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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

L’Education Nationale, ou le règne de Big Brother

L’Education Nationale devrait donner l’exemple en matière de démocratie. Et chaque jour, elle prouve l’inverse. Le cas de l’algorithme de l’admission post-bac l’a encore montré.

L’aberrante admission post-bac

Face à la difficile gestion des flux étudiants à la sortie du baccalauréat, l’Education Nationale a lancé une application « APB » (admission post-bac) qui s’apparente à un véritable Big Brother: un ordinateur ingurgite des dizaines de millions de données sur des centaines de milliers de candidats, et en ressort une liste d’inscrits à l’université par filières.

Alors que le personnel de l’Education Nationale continue à corriger ses copies à la main et à revendiquer farouchement l’autonomie de l’enseignant face à l’élève, c’est dans la plus parfaite indifférence qu’il accepte de confier à une intelligence artificielle le destin universitaire des élèves. En grattant un peu, on pourrait même se demander ce que cette indifférence à l’égard de la prise du pouvoir par la machine nous dit sur les valeurs véhiculées et transmises par les enseignants aujourd’hui…

Au moins, feront remarquer les esprits perfides, le recours à l’intelligence artificielle est-il moins constipant et désabusant que le recours au tirage au sort, comme les facultés de médecine ont entrepris de le faire.

APB, le mystérieux Big Brother

Avec stupéfaction, on découvre que l’algorithme d’APB est un secret mieux gardé que l’algorithme de Google. L’Education Nationale refuse obstinément d’informer les citoyens sur les critères qu’elle utilise dans sa « machine » pour décider des affectations des candidats en université. Alors qu’il est possible de connaître au moins une partie des critères de référencement retenus par Google, le ministère de l’Education refusait d’expliquer à ses administrés et usagers sa technique de traitement des données.

Superbe exemple de démocratie! la machine décide pour toi, mais on ne te dira surtout pas sur quel critère! Même Kafka n’aurait pas osé imaginer un tel cauchemar.

L’Education Nationale bafoue l’autorité de la chose jugée

Il a donc fallu qu’une association saisisse la justice administrative pour forcer l’administration de l’Education Nationale a levé le voile sur un algorithme illégalement tenu secret. Droit des lycéens (l’association en question) a partiellement obtenu gain de cause: malgré l’avis favorable de la CADA, l’Education Nationale a dévoilé une partie (mais une partie seulement) de l’algorithme utilisé.

«Pourquoi ces règles n’ont pas été rendues publiques avant la clôture, hier soir ? C’était pourtant un engagement du ministère et cela aurait pu permettre aux lycéens de faire un choix éclairé, a réagi ce mercredi matin Clément Baillon, le président de l’association Droits des lycéens. «Des flous demeurent», pointe-t-il, comme «l’utilisation faite par les universités des notes aux épreuves anticipées du bac, et des bulletins scolaires : ont-elles la possibilité de les consulter ?»

Non seulement l’Education Nationale échappe au contrôle de Bercy, mais elle refuse aussi d’obéir aux avis de la CADA… Si le fait d’être au-dessus des principes républicains était une garantie de performance, on applaudirait des deux mains. Mais les résultats de l’Education Nationale sont si catastrophiques qu’on en ressort avec le sentiment qu’elle n’est plus qu’un paquebot ivre, incontrôlable et à la dérive, que seul un iceberg pourra arrêter.

Exclusif: la CGT négocie-t-elle des contreparties financières?

Sans la Nuit Debout, sans intersyndicale, la CGT aura finalement plutôt réussi son coup: celui d’imposer à Manuel Valls un arrangement de sortie de crise dont personne ne sait encore ce qu’il contiendra. Selon nos informations, il pourrait être assorti de « clauses secrètes » dont une partie devrait desserrer l’étau qui pèse sur le financement du syndicat.

La question de l’article 2 de la loi

Forcément, Manuel Valls devra lâcher du lest sur l’article 2 de la loi: c’est la condition pour que les esprits reprennent leur calme. Il est même vraisemblable que le gouvernement invente l’encadrement des accords d’entreprise par des commissions paritaires de branche qui n’avaient jusqu’ici que très peu de pouvoirs.

Au passage, la décision du 13 juin 2013 du Conseil Constitutionnel avait déclaré inconstitutionnels, car contraire à la liberté d’entreprendre, des mécanismes de branche (en protection sociale complémentaire) contraignants pour les entreprises (les fameuses clauses de désignation). Les Sages accepteront-ils cette fois ce qu’ils ont interdit il y a trois ans?

Incontestablement, l’affaire sera à suivre de près.

Des contreparties à la SNCF et dans la culture

Parallèlement, on sait que la CGT a obtenu un autre cadeau, mais par la CFDT interposée: la modification du projet de convention collective pour le rail, dont le maintien d’un système de repos très favorable. Cette décision imposée « d’en haut » par le gouvernement à la direction de la SNCF, a permis de briser l’intersyndicale de la SNCF et de dissuader les conducteurs de train CFDT de rejoindre le mouvement.

Bien évidemment, les cheminots CGT sont aussi bénéficiaires de l’opération, qui ont montré que la négociation se déroulait désormais au niveau politique.

De leur côté, les intermittents du spectacle ont obtenu la garantie de l’Etat sur le financement de leur système d’indemnisation.

Quelles autres contreparties?

Toute l’inconnue consiste à savoir quelles sont les autres contreparties négociées par la CGT en échange d’un renoncement au mouvement. Les spéculations vont bon train et beaucoup commencent à soupçonner que la CGT a glissé un « cheval de Troie » inattendu dans ses revendications: un assouplissement des règles applicables aux appels d’offres pour la protection sociale complémentaire dans les branches.

La Direction de la Sécurité Sociale a en effet concocté, en décembre 2015, un projet de décret durcissant les règles de transparence dans les branches. Voici ce projet de décret:

Ces dispositions modifieraient… un décret de janvier 2015 sur le même sujet! Entretemps, la Cour de Justice de l’Union Européenne a rendu un arrêt de principe qui oblige, dès lors qu’un accord de branche est étendu, de respecter des règles de publicité minimale dans les appels d’offre.
Pour les organisations syndicales, cette pression sur la transparence n’est pas sans inconvénient. Elle complique singulièrement des pratiques que la Cour de Cassation vient de confirmer du bout des lèvres, mais dont tout le monde sait qu’elles sont dangereuses et risquées. Les accords de branche en protection sociale complémentaire sont une importante source de financement plus ou moins légal, plus ou moins occulte, pour les organisations syndicales. Une trop grande transparence risque de finir de mettre ce système en danger.
Plusieurs fédérations CGT seraient probablement désireuses d’éviter un séisme financier à un moment où le nombre d’adhérents diminue.
Dans certaines branches, la proximité des fédérations avec les organismes paritaires de prévoyance est forte et bien ancrée. C’est le cas dans le transport, dont la fédération dirigée par le très contesté Jérôme Vérité a obtenu des mesures favorables du gouvernement pour arrêter son mouvement, il y a quinze jours. La fédération CGT des Transports pourrait faire partie de celles qui ont intérêt à bloquer le projet de décret de la direction de la sécurité sociale.

Un retour à la normale bien orchestré

Pour Philippe Martinez, la séquence à venir devrait donc être assez simple à jouer. Comme il est très compliqué pour son syndicat de bloquer l’Euro 2016 de football, il prépare, magnanime, son virage à 360°, en appelant à la reprise du travail compte tenu des concessions obtenues du gouvernement. L’opération sera un point important marqué par la CGT, et pleine de petits trésors cachés.

Anne Hidalgo accélère le grand remplacement à Paris

Anne Hidalgo ne passe pas une journée sans faire des déclarations d’une vertu digne de Bossuet et des plus grands prédicateurs chrétiens. Pas une journée où elle ne pense aux victimes de l’horrible loi sur le Travail et autres fadaises bobos qui entretiennent la bonne conscience. Mais son actualité laisse entrevoir une logique politique bien différente.

Paris bientôt interdite aux classes moyennes

On nous l’annonce: Ségolène Royal a finalement concédé à Anne Hidalgo (la tension entre les deux femmes est bien connue pour des raisons que tout le monde fait semblant d’ignorer) le droit d’interdire l’entrée de Paris aux véhicules individuels antérieurs à 1997, et les deux roues antérieurs à 1999. 10% du parc parisien seraient concernés.

Une fois de plus, l’écologie est le prétexte tout trouvé pour pratiquer une sélection sociale drastique, et la norme environnementale est l’habillage moral du racisme anti-pauvres tant prisé au Parti Socialiste. En l’espèce, ce sont les classes moyennes qui sont particulièrement visées. Si l’on admet l’hypothèse que les pauvres à Paris n’ont pas de voitures, ce sont surtout les ménages étouffés par des loyers prohibitifs et à la peine pour s’offrir une voiture neuve qui vont trinquer: les classes moyennes donc!

On le voit, au nom de l’écologie, Hidalgo s’organise pour rendre la vie de plus en plus odieuse aux moins riches dans Paris. Il serait intéressant de corréler ces chiffres à ceux de l’électorat socialiste dans la capitale. On s’apercevrait sans peine que la maire de Paris tape au porte-feuilles en priorité ceux qui ne votent pas pour elle, et fait tout pour les convaincre de s’installer en banlieue.

Hidalgo ouvre les vannes des migrants

Les classes moyennes qui habitent l’Est parisien viennent d’en apprendre une autre tout à fait saumâtre: Anne Hidalgo a choisi de créer un camp de réfugiés près de chez eux, probablement dans le 19è arrondissement. Tiens! dans la circonscription de Cambadélis, bien connu pour sa logique communautariste…

Anne Hidalgo, qui a lu ses classiques de Terra Nova, se souvient que sa majorité est à construire avec les diplômés, les jeunes, les femmes et les minorités. La classe moyenne blanche et chrétienne n’a pas sa place dans cet univers. Sans surprise, donc, le camp de réfugiés sera installé dans les quartiers qui ont besoin d’être débarrassés de leur opposition congénitale – celle des derniers citoyens qui n’acceptent pas les magouilles d’une équipe dirigeante à la dérive. Voilà le plus sûr moyen de se donner une majorité durable, comme à Molenbeek, où la réélection est assurée de scrutin en scrutin.

Pourquoi Anne Hidalgo rend-elle service à Cambadélis?

Pourquoi Anne Hidalgo favorise-t-elle le Grand Remplacement dans la circonscription de Cambadélis?

D’abord parce que le député de la 16è circonscription de Paris (mais il n’y met jamais les pieds) est en position moins favorable qu’on ne peut le croire. En 2012, alors qu’il était peu exposé médiatiquement, il avait certes recueilli 70% des voix au second tour… mais seulement 33% des inscrits. Au premier tour, ce score était même tombé à moins de 20% des inscrits.

Cambadélis a donc structurellement besoin de maintenir un fort taux d’abstention pour gagner, et besoin de chasser le maximum d’opposants à sa politique. Cette équation est d’autant plus vraie que son exposition médiatique comme premier secrétaire du Parti Socialiste n’est pas à son avantage…

Pourquoi Anne Hidalgo se livre-t-elle à ce petit cadeau? Peut-être parce que Cambadélis aura la haute main sur les investitures aux législatives en 2017, et que Jean-Marc Germain, compagnon d’Anne Hidalgo et frondeur devant l’éternel, a quand même envie de garder son poste l’an prochain.

On se souvient ici que Germain a fait capoter la motion de censure déposée à l’occasion de la loi Travail, mais qu’il a annoncé son intention de signer la suivante.

Une fois de plus, le PS parisien est au coeur de toutes les magouilles qui épuisent ce pays.

Le coup tordu de la Commission sur le TTIP

La Commission Européenne ne recule devant aucun sacrifice pour signer cette année, comme le souhaitent Angela Merkel et Barack Obama, le TTIP avant les élections présidentielles américaines. Jean-Claude Juncker devrait précipiter la négociation en soumettant la question à un vote de confiance (une sorte de 49-3 européen en quelque sorte) au prochain sommet européen.

Un 49-3 européen

La nouvelle est tombée lundi: Juncker interrogera les Etats membres sur la confiance qu’ils accordent à la Commission pour négocier le traité.

« Au sommet européen de juin, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, va demander aux dirigeants de l’UE de reconfirmer le mandat de la Commission pour conduire ces négociations », a déclaré un porte-parole de l’exécutif européen, Daniel Rosario, lors d’un point-presse.

Le sommet européen en question aura lieu les 28 et 29 juin à Bruxelles.

« Nous devons nous assurer que nous allons tous dans la même direction. Le président Juncker estime que le moment est venu de demander aux chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE de faire un état de lieux des négociations, en s’interrogeant sur où nous sommes et où nous allons », a-t-il dit.

Le message est clair: c’est fin juin que se décidera ou non la signature du TTIP d’ici la fin de l’année sur les bases actuellement négociées. En particulier, Jean-Claude Juncker devrait faire valider le principe de l’équivalence des normes entre l’Union et les USA, qui permettra aux Américains d’inonder le marché européen avec des produits peu respectueux de la santé publique.

L’heure de vérité pour la France

Cette nouvelle n’arrange pas forcément les affaires de François Hollande, qui a joué aux fanfarons ces dernières semaines sur la possibilité de refuser le traité. Dans l’hypothèse où les Etats membres accorderaient leur confiance à Juncker, démonstration serait faite du caractère purement hypocrite de la posture exprimée par le chef de l’Etat ces derniers temps sur le sujet.

Les insupportables pleurnicheries des maires de France

L’ouverture du congrès annuel des maires de France, dont l’association est présidée par le chiraquien François Baroin, a donné lieu à un concert de pleurniches insupportables, digne d’un enterrement sicilien ou mauresque et qui vous ferait passer la mort de Sardanapale pour un spectacle de Disney. En coeur, tous ces maires regrettent la baisse des dotations de l’Etat et accusent l’Union Européenne d’être responsable de cet appauvrissement. On a cru rêver en lisant la longue énumération des plaintes jaculatoires qui ont occupé la journée.

Un petit redressement des réalités s’imposait.

Des recrutements en veux-tu en voilà!

Les maires de France évitent bien entendu d’expliquer le revers de la médaille: leurs recrutements colossaux et mal gérés qui conduisent, depuis plusieurs années, à augmenter sans fin la part de la masse salariale dans les dépenses totales des collectivités. En 2009, les salaires des fonctionnaires représentaient 29% des dépenses. En 2015, cette part est passée à 33%: soit une hausse de près de 15% en six ans (de 67 à 80 milliards d’euros).

Une productivité du fonctionnaire laissée en jachère

À quoi servent ces recrutements incessants? Les maires adorent affirmer qu’ils sont dus aux transferts de charge imposés par l’Etat. Toutefois, le rapport Laurent a récemment souligné l’absence de mesure du temps de travail réel dans la fonction publique. En réalité, les maires sont incapables de dire combien de temps travaillent exactement les fonctionnaires qu’ils recrutent.

Le rapport Laurent évoque notamment le cas d’une employée d’une petite commune qui travaille environ deux semaines de moins que la durée annuelle réglementaire:

Source: rapport Laurent
Source: rapport Laurent

Il ne serait peut-être pas inutile que les maires commencent par manager leurs services et exigent de leurs fonctionnaires qu’ils travaillent au moins autant que la durée légale ne le prévoit… La baisse des dotations deviendrait sans doute un peu moins douloureuse.

Dans le cas cité ci-dessus, elle permettrait de baisser la masse salariale d’environ 5%, soit 4 milliards d’euros si l’on extrapole à l’ensemble de la fonction publique territoriale.

Une profusion d’intercommunalités

Si les maires ont beaucoup recruté ces dernières années, ils ont eu une bonne raison pour le faire: ils ont multiplié les strates d’administration dans leurs territoires, créant autant de nouvelles instances où des fonctionnaires sont indispensables pour rédiger des milliers de papiers, de formulaires, de notes, de réglementations absconses.

Au 1er janvier 2014, la France ne comptait pas seulement 36.000 communes. Elle s’était aussi dotée de 12.159 établissements publics de coopération intercommunale, tous plus complexes les uns que les autres (certains avec une fiscalité propre, d’autres non). Autrement dit, pour trois communes, la France compte une intercommunalité qui les chapeaute. Cette folie est la première explication de l’explosion des dépenses communales en France.

Le refus obstiné de la fusion a un prix

Le bon sens consisterait bien entendu à aligner la France sur les pratiques de ses grands voisins industrialisés, qui ont tous fortement diminué le nombre de leurs communes (400 en Grande-Bretagne, par exemple). Mais cette solution de bon sens, qui permet de diminuer fortement les coûts en mutualisant les services, revient à une dépossession des élus. Comment? moins d’élus en France? quelle horreur!

La résistance farouche des élus à cette option de bon sens s’explique par la sempiternelle résistance des élites françaises au changement et à la perte de leurs privilèges.

Les rendez-vous ratés de la gauche avec l’Education

L’Education Nationale devrait être le thème de gauche par excellence. Pourtant, depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir, la situation devient de plus en plus ubuesque dans la machine Éducation Nationale. L’annonce faite par Najat Vallaud-Belkacem d’une augmentation du traitement des enseignants le prouve encore.

60.000 emplois dans l’Education péniblement créés

Rappelons-nous: en arrivant au pouvoir, François Hollande avait annoncé la (re)création de 60.000 postes enseignants pour « réparer » les suppressions de poste décidées sous Nicolas Sarkozy. La doctrine selon laquelle plus de moyens permettait de résoudre tous les problèmes n’a évidemment jamais été réfléchie ni débattue.

Résultat: la plus grande des opacités règne sur le nombre exact de créations d’emplois depuis 2012. Au-delà de la propagande officielle, la Cour des Comptes a estimé à près de 20% la part des emplois créés mais non pourvus faute de candidats valables. La crise de l’absentéisme dans les établissements scolaires a par ailleurs révélé que l’augmentation béate des moyens ne suffisait pas: encore faut-il que ces moyens soient « opérationnels ».

L’échec de l’égalité des chances

Au passage, de l’aveu même de l’Education Nationale, les dispositifs qui visaient à attirer vers le professorat les étudiants les plus défavorisés n’ont pas vraiment fonctionné. Le système des « emplois d’avenir professeur » apparaît aujourd’hui comme un échec:

Malgré la mobilisation des académies pour pourvoir les premiers contingents affectés, les résultats des recrutements sont restés globalement en deçà des attentes. Pour l’année scolaire 2013‐2014 la consommation globale des 10 000 contrats ouverts s’est établie à 71,3 %. De plus, les consommations des contingents alloués sont très inégales entre académies ; les résultats oscillent entre une utilisation du contingent allant de 28,8 % à 99,3 %, dix‐neuf académies se situant à 70 % et plus et dix entre 50 et 70 %. L’éducation nationale avait prévu de recruter 18 000 emplois d’avenir professeur d’ici 2015, mais à la rentrée 2014 le contingent alloué est resté à 10 000, avec 7 837 contrats signés à mi‐décembre 2014.

L’autre échec de l’égalité des chances

Dans le même ordre d’idée, Hollande, depuis son arrivée, n’a eu de cesse de saigner à blanc les bourses au mérite, dédiées aux bacheliers les plus méritants. Suspendues en 2013, elles n’ont été rétablies en 2014, avant de voir leur montant… divisé par deux en 2015.

Ce petit geste sans importance souligne bien l’aversion du système hollandais pour les prolétaires qui réussissent, et sa préférence pour l’uniformité dans la médiocrité.

La revalorisation du salaire des instituteurs

Il y a deux mois, le gouvernement annonçait la revalorisation du salaire des instituteurs. Cette mesure, inscrite dans le plan plus global des parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR), coûtera à terme environ 400 millions d’euros.

La logique de cette augmentation est évidemment électoraliste. Il s’agit d’envoyer à des enseignants mal menés par la réforme des rythmes scolaires un signal clair sur la hausse de pouvoir d’achat que le gouvernement amènera avec lui en 2017. En effet, la hausse de 2016 n’est qu’un acompte sur des mesures qui prendront totalement effet à partir de 2019.

La revalorisation des enseignants du second degré

La mesure prise en faveur des instituteurs est désormais couplée, toujours en application du PPCR, à une mesure à 600 millions prise en faveur des enseignants du second degré. Là encore, cette mesure prendra son plein effet en 2019, ce qui constitue une façon peu subtile d’inviter les enseignants à voter pour François Hollande en 2017.

Comme pour les instituteurs, la mesure n’est couplée à aucune contrepartie. Autrement dit, lorsque la ministre déclare:

« Ces nouvelles mesures vont permettre de replacer la France au-dessus de la moyenne de l’OCDE, et d’atteindre, en fin de carrière, le niveau des pays les plus favorables, se félicite la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Sur ce sujet, la France était à la traîne ; nous allons rattraper ce retard. »

… elle oublie de dire que les enseignants français vont rattraper leur retard salarial, mais ne vont pas combler le retard de leurs obligations vis-à-vis des élèves.  Mais ce n’est pas grave, face à notre effondrement éducatif, le gouvernement rase gratis et n’a qu’une idée en tête: ramener des voix pour les prochaines élections.

Rien sur l’autonomie des établissements

Au passage, le gouvernement s’obstine à n’ouvrir aucun des chantiers sur lequel il existe un consensus pour améliorer les performances éducatives. En particulier, sur le second degré, plus personne ne doute de la nécessité d’assurer une véritable autonomie des établissements pour libérer les énergies et favoriser la réussite des élèves. Curieusement, ce sujet ingrat, qui rend les syndicats d’enseignants furieux, est soigneusement contourné par la ministre.

Management des enseignants: le retour en arrière

Pire, bien entendu: la ministre de l’Education a annoncé une suppression des évaluation des enseignants par les inspecteurs, et leur remplacement par un fumeux rendez-vous de carrière dont les contours sont encore flous. On en reste scotché: la ministre devrait prochainement rencontrer les partenaires sociaux de son ministère pour leur donner un contenu.

Lâcher toutes ses concessions salariales et ensuite demander des contreparties: voilà une bien curieuse méthode de négociation qui prouve, une fois de plus, que le gouvernement veut acheter les voix des enseignants sans se préoccuper le moins du monde de la réussite des élèves.

Où mènera l’interventionnisme social de Valls?

La technique Valls, c’est, d’une certaine façon, l’anti-démocratie sociale: l’Etat s’occupe de tout, intervient sur tout, au gré de ses caprices et de son bon plaisir. Les résultats sont là: rien ne fonctionne.

Comment Valls a planté l’assurance-chômage

On se souvient qu’en arrivant à Matignon, en 2014, Valls avait affronté la crise des intermittents du spectacle à sa manière. Proche d’une violoniste et talonné par la favorite du Président, il avait jugé que le régime sec décidé par les partenaires sociaux pour le secteur de la Culture était excessif. Illico, il avait procédé à un arrangement de derrière les fagots, en donnant un coup de pouce financier au régime (payé par le contribuable, donc) et en mettant en place une usine à gaz pour les négociations futures.

Patatras! malgré une pression forte de la ministre de la Culture, les partenaires sociaux interprofessionnels ont refusé d’entériner l’accord trop généreux négocié entre les professionnels du spectacle (qui, rappelons-le, ont intérêt à racketter les autres professions pour défendre leur situation). Les partenaires interprofessionnels voulaient 185 millions d’économie dont 80 garantis par l’Etat. Le document négocié par les professionnels n’en prévoit même pas la moitié.

Du coup, sans coup férir, Valls a déjà dit qu’il se rallierait aux voeux des professionnels du spectacle. Ou comment déterminer des règles du jeu un jour, et les fouler au pied le lendemain selon son bon plaisir.

Comment Valls va planter la SNCF

Alors que la situation financière de la SNCF pour les 10 prochaines années promet d’être cataclysmique du fait d’un statut trop favorable aux agents, Valls a décidé de continuer à forer droit pour éviter un ralliement circonstanciel des cheminots CFDT au mouvement de protestation contre la loi El-Khomri. Ceux-ci demandaient en effet la préservation de leur régime de repos dit « 19-6 ».

Ce «taquet» dit du «19-6» garantit aux cheminots de ne pas travailler après 19H00 la veille d’un repos hebdomadaire et de ne pas redémarrer la semaine de travail avant 06H00.

Guillaume Pépy, pourtant très lâche avec ses syndicats, exigeaient un effort sur ce point. Ni une ni deux, le ministres des Chemins de Fer, Alain Vidalies, a cédé et imposé à la direction de la SNCF une concession qui casse définitivement l’autorité du président directeur général.

Comment Valls achète les enseignants

Dernière illustration de cette politique du bon plaisir, la rémunération des enseignants. La ministre de l’Education vient d’annoncer un chèque de 500 millions sans contrepartie pour les enseignants du second degré, après un chèque de 300 millions il y a deux mois pour les enseignants du premier degré.

Bref, le système s’effondre et le prince continue à distribuer de l’argent hélicoptère dans les rues.

La SNCF bientôt tuée par sa protection sociale…

La SNCF ne survivra pas à l’ouverture de la concurrence… à cause du coût exorbitant de son régime spécial. Pour comprendre ce dossier aride, rien ne vaut une petite traversée statistique à travers les méandres du dossier.

Quelques chiffres-clés

Pour bien comprendre le problème de la SNCF, il faut avoir en tête les chiffres-clés du groupe:

Source: SNCF
Source: SNCF

Certains n’avaient peut-être pas compris que la SNCF a un chiffre d’affaires légèrement supérieur à 30 milliards€, mais dont un tiers est réalisé à l’étranger. Autrement dit, le chiffre d’affaires de la SNCF en France est de 20 milliards€, pour 5 millions de voyageurs par jour dans les trains.

Combien coûte la retraite des cheminots?

Maintenant, comparons cette situation financière brillante au compte de charges du régime de retraites de la SNCF:

Source: CPRPSNCF
Source: CPRPSNCF

Les retraites de l’entreprise ferroviaire coûtent chaque année 7,5 milliards d’euros, soit environ 35% du chiffre d’affaires réalisé en France. Cela ne signifie pas que ces retraites sont financées par la SNCF directement. Cela signifie seulement que la charge globale des cheminots en France constitue un poids immense à supporter, qui mérite d’être mûrement réfléchi par la collectivité.

Voici maintenant comment cette dépense est financée:

Source: CPRPSNCF
Source: CPRPSNCF

Sans entrer dans des détails excessifs, on notera ici que la SNCF verse chaque année 2 milliards d’euros pour la retraite de ses collaborateurs, soit 10% de son chiffre d’affaires. Autrement dit, lorsque la SNCF facture un billet à 100 euros, 10 euros tombent directement dans la poche de retraités qui ne paient même pas leur billet de train!

Comme cette somme est très insuffisante pour équilibrer les 5,3 milliards de retraite versés chaque année aux anciens cheminots, la SNCF appelle… les contribuables à la rescousse. Ceux-ci versent donc une contribution publique d’équilibre de 3,3 milliards d’euros.

Autrement dit, quand la SNCF facture 100 euros à un client (soit le prix d’un Paris-Lyon aller-simple en 2è classe), 10 euros vont dans la poche des retraités, et la SNCF s’abstient de dire que 15 euros d’impôts sont rajoutés en toute discrétion pour financer les mêmes retraités. C’est pourtant la réalité: les salariés qui subissent les grèves répétées de la SNCF paient presque deux fois plus les retraites de la SNCF que l’entreprise elle-même.

Comment les cheminots rackettent les contribuables

Lorsque Nicolas Sarkozy avait entrepris de réformer le régime spécial de la SNCF, il avait renoncé à toucher à certains avantages dont bénéficient les cheminots, notamment la faculté de partir de façon anticipée à la retraite. Dans la pratique, ces avantages sont si coûteux qu’ils sont essentiellement financés par les contribuables qui n’ont pas droit aux mêmes avantages.

Dans le grand arbitrage obtenu en 2008, les cheminots ont en effet le privilège d’acquitter une cotisation retraite équivalente à celle des salariés du secteur privé (8,20%), qui devrait culminer à 11,95% en 2026, pour un système de retraite plus favorable que celui du public, et beaucoup plus favorable que celui du privé.

Selon un étude interne, 30% de la subvention d’équilibre payée par le contribuable sont absorbés dans le financement de ces avantages spécifiques.

Ce qu’ignorent les contribuables qui s’entassent sur les quais de gare le jour où les syndicats de la SNCF sont en grève, c’est précisément cela: les cheminots prennent les clients en otage d’un combat dont l’objectif est de continuer indéfiniment à racketter le client et à le faire payer pour des avantages spécifiques financés au-delà du prix du billet de train. Les efforts pour les uns, les avantages pour les autres.

On comprend mieux, rétrospectivement, pourquoi la CGT a toujours applaudi des deux mains à la création d’un régime général de sécurité sociale pour les blaireaux qui prennent le train, mais a toujours refusé d’y fondre ceux qui les conduisent.

Comment la protection sociale va tuer la SNCF

Le problème de cette petite magouille (totalement légale) tient à son coût si exorbitant que la SNCF ne peut plus le supporter.

En effet, les cheminots ont obtenu un taux de cotisation salariale très modéré, en revanche l’entreprise paie plein pot, avec un taux de près de 40% sur la masse salariale. D’où le versement d’une somme proche de 2 milliards d’euros chaque année.

Dans la perspective d’une ouverture du rail à la concurrence, cette somme écrase la compétitivité de l’entreprise et constitue une aubaine pour les compagnies étrangères concurrentes qui ne sont pas plombées par une couverture sociale aussi délirante, mal gérée, et populiste que les retraites de la SNCF. À brève échéance, la concurrence sur le rail devrait donc mettre la SNCF et ses cheminots si revendicatifs dans une position extrêmement compliquée.

Une tentation serait… de faire payer encore plus le contribuable. Mais cette option soulève une difficulté dans la mesure la réglementation européenne interdit ce genre d’aide d’Etat. Bref, sans un traitement social de choc, la France perdra, dans les dix ans, son opérateur national de chemin de fer.

Un nouvel Empire turc, ou la dangereuse folie d’Erdogan

Erdogan ne cache plus ses ambitions géopolitiques démentes. Et la presse française le passe calmement sous silence, histoire de ne pas chahuter une alliance dévastatrice pour l’Europe, mais si pratique à court terme pour repousser de quelques mois la crise des réfugiés.

L’Empire turc ne se cache plus

Ce dimanche, pendant que la France parlait de la bataille de Verdun, Erdogan se consacrait à une autre commémoration: celle de la chute de Constantinople entre les mains des Ottomans. Cette cérémonie était d’autant plus étrange qu’il s’agissait du 563è anniversaire… Seule une arrière-pensée politique pouvait justifier cette célébration baroque à laquelle 1 million de personnes a participé.

Dans la pratique, Erdogan avait un seul but: établir une filiation nationaliste tout à fait basique entre le sultanat de Constantinople et le régime turc actuel. L’idée ne manque pas de surprendre dans un contexte où la guerre sévit en Syrie et où la tension monte en Europe.

L’intéressé s’est d’ailleurs senti obligé d’affirmer:

«Je salue toutes nos capitales sœurs, de Sarajevo à Bakou» (…)

«D’ici à 2023, nous ferons de l’héritière de «l’homme malade» d’il y a 100 ans l’une des dix plus grandes économies mondiales», a assuré M. Erdogan, qui faisait allusion au surnom donné dès le XIXe siècle par les capitales européennes à l’Empire ottoman déclinant: «C’est ce qui sied aux petits-enfants du Conquérant».

On ne peut être plus clair.

Erdogan et l’arme démographique

Dans ce grand projet géo-stratégique, Erdogan ne recule devant rien, et en particulier pas devant le recours à l’arme démographique. La déclaration qu’il vient de commettre ce lundi sur le sujet est sans équivoque:

« We will multiply our descendants. They talk about population planning, birth control. No Muslim family can have such an approach, » he said in a speech in Istanbul broadcast live on television. « Nobody can interfere in God’s work. The first duty here belongs to mothers, » he said.

(Nous multiplierons notre descendance. On parle de planning familial, de contrôle des naissances. Aucune famille musulmane ne peut avoir une pareille conception. (…) Personne ne peut intervenir dans l’oeuvre de Dieu. Le premier devoir sur cette terre appartient aux mères).

On imagine que, là encore, la France ne manquera pas de gauchistes pour amoindrir, voire nier, la menace clairement affichée. Pourtant, c’est une bombe démographique qu’Erdogan veut utiliser, une fois de plus, pour rétablir la grandeur de l’Empire ottoman.

L’étrange silence des médias français

Assez curieusement, la France, trop occupée à ses déchirements internes, a totalement fait l’impasse sur ces petits événements qui en disent (trop?) long sur les intentions de notre allié turc. Libération n’en a par exemple soufflé mot. Même silence au Figaro. Le Monde l’a à peine évoqué.

Toute la question est de savoir pourquoi la France se voile tant la face devant la montée de ce péril islamiste. Tôt ou tard, nous devrons affronter un conflit majeur avec la Turquie, et tout se passe comme si nous nous abusions de mots et de fantasmes pour en retarder le plus possible la survenue.

Hollande, le plus anti-keynésien de tous

Hollande se prétend social-démocrate. L’analyse des chiffres montre que sa politique est pourtant fondamentalement anti-keynésienne et aux antipodes des préconisations économiques de la gauche réformiste. Les premières analyses de l’INSEE sur la comptabilité nationale 2015 le montrent.

1.042 milliards de recettes fiscales

En lisant le tableau de synthèse de la comptabilité nationale produit par l’INSEE, il est impossible de ne pas souligner les points les plus frappants de nos finances publiques:

Hollande

On notera que la totalité des recettes publiques dépasse les 1.165 milliards d’euros (pour un PIB de 2.181 euros…), dont 1.042 milliards d’impôts et cotisations sociales. Cette somme coquette est en soi un premier indice sur la logique économique qui prévaut au sein du gouvernement. Les impôts ont en effet augmenté de 2,1% en un an. Pas mal! mais pas très keynésien, dans la mesure où, dans le même temps, le mot d’ordre était de réduire le déficit public et, comme on le sait, Keynes préférait l’inverse: augmenter le déficit et baisser les impôts…

La lente mort de l’investissement public

Parallèlement à cet étouffement progressif par la recette publique, un autre phénomène anti-keynésien se produit: la baisse de l’investissement public. Sur l’ensemble des administrations publiques, celui-ci a baissé de 5% en un an, dont 10% dans les collectivités locales.

Cette stratégie de baisse de l’investissement public est l’élément le plus frappant de la politique économique actuelle. Alors que les dépenses publiques continuent à croître de 1% par an, l’investissement s’effondre.

Les mauvais esprits verraient dans ce désordre le produit d’une politique contra-cyclique. Augmenter les impôts et les dépenses publiques improductives en sacrifiant l’investissement n’est pas loin du diviseur keynésien! En tout cas, à rebours de la théorie de la social-démocratie, il faut bien admettre que la politique gouvernementale n’est ni très à « gauche » ni foncièrement tournée vers la croissance. Au-delà des postures, les chiffres sont têtus!