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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

L’industrie de santé: un modèle d’influence

L’Etat a tenu hier une réunion du Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS) relancé en novembre 2012, à l’époque où Jérôme Cahuzac était encore ministre du Budget. Illustration d’une politique efficace d’influence.

S’il est une industrie qui s’y entend, en matière d’influence, c’est bien l’industrie de la santé. Elle constitue même un modèle à suivre. Ainsi, malgré les remous de l’affaire Cahuzac, qui ont dévoilé une partie des stratégies d’influence, le gouvernement a maintenu la réunion du Comité Stratégique des Industries de Santé (CSIS), hier, au cours duquel a été signé un contrat de filière:

Ce contrat contient 44 propositions destinées à favoriser le développement de l’industrie de santé française. Ce contrat, dit de filière, a fait l’objet d’un travail commun entre la profession et les services ministériels. Comme le dit un communiqué du LEEM, le syndicat professionnel de la santé: « Les travaux du Comité de Filière et du Conseil Stratégique ont permis d’aboutir à 44 mesures, construites dans une démarche de réciprocité entre Etat et industriels, autour de quatre axes d’action prioritaires: renforcer et accroître l’attractivité de la France comme lieu de recherche et de développement d’innovations thérapeutiques ; restaurer la confiance en garantissant la sécurité des produits de santé, en assurant l’accès pour tous aux innovations médicales et technologiques ainsi qu’en luttant contre la contrefaçon; développer l’emploi et la production, notamment en soutenant les PME et ETI innovantes ; partir à la conquête de nouveaux marchés à l’export. »

Ce contrat constitue donc un beau résultat pour les organisations professionnelles qui l’ont négocié avec le gouvernement. Beaucoup de professions aimeraient pouvoir se targuer d’une influence aussi importante.

Voici quelques conseils pour s’inspirer de cet exemple:

ne pas négocier sous étiquette syndicale

La grande force des industries de santé consiste à appliquer fidèlement le principe cartésien du larvatus prodeo: j’avance masqué. Les industries de santé n’abordent pas les pouvoirs publics sous l’étiquette du LEEM, syndicat de la profession, ni sous l’étiquette directe de la FEFIS, syndicat spécialisé de l’industrie de santé.

Pour aborder les pouvoirs publics, l’industrie de la santé utilise plutôt la stratégie des think tank. A cette fin, les entreprises privées concernées par la recherche médicale ont créé l’ARIIS, qui permet à l’ensemble de l’industrie de parler d’une seule voix, notamment face à l’AVIESAN, qui rassemble les grands acteurs publics de la biologie et de la santé. On y trouve évidemment l’INRA, l’INSERM ou l’Institut Pasteur.

Dans ce contexte, il était essentiel d’offrir, en partenariat avec Aviesan, une structure moins irritante qu’un lobby économique comme le LEEM. Le recours à la formule think tank associatif était la stratégie d’intégration culturelle nécessaire dans un éco-système marqué par l’action publique.

2° valoriser les enjeux d’intérêt général

Beaucoup de mouvements professionnels ont tendance à aborder les sujets qui les intéressent, avec les pouvoirs publics, sous un angle court-termiste et corporatiste. Cette approche se traduit généralement par une expression limitée aux objectifs immédiats du type: « nous voulons une exonération fiscale, parce que… ».

La stratégie de l’industrie de santé s’inscrit dans une posture radicalement différente: le site de l’ARIIS par exemple, relativement sobre, met en avant des sujets totalement détachés de l’intérêt économique immédiat de ses adhérents. Ainsi, on y trouve un rapport sur la recherche partenariale ou le compte-rendu d’un colloque sybillin sur le criblage et les maladies rares. Le site se garde bien de dévoiler la stratégie économique ou les revendications corporatistes de la profession.

L’avantage de cette formule est d’offrir un visage aseptisé pour les pouvoirs publics, et de contourner les risques d’accusation sur la subordination du pouvoir aux intérêts privés.

3° l’influence se donne dans le long terme

La grande force des industries de santé est de se projeter dans la durée, et de ne pas chercher des gains immédiats dans son action d’influence.

Le contrat de filière, par exemple, est négocié depuis plus d’un an avec les pouvoirs publics. Il s’appuie sur une task force stable, organisée, qui poursuit son effort dans le temps.

Ce point est essentiel: beaucoup de forces économiques imaginent que l’influence passe par des « coups » et des « one-shot » organisés quand on en a besoin. En réalité, l’industrie de la santé démontre que seule une action durable, discrète, parfois modeste, mais très organisée et très structurée, permet d’obtenir du gouvernement les mesures qu’on attend de lui. De droite comme de gauche.

L’INSEE tente de rassurer sur la croissance

L’INSEE et deux autres instituts économiques européens ont publié hier une note qui tente de rassurer sur le retour de la croissance en Europe.

La note confirme la récession dans la zone euro au premier trimestre, et annonce une timide reprise au second trimestre.

Le graphique suivant laisse pourtant songeur:

La croissance dans la zone euro

Il est manifeste que, depuis 2012, la situation se dégrade fortement, et en-dehors de la méthode Coué, rien ne laisse présager une inversion de la tendance.

Le leçon de démocratie donnée par Angela Merkel

Le Monde a publié mardi 4 juillet une interview d’Angela Merkel, réservée aux abonnés. Un texte qui mérite d’être lu: Angela donne une très belle leçon de démocratie.

Si ma grand-mère, qui a survécu à deux invasions, lit ce texte, elle s’en retournera dans sa tombe. Mais, sans vouloir lui faire offense, je dois reconnaître que les propos d’Angela Merkel sont un vrai souffle rafraîchissant, et une vraie leçon de démocratie pour nous Français, mis sous cloche par une classe politique infantilisante, et manifestement bien décidée à nous distraire en permanence de la vérité.

Eh oui! c’est dans ce genre d’exercice que nous mesurons combien la République a perdu son sens: nous n’avons plus l’habitude de ces dirigeants qui nous parlent de façon claire et sans langue de bois des vrais problèmes de la vie quotidienne, tout en étant pleinement dans leur rôle. Bref, nous avons oublié ce qu’étaient de vrais hommes d’Etat.

Voici quelques exemples de ce que nous aimerions entendre plus souvent dans la bouche de nos dirigeants:

« Dans tout ce que je fais, il n’y a pour moi aucune opposition entre finances solides et croissance. Comment est née la crise de la dette ? Certains pays avaient atteint un niveau d’endettement si élevé que les investisseurs ne leur faisaient plus confiance et avaient cessé d’acheter les obligations qu’ils émettaient. Les intérêts se sont mis à grimper à toute allure et les pays en question ne pouvaient plus assurer leur financement qu’à des taux d’intérêt ruineux.

Dans une telle situation, augmenter encore le volume de l’endettement ne saurait être une solution. Non, ce qu’il faut faire, c’est réduire les déficits pour que les investisseurs internationaux reprennent confiance et pour que s’ouvrent de nouvelles marges de manoeuvre financières pour investir dans l’avenir. Sur ce plan, nous avons déjà fait de grands progrès en Europe. »

On en pense ce qu’on en veut, et on peut tout à fait ne pas être d’accord, mais quel résumé déterminé et transparent du cap politique tenu par l’Allemagne. En deux phrases, on a compris où on allait. Ce qui nous change du gloubi-boulga énarchique habituel où, en permanence, on veut concilier les contraires, changer le monde, mais enfin sans casser d’oeufs – et puis ayez confiance, tout se passera bien, mais on ne vous dira pas comment.

On continue:

« Il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas trop d’écart entre l’évolution des salaires et l’évolution de la productivité.

Voilà la leçon amère que nous avons dû tirer, en Europe, du choc de la crise. Entre-temps, tout le monde devrait avoir compris que cela ne pouvait pas continuer. C’est pourquoi la voie dans laquelle nous nous sommes engagés est la bonne, celle qui préconise, d’une part, l’assainissement budgétaire et, de l’autre, des réformes structurelles radicales. Voilà la recette d’une croissance durable.

Ensuite, chaque pays doit se demander concrètement comment il peut gagner de l’argent et quel type d’industries et de services il souhaite. L’industrie du bâtiment ne pourra pas en être le seul pilier, comme nous en avons fait l’expérience, en Allemagne, lorsque le boom de la réunification a commencé un jour à ralentir. »

Là encore, on en pense ce qu’on en veut, mais quel homme politique français, quel dirigeant républicain, est capable aujourd’hui d’avoir la moindre idée sur l’évolution des salaires? Quel responsable français est capable de poser un principe simple: nous allons décider de l’industrie que nous voulons? L’affaire Mittal l’a montré: en France, on dit ce qu’on va faire, et on ne le fait pas. Et en bout de course, on ne sait pas où on va, ni même s’il faut y aller.

On continue:

« Dans les pays les plus touchés par la crise, les riches pourraient faire bouger beaucoup de choses s’ils s’engageaient davantage. Il est très regrettable que les élites économiques assument parfois si peu de responsabilités face à cette situation morose. »

Oui, oui, vous avez bien lu: Angela Merkel, chancelière de droite, vient de tenir des propos qui seraient, en France, un motif de lapidation en place de grève. Le moindre responsable politique français capable de rappeler l’élite à ses devoirs serait assimilé à un populiste, soit du Front de Gauche ou du NPA, soit du Front National.

Enfin:

« Ce qui est essentiel, c’est que nous prenions tous conscience des changements qui sont intervenus dans le monde. Il y a longtemps que la Chine, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud et d’autres pays nous font concurrence dans des domaines où nous occupions autrefois une position de tête. Nous devons réagir et nous adapter. L’Organisation mondiale du commerce nous dit qu’une part écrasante de la croissance mondiale est générée en partie en dehors de notre continent. Soit nous proposons à ces régions du monde des produits attrayants et novateurs, soit nous acceptons de perdre des parts de marché et donc que notre prospérité diminue. C’est cela précisément que je refuse, pour l’Allemagne comme pour l’Europe. »

Là encore, on en pense ce qu’on en veut, et on peut tout à fait critiquer les règles de libre-échange imposées par l’OMC. Maintenant, reconnaissons que la rhétorique d’Angela Merkel est d’une clarté entraînante. Là encore, quel homme politique français est capable de poser aussi clairement les sujets, et de proposer au peuple français un défi aussi stimulant que celui de la réussite?

En réalité, la démocratie s’éteint en France d’abord parce que la parole politique n’est plus démocratique. Les élus républicains sont obsédés par les sondages d’opinion, la pensée unique, et leur réélection. L’accumulation de ces contraintes sont autant d’obstacles à une langue simple et concrète, qui parle des vrais défis de notre temps et du vrai enjeu des décisions.

La mort dans l’âme, je dis: « Chapeau, Angela! c’est une femme comme toi qu’il nous faut! ».

Le site à 1 million d’euros de l’UMP

La décision par laquelle le Conseil Constitutionnel rejette les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy donne des indications amusantes sur la façon dont l’UMP dépense son argent.

La lecture de la décision du 4 juillet du Conseil Constitutionnel qui rejette les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy mérite vraiment d’être lue. La voici:

Les curieux remarqueront quelques dépenses qui en disent long sur la surfacturation dont les politiques sont la cible en période de campagne électorale.

D’abord, une analyse et un sondage d’opinion sur les attentes des Français: près de 250.000 € pour les cabinets Publi-Opinion et Giacometti-Perron.

Ensuite, et de façon amusante, un site Internet à 1.050.000 € pour l’UMP, dont une partie est affectée à la campagne. Voilà un tarif tout à fait intéressant, qui laisse à penser que l’UMP n’est pas regardante sur les marges de ses prestataires. Une bonne leçon à retenir pour tous ceux qui se lancent dans le Web: il y a encore du blé à se faire.

Au passage, on notera que le meeting de Villepinte a coûté 3 millions €. Pas mal non plus.

Confidentiel: limogeage de Batho prémédité – de nouveaux éléments

Personne ne peut croire que le limogeage de Batho n’était pas prémédité. Voici quelques éléments qui le confirment…

Evidemment, il y a le prétexte du manque de solidarité gouvernementale de Delphine Batho – qui est en soi un vrai sujet. Critiquer ouvertement le budget de l’année à venir, quand on est ministre, expose forcément. Mais quand on se souvient des positions d’Arnaud Montebourg, et d’autres, on s’amuse doucement de la mouche qui a piqué les chefs de l’exécutif sur cette affaire de cornecul. Et on a forcément envie de gratter un peu pour savoir ce qui se cache derrière cette opération musclée qui tranche avec la méthode habituelle de François Hollande.

Déjà, il y avait ces articles répétés dans le Monde, disant tout le mal qu’il faut penser de cette jeune ministre. Exemples?

Le 16 mars 2013, sous la plume d’Hervé Kempf: « Il ne vous aura pas échappé que la politique environnementale dans ce pays atteint un degré de nullité abyssal. Les plus hautes autorités se fichent comme de l’an 40 de la question écologique, et n’hésitent plus à placer à divers postes de commande des personnages dont toute la carrière et la culture respirent le goût du bétonnage. »

Sous la plume de Vanessa Schneider, le 22 mars 2013: « Alors que Najat Vallaud-Belkacem reste fidèle à son ancienne patronne, Delphine Batho a tourné la page du ségolénisme. Entre les deux femmes, le contact est désormais rompu. « Je n’ai jamais mis qui que ce soit sous cloche, commente Ségolène Royal. Il y a des gens qui restent fidèles et amicaux tout en s’émancipant. Parfois, on se fait mordre la main par celui qu’on a nourri. » Pas besoin de préciser dans quelle catégorie elle place son ancienne protégée. »

Le 1er juillet, veille du limogeage, Le Monde titrait encore: « A l’écologie, Delphine Batho n’a jamais réussi à convaincre »… qui en disait long sur ce qui se préparait. Le lendemain, le même journal rappelait: « Delphine Batho peine à tenir son pré carré. »

Les vieux baroudeurs savent qu’une campagne de ce genre dans un journal quasi-officiel, et proche du gouvernement, ne vient jamais par hasard: elle répond d’une façon ou d’une autre à une logique de dénigrement orchestrée en coulisses par on ne sait jamais qui…

Toujours est-il que, selon mes informations, depuis une quinzaine de jours, les questions liées au gaz de schiste ont fait l’objet d’une attention particulière, et les cabinets ministériels se sont mystérieusement empressés de régler des questions qui semblaient jusque-là en suspens.

C’est par exemple le cas du remplacement de Jean-François Rocchi, mouillé dans l’affaire Tapie, à la présidence du stratégique Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM). Pour des raisons inexpliquées, cette affaire qui relève ordinairement de l’Ecologie est tombée il y a une quinzaine de jours entre les mains du ministère de la Recherche, qui a piloté le remplacement de M. Rocchi. Fallait-il s’assurer que Delphine Batho ne bloquerait pas la procédure? Fallait-il la boucler en urgence dans la crainte qu’un ministre suivant ne bloque ce remplacement?

Toujours est-il que, par décret du 26 juin 2013, M. Rocchi est remplacé au conseil d’administration du BRGM par l’honorable Vincent Laflèche, dont un hobby est l’apiculture. N’est-ce pas sympathique? Cette nomination ne vaut pas désignation de l’impétrant à la présidence du BRGM. Pourtant, le BRGM annonce la nomination de l’intéressé en date du… 3 juillet. Sur la base d’un décret qui n’est toujours pas publié.

Mais, au fait, le 3 juillet, Delphine Batho venait juste de partir, non? C’est marrant, parce que le BRGM est, réglementairement: « un établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la tutelle du ministre chargé de la recherche, du ministre chargé des mines et du ministre chargé de l’environnement. » Autrement dit, pour que son président soit nommé, il faut la signature de trois ministres: recherche, industrie et environnement.

Cette dimension technique pose quand même un problème: le ministère de l’Ecologie semble avoir été écarté de cette nomination, et le bon Vincent Laflèche sait en tout cas d’ores et déjà qu’il ne doit pas son poste à son nouveau ministre. Tout a été fait avant son arrivée.

Peut-être trouvera-t-on, dans une audition au Sénat, une raison de cet empressement de Geneviève Fioraso à pourvoir avant le 2 juillet un poste en apparence éloigné des questions de recherche. A une question sur le gaz de schiste, voici ce que M. Laflèche, alors directeur général de l’INERIS, répondait: « En ce qui concerne les hydrocarbures non conventionnels, nous avons été sollicités durant la phase de préparation de la loi, comme le BRGM et l’IFPEN, pour proposer une analyse panoramique des risques et de leurs impacts. Mais nous n’avons pas de recherche à proprement parler sur les méthodes alternatives à la fracturation hydraulique, dont celle utilisant le propane. Cette dernière présente plusieurs avantages : elle permet d’éviter les pollutions de la phase de récupération de l’eau ; elle évite le recours à des additifs chimiques ; elle évite évidemment une consommation massive d’eau. Malheureusement cette technique a un inconvénient majeur : elle requiert de concentrer 70 à 90 tonnes de propane liquéfié ce qui constitue une véritable bombe. »

En avril 2012, l’INERIS, dont le directeur général était M. Laflèche, organisait un débat avec des ONG sur… la « maîtrise des impacts et des risques liés à l’exploitation des gaz et huiles de schiste ». L’INERIS y défendait des positions assez bien présentées en termes de lobbying.

Par exemple: « La technique de fracturation hydraulique est antérieure à l’exploration des gaz et huiles de schiste. Elle est utilisée dans le domaine de l’exploitation pétrolière et gazière depuis les années 1940. »

Ou encore: « Ainsi, aux Etats-Unis, la survenue de séismes a été imputée à la fracturation hydraulique (au Texas et en Arkansas). Il n’est toutefois pas exclu que, dans certains cas, ces séismes aient été causés par l’injection de saumure dans des roches sus-jacentes. Ce point de vigilance mériterait sans doute des investigations approfondies dans le bassin du sud-est, étant donné la présence plus ou moins rapprochée de failles. »

Ou encore: « Dans un souci de préservation de l’homme et de l’environnement, il est impératif de promouvoir la recherche de produits de substitution moins nocifs. Des travaux de recherche en « chimie verte » visant à développer des additifs plus respectueux (c’est-à-dire compatibles avec les exigences réglementaires de REACh et de la DCE2) sont actuellement menés. »

Bref: ne surtout pas les prendre de front, mais inscrire les arguments des ONG dans une logique de construction rationnelle, et sereine.

A n’en pas douter, les défenseurs du gaz de schiste ont efficacement sanctuarisé la nomination de l’un de leurs amis à la tête du BRGM, en évitant les possibles foucades d’une ministre sur le départ.

 

 

 

La DARES confirme les mauvais chiffres du chômage

Dans son Analyse publiée ce mercredi, la DARES confirme les mauvais chiffres du chômage et de l’emploi en France. 

La DAREs publie une note de conjoncture sur l’emploi tout à fait saisissante, et qui confirme ce que chacun sait: la situation de l’emploi en France est très tendue. Les graphiques suivants le montrent clairement:

Situation actualisée de l'emploi

Si les services, au premier trimestre 2013, peuvent se targuer d’une légère reprise après une année de sacrifices, l’industrie et la construction souffrent . L’emploi intérimaire est en revanche un peu reparti.

On notera avec étonnement un petit graphique qui infirme fortement la parole gouvernementale: les emplois non pourvus sont en diminution.

Baisse des emplois non pourvus

Albert II de Belgique: ce que les Français ignorent

Le roi Albert II de Saxe-Cobourg-Gotha vient d’annoncer son intention d’abdiquer le 21 juillet. L’occasion de rappeler quelques faces cachées de la monarchie belge.

La monarchie belge inspire souvent des sentiments de sympathie amusée ou attendrie en France. Mais combien de Français savent ce qui se cache derrière l’histoire des vainqueurs, c’est-à-dire l’histoire officielle de la famille de Saxe-Cobourg-Gotha?

Peut-être faut-il ici rappeler quelques fondamentaux historiques rarement dits dans la presse officielle.

D’abord, la Belgique n’existe pas, ou alors seulement depuis 1794: par l’effet du rattachement à la France révolutionnaire, puis impériale. Perpétuée dans l’esprit saugrenu du Congrès de Vienne de 1815 pour établir un glacis stratégique entre la France et les puissances du nord de l’Europe, elle n’avait jamais eu d’existence indépendante avant cette date.

Initialement, la Belgique est la partie méridionale du Royaume de Hollande. Belle opération d’annexion pour la famille d’Orange, qui tire ainsi son épingle du jeu à Vienne. Le problème est que les Hollandais n’ont jamais formé d’entité politique avec cette frange de territoire historiquement disputée entre la France et l’empire germanique. Assez vite, les affaires tournent mal et les Belges décident de faire sécession en 1830.

En 1830, le Congrès national belge demande au fils du roi de France Louis-Philippe de revêtir la couronne de Belgique. Une idée tout à fait naturelle à l’époque: la Belgique n’a imaginé un destin commun entre ses territoires qu’à travers le rattachement à la France, porteuse (à cette époque) de modernité et d’avenir. L’élite belge est alors profondément francophile.

Les Anglais s’opposent farouchement à une opération qui permettrait à la France, 15 ans après la chute de l’Empire, de revenir à ses frontières naturelles. Ils imposent donc un petit prince allemand, Léopold 1er de Saxe-Cobourg-Gotha, comme roi de Belgique. Démarche identique à celle suivie en Grèce où la couronne est confiée à un prince bavarois. La logique de domination britannique est à l’oeuvre.

Qui est Léopold 1er? Proche de la famille impériale russe, il s’engage dans l’armée du Tsar en 1808 pour combattre les troupes françaises. Il épouse en 1832 la fille de Louis-Philippe, signal de reconnaissance envoyé aux Français, qui viennent de libérer Anvers reprise par la Hollande. Mais sa gratitude pour la France est de courte durée: il inaugure une tradition familiale de francophobie, qui le conduit à marier ses enfants aux familles germanophiles et anglophiles d’Europe, même s’il donne périodiquement le change (en aidant timidement les Français lors de l’expédition du Mexique, par exemple).

Son fils Léopold II (arrivé au trône en 1865) reprend très vite à son compte la tradition familiale d’infidélité conjugale, jusqu’à s’éprendre, en 1899, d’une adolescente qu’il épousera en 1902 (une fois devenu veuf). Il s’illustre par la conquête du Congo, domaine personnel du roi jusqu’en 1908, année où il cède ce territoire à la Belgique. Entre-temps, une commission d’enquête s’est réunie pour tirer au clair les accusations de mauvais traitements (finalement plus qu’avérés) sur la population indigène.

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Léopold établit pour longtemps l’idée selon laquelle l’Afrique est le domaine réservé du roi.

Son neveu Albert 1er de Belgique est resté comme un héros national, par la résistance qu’il conduisit contre l’armée allemande de 1914 à 1918. L’histoire est un peu plus compliquée: Albert multiplie les contacts officieux avec le gouvernement allemand pour obtenir une paix négociée. Ces manoeuvres resteront sans effet.

En 1918, Albert 1er décide d’accorder aux Belges le suffrage universel…

L’arrivée au trône de Léopold III, épisode mal connu en France, illustre bien toute la problématique de la famille royale belge, d’essence allemande, et structurellement francophobe.

Alors que la montée du nazisme constitue une évidente menace pour l’Europe, Léopold III s’enferre dans la neutralité imposée à la Belgique par l’Angleterre en 1830. Même si le contexte belge a radicalement changé, cet héritage diplomatique est invoqué par le Roi pour ménager l’Allemagne, qui lui en sera reconnaissant. Dès 1936, la coopération militaire franco-belge est interrompue. En 1939, Léopold III déploie des troupes à la frontière française pour empêcher une action militaire préventive française.

Quoique, formellement, Léopold III collabore avec l’état-major français pour anticiper une attaque allemande, les relations sont froides et la suite explique pourquoi: Léopold III signe un armistice au bout de 18 jours, et refuse de quitter la Belgique pour continuer la lutte contre l’occupant allemand. Il épouse la gouvernante de ses enfants (il est veuf depuis 1935) pendant la guerre, et se laisse ensuite, en 1944, complaisamment emmener en Allemagne par l’occupant.

Après la victoire des alliés, son retour sur le trône met la Belgique à feu et à sang, et manifeste pour la première fois la profonde division entre Flamands, favorables à son retour, et Wallons, majoritairement favorables à son abdication.

Finalement, en 1951, il abdique en faveur de son fils Baudouin 1er, profondément conservateur. Baudouin s’illustrera lui-même, notamment, par une forme compliquée d’abdication, en 1990, qui lui permet de ne pas donner son consentement à une autorisation partielle de l’avortement.

Je laisse chacun lire attentivement la biographie d’Albert II, dont les péripéties familiales font les choux gras de la presse belge. Entre les tensions avec son fils Laurent et la révélation d’une enfant naturelle, chacun peut aisément vérifier que les traditions des Saxe-Cobourg-Gotha sont encore bien vivantes.

Je noterai simplement que c’est l’activisme (justifié) des indépendantistes flamands qui a mis sur la table la question des dotations exorbitantes (près de 12 millions € annuels pour le seul Albert II) versées aux Saxe-Cobourg. Si la famille a gardé son trône, c’est pourtant par une alliance objective avec le mouvement flamand, au sortir de la guerre.

On n’est jamais lâché que par les siens.

Le MEDEF nouveau et les retraites

Pierre Gattaz vient d’être élu à 95% des 560 votants président du MEDEF. Quels sont les points-clés que cette élection emporte sur le dossier des retraites?

Dans la foulée de son élection, Pierre Gattaz a annoncé la liste des 10 personnalités qualifiées qui rejoignent le Conseil Exécutif du MEDEF. Les observateurs noteront avec attention que cette liste comporte le nom d’un proche de Denis Kessler, déjà mentionné hier comme le futur « adjoint » de Jean-François Pilliard, délégué général de l’UIMM, à la tête du nouveau pôle social que Pierre Gattaz met en place. Ce nom, c’est celui de Claude Tendil, président de Generali France, et ancien directeur général d’Axa France.

Cette nomination n’est pas neutre: elle manifeste la volonté de la nouvelle équipe d’accorder un suivi tout particulier aux questions de protection sociale. Claude Tendil est probablement l’un des meilleurs assureurs de son époque, grand manitou de l’association Dialogues (ce qui lui donne une bonne connaissance des partenaires sociaux) et peu féru de paritarisme.

A certains égards, entre Pilliard et Tendil, c’est un peu le mariage de la carpe et du lapin (chacun jugera de qui est la carpe…), et la question des retraites sera la première occasion de mesurer le nouveau rapport de force qui devrait se construire au sein du MEDEF.

Pour les assureurs, et singulièrement les assureurs-vie, la réforme des retraites pose en effet quelques questions aussi complexes que des coups de billard catégorie pro international. Et, sur ce point, la France entre dans une phase cruciale dont il faut sans doute rappeler les quelques contours les plus saillants.

Premièrement, les difficultés de financement du régime général suscitent forcément l’imagination fiscale des députés et des différentes parties prenantes du dossier. Une crainte répandue dans le monde financier, jusqu’ici tenue à l’écart, porte sur les avantages fiscaux de l’assurance-vie, qui sont régulièrement évoqués comme une niche juteuse qu’il conviendrait de refermer. Là-dessus, évidemment, il n’est pas inutile de monter, pour les gestionnaires de ce produit d’épargne, à la manoeuvre, car les enjeux sont très lourds. C’est un dossier à 1.600 milliards d’euros, qui n’amuse personne.

Il y a donc un enjeu majeur à proposer des solutions qui permettent de rééquilibrer le régime de retraite par répartition sans puiser dans la poche des autres. Sur ce point, les Français connaissent déjà leurs classiques: relèvement de l’âge légal, allongement de la durée de cotisation, etc.

Au-delà de ces solutions pragmatiques, on scrutera avec attention les positions du MEDEF nouveau sur une réforme systémique de notre système de retraites, c’est-à-dire sur une solution qui ne se contenterait pas de déplacer les curseurs du régime, mais qui en changerait les lignes et les contours. Pour mettre les pieds dans le plat, la question est simple: le MEDEF proposera-t-il de fusionner l’AGIRC et l’ARRCO avec la CNAV?

Cette question incolore et inodore pour une grande majorité des Français n’est en revanche pas neutre pour les praticiens de la protection sociale complémentaire. En effet, l’AGIRC et l’ARRCO, dont les réserves financières s’épuisent, présentent l’avantage d’être des systèmes par point, plus faciles à piloter que des systèmes à revenu fixe comme la CNAV. Pour le gouvernement, il peut être tentant d’entamer une culbute comme en Suède il y a quelques années.

Pour être transparent, il faut préciser que l’AGIRC et l’ARRCO présentent l’inconvénient d’être une fédération de caisses de retraite complémentaire organisées en une vingtaine de groupes de protection sociale (Malakoff-Médéric, AG2R, etc.), où l’activité retraite coexiste avec l’activité prévoyance déployée par des institutions de prévoyance.

Or les institutions de prévoyance sont les assureurs privilégiés, dans le domaine de la complémentaire santé et du « gros risque » (décès, incapacité, invalidité) des branches professionnelles, alors que les assureurs dits « capitalistes » (comme Generali) sont les assureurs des entreprises. Comme l’a montré l’article 1 de la loi sur la sécurisation de l’emploi et la décision du 13 juin 2013, les deux mondes se livrent à une concurrence acharnée.

Pour mémoire, ces groupes de protection sociale ont une gouvernance paritaire: leurs conseils d’administration sociale sont composés pour moitié de représentants du MEDEF, de la CGPME et de l’UPA, pour une autre moitié de représentants des 5 grandes institutions représentatives. Cette particularité exprime la bienveillance dont ces groupes bénéficient de la part du MEDEF, tout particulièrement de ses grandes fédérations traditionnelles comme l’UIMM (acteur important de Malakoff-Médéric) ou la Fédération du Bâtiment (pilier du groupe pro-BTP).

Si une réforme systémique devait intervenir, c’est-à-dire une fusion de l’AGIRC, de l’ARRCO et de la CNAV, les groupes de protection sociale seraient vidés de leur substance, et les institutions de prévoyance auraient bien du mal à survivre face à leurs concurrents, et souvent partenaires financiers.

On mesure ici tout l’intérêt caché du dossier.

En outre, le MEDEF pourrait utilement proposer la création d’un étage de retraite supplémentaire par capitalisation pour les salaires les plus élevés. Là aussi, il y a un enjeu financier fort, à un moment où la collecte de l’assurance-vie ou de l’épargne salariale marquent le pas.

Assez vite donc, nous serons fixés: ou bien le MEDEF reste sur ses fondamentaux (on touche aux curseurs, mais pas aux lignes) et nous pourrons y lire la marque d’un poids préservé de l’UIMM, ou bien le MEDEF commence à toucher aux lignes, et chacun comprend la signification de ce geste.

 

 

Les femmes politiques sont des hommes comme les autres

Après des années de combat pour l’égalité, les femmes politiques semblent avoir intégré les travers si détestables de certains hommes. Quelques exemples…

Ce matin, Najat Vallaud-Belkacem était l’invitée de l’excellent daft-punkomane Patrick Cohen, sur France Inter, aussi appelée Radio-Bolcho au Front National. La ministre est venue présenter son projet de loi sur l’égalité homme-femme. C’est une ministre pleine d’espérance, cette Najat Vallaud-Belkacem: jeune, dynamique, et en position de se libérer des idées reçues dont l’élite parisienne est bourrée de préjugés. Après tout, une loi sur l’égalité hommes-femmes, ça peut être très positif et plein d’avenir.

Patatras! dès la première question posée de façon très calme par une dirigeante de TPE sur la durée du congé parental, Najat nous fait une tambouille langue de bois, style homme politique mal burné des années 70:

Interactiv' : Najat Vallaud-Belkacem par franceinter

Sabre de bois! cela valait bien la peine d’aller chercher des nouvelles têtes dans la catégorie sociologique femme de province de moins de 40 ans et prétendument issue de l’immigration, pour se retrouver avec une langue de bois inventée avant même sa naissance. Ma parole! elle a regardé l’intégrale des discours de Pompidou pour nous parler comme ça! parce que, dire dans la même conversation que le congé parental est trop long, mais que sa loi ne s’attaque pas au problème et qu’au final, c’est quand même mieux si c’était pire, je ne vois pas la plus-value de la jeune génération.

Dans la foulée, on apprend que Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, est convoquée à Matignon, puis à l’Elysée, pour se faire limoger après sa sortie de « combattante » sur le « mauvais budget » qu’on lui a collé pour 2014 (-7% en un an, faut dire que ça compense le laxisme de quelques autres ministères). Bon, reconnaissons que sa sortie:

Pour Delphine Batho, le budget 2014 est… par BFMTV

n’était pas très conforme au principe de solidarité gouvernementale. N’empêche, l’article du Monde publié illico n’est pas très aimable, et trahit un petit secret sur le comportement de la suppléante de Ségolène Royal: « Trop autoritaire à l’intérieur, elle est soupçonnée de gérer ses équipes avec brutalité, rudoyant ses collaborateurs, en privé comme en public, les énarques comme les petites mains. En un an à peine, la ministre a épuisé trois conseillers en communication et un directeur de cabinet. »

Voilà, c’est dit, et ce n’est pas très tendre. En quelques sorte, Delphine Batho, c’est un tyran, façon mec pas sympa qui maltraite ses équipes.

Toutes ces perles ne sont peut-être rien à côté de la désormais légendaire interview de la Provence donnée par la députée Karine Berger, autoproclamée « vraie intellectuelle » (il paraît que Victor Hugo s’est retourné dans son cénotaphe en lisant le texte).

Que nous dit Karine Berger, que j’adore par ailleurs: toute la jouissance très masculine, très testostéronée, du jeu de l’influence et de la puissance.

Décidément, on disait que les femmes devaient changer la politique. En vérité, ce sont bien des hommes comme les autres.

Chômage: Europe du Nord contre Europe du Sud

Le taux de chômage dans l’Union atteint des niveaux record. Surtout dans le Sud.

Eurostat a publié hier les chiffres du chômage dans l’Union Européenne. Un grand moment de vérité et d’optimisme pour tous ceux qui commencent à comprendre qu’une union monétaire avec une politique monétaire restrictive (celle de la BCE, digne héritière de la Bundesbank) conduit les pays habitués à dévaluer (c’est-à-dire nous et les méditerranéens) vers le gouffre économique et social.

Pour s’en persuader, quelques éléments glanés sur une chaîne allemande:

Dans ce grand chambardement continental où les jeunes chômeurs du Sud vont tenter leur chance dans les pays du Nord, une rétrospective sur quelques années, données par Eurostat, mérite réflexion:

Source: Eurostat
Source: Eurostat

Ce petit graphique a l’intelligence de montrer une évidence: la zone euro est beaucoup plus impactée, depuis 2004, par le chômage. Ce chiffre rappelle que le dogme d’une monnaie unique comme meilleur accélérateur de croissance ne tient évidemment pas.

L’analyse du taux de chômage par pays montre encore plus clairement que les pays du Nord profitent globalement de la situation, alors que les pays du Sud trinquent:

Source: Eurostat
Source: Eurostat

Au-dessous de 10% de chômage, on trouve: l’Autriche, l’Allemagne, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, le Danemark, la République Tchèque, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Suède, la Finlande et la Belgique. Bref, les pays du coeur de la prospérité européenne, Roumanie et Malte mis à part.

On notera quand même que le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, ont pratiquement recouvré le plein emploi.

Edifiant, non?