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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Le travail coûte plus cher en Allemagne qu’en France

Pour justifier la baisse du coût du travail en France, les analystes et commentateurs aiment à expliquer que la France souffre d’un manque de compétitivité par rapport à l’Allemagne à cause de son coût du travail trop élevé. La litanie est bien construite: les Allemands ont pratiqué une rigueur salariale qui leur a permis de baisser le coût du travail et de retrouver leur compétitivité. Grâce à cette politique, leurs salariés coûteraient moins cher que les salariés français, ce qui leur permettrait de vendre mieux, etc.

J’ai retrouvé une fiche de la commission des comptes de la sécurité sociale de juin 2010 qui fait un point très intéressant sur cette question:
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/comptes/2010/ccss201006_fic-07-1.pdf

En voici les principaux éléments:

1 – la mesure du coût du travail est très difficile et contestable, car elle passe par des données agrégées qui mélangent des données très différentes. Dans la pratique, il existe deux sources: Eurostat et l’OCDE, qui ne concordent pas forcément, sachant que le coût du travail peut être défini de façons hétérogènes: s’agit-il du coût horaire moyen? du coût salarial global? des rémunérations brutes annuelles et des cotisations patronales? Ces points méthodologiques nous invitent à la prudence dans les comparaisons.

2 – le coût du travail en Allemagne a effectivement évolué moins vite à partir de 2004, alors que son augmentation est régulière en France. Cet infléchissement de tendance s’explique par la politique de désinflation compétitive menée en Allemagne, dont le principal point a consisté à développer les ressources fiscales de la sécurité sociale. Autrement dit, le financement de la sécurité sociale en Allemagne repose de plus en plus sur l’impôt. La part des cotisations sociales a donc diminué dans les recettes de la sécurité sociale. L’invention de la TVA sociale en 2007 a joué un grand rôle dans ce rééquilibrage, car elle a permis de financer la sécurité sociale sans augmenter le coût du travail. En revanche soyons bien clairs sur la signification de cette tendance: les citoyens se substituent aux employeurs pour financer la protection sociale.

3 – LE COÛT DU TRAVAIL EN ALLEMAGNE RESTE NEANMOINS PLUS CHER QU’EN FRANCE!


Je cite: « Le salaire annuel brut moyen des salariés travaillant à temps plein dans l’industrie et les services est largement plus élevé en Allemagne qu’en France (43 942 € en 2008 contre 32 826 €, soit une différence de 34%). L’écart se réduit mais reste substantiel au niveau du coût du travail annuel par salarié
(52 458 € contre 46 711 €, soit 12%). Il est sensiblement plus faible, en restant positif, pour le revenu net après impôt (25 167 € contre 23 694 €, soit 6%). La réduction de l’écart tient à l’importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l’impôt sur le revenu en Allemagne. Au final, le coin fiscalo-social (c’est-à-dire la part des prélèvements sociaux et de l’impôt sur le revenu dans le coût du travail) est supérieur en Allemagne (52% contre 49,3%). Le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas être justifié par une productivité supérieure du travail et n’est que partiellement lié au nombre d’heures travaillées.« 

Et la note continue: « Si la durée effective hebdomadaire moyenne du travail pour l’ensemble des salariés est supérieure en France (35,2 heures contre 34,9 heures en Allemagne) en raison du temps de
travail moyen supérieur des salariés à temps partiel en France, il n’en est pas de même pour les seuls salariés à plein temps des secteurs de l’industrie et des services : leur durée effective moyenne est de 41 heures par semaine en Allemagne, contre 38,1 heures en France. Néanmoins, en rapportant le coût annuel du travail précédemment estimé pour les seuls travailleurs à temps plein au nombre d’heures effectivement travaillées, le coût horaire du travail au niveau du salaire moyen demeure supérieur en Allemagne (24,6€ contre 23,6€), même si l’écart entre les deux économies s’est réduit sur la période 2000-2008 : le coût horaire français, qui représentait 87% de celui constaté en Allemagne en 2000, est passé à 96% en 2008. Ce rattrapage résulte d’une part de la moindre progression des revenus nets (2,5% en moyenne annuelle en Allemagne, contre 2,8% en France) et des prélèvements assis sur les salaires (1,5% contre 2,7%), mais également de la baisse du nombre d’heures travaillées en France, alors que ce volume était le même dans les deux pays en 1997.« 

Conclusion: même s’il y a une convergence progressive du coût du travail entre les deux pays, le travail allemand coûte 24,6€ de l’heure en moyenne, et le travail français seulement 23,6€.

———————

De cette note, je retire quelques éléments simples:

– le travail en Allemagne n’est pas moins cher qu’en France, au contraire
– l’Allemagne est citée en modèle parce qu’elle a fortement modéré les cotisations patronales, notamment en introduisant la TVA sociale
– la référence à l’Allemagne ne vise donc pas un pays où le travail est moins cher, mais un pays où les cotisations patronales n’augmentent plus. Nuance…

Faut-il rembourser la dette publique?

Je ne résiste pas au plaisir de signaler une étude économique « orthodoxe » publiée par Patrick Artus et la banque Natixis, sur le remboursement de la dette. Cette étude revient sur l’idée de plus en plus répandue selon laquelle la dette publique ne devrait pas forcément être remboursée, en tout cas dans totalité. Cette idée, impensable jusqu’il y a quelques mois, chemine, chemine, chemine, et commence à bénéficier d’une véritable légitimité.

L’analyse de Natixis fait un point de situation très objectif et montre les avantages et inconvénients de cette théorie du « haircut ».

https://institutionsfinancieres.natixis.com/upload/docs/application/pdf/2011-01/note_mensuelle_recherche_economique_natixis_-_janv_2011.pdf

Pour l’essentiel, les idées sont les suivantes:

A – arguments pour un défaut sur la dette

1 – fallait-il et faut-il aider les pays endettés de la zone euro à rembourser leurs dettes? En réalité, ceux-ci ont un problème structurel de remboursement, c’est-à-dire de solvabilité. L’aide qui leur est apportée ponctuellement ne fait donc que repousser des échéances difficiles et ne règle en rien la question. En refusant un défaut sur la dette, même partiel (le fameux haircut), nous les obligeons à mener une politique d’austérité qui plombe toute perspective de croissance et accroît leur mal.

2 – moralement, faire payer aux populations le remboursement de la dette n’est pas juste. Je cite une superbe phrase: « ce sont les populations qui paient les erreurs de gestion budgétaire du pays, ce
qui est anormal ».

3 – moralement, il est aussi juste que les détenteurs de la dette soient pénalisés, et pas seulement les populations.

B – arguments contre un défaut sur la dette


1 – les pays en défaut n’auront plus accès aux marchés financiers pendant un certain temps


2 – le défaut sur la dette sauve les Etats, mais fragilise les banques et les assurances, détentrices de la dette


3 – moralement, pénaliser les détenteurs de la dette passée n’est pas juste, car ces créanciers ont acheté une dette sans risque


C – les 4 scénarios proposés par Natixis


1 – mettre en place un défaut partiel (le haircut)


2 – relancer l’inflation


3 – allonger la durée de remboursement de la dette pour alléger le fardeau

4 – transférer une partie de la dette des pays les plus fragiles vers les pays les plus solides (Allemagne notamment).

———————–

De cette note, je retiens quelques points:

– d’abord l’idée de ne pas rembourser la totalité de la dette est envisageable économiquement. Même si elle constitue un tabou pour la pensée unique, des experts très orthodoxes, comme ceux de la banque Natixis, l’envisagent de façon très raisonnable, comme une solution réaliste

– ensuite, les arguments qui s’opposent au défaut partiel sont essentiellement moraux et contestables. Ne pas rembourser une partie de la dette consiste en fait à demander à l’industrie financière de rembourser les dégâts qu’elles ont causés, ce qui n’est pas scandaleux

– enfin, le défaut partiel est un sujet de géopolitique: quels pays vont payer? en particulier, quel prix pour l’Allemagne? Un débat déjà ouvert dans les années 20 en Europe…




Faut-il rembourser la dette publique ?

Je ne résiste pas au plaisir de signaler une étude économique « orthodoxe » publiée par Patrick Artus et la banque Natixis, sur le remboursement de la dette. Cette étude revient sur l’idée de plus en plus répandue selon laquelle la dette publique ne devrait pas forcément être remboursée, en tout cas dans totalité. Cette idée, impensable jusqu’il y a quelques mois, chemine, chemine, chemine, et commence à bénéficier d’une véritable légitimité.

L’analyse de Natixis fait un point de situation très objectif et montre les avantages et inconvénients de cette théorie du « haircut ».

https://institutionsfinancieres.natixis.com/upload/docs/application/pdf/2011-01/note_mensuelle_recherche_economique_natixis_-_janv_2011.pdf

Pour l’essentiel, les idées sont les suivantes:

A – arguments pour un défaut sur la dette

1 – fallait-il et faut-il aider les pays endettés de la zone euro à rembourser leurs dettes? En réalité, ceux-ci ont un problème structurel de remboursement, c’est-à-dire de solvabilité. L’aide qui leur est apportée ponctuellement ne fait donc que repousser des échéances difficiles et ne règle en rien la question. En refusant un défaut sur la dette, même partiel (le fameux haircut), nous les obligeons à mener une politique d’austérité qui plombe toute perspective de croissance et accroît leur mal.

2 – moralement, faire payer aux populations le remboursement de la dette n’est pas juste. Je cite une superbe phrase: « ce sont les populations qui paient les erreurs de gestion budgétaire du pays, ce
qui est anormal ».

3 – moralement, il est aussi juste que les détenteurs de la dette soient pénalisés, et pas seulement les populations.

B – arguments contre un défaut sur la dette

1 – les pays en défaut n’auront plus accès aux marchés financiers pendant un certain temps

2 – le défaut sur la dette sauve les Etats, mais fragilise les banques et les assurances, détentrices de la dette

3 – moralement, pénaliser les détenteurs de la dette passée n’est pas juste, car ces créanciers ont acheté une dette sans risque

C – les 4 scénarios proposés par Natixis

1 – mettre en place un défaut partiel (le haircut)
2 – relancer l’inflation
3 – allonger la durée de remboursement de la dette pour alléger le fardeau
4 – transférer une partie de la dette des pays les plus fragiles vers les pays les plus solides (Allemagne notamment).

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De cette note, je retiens quelques points:

– d’abord l’idée de ne pas rembourser la totalité de la dette est envisageable économiquement. Même si elle constitue un tabou pour la pensée unique, des experts très orthodoxes, comme ceux de la banque Natixis, l’envisagent de façon très raisonnable, comme une solution réaliste

– ensuite, les arguments qui s’opposent au défaut partiel sont essentiellement moraux et contestables. Ne pas rembourser une partie de la dette consiste en fait à demander à l’industrie financière de rembourser les dégâts qu’elles ont causés, ce qui n’est pas scandaleux

– enfin, le défaut partiel est un sujet de géopolitique: quels pays vont payer? en particulier, quel prix pour l’Allemagne? Un débat déjà ouvert dans les années 20 en Europe…

Hommage au peuple tunisien

Difficile de commencer cette journée sans saluer la victoire du peuple tunisien.

Démonstration est faite que, même s’il lui faut parfois de longues années de patience, un peuple peut choisir collectivement son destin.

J’entendais hier un commentateur affirmer qu’il s’agissait d’une leçon pour l’Afrique et pour le monde arabe.

Sommes-nous bien sûrs qu’il ne s’agit pas d’une leçon universelle?

Hommage au peuple tunisien

Difficile de commencer cette journée sans saluer la victoire du peuple tunisien.

Démonstration est faite que, même s’il lui faut parfois de longues années de patience, un peuple peut choisir collectivement son destin.

J’entendais hier un commentateur affirmer qu’il s’agissait d’une leçon pour l’Afrique et pour le monde arabe.

Sommes-nous bien sûrs qu’il ne s’agit pas d’une leçon universelle?

Quelques liens presse

Une émission de radio amusante:

Des articles sympathiques:
http://www.humanite.fr/12_01_2011-drôle-de-coup-de-gueule-au-medef-462198
http://www.liberation.fr/economie/01012313591-le-patron-de-l-apec-claque-la-porte-et-charge-le-medef
http://www.marianne2.fr/SlovarMarianne/Le-MEDEF-dernier-heritier-de-l-immobilisme-brejnevien_a159.html
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jQd8XDrUo1lQzOld9v4pBTparc5A?docId=CNG.6ff2ea7172247724c252d690ac85cdda.4e1
http://www.lexpansion.com/economie/le-patron-de-l-apec-en-revolte-contre-le-medef_246785.html
http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/0201067629525-le-directeur-des-affaires-sociales-de-la-ffsa-demissionne-de-la-presidence-de-l-apec.htm

Jusqu’ici tout va bien, le livre

Sortie en librairie le jeudi 13 janvier du livre, Jusqu’ici tout va bien écrit par Éric Verhaeghe.

Énarque, membre du Medef, président de l’Apec (l’Association pour l’emploi des cadres), Éric Verhaeghe démissionne de tous les mandats que lui a confiés le Medef : la présidence de l’Apec, ceux de l’Acoss, la Cnav, l’Agirc, l’Unédic et Pôle Emploi. En désaccord avec la politique choisie et menée par le MEDEF, cette démission est un acte fort, réfléchi, destiné aux élites qui doivent assumer leur part d’effort et à tous les Français qui doivent prendre conscience de la situation de notre pays.  Pour s’expliquer et être cohérent avec son cheminement personnel, Éric Verhaeghe dit ce qu’il a sur le cœur dans le livre Jusqu’ici tout va bien qui sort le jeudi 13 juillet, le lendemain de sa démission. Une première.

Jusqu’ici tout va bien! est le témoignage engagé d’un «acteur du système», haut fonctionnaire et représentant patronal qui, à 42 ans, aura environ 80 ans quand la France aura fini de rembourser sa dette. Face à l’effort auquel nous devons tous nous préparer, Eric Verhaeghe se demande si le remboursement de cette dette est inévitable, et surtout si le prix à payer pour ce remboursement est collectivement soutenable.

Eric Verhaeghe s’appuie sur ses expériences vécues, notamment au MEDEF, dont il démissionne de ses mandats, pour raconter son «chemin de Damas» après la crise de 2008. Comment avons-nous pu aboutir à ce séisme, alors que, depuis près de 40 ans, nous nous fions à la promesse d’un avenir meilleur grâce à l’économie de marché? Avons-nous vraiment tiré les conséquences de cette crise?

L’ouvrage revient, de façon lucide et abordable, sur les idées simples qui font l’horizon indépassable des politiques économiques, de droite comme de gauche, depuis plusieurs décennies: les marchés financiers sont-ils rationnels? la croissance économique se confond-elle avec la prospérité ou avec le progrès? les Etats sont-ils encore en mesure de réformer un système bancaire mondial à l’origine d’une instabilité financière constante? comment rembourser la dette sans condamner nos systèmes économiques? plus d’Etat est-il une solution?

L’originalité du livre consiste à porter un regard politique sur ces questions économiques, et à sans cesse confronter les principes de notre système républicain aux réalités de l’économie de marché telle que nous la concevons aujourd’hui. La crise de 2008 souligne de façon évidente que le rôle du citoyen se résume à celui d’un contribuable, d’un taxpayer, sans véritable droit à modifier les politiques économiques dont il doit rembourser les conséquences.

Eric Verhaeghe lance des pistes de propositions essentiellement politiques pour que le citoyen ne soit plus cantonné à son rôle de contribuable. Il insiste en outre sur l’importance d’un nouveau pari sur le savoir et sur l’école pour renverser la spirale de l’exclusion et des inégalités. Sans un retour aux valeurs démocratiques premières et sans une revalorisation du travail, le pacte républicain est menacé, et les extrêmes menacent.

Eric Verhaeghe est un auteur de sa génération. Il avait 4 ans lorsque la crise de 1973 a éclaté. Il a grandi avec elle. Il a vécu avec l’idée que seul le développement de la concurrence permettrait de garantir un retour à la prospérité. La crise de 2008 lui a ouvert les yeux. Il se propose, avec ce livre, d’exercer un droit d’inventaire sur près de 40 ans de libéralisation économique. Il l’assume comme un acte de responsabilité et transmet sa conviction que l’atterrissage collectif sera dramatique si nous ne changeons pas notre fusil d’épaule. Jusqu’ici tout va bien mais encore pour combien de temps ?

Dans les médias…

Une émission de radio amusante :

Interview BFM 14 01 2011

Des articles sympathiques:

www.cgt.fr

www.journaldunet.com

www.humanite.fr : Drôle de coup de gueule au Medef

www.liberation.fr : Le patron de l’apec claque la porte et charge le Medef

www.marianne2.fr : Le Medef, dernier héritier de l’immobilisme brejnevien

www.lexpansion.com : Le patron de l’Apec en révolte contre le Medef

www.lesechos.fr : Le directeur des affaires sociales de la FFSA démissionne de la présidence de l’Apec

AFP : Le président de l’Apec claque la porte, tire à boulets rouges sur le Medef