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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

La Nuit Debout ou le Walhalla des dieux païens

Dans les différentes strates qui constituent l’expression de la Nuit Debout, certaines sont plus essentielles, plus porteuses que d’autres, même si elles sont moins apparentes ou moins facilement décodables. Il en va ainsi de la pensée religieuse, qui est profondément structurante, même si les observateurs journalistiques s’y intéressent seulement au titre des curiosités, des bizarreries, à leurs yeux beaucoup moins systémiques que les débats économiques.

La pensée religieuse se situe pourtant, beaucoup plus que l’économie ou que la politique, au coeur du mouvement Nuit Debout. Cette réalité est occultée parce qu’elle est difficile à comprendre pour les commentateurs formés à la rationalité économique néo-classique et à ses avatars. Elle est d’autant moins lisible que la religion de la Nuit Debout ne se donne pas facilement à lire ni à comprendre. Elle affleure pourtant partout, et spécialement dans l’anti-spécisme, qui nous rappelle la religion raciale des Aryens.

L’anti-spécisme au coeur de la Nuit Debout

L’anti-spécisme a pignon sur rue place de la République. Il possède son propre stand et sa commission qui intervient en Assemblée Générale.

En quoi consiste la religion anti-spéciste? Dans la dénonciation de la suprématie exercée par l’espèce humaine sur les autres espèces. Pour les anti-spécistes, la domination humaine est une imposture contraire à des règles naturelles dont on sent qu’elles affleurent même si personne ne les nomme ou ne dévoile leur visage. L’anti-spéciste réclame le retour à des principes cosmologiques où l’Homme est une espèce animale parmi d’autres et où la Nature forme un grand tout.

Cette vision du monde est puissamment révélatrice: elle montre que l’idéologie sous-jacente à la Nuit Debout percute frontalement la tradition des Droits de l’Homme dont nous héritons depuis 1789. À de nombreux égards d’ailleurs, la religion de la Nuit Debout se rapproche beaucoup plus de l’Ancien Régime et de son ordre cosmologique de droit divin que de la tradition révolutionnaire. Elle consiste au fond à relativiser l’Humanité en l’Homme en l’intégrant à un tout naturel qui dévoile l’un des fondements de l’écologie contemporaine. Nous ne sommes plus en charge de la préservation d’un territoire donné, mais responsables de la « Planète », notre mère.

Dans l’anti-spécisme pointe donc forcément une critique polythéiste, voire panthéiste, du monde chrétien dont nous sommes tributaires.

Le Walhalla païen et les Vegans

Forcément, la religion anti-spéciste n’est pas très éloignée de l’orthopraxie végétarienne. La domination humaine sur le monde animal est une imposture, et manger des animaux est une violation des principes religieux.

On ne sera donc guère étonné de voir sous le même chapiteau, sur la place, la défense de l’anti-spécisme et la défense du végétarisme, voire du végétalisme. Le fond religieux est le même: l’Homme n’a pas le droit de sacrifier les autres espèces, qui sont toutes porteuses d’une dimension essentielle au sens philosophique du terme.

En grattant, on retrouvera donc, de façon assez intéressante, une rupture dans la chaîne de valeurs entre l’Occident post-marxiste (ou post-hégélien) dont le sens se construit autour de l’élévation de l’Homme. La Nuit Debout est plutôt héritière de la pensée aryenne dont le national-socialisme fut un avatar, qui replaçait l’Homme dans son ensemble naturel et lui accordait une valeur relative dans une cosmologie naturelle où le peuple de la forêt apparaissait comme l’une des espèces naturelles constitutives de la Nature.

Cette filiation discrète, mais puissante, mérite d’être méditée. La Nuit Debout n’est pas par hasard narcissique et ostraciste. Elle préconise inconsciemment, discrètement, le respect d’un ordre naturel et tribal qui est en orthogonie complète avec notre ordre démocratique sorti de 1789.

Nuit Debout, CGT: vivons-nous une époque contestataire?

Le Congrès de la CGT ne manque pas de soulever une question majeure: où en est la contestation sociale en France? En apparence, elle bouillonne à l’occasion du combat contre la loi Travail, qui a débouché sur la Nuit Debout. Mais, à y regarder de plus près, la réalité semble beaucoup plus nuancée, voire même totalement contraire.

La CGT et le naufrage de la contestation

Tout le monde l’a compris, pour faire oublier la crise interne dont le départ de Thierry Lepaon fut l’un des symptômes, la CGT de Philippe Martinez développe un discours contestataire de plus en plus radical. La technique est bien connue: elle consiste à souder dans une opposition massive à un ennemi commun.

Le problème est que cette technique ne marche pas vraiment au sein même de la CGT. Le premier vote intervenu au Congrès qui se déroule à Marseille l’a montré. Le bilan moral de la direction confédérale a fait l’objet d’un quasi-rejet, avec plus de 14% d’abstention et 31% de voix contre. Mathématiquement, le bilan de Martinez a donc péniblement dépassé les 50%, ce qui constitue un sérieux revers.

Ce score proche du rejet à la majorité montre bien que la ligne radicale que Martinez veut incarner ne suffit pas à rassembler les troupes. Manifestement, les militants de la CGT ne s’en contentent pas…

La ligne réformiste de la CFDT triomphe

Quelques jours avant le Congrès, Martinez ne s’en est pas caché: il s’attend à voir la CGT perdre son statut de première organisation syndicale du pays au profit de la CFDT. L’inversion pourrait se produire dès 2017. Si cette crainte devait se réaliser (ce qui est probable), elle poserait quand même un problème majeur pour la ligne adoptée par le dirigeant confédéral.

Démonstration serait en effet apportée du bien-fondé de la ligne réformiste de Laurent Berger, qui construit une relation patiente de collaboration avec les pouvoirs publics. Dans le secteur privé, celle ligne réformiste est payante et permet à la CFDT de gagner des voix.

Ce succès infirme tous ceux qui ont craint ou reproché la ligne « collaborationniste » du secrétaire confédéral à l’égard du gouvernement.

Une vraie question sur la contestation dans les entreprises

Au-delà de ce jeu d’appareil, la montée en puissance de la CFDT dans le secteur privé interroge fortement la culture anarcho-syndicaliste de contestation. Tout montre aujourd’hui qu’une stratégie conflictuelle ou de rupture ne correspond plus à la sociologie des salariés. Ceux-ci sont plutôt demandeurs d’une logique de construction par la négociation et par le dialogue avec les employeurs.

La gauche l’a insuffisamment noté. L’époque où les salariés espéraient un grand soir fondé sur l’expropriation des patrons se termine. Les « travailleurs », en France, privilégient le partage du travail et du capital dans le respect de l’un et de l’autre. Cette réalité se vérifie sans doute moins dans le secteur public, mais elle domine le secteur privé.

L’essoufflement de la contestation contre la loi Travail le confirme d’ailleurs. Nous assistons au crépuscule de l’anarcho-syndicalisme. Rien n’exclut qu’il revienne un jour, mais il revêtira sans doute une forme nouvelle.

La Nuit Debout, contestation sociétale plus que sociale

Certains argueront que la relative vivacité de la Nuit Debout (qui demeure néanmoins aux marges de la société française) prouve que la culture contestataire se porte bien.

Justement, une caractéristique étonne dans ce mouvement: le désintérêt qu’il a rapidement affiché pour la loi Travail, et l’empressement qu’il met à déborder du champ social pour aborder les questions sociétales. La Nuit Debout se préoccupe beaucoup plus de lutter contre le spécisme (la domination de l’espèce humaine sur les autres espèces) ou pour la démocratie liquide que contre un ordre social illégitime.

Là encore, on y verra l’effet des bases sociologiques du mouvement. Il est essentiellement constitué d’étudiants et de fonctionnaires, et assez peu prisé par les salariés du secteur privé. Le droit du travail y est donc assez abstrait et absent. Ses enjeux portent plus sur une réforme globale de la société (avec une refonte constitutionnelle notamment) que sur une modification du rapport de force dans les entreprises.

Globalement, donc, les événements de ces derniers jours plaident plutôt pour l’idée d’un affaiblissement des luttes sociales… au bénéfice des contestations sociétales. Celles-ci ne sont pas moins radicales ou structurantes, mais elles montrent que les salariés ne refusent pas, contrairement à l’impression faussement nourrie ces dernières semaines, une certaine réforme du contrat de travail.

Hijab Day: Sciences Po, l’école de la soumission

L’initiative du « Hijab Day » prise par des étudiants de Sciences Po a un mérite: elle jette les masques sur le fond idéologique d’une école dont les véritables valeurs sont parfois mal connues.

Le Hijab Day a échoué

On se félicitera de l’échec de cette opération qui visait à faire prendre conscience aux élèves de ce que signifie porter le voile. C’était une réponse aux propos de la ministre Laurence Rossignol et du Premier Ministre sur la question. Certains se sont sentis obligés d’expliquer que la France était le dernier pays où le port du voile à l’université posait problème. Malgré cette campagne d’intoxication sur le mode bien connu: « soyez modernes, acceptez le voile », la mayonnaise semble n’avoir pas pris. Très peu d’élèves, ce qui est bon signe, ont suivi le mouvement.

Le relativisme de Sciences Po

On s’étonnera néanmoins que l’école ait accepté d’ouvrir ses portes à cette initiative. Elle révèle en effet que des étudiantes françaises non-musulmanes sont prêtes, au nom de la tolérance et du respect des cultures, à remettre en cause des décennies de combat pour la libération de la femme. Il n’est pas si loin le temps où les femmes françaises n’avaient pas le droit de porter le pantalon ou la mini-jupe. Il a d’ailleurs fallu attendre mai 68 pour que le port du pantalon se banalise pour les femmes.

Il est assez fascinant de voir que les enfants de soixante-huitards sont aujourd’hui prêts à tolérer d’une religion ce que leurs parents avaient farouchement combattu dans une autre. Non seulement ils le tolèrent, mais ils pratiquent une sorte de prosélytisme volontaire, une apostasie en quelque sorte.

On y verra l’effet d’un relativisme destructeur: toutes les cultures se valent, toutes les traditions et tous les modes de vie aussi. Il n’y a donc pas d’obstacle à oublier sa propre histoire pour épouser ou faire sienne celle des autres. Après tout, tout est dans tout et inversement.

Sciences Po retient le pire de la mondialisation

C’est bien la culture Sciences-Po qui est en cause ici, avec sa profession de foi au premier degré en faveur de la mondialisation et de ses bienfaits. Dans un syncrétisme curieux, la compréhension de la mondialisation ne se fait pas à partir d’une mise en exergue et d’une adaptation de notre patrimoine et de nos valeurs, mais bien dans l’abandon de celles-ci au profit d’une sorte d’universalisme béat où le sens et l’histoire sont dissous dans un immense melting pot pour ainsi dire archaïque.

La « pensée » Sciences-Po incarne la tendance contemporaine à se représenter la Terre comme un grand Tout appelé « la planète » à laquelle il faut vouer un culte indifférencié, comme si porter le voile n’avait pas plus d’impact que de ne pas le porter. Après tout, tout cela, c’est la planète où nous devons tous vivre ensemble dans la tolérance.

On comprend mieux pourquoi les élites qui accèdent au pouvoir après un passage par cette école s’en prennent autant à des traditions françaises finalement plutôt tolérantes, et montrent autant de bienveillance vis-à-vis de cultures beaucoup moins démocratiques que la nôtre.

Sciences Po, école de la soumission

Les élèves de Sciences Po, qui finissent régulièrement aux postes de décisions, sont-ils réellement préparés à défendre l’intérêt général de la Nation? L’épisode du Hijab Day pose une question de confiance sur ce point.

Car Sciences-Po a plus que jamais endossé les habits de la soumission décrits par Michel Houellebecq dans son dernier roman. Tout le monde sait que la culture Sciences-Po a toujours limité l’exaltation du courage personnel à un culte très extérieur rendu à Jean Moulin. Mais tous ceux qui ont fréquenté de près des anciens élèves de cette école savent qu’elle déborde rarement de cette iconographie abstraite.

Comment ne pas s’interroger en voyant ces enfants majoritairement issus des quartiers privilégiés manifester de l’empathie, et ne plus être très loin de la promotion en faveur d’un objet qui illustre de façon frappante le recul de la condition féminine dans le monde contemporain?

Dans les années 80, lorsque la Guerre Froide prenait mauvaise tournure, des mouvements pacifistes (surtout en Allemagne) soutenaient: « Plutôt rouges que morts ». Dans leur esprit, la paix était la valeur suprême et justifiait tous les renoncements à nos libertés. Le « Hijab Day » n’est rien d’autre que la reprise française de ce slogan: mieux vaut vivre en paix dans une société où les femmes portent le voile, que de faire la guerre pour avoir le droit de ne pas se voiler.

Le germe de la soumission est là, toujours nourri par une illusion absurde. En effet, croire que le renoncement à nos libertés permet d’avoir la paix est une énorme erreur d’appréciation. Les exécutions en tous genres dans tous les pays où le voile est obligatoire le rappellent.

2 regards neutres sur les politiques migratoires

Les politiques migratoires font partie de ces sujets de gestion publique totalement dominés par l’émotion et la posture idéologique. Pourtant, 2 études, l’une en France, l’autre en Grande-Bretagne, permettent de mieux saisir les questions soulevées par ce phénomène de plus en plus présent dans les préoccupations collectives.

L’INSEE dévoile la géographie de l’immigration

L’INSEE a publié hier une intéressante étude sur la répartition géographique  des immigrés en France. Elle a le mérite de mettre en valeur la concentration de l’immigration extra-européenne dans les grandes villes et leurs banlieues. En voici d’ailleurs un résumé intéressant:

politiques migratoires

On le voit: les immigrations chinoises et maghrébines sont très fortement concentrées dans les zones urbaines. L’INSEE précise même que plus de 50% des immigrés maghrébins vivent à Paris, Lyon et Marseille, soit une population de plusieurs millions de personnes qui modifie la donne géographique.

Il est assez curieux que, sur ces questions, un silence total soit requis par le débat public. Le bon sens voudrait qu’une délibération ait lieu sur la politique d’accueil des immigrés et sur une occupation rationnelle du territoire. L’extrême concentration à laquelle nous assistons dans certaines zones est en effet créatrice de déséquilibres ou de modifications qui ne peuvent rester sans réponse.

Un sondage sur les attentes des immigrés musulmans en Grande-Bretagne

De son côté, Atlantico analyse un sondage sur les attentes des Musulmans en Grande-Bretagne. Les résultats sont édifiants:

Une enquête d’opinion menée récemment indique que 52% des musulmans britanniques sont favorables à une pénalisation de l’homosexualité et que près d’un quart (23%) souhaiteraient voir la charia s’appliquer dans certaines zones.

Il serait intéressant de mener un sondage équivalent en France dans les communes à forte concentration musulmane. Les populations qui y vivent y sont en effet assez peu consultées et, au fond, nous ne connaissons rien de précis sur leurs attentes ou leurs aspirations. Des analyses statistiques permettraient d’éclaircir bien des questions et bien des débats sans issue aujourd’hui.

Vers une reprise de la crise migratoire?

Ces sujets devraient inévitablement venir dans le débat, puisque la crise migratoire devrait reprendre dans les semaines à venir.

La Turquie a suspendu provisoirement les traversées de migrants depuis son territoire. Toutefois, le gouvernement turc parle déjà d’annuler cet accord.

« L’accord que nous avons conclu avec l’UE est très clair. Nous voulons que cette tragédie humaine cesse, que nos citoyens puissent voyager sans visa et que l’union douanière soit modernisée », a-t-il insisté. « Si l’UE ne tient pas sa parole, y compris sur l’accord sur les migrants, nous annulerons tous les accords », a poursuivi le chef de la diplomatie turque, qui s’exprimait devant le Parlement.

Ces propos ont au moins le mérite de la clarté… Rappelons que le gouvernement turc a plusieurs revendications: le versement d’une aide d’au moins 6 milliards d’euros et la suppression du visa pour les Turcs voyageant en Europe.

 

Belgique: 90% des lycéens musulmans approuvent-ils les attentats?

Le tabou règne en France sur la question, mais les informations les plus sombres proviennent de Belgique sur la réaction face aux attentats au sein de la communauté musulmane. Après les propos du bien nommé Ministre de l’Intérieur Jambon sur le soutien dont les terroristes ont pu bénéficier à Molenbeek, ce sont les confidences d’un responsable socialiste bruxellois qui sèment le trouble.

Un responsable socialiste donnent des chiffres

Yves Goldstein, élu socialiste de Schaerbeek et chef de cabinet du ministre-président de la région bruxellois, est intervenu dans une table ronde à laquelle assistait un journaliste du New York Times, qui en a tiré un papier. Pas de chance, les propos retenus relancent la polémique:

“Our cities are facing a huge problem, maybe the largest since World War II,” Mr. Goldstein said . “How is it that people who were born here in Brussels, in Paris, can call heroes the people who commit violence and terror? That is the real question we’re facing.”

Friends who teach the equivalent of high school seniors in the predominantly Muslim districts of Molenbeek and Schaerbeek told him that “90 percent of their students, 17, 18 years old, called them heroes,” he said.

(« Nos villes font face à un énorme problème, peut-être le plus important depuis la Seconde Guerre Mondiale », a dit M. Goldstein. « Comment se fait-il que des gens qui sont nés ici à Bruxelles, à Paris, peuvent considérer comme des héros des gens qui se livrent à la violence et à la terreur? C’est la vraie question que nous devons traiter.

Des amis qui enseignent l’équivalent du lycée dans les communes majoritairement musulmanes de Molenbeek et de Schaerbeek m’ont dit que « 90% de leurs élèves de 17 ou 18 ans les avaient appelés des héros », a-t-il dit. »)

Il n’en fallait pas plus pour susciter une nouvelle levée de déni sur la réalité.

Le PS bruxellois est-il antisémite?

Inclination en faveur de la communauté musulmane, mais aussi antisémitisme rampant au sein du même parti? C’est la question que pose Merry Hermanus, responsable socialiste bruxellois, dont je reprends ici partiellement l’un des billets.

Il y a quatre ans, la composante culturelle de la section PS de Molenbeek avait organisé une conférence, l’annonce de celle-ci était faite par affiche.  Cette affiche était l’exacte copie des caricatures nazies du Juif !  Digne de l’exposition qui pendant la guerre a été organisée à Paris et à Bruxelles sur le thème « sachez reconnaître un Juif ».  Sur l’affiche, un Juif, nez crochu, mains pourvues d’ongles démesurément longs et crochus, longue barbe, tresses traditionnelles et kippa, tenant un globe terrestre entre ses mains ignobles.  Oui !  Oui ! Il a été possible de produire et de diffuser une telle affiche dans l’organe culturel du PS de Molenbeek !  Effroyable !  Mais c’est l’horrible, l’ignoble vérité !  Ne croyez vous pas que cela explique certains des derniers événements !
Ah ! j’oubliais… pas d’amalgame !

Décidément, il y a de l’ambiance à Bruxelles.

Et chez nous?

Pour un vrai revenu universel

Article écrit pour le Figarovox.

Après la remise du rapport Sirugue, hier, au Premier Ministre, l’idée d’un revenu universel a fait l’objet d’un regrettable recul qui risque d’en tuer dans l’oeuf toute la philosophie et tous les bienfaits. Cet épisode est dommageable, dans la mesure où le revenu universel pourrait contribuer à débloquer la société française et à responsabiliser des citoyens de plus en plus anesthésiés par un Etat étouffant et castrateur.

Le recul du rapport Sirugue

Du revenu universel, le député Sirugue a malheureusement retenu une caricature qui le transforme en pire: le versement sans contrepartie d’une allocation à des jeunes désoeuvrés en âge de faire des études ou de travailler. Bien entendu, ce n’est pas cela le revenu universel, et c’en est même le contraire. Jamais il ne s’est agi de mettre en oeuvre de puissants mécanismes de désincitation au travail, au nom d’une solidarité totalement fantasmée.

Pourquoi cette solidarité est-elle fantasmée et même malhonnête? Parce que la représentation d’une collectivité qui ne ferait rien pour ses jeunes ne correspond pas à la réalité française. Rappelons ici que la France est le pays de l’OCDE qui consacre le plus de moyens par élèves dans l’enseignement secondaire supérieur: près de 10.000 euros par an. Cette somme est maintenue à l’université.

Autrement dit, un jeune de 18 ans qui sort du lycée a, pendant son seul cycle « lycée », perçu une somme de 30.000 euros d’aide de l’Etat, sans compter les divers avantages fiscaux (rares il est vrai) dont ses parents ont pu bénéficier. Notons que le jeune qui bénéficie de cette aide ne paie aucun droit d’entrée au lycée, et un droit totalement symbolique à l’université, qui ressemble fortement à de la gratuité.

Si le jeune décroche et ne travaille plus, on peut invoquer beaucoup de motifs pour l’expliquer, notamment une incapacité des enseignants de l’Education Nationale à diffuser un rapport rationnel avec la société. À force de dénoncer les méfaits imaginaires d’un capitalisme forcené et de défendre une sorte d’anarchisme de droite où tout ordre collectif est maudit, ces enseignants déconstruisent patiemment le lien que la plupart des familles tentent de tisser entre leurs enfants et le corps social. Cette déconstruction est devenue un véritable problème collectif.

Mais soutenir que ces jeunes ne sont pas aidés, n’ont pas été aidés par la collectivité est aussi mensonger que de soutenir que la France, qui apporte l’aide médicale gratuite aux étrangers, est mauvaise hôtesse, ou que de soutenir que le libéralisme triomphe dans notre pays quand les dépenses publiques représentent beaucoup plus que la moitié de la richesse nationale. Une fois de plus, le coût du service public, l’effort qu’il représente pour la Nation, est passé sous silence.

C’est sur ce lamentable oubli qu’est construite l’idée purement électoraliste de verser un revenu aux jeunes « sous condition de ressources du ménage », dès 18 ans, qui constitue une sorte d’appel à ne pas travailler pour tous ceux qui hésiteraient entre se lever le matin pour préparer un diplôme et revenir tard de la Nuit Debout après avoir pleurniché sur la méchanceté du monde capitaliste.

Le revenu universel sera-t-il un instrument de domination pour l’Etat?

On comprend évidemment les logiques électoralistes qui ont présidé au rapport Sirugue à l’approche d’une année cruciale. L’idée de « réformer les minima sociaux » est habile. Elle permet de surfer sur la sympathie que le revenu universel inspire dans les mouvements de jeunes, tout en ciblant la mesure sur les participants habituels aux protestations fomentées par l’UNEF. On y trouve pêle-mêle les armées d’étudiants en psychologie promis au chômage, les fêtards, les redoublants, tous ceux qui ont compris que leur diplôme ne les mènera pas bien loin et que toute leur vie sera broyée par les lauréats des grandes écoles qui seront les rois du système.

Pour tous ceux-là, la promesse d’un revenu mensuel si leurs parents n’ont pas les moyens de les entretenir sonne comme un appel au calme. La mécanique est bien connue: la gauche au pouvoir ne veut plus changer le « système », elle veut juste le rendre supportable. Pour y parvenir, elle se contente de prélever sur les classes moyennes (ces délinquants qui paient l’impôt sur le revenu) la somme nécessaire à la paix sociale dans les quartiers difficiles.

Bien entendu, que ce confort low cost apporté dans les zones difficiles donne raison aux profiteurs et décourage l’élite des quartiers importe peu. Mettons les pieds dans le plat: la beurette qui veut réussir aujourd’hui est déjà obligée de porter le voile pour ne pas être insultée ou traitée des pires noms d’oiseaux par les fainéants qui campent à l’entrée de l’immeuble HLM. En suivant la logique de Christophe Sirugue, le fainéant n’aura même plus besoin de jouer les guetteurs pour le trafiquant de drogue local: l’Etat, selon une « créance non quérable », lui versera chaque mois sans effort ce que le dealer lui donne aujourd’hui en contrepartie d’un minimum de présence. La seule victime de ce système est la beurette voilée dont la démarche paraîtra encore plus absurde et téméraire.

Le grand bénéficiaire du dispositif n’est autre que l’Etat. Certes, il ne sera pas plus capable qu’aujourd’hui de former les jeunes au monde du travail, de corriger les inégalités de naissance, de transmettre les valeurs démocratiques. Mais il aura acheté à grand prix le calme dans les quartiers pour que l’élite de ce pays continue à se gaver sans sortir de sa prison dorée.

Je le confirme, le revenu universel n’a rien à voir avec cet achat de voix collectif.

Le revenu universel doit reposer sur des contreparties

Expliquons maintenant ce que doit être un véritable revenu universel.

C’est d’abord la redistribution de la part de richesse nationale qui revient de droit aux citoyens. Il suffit de regarder la publicité que Coca-Cola viralise partout en ce moment: elle repose sur l’affichage des couleurs bleu-blanc-rouge. Est-il normal que des actionnaires américains s’enrichissent en utilisant la notoriété du drapeau français? Dans ce cas de figure, il est évident qu’une part des bénéfices de Coca-Cola doit revenir à tous les Français qui sont à l’origine de cette création de valeur. Le principe et la justification économique du revenu universel sont bien là.

Beaucoup de Français ont peur de ce revenu parce qu’ils craignent qu’il ne désincite au travail. La question est sérieuse et mérite d’être traitée sur le fond. Elle appelle deux arguments.

Le premier consiste évidemment à répéter que le revenu universel doit procéder d’une véritable solidarité en profitant à tout le monde et pas seulement aux passagers clandestins. Il doit donc être versé à tous les Français, quel que soit leur niveau de revenu, et pas seulement à ceux qui répondent aux « conditions de ressources », c’est-à-dire aux plus pauvres. C’est en le versant à tout le monde que ses effets de désincitation disparaîtront.

Evidemment, il est toujours possible de discuter d’une modulation de son montant selon la situation des bénéficiaires au regard de l’emploi. Mais cette modulation doit être marginale par rapport à son objet essentiel et principal.

L’autre argument porte sur les contreparties. La meilleure réponse qui puisse être apportée à la question est de préciser que le revenu universel doit être versé à pression fiscale constante. Autrement dit, le revenu universel ne peut venir en complément ou supplément des autres allocations, mais en remplacement.

Au coeur de cette question se pose évidemment le problème de la protection sociale. Le revenu universel ne doit venir en plus de la rémunération différée versée par la sécurité sociale, mais en remplacement de celle-ci. Sur ce point, la mécanique pourrait être très simple: le revenu universel remplacerait les cotisations sociales et permettrait à chaque Français de s’assurer au niveau de son choix auprès d’un opérateur qui lui apporterait les garanties dont il a besoin.

Autrement dit, l’obligation de s’assurer socialement demeurerait, mais le revenu universel viendrait en remplacement du monopole de la sécurité sociale. Une mécanique de versement direct du revenu à des organismes assureurs peut même être retenue pour éviter l’insolvabilité des assurés.

Il s’agit donc bien de responsabiliser chaque Français en les transformant en acteur de leur propre protection sociale. La mise en place du revenu universel se ferait donc à niveau fiscal inchangé, mais instaurerait une véritable solidarité.

 

MEDEF: ce qu’on ne vous a pas dit sur la loi Travail

Cet article est initialement paru sur TRIPALIO, pure player d’information sociale – article mis à jour à 21h15.

Peu à peu, le débat sur la loi Travail devient surréaliste. D’un côté, celle-ci s’enkyste peu à peu comme le symbole d’un abandon par François Hollande de toutes les valeurs de gauche. Elle nourrit un fond de contestation dont la Nuit Debout n’est que l’un des visages. Pour François Hollande, elle est en tout cas porteuse d’une défaite dès le premier tour aux prochaines élections présidentielles. D’un autre côté, elle se vide chaque jour un peu plus de son substrat « libéral » parce que le gouvernement tente d’arrondir les angles et fait des petits cadeaux aux contestataires.

L’étrange soutien du MEDEF au texte

Dans ce contexte étrange, la mollesse de Pierre Gattaz vis-à-vis d’un projet de loi de plus en plus éloigné de ses intérêts ne manque pas de surprendre. On l’a connu plus coriace sur le renoncement à plafonner les indemnités de licenciement, sur la taxation supplémentaire des CDD (dont l’intervention brouillonne de François Hollande ne permet plus de savoir si elle aura lieu ou pas), ou sur la confusion en matière de licenciement économique.

La mollesse du président du MEDEF le met en difficulté en interne. Beaucoup de ses adhérents sont des fédérations professionnelles où les petites entreprises sont majoritaires, ou en tout cas influentes (on pense à l’intérim, au Syntec, à la Propreté, au Bâtiment), et où le projet de loi passe mal. La grogne ne devrait d’ailleurs pas tarder à se faire sentir.

Pourtant, Gattaz arrondit les angles et propose régulièrement de « ne pas taper » sur le gouvernement. En coulisse, il ne s’en cache pas: il faut épargner Manuel Valls.

L’influence du gouvernement sur Pierre Gattaz

Certains en viennent à se demander quelle mouche pique le président du MEDEF. Les mauvaises langues ont une réponse toute trouvée, placée bien au-dessous de la ceinture: les affaires du président du MEDEF appartiennent à la complexe galaxie de l’industrie aéronautique française, où se fâcher avec le gouvernement obéit à un art subtil. Il est des sujets où l’on peut se livrer à un véritable combat de boxe, comme la fiscalité des entreprises, et plus encore la fiscalité des patrons. Mais il est des sujets qui valent bien une messe officielle: jamais on ne verra un patron de l’aéronautique se fâcher avec le pouvoir pour une histoire de droit du travail dans les petites entreprises.

Cette sensibilité patronale à l’influence gouvernementale n’est pas propre à l’univers de l’aéronautique. Elle a aussi joué à plein dans le secteur des travaux publics où Patrick Bernasconi, ancien président de la fédération éponyme, n’a jamais hésité à plaider pour la relance des investissements publics massifs. Un patron aussi peu libéral se devait de prendre la présidence du conseil économique, social et environnemental, en remerciement de ses bons et loyaux services.

Le cadeau du gouvernement à Pierre Gattaz

Ces alliances naturelles (et discrètes) qui rappellent qu’il existe en France, comme aux Etats-Unis, un complexe militaro-industriel qui a tout d’un gouvernement profond, sont curieusement la tasse de thé de François Hollande. Les partenaires sociaux ont pu le vérifier dans l’étrange cadeau que François Hollande s’obstine à faire à Pierre Gattaz depuis plusieurs années: reconnaître au MEDEF une présomption irréfragable de représentativité quand ce dispositif inventé sous De Gaulle a été supprimé par Nicolas Sarkozy pour les syndicats de salariés.

Il avait déjà tenté le coup avec la loi Rebsamen et c’est finalement l’article 19 de la loi El-Khomri qui le prévoit: sans aucune mesure d’audience, le MEDEF devrait être officiellement reconnu comme l’organisation patronale légalement majoritaire en France. Ce choix ne manque pas de surprendre, dans la mesure où ceux qui connaissent les milieux patronaux savent que le MEDEF est un mouvement confédéral et non fédéral. Il reçoit les adhésions de fédérations, et non d’entreprises. Si l’on faisait directement voter les patrons pour un syndicat patronal, le MEDEF ne remporterait certainement pas l’élection.

Les mauvaises langues l’assurent: cette stratégie qui consiste à graver dans le marbre une représentativité imaginaire n’est pas un accident de l’histoire, le produit d’un énième cafouillage d’un gouvernement dont la cohérence fut plus d’une fois prise en défaut. Il s’agirait plutôt d’une volonté affirmée de François Hollande: le MEDEF doit rester l’organisation patronale majoritaire coûte-que-coûte.

L’enjeu annexe de la représentativité patronale

L’enjeu du dossier ne se limite toutefois pas à une simple affaire de mains serrées sous les ors de la République. Elle a un impact financier direct, puisque la représentativité patronale sert de clés de répartition pour le fonds paritaire créé par la loi de mars 2014 (loi Sapin) sur la formation professionnelle.

A l’occasion de cette loi, on se souvient que le gouvernement a fait le choix de transformer les différentes cotisations servant à financer les organisations syndicales en une taxe nouvelle sur les salaires, infinitésimale certes, mais qui permet de dégager bon an mal an 50 millions d’euros pour le « financement du paritarisme ». Sur cette cagnotte, la moitié va aux organisations de salariés, et l’autre moitié aux organisations patronales. Elle rapporte environ 15 millions d’euros au MEDEF, soit un bon tiers de son budget.

Pour le MEDEF, le maintien de la représentativité est donc un enjeu financier: il permet de faire payer par les entreprises et les salariés un part importante de ses frais de fonctionnement.

François Hollande et le jardin à la française

Mais pourquoi, demandera-t-on, François Hollande tient-il absolument à asseoir le MEDEF (bien au-delà de Pierre Gattaz donc) comme l’interlocuteur patronal principal du gouvernement, en s’asseyant allègrement sur les principes d’audience que Nicolas Sarkozy avait imposés pour les syndicats de salariés? De ce point de vue, Hollande apparaît infiniment moins respectueux de la démocratie sociale que n’a pu l’être son prédécesseur.

Deux raisons peuvent expliquer ce choix profondément réactionnaire de la part d’un Président qui avait annoncé une grande lutte (jamais menée) contre la finance.

La première raison est circonstancielle. Les élections approchent et François Hollande aura besoin d’argent et de soutien pour sa campagne, s’il commet la folie de se présenter à sa propre succession. En 2012, déjà, il avait pu compter sur le soutien éclairé de quelques mécènes, dont son ancien camarade de promotion Henri de Castries, accessoirement patron d’Axa. Par les temps qui courent, un petit cadeau au MEDEF n’est donc pas mal venu.

La deuxième raison est plus profonde: François Hollande est avant tout un énarque de pure souche. Il aime l’économie conçue comme un jardin à la française, c’est-à-dire débarrassée de toutes ces scories inutiles que le directeur de la protection sociale de l’UIMM avait appelée, il y a quelques mois, la « concurrence émiettée ». Toutes ces petites entreprises, avec leurs patrons aux mains caleuses, aux ongles sales, au rire gras, amateurs de mauvais vin et de voitures clinquantes, quelle horreur! Qu’ils végètent, pourquoi pas, mais à condition d’être matraqués fiscalement en expiation de leurs fautes, mais qu’ils ne s’avisent surtout pas de fréquenter les palais de la République. Ceux-ci doivent être réservés aux gens fréquentables, qui ont pignon sur rue dans des mouvements financés par les entreprises des noyaux durs.

Une rébellion patronale en préparation?

Face à cet entre-soi de cols blancs aux bonnes manières, qui s’adressent des sourires de complaisance au bal de la Cour, les mouvements patronaux alternatifs grondent et grognent. Une coalition de laissés-pour-compte a même grossi les rangs des contestataires qui appellent au retrait de la loi. Elle rassemble l’UNAPL (mouvement des professions libérales, qui espère depuis plusieurs années toucher le pactole du « financement du paritarisme »), l’UDES (les patrons de l’économie sociale), et l’UPA (Union des Artisans).

Le fait que l’UPA ait rejoint cette coalition est un élément important. L’UPA est en effet reconnue comme représentative au niveau nationale, et constitue l’une des trois forces qui négocient les accords interprofessionnels. Son ralliement à la contestation s’explique par le « tour de cochon » que lui ont joué le MEDEF et la CGPME en signant un accord dans son dos répartissant 90% des voix dans les structures paritaires.

Le dilemme de la CGPME

Pour que cette fronde patronale réussisse, il faudrait qu’elle soit rejointe au moins de fait, à défaut de l’être formellement, par le troisième syndicat patronal représentatif au niveau national: la CGPME. Pour cette organisation, c’est un véritable dilemme qui s’ouvre.

D’un côté, demander le retrait de la loi à ce stade est un exercice compliqué pour les raisons exposées ci-dessus: le MEDEF a passé un accord avec la CGPME pour se partager le magot du paritarisme sans mesure effective de l’audience de ces organisations parmi le monde patronal. Cette mesure de sécurisation et de consolidation dans un monde de plus en plus précaire constitue un avantage important qu’il est difficile de jeter aux oubliettes. De ce point de vue, Gattaz a joué fin en arrimant à lui la CGPME dans cette aventure.

Gattaz contraint par sa base à durcir le discours

D’un autre côté, la grogne monte. Si le député Sirugue, rapporteur de la loi, a « fait le taf » en adaptant la définition du licenciement économique aux problématiques des petites et très petites entreprises, la taxation des CDD constitue un casus belli majeur. Pour l’instant, l’équilibre est encore suffisant dans la loi pour ne pas appeler à son retrait, mais il ne faudrait pas de goutte d’eau supplémentaire. Un amendement malheureux, une concession nouvelle du gouvernement, mettrait en effet la CGPME au bord d’un précipice…

C’est le sens de l’intervention de Pierre Gattaz en conférence de presse ce mardi matin. Le président du MEDEF a même menacé, comme la CGPME, de quitter la table de négociation si le gouvernement ne revenait pas à de meilleures intentions. La pression des fédérations a fait son oeuvre.

Bref, les enjeux de la loi El-Khomri sont de plus en plus internes au monde patronal, à défaut d’espérer encore créer de l’emploi. Et il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que les patrons, à leur tour, réclament son retrait.

Trump pour des mesures protectionnistes aux USA

Donald Trump déteste le libre-échange et fait campagne pour le protectionnisme! Les adversaires européens, et tout particulièrement français, du traité transatlantique gagneraient à graver ce point dans leurs tablettes.

La campagne de Trump contre le libre-échange

Dans un discours prononcé ce week-end, à l’approche du Super-Tuesday du grand New-York, où les pronostics le créditent de 95 délégués supplémentaires, Trump a violemment attaqué les accords de libre-échange qui ouvrent les frontières des Etats-Unis. Il a en particulier chargé l’accord Transpacifique. Selon Trump, le libre-échange, spécialement avec la Chine et le Mexique, cause la désindustrialisation des Etats-Unis.

Trump a fait part de son intention de modifier les accords existants de libre-échange.

Le Parti Républicain divisé sur la question

Les prises de position favorables au protectionnisme ne suscitent guère d’engouement au sein du Parti Républicain, où Trump est très isolé. Les rivaux de Trump ont toutefois dû prendre position sur le sujet.

Ted Cruz, le principal challenger de Trump, a affirmé qu’il ne soutiendrait pas l’accord Transpacifique si celui-ci comportait des dispositions obligeant à accueillir des immigrés. Il a néanmoins rappelé que les barrières protectionnistes constituaient de nouvelles taxes pour les Américains.

John Kasich, le troisième candidat encore en lisse, a pour sa part clairement pris position en faveur du libre-échange. Il a notamment pointé du doigt la dépendance économique des Américains vis-à-vis des exportations: celles-ci concerneraient un cinquième des emplois.

Le retour de l’isolationnisme américain?

Les positions de Trump devraient lui donner un avantage lors des prochaines primaires. Reste à savoir si sa position protectionniste est pure affaire de circonstance ou si elle incarne une ligne politique durable que l’homme d’affaires serait prêt à tenir au cas où il serait élu. Dans cette dernière hypothèse, les relations transatlantiques ne manqueraient pas d’être épicées.

On comprend mieux l’empressement d’Angela Merkel à signer le traité avant l’élection. Une victoire de Trump risquerait bien de compromettre lourdement l’accord…

 

Secret des affaires: mon interview dans la presse russe

Je reproduis ici l’INTERVIEW que j’ai donnée à la presse russe sur la directive « secret des affaires ».

Il y a un conflit de normes entre les dispositions sur les lanceurs d’alerte et les dispositions sur le secret des affaires qui visent à limiter le droit d’expression, estime l’écrivain et publiciste Eric Verhaeghe.

RT France : Quel est votre avis concernant la directive sur le secret des affaires adoptée par le Parlement européen ?

Eric Verhaeghe : Ce qui gêne tout le monde, c’est que cette directive a été négociée en cachette, en catimini. On voit bien que c’est la manifestation ou l’œuvre d’un lobby et spécialement du lobby bancaire qui cherche à maîtriser la communication qu’on peut faire sur le fonctionnement des entreprises et notamment sur le fonctionnement des banques.

Evidemment, ce n’est pas un hasard si cette directive arrive dans un contexte où il y a eu les Panama Papers, où il y a eu différents lanceurs d’alerte comme Jerôme Kerviel en France. Bien entendu, c’est un contexte où un certain nombre de grandes entreprises qui ne sont pas transparentes ne souhaitent pas être victimes de cette transparence et préfèrent maîtriser la communication sur leurs activités.

RT France : Sur 652 eurodéputés présents à Strasbourg pour voter cette directive, 503 ont voté pour. Seulement 131 ont voté contre. Pourquoi une si large majorité ?

E.V. : Parce que là encore, le fonctionnement du Parlement est opaque. On voit bien que là aussi le Parlement européen s’est mis en difficulté sur les normes en matière de diesel, sur les normes en matière d’environnement. Le Parlement européen adopte régulièrement des textes qui sont très favorables à des lobbies industriels et qui ne respectent pas l’intérêt général. On peut donc imaginer que, là encore, sur le secret des affaires, l’influence des lobbies a été extrêmement importante pour orienter, pour influencer le vote final. Au final, une fois de plus, le Parlement européen est en train de se faire le défenseur des grands groupes multinationaux et qu’il s’éloigne petit à petit de la mission d’intérêt général qui était la sienne initialement.

RT France : Les défenseurs de ce projet estiment justement qu’il défend les intérêts des PME en disant que les petites entreprises ont du mal à lutter contre l’espionnage industriel…

E.V. : Toute l’astuce de la directive est évidemment d’y mêler la lutte contre l’espionnage industriel, qui est une bonne chose. Mais encore faut-il savoir qui doit la mener, dans quelles conditions et quels sont les intérêts industriels derrière les outils de lutte contre l’espionnage industriel. L’astuce de la directive, c’est évidemment d’introduire un contrôle de l’information sur le fonctionnement des entreprises et notamment de limiter fortement la liberté de la presse ou la liberté d’expression sur ces sujets. On a bien aujourd’hui un conflit de normes entre les dispositions sur les lanceurs d’alerte qui visent à protéger les gens, qui dénoncent des scandales industriels, et les dispositions sur le secret des affaires qui visent à limiter le droit de s’exprimer sur les fonctionnements internes des entreprises.

RT France : L’eurodéputé écologiste Pascal Durant dit qu’en France les journalistes pourront plus ou moins faire leur travail alors que dans d’autres pays européens comme la Hongrie ou la Pologne, cela va être encore plus compliqué de dénoncer les digressions au sein des entreprises. Etes-vous d’accord ?

E.V. : Je pense que même en France la situation est compliquée puisque, comme vous le savez, il y a un bloggeur français, Jean-Pierre Chevalier, qui a été condamné à des dommages et intérêts vis-à-vis de la Société générale pour s’être exprimé sur ses ratios de liquidité et sur son respect des ratios de liquidité internationaux. On voit donc bien que, même en France, il y a une vraie difficulté aujourd’hui pour la presse à prendre position sur des données d’entreprises qui sont réputées confidentielles comme par exemple le ratio de liquidité des banques, le ratio de solvabilité des compagnies d’assurance. On sent bien la pression qui vise à instrumentaliser la lutte contre l’espionnage industriel pour limiter en réalité la capacité d’information et de symétrie d’accès à l’information concernant les grands groupes financiers. Tout le sujet est là. C’est-à-dire que, depuis qu’on lutte contre les délits d’initiés, il y a bien un problème aujourd’hui de coût d’acquisition de l’information sur les entreprises. La directive qui est adoptée sur le secret des affaires vise à renchérir le coût de l’accès à l’information sur les entreprises pour les petits actionnaires, les petits épargnants et pour les consommateurs. C’est donc une norme qui va favoriser les délits d’initiés et surtout qui va donner un avantage extrêmement important à ceux qui ont l’information au détriment de ceux qui ne l’ont pas.

RT France : Dans votre article publié sur le site Atlantico qui s’appelle Quand l’AMF sanctionne lourdement un lanceur d’alerte vous dites que les lanceurs d’alerte font le boulot que la presse papier ne fait plus. S’agit-il de la France ou du monde entier ?

E.V. : C’est un cas assez répandu dans le monde. Beaucoup de journalistes, pour avoir un scoop ou une information privilégiée passent un accord tacite avec celui qui le leur donne afin de ne pas le calomnier, pour ne pas les critiquer. Si je veux, par exemple, avoir un accès privilégié à une information gouvernementale, je ne m’autorise plus à critiquer le gouvernement. C’est un phénomène très répandu, et c’est particulièrement vrai en France où les subventions à la presse sont très élevées. Le Figaroperçoit 16 millions d’euros d’aide de l’Etat, Le Monde en perçoit autant. La presse papier est aujourd’hui subventionnée par l’Etat, cette situation est donc encore plus marquée en France qu’ailleurs.

La gauche relance l’Etat-Providence pour avoir la paix sociale

L’Etat-Providence demeure l’arme préférée de la gauche de gouvernement pour acheter et préserver la paix sociale (surtout à l’approche d’une année électorale cruciale). Ce week-end vient d’en donner une nouvelle preuve.

L’Etat-Providence pour calmer la jeunesse

Les médias subventionnés adorent répéter en boucle toutes les vertus de la Nuit Debout. Pour le gouvernement, ce mouvement pourrait constituer une menace dans la mesure où il est partiellement nourri par la contestation contre la loi El-Khomri. Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement relance l’expansion de l’Etat-Providence.

Ainsi, le rapport Sirugue (du député par ailleurs rapporteur de la loi El-Khomri) propose d’ouvrir la perception des minima sociaux aux jeunes dès 18 ans. Face à la contestation, l’allocation!

Je propose tout d’abord de supprimer la barrière d’âge pour les jeunes. Que toute personne puisse, dès ses 18 ans, bénéficier de ces allocations sans attendre ses 25 ans.

Comme d’habitude, l’Etat préfère éviter les examens de conscience, par exemple sur l’incapacité de l’Université à préparer les jeunes au marché du travail. Au lieu d’améliorer la performance des politiques publiques, il vaut mieux piocher dans la caisse et pratiquer cette forme obsolète d’helicopter money qu’on appelle Etat-Providence

J’en profite pour glisser combien cette grosse ficelle n’a rien à voir avec le revenu universel qu’évoque Libération. La solution proposée par Christophe Sirugue, en service commandé manifeste, ne bénéficiera qu’à un segment de population concerné par une problématique particulière, alors que le revenu universel bénéficie à tous (selon un principe limpide de solidarité).

L’Etat-Providence pour calmer les intermittents du spectacle

Pendant que le député Sirugue servait à Manuel Valls la soupe que l’UNEF réclame, la ministre de la Culture Azoulay intervenait sur un autre front: celui des intermittents du spectacle.

Dans le cadre de la renégociation de la convention d’assurance-chômage, les partenaires sociaux doivent en effet présenter un document de cadrage sur le financement du régime. Sans véritable surprise, le MEDEF a proposé d’importantes économies pour cette catégorie d’allocataires qui représente 3% des effectifs, mais 25% du déficit de l’UNEDIC.

Dans une interview à Libération, qui confirme peu à peu son rôle d’agence de presse du gouvernement, Audrey Azoulay, qui prend une pause grotesque pour la photo (publiée en une de ce papier), explique tout le mal qu’elle pense de la « démocratie sociale » ainsi que de la libre négociation entre partenaires sociaux, et entreprend de corriger les torts.

Le soutien au spectacle vivant est au cœur de la politique artistique. Nous avons la chance d’avoir en France un modèle de soutien aux artistes envié à l’étranger, grâce au dynamisme de nos lieux de création et de diffusion. Cela passe par le maintien d’un régime spécifique d’assurance chômage, qui correspond à l’activité intermittente de ces professions aujourd’hui inquiètes pour les négociations sur l’avenir de l’Unédic. (…)

Le cadrage adressé au monde du spectacle est une provocation, et il est clairement un appel explicite à ce que ce soit le gouvernement qui finance une bonne part des économies. Tout le monde reconnaît qu’une économie se situant autour de 100 millions, après ceux de la précédente convention  constituera déjà un effort très important pour la profession. Le Premier ministre l’a dit, l’Etat ne laissera pas tomber les intermittents, il ne permettra pas que ce régime soit dans l’impasse. Mais la demande des professionnels du secteur est bien de préserver dans la durée un régime d’indemnisation du chômage dans le cadre de la solidarité professionnelle.

Rappelons évidemment ici que ce que la ministre appelle la « solidarité professionnelle » s’appelle en réalité la « solidarité interprofessionnelle ». Elle consiste à demander aux petits patrons au bord de la faillite de financer la précarité imposée par les magnats de l’industrie culturelle qui peuvent faire ou défaire une campagne électorale par leur poids médiatique.

On l’aura noté, donc, la politique culturelle de l’Etat en faveur du spectacle vivant (c’est-à-dire de ces innombrables pièces de théâtre sans spectateur où des comédiens incertains raillent les petits bourgeois obscurantistes qui ne viennent pas assister à leur délire fumeux) doit être financée par les cotisations des employeurs. Et la ministre n’a aucune gêne a expliqué que l’Etat pèsera de tout son poids pour continuer cette perversion qui consiste à forcer des entreprises à cotiser pour des politiques qui relèvent de la décadence régalienne.

L’Etat-Providence et les élections

On le voit, tout ceci respire la campagne électorale pour les présidentielles. Comme l’avait annoncé François Hollande, le temps de la redistribution est venu. Ceux qui pensaient en profiter seront déçus: la redistribution ne profite qu’à l’électorat attendu par le Président de la République.