » Jean-Jacques Urvoas, qui est un élu de terrain plutôt non dogmatique et qui réalise un travail apprécié localement (on comprend pourquoi). Disons même qu’il est un « bon élu », qui sait appréhender l’intérêt de sa circonscription au-delà des courants partisans. Et cette seule qualité est appréciable et mérite d’être dite.

Et c’est précisément parce qu’il est un bon élu que le sujet mérite d’être relevé.

Jean-Jacques Urvoas n’a rien à se reprocher à titre personnel. Il est simplement l’une des incarnations (vertueuse, sympathique, compétente) d’un système qui étouffe peu à peu les forces vives de ce pays, et que nous connaissons par coeur: la France est dirigée par une Cour de plus en plus déconnectée des réalités, et exister auprès de la Cour, que dis-je? intégrer la Cour! est l’oeuvre d’une vie. Il faut, comme Jean-Jacques Urvoas, commencer dès l’université à militer. Il faut passer par la MNEF. Il faut être collaborateur parlementaire, ou faire une grande école, de préférence l’ENA. Il faut se mettre dans le sillage d’un parrain qui a droit de vie et de mort sur vous (celui d’Urvoas s’appelle Bernard Poignant, devenu conseiller à l’Elysée). Il faut faire son cursus honorum: élu local, puis élu national, puis monter en grade à l’Assemblée Nationale. Et enfin, enfin, un jour, quand on commence à peser dans son parti, à force de labeur, de week-ends sacrifiés, d’enfants qu’on ne voit jamais ou presque, enfin, on peut commencer à donner son avis.

Dans un univers numérisé, où l’accès à la connaissance se fait très vite, où les échanges sont instantanés, cette course à la délégation de pouvoir, cette course au mandat, cette hyper-centralisation des décisions, en même que leur dilution dans un océan de lâcheté et de conformisme aristocratique, tout cela a une traduction simple: on dit n’importe quoi pour être élu, et le pays s’enfonce dans le marasme.

En 2060, la santé coûterait 11,5% du PIB

Selon un document de travail établi par la direction du Trésor en suivant le modèle Promède, la santé coûterait en France en 2060 11,5% du PIB contre 9% aujourd’hui. Elle serait financée par les dépenses publiques à hauteur de 8,8% du PIB contre 6,8% aujourd’hui. Toutes choses égales par ailleurs, le surcoût serait donc de 40 milliards €.

Chômage: peut-être des raisons d’être positif

On met à part, bien entendu, la déplorable communication gouvernementale sur l’évolution des chiffres du chômage, qui ne ressemble plus à rien. Pour des raisons qui mériteront un jour d’être éclaircies, François Hollande a organisé son propre piège sur l’inversion de la courbe du chômage avant la fin 2013. Le résultat est cataclysmique: le respect de cette promesse inepte phagocyte l’ensemble de la communication gouvernementale dans le domaine économique et social depuis plusieurs mois, sur un schématisme polaire totalement ridicule.

Il suffit d’ailleurs de reprendre le graphique synthétique de la DARES pour mesurer combien le discours officiel sur l’inversion effective de la courbe n’a ni queue ni tête:

Source: DARES
Source: DARES

Une lecture élémentaire permet de voir que, même en catégorie A, c’est-à-dire pour les demandeurs d’emploi indemnisés sans la moindre quotité de travail dans le mois, la courbe ne s’inverse pas en novembre.

Faut-il pour autant désespérer de tout et garder une posture totalement pessimiste?

Probablement pas, car plusieurs signaux faibles permettent d’arrondir les angles. Cela ne signifie pas qu’il faut crier victoire, mais le mois de novembre donne comme une sorte d’éclaircie dans le ciel d’hiver.

Certes, les mauvaises nouvelles ne viennent pas des entrées à Pôle Emploi, qui sont en augmentation quand on les examine en détail. Les premières inscriptions approchent les 33.000, alors qu’elles étaient seulement de 26.400 un an plus tôt. Les fins de contrats à durée déterminée ont également augmenté. La situation est donc loin d’être satisfaisante. Au contraire, des signaux sont émis sur une franche dégradation de la situation.

Mais…

Source: DARES
Source: DARES

 

Les reprises d’emploi déclarées en fin de mois ont franchi le cap des 100.000, en nette augmentation par rapport à octobre. Elles s’approchent d’un pic jamais atteint depuis trois ans. Voici une vraie bonne nouvelle. Elle signifie que l’économie française a entrouvert la porte à la reprise des embauches.

Là encore, il faut modérer son enthousiasme. L’hirondelle ne fait pas le plein emploi. Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir pour cette nouvelle année que je souhaite excellente à tout le monde.

 

Faut-il chercher quenelle à Dieudonné? la Valls hésitation commence

Les propos proférés par Manuel Valls à l’encontre de Dieudonné dans le Parisien sont d’une remarquable habileté tactique et méritent d’être salués comme tels.

En s’affichant comme le protecteur des journalistes Haziza (de LCP et de Radio J) et Cohen (de France Inter), Manuel Valls ménage les susceptibilités de la profession, ce qui n’est jamais inutile dans la course au pouvoir. S’agissant de Patrick Cohen, très exposé que ce soit à la radio ou à la télévision, la manoeuvre est particulièrement habile. L’intéressé est le chouchou des bobos parisiens, au demeurant bon intervieweur sur l’une des matinales les plus écoutées de France. Il est aussi la cible de Dieudonné pour ses propos de « chien de garde » de la nomenklatura française, qui aime bien que les médias officiels ne sortent pas d’un certain ton, ni d’un certain champ de pensée ou d’expression.

Le moment venu, on imagine que ces deux journalistes n’hésiteront pas à renvoyer l’ascenseur à ce ministre de l’Intérieur qui est le seul, au fond, à mouiller la chemise sur une affaire qui fait grand bruit dans la webosphère. Ceux qui s’informent par Internet savent en effet toute la puissance de Dieudonné et de son écosystème, et toute l’influence qu’ils y exercent sur les esprits. Le phénomène est d’ampleur, et nul doute que Valls l’ambitieux vise juste pour faire plaisir aux médias officiels. On peut d’ailleurs s’étonner de l’étrange passivité du seul détenteur constitutionnel du pouvoir de police: Jean-Marc Ayrault lui-même, sur un sujet de plus en plus sensible.

Tactiquement, le choix de s’attaquer à Dieudonné est lui aussi extrêmement habile.

Naïvement, on aurait pu penser que, dans la liste des tâches prioritaires qui incombent aux pourfendeurs de l’antisémitisme, l’interdiction du site boulevardhitler.com aurait figuré en premier. J’en livre cette simple capture d’écran:

Un site néo-nazi

Il suffit d’y jeter un coup d’oeil pour comprendre que Dieudonné fait figure d’enfant de choeur en comparaison des délires que l’on trouve sur Internet. Alors pourquoi s’occuper de lui avant les autres?

J’ajouterais volontiers que la manoeuvre vallsienne paraît juridiquement bien mal embouchée: il ne faut pas être un grand spécialiste du droit public pour savoir qu’une interdiction générale et absolue est très fragile et facilement contestable devant le juge administratif. Dieudonné n’hésitera à saisir les juges administratifs les uns après les autres pour obtenir l’annulation des arrêtés préfectoraux empêchant son spectacle. Chaque référé sera l’occasion d’une polémique publique, et chaque annulation sera l’occasion de défier l’autorité de l’Etat dans un désordre inquiétant.

Autrement dit, la tactique du ministre n’est pas de régler le problème Dieudonné, mais bien de lui « chercher quenelle », c’est-à-dire de monter le dossier en épingle. Quand Nicolas Sarkozy se livrait à cet exercice, on disait de lui qu’il clivait. En l’espèce, la stratégie de Valls est bien de cliver et d’aller à une polarisation de l’opinion entre gauche et extrême droite. Une stratégie de Valls hésitation, au fond.

Ce jeu est extrêmement dangereux.

On en comprend la logique: à l’approche des élections, qui devraient être une claque pour la gauche gouvernementale, la mise sous tension de l’opinion autour de l’antisémitisme et du racisme sont une bonne façon de regagner quelques points et de marginaliser la droite « institutionnelle » sur un champ où le Front National règne en maître. Là encore, on salue l’habileté tactique, toute mitterrandienne au fond, du ministre.

Le problème, c’est que le débat public tout entier risque d’être débordé par un sujet dont il ne mesure peut-être pas toute la sensibilité. La quenelle est en effet devenue un symbole, là où la LICRA ne voit qu’une allégorie. Pour la LICRA, l’allégorie de la quenelle, c’est le salut hitlérien inversé, donc un geste monolithique à interdire d’urgence. Pour les adeptes de la quenelle, le geste symbolise bien d’autres choses que cela (comme tout symbole, il est polysémique): la résistance au pouvoir, aux élites dominantes, au « système ».

La réaction d’un Anelka après son but en Angleterre montre bien tous les dangers de l’engrenage que Valls a actionné. Le clivage ne se limitera pas aux élites, il ne se limitera pas non plus à l’espace politique. Il risque d’envahir tout le champ public et de dévoiler brutalement un rapport de force inattendu, favorable aux « quartiers » contre les ghettos urbains où se réfugie l’élite française.

Et là, nous entrons dans ces terres inconnues…