Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Briefing: climat, éducation, PLFSS, PLFR, santé, BCE

La semaine française sera dominée par le sommet sur le Climat qui se tient à Paris.

Le climat, ou la semaine de François Hollande

La France accueille 150 chefs d’Etat ce lundi, et entame une semaine parsemée d’événements qui accapareront le président. Mardi se tient au Bourget le sommet « défi climatique et solutions africaines ». Vendredi se tient le sommet des élus locaux pour le climat à l’Hôtel de Ville. Samedi se tient l’Action-Day COP 21 avec Ban-Ki-Moon au Bourget. Ces différents événements scanderont l’agenda de la diplomatie climatique.

La vie partisane reprend ses droits

Parallèlement et plus discrètement, la vie partisane reprendra ses droits. Le Président de la République multipliera en effet les entretiens bilatéraux sur la scène intérieure: Manuels Valls, Gérard Larcher, Claude Bartolone, Michel Sapin, Jack Lang, Bernard Cazeneuve, Christiane Taubira, Jean-Yves Le Drian,… sans oublier Pierre Moscovici et Philippe Douste-Blazy, qui sont à cheval entre la scène française et la scène internationale.

Manuel Valls met la pain à la pâte

Face à cet activisme, même Manuel Valls mettra la main à la pâte. Le Premier Ministre devrait cumuler cette semaine plusieurs entretiens diplomatiques d’importance variable: parallèlement au dîner de ce lundi avec François Hollande et Barack Obama, il rencontrer le Premier ministre égyptien et… le Premier ministre albanais.

Education

Mercredi, François Hollande marquera la remise du rapport sur l’éducation et la grande pauvreté. Cet événement devrait donner l’occasion d’une communication intensive sur les performances de l’éducation nationale en matière d’inégalités et de lutte contre les discriminations. La ministre de l’éducation ne devrait toutefois pas faire d’annonce fracassante en matière de réformes.

PLFSS

L’Assemblée nationale devrait boucler ce lundi la lecture définitive du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Cette dernière ligne droite marquera une étape importante dans les débats budgétaires de l’automne.

Santé

L’Assemblée devrait parallèlement boucler le projet de loi santé, dont le point le plus polémique reste la généralisation du tiers payant, même si ses effets débordent largement ces simples dispositions popularisées par le gouvernement. Dans la pratique, la loi crée un service public de la santé dont les conséquences sont fondamentales.

PLFR, vieillissement

L’Assemblée continuera l’examen des différents textes déposés par le gouvernement. Si le projet de loi sur le vieillissement devrait entamer son dernier virage, les discussions porteront aussi sur le projet de loi de finances rectificatives qui redéploie 6 milliards d’euros.

PLF au Sénat

Le Sénat achèvera cette semaine sa première lecture du PLF pour 2016. Il est possible que cette lecture s’achève finalement samedi matin, compte tenu de l’ordre du jour.

Représentativité syndicale

Mardi, le Conseil Constitutionnel rendra une importante décision en réponse à une question prioritaire de constitutionnalité portant sur les critères de représentativité syndicale.

BCE

Jeudi, la BCE devrait communiquer ses décisions de politique monétaire. L’événement sera à suivre de près, dans la mesure où Mario Draghi pourrait annoncer un approfondissement de l’assouplissement quantitatif dans la zone euro.

Journal de guerre: l’Europe se soumet à Erdogan

Well done, Mr Erdogan! Les attentats du 13 novembre vous ont directement profité, puisque vous avez obtenu une relance, dès 2015, du processus d’adhésion de la Turquie à l’Europe, en échange d’un meilleur contrôle de vos frontières. Cet accord de dupe démontre, une fois de plus, l’incapacité politique de l’Union Européenne à gérer son propre avenir.

Erdogan obtient un accord scélérat!

Selon Reuters, la Turquie a tout obtenu de l’Union Européenne en échange de la promesse (creuse) d’un contrôle des frontières. Règle-moi le problème des migrants, et je te donnerai ce que tu voudras. Concrètement, la Turquie devrait recevoir 3 milliards d’euros, une levée des restrictions à l’immigration turque en Europe à partir d’octobre 2016, et surtout la relance des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union.

L’UE ouvrira en décembre le prochain chapitre des négociations sur une adhésion de la Turquie qui sont dans l’impasse depuis 2005 et préparera d’autres chapitres pour des discussions dans les trois premiers mois de 2016.

Voilà qui n’était donc pas si compliqué! Il suffisait de quelques attentats pour que l’Europe abandonne toute résistance face à l’islamiste Erdogan, qui jette désormais ses journalistes en prison dès qu’ils ne délivrent pas la propagande de l’AKP.

Erdogan et son bras d’honneur à l’Europe

Erdogan qui, il y a quelques jours ordonnait la destruction d’un avion de chasse russe pour faire barrage à toute coalition anti-Daesh, vient de s’offrir un joli cadeau. Il a laissé son Premier Ministre Davutoglu déclarer, à l’issue du sommet européen:

"Ce jour est un jour historique dans notre processus 
d'accession à l'UE. Vingt-neuf chefs d'Etat et de gouvernement 
vont se rencontrer et avoir un sommet entre la Turquie et l'UE", 
a-t-il dit. 
    "C'est un jour vraiment historique pour ré-insuffler de 
l'énergie dans notre processus d'accession ainsi que pour 
discuter des tensions, des derniers développements en Europe et 
autour de l'Europe", a-t-il insisté. "Je suis reconnaissant 
envers tous les dirigeants européens pour ce nouveau départ."

Questions « tensions » en Europe, la Turquie aura probablement beaucoup à dire… Au passage, les services secrets turcs pourraient se lâcher sur la liste des terroristes qu’ils laissent passer à leurs frontières avec un laxisme tout à fait innocent.

Erdogan compte sur le suicide allemand

Comme toujours depuis l’implantation allemande en Turquie dans les année 1880, Erdogan compte sur l’allié germanique pour obtenir, dans cet accord, le beurre et l’argent du beurre. Non seulement il recevra immédiatement 3 milliards, et probablement plus au fil du temps (la Turquie pousserait volontiers son avantage jusqu’à 7 milliards d’euros), mais l’Allemagne soutient un principe général de réinstallation des réfugiés arrivés en Turquie. « Payez-moi pour accueillir les migrants, et je vous les enverrai plus tard! »

Il faudra qu’un jour on puisse comprendre l’entêtement de l’Allemagne à se suicider en accueillant à bras ouverts des populations qui, tôt ou tard, remettront en cause l’équilibre européen interne. Le principe de réinstallation devrait figurer, malgré de nombreuses oppositions en Europe, en toutes lettres dans l’accord.

Erdogan et le silence des gouvernements européens

L’accord, négocié en pleine COP 21, devrait évidemment passer inaperçu aux yeux des opinions publiques, et on comprend vite pourquoi. D’une part, il reste muet sur le respect des Droits de l’Homme en Turquie, pourtant en pleine dégradation depuis la réélection d’Erdogan. D’autre part, il ne comporte aucun engagement de la Turquie vis-à-vis de la lutte contre l’Etat Islamique.

Il est de plus en plus évident que l’Etat Islamique est un pion avancé par la Turquie, et qu’Erdogan est le « Troïen » d’un bloc sunnite piloté par l’Arabie Saoudite avec une parfaite duplicité vis-à-vis de notre ordre: d’un côté, on vous aime, de l’autre, on vous déstabilise.

Mais bien entendu, la classe politique européenne totalement achetée par les Saoudiens n’en pipe mot.

La situation des migrants se dégrade

L’accord signé à Bruxelles est bien entendu un miroir aux alouettes. Erdogan sera le maître du jeu, capable d’envoyer, quand ça lui chante, des centaines de milliers de migrants en Europe pour susciter une nouvelle crise interne. Les échauffourées à la frontière macédonienne cette semaine l’ont encore montré. L’Europe de Schengen est en effet, quelle que soit la façon dont elle tourne le problème, incapable de faire face à l’arrivée massive de populations errantes sur son territoire.

Des migrants ont forcé le passage en Macédoine
Des migrants ont forcé le passage en Macédoine

« On n’en peut plus d’attendre, cette nuit on a dormi sous la pluie, on n’en peut plus, on veut passer », a déclaré à l’AFP un des manifestants, le Congolais Héritier Shabani, 31 ans.

La France absente de la scène européenne

Assez curieusement, la négociation sur les migrants se déroule sans la France. François Hollande, tout occupé à monter une coalition planétaire dont on ne voit pas le début de commencement, et à régler les problèmes du climat dans vingt ans, n’a pas d’autre position sur le sujet que: « il faut aboutir à un accord ». Dans son incurie, il voit les choses en grand: Paris est vidée de ses habitants, et en butte à l’agitation des black blocs qui affrontent la police avec les bougies amassées pendant plusieurs jours en souvenir des victimes des attentats.

La très grande classe, chez les Ecolos!

Les bouffons belges en redemandent

C’est le grotesque Premier Ministre Charles Michel, fils du déjà pathétique Louis Michel, qui a porté la voix francophone sur l’Europe, en tenant des propos qui montrent le niveau cataclysmique où quarante ans de fédéralisme ont porté cette farce anglo-saxonne qu’est la Belgique, montée en 1815 et qui fait toujours recette.

Après avoir remarquablement déclaré:

« Nous n’avons pas en Belgique une jungle de Calais avec 6.000 personnes« , commence-t-il avant de critiquer la façon dont la France gère la sécurité dans ses banlieues où « la police n’ose pas circuler« .

Il a brillamment ajouté:

« Il en faut beaucoup plus [que les moyens dégagés à l’échelle nationale], j’appelle à ce qu’il y ait une mobilisation pour mettre en place une agence européenne du renseignement, une CIA européenne« , a-t-il affirmé.

Face à la guerre menée aux nations européennes, supprimons les nations européennes, dépossédons les Etats de leur police et de leur Sûreté nationale, et le problème sera réglé.

Plus que jamais, la France, pour assurer sa sécurité intérieure, doit enfin se décider à annexer cette imposture qu’est la Belgique!

La Suisse n’a pas (d’état) d’âme

Pendant que les couards gouvernements européens jouent à cache-cache avec leurs opinions publiques, en tentant de limiter les dégâts (moins de souveraineté étatique, encore des migrants) pour leur projet europhile béat, la Suisse, pays le plus prospère d’Europe, a moins de scrupule. Elle agit. En un mois, elle a renvoyé en Allemagne 444 migrants Afghans interceptés à sa frontière et mis en rétention 1.200 autres.

La Libye, le nouveau défi

Alors que l’Europe a déjà beaucoup de difficulté à affronter la question de l’Etat Islamique au Levant, elle devrait prochainement affronter un péril encore plus grand, l’apparition d’un vassal de l’Etat Islamique en Libye, autour de la ville de Surt. Selon les services de renseignement, c’est là que l’état-major de l’Etat islamique pourrait se replier en cas de pression militaire excessive en Syrie.

Convoi militaire de l'Etat Islamique à Surt, en Libye
Convoi militaire de l’Etat Islamique à Surt, en Libye

2.000 combattants seraient déjà présents là-bas, qui contrôleraient un territoire côtier large d’au moins 300 kilomètres. L’ensemble serait dirigé par des Irakiens et des Saoudiens.

Journal de guerre: sous l’hommage, les lézardes

Peu de Français avaient pavoisé à l’occasion de l’hommage national rendu aux victimes des attentats du 13 novembre. Peu à peu, derrière l’émotion toujours intense en terre de France et même au-delà, des questions se posent et des signaux se multiplient, qui laissent penser que l’horreur de ces dernières jours n’est qu’un début plutôt qu’une fin.

D’autres attentats en préparation?

Europe 1 et Valeurs Actuelles révèlent un témoignage crucial sur ce qu’Abaaoud et sa cousine se seraient dits lorsqu’ils se sont retrouvés à Aubervilliers, le mardi suivant l’attentat.

le témoin explique, lors de son audition, qu’Abaaoud lui aurait confié qu’il y « en aurait d’autres » [des attentats, NDLR] et qu »‘ils feraient encore pires dans les quartiers proches des Juifs » et que « des diversions dans les transports et les écoles » étaient prévues. Qui se cache derrière ce « ils »? « D’autres frères déjà en place », aurait répondu Abaaoud, ajoutant que « tout était prêt ».

L’état d’urgence n’est pas prêt d’être levé.

L’imam de Villetaneuse évincé

Toujours selon Valeurs Actuelles, l’imam de Villetaneuse, Mehdi Kabir, a précipitamment quitté son minbar avant la diffusion d’un reportage de M6 qui lui était consacré. L’intéressé y est vu en train de prononcer ce sermon mémorable:

« Celui qui mange du porc a tendance à avoir le comportement d’un porc. Les consommateurs de la viande de porc, tu les trouves parmi les gens les plus sales. Les gens qui n’ont pas de jalousie envers leur famille, les gens qui ne se soucient pas de voir leur femme dénudée et embrassée par les autres hommes » avant d’ajouter que  « le prophète a informé qu’il viendra un temps où Allah transformera certains êtres humains en singes et en porcs. »

Mehdi Kabir entretiendrait de nombreux liens avec les radicaux.

Urgence et répression politique

Face à ces menaces, le gouvernement continue à jouer avec le feu en ménageant les chèvres islamistes et en frappant le chou des Français. Les dirigeants d’EELV ont par exemple protesté contre l’assignation de l’un des leurs à résidence dans le cadre de l’état d’urgence. Il s’agit de Joël Domenjoud, adversaire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, soupçonné de vouloir faire une action d’éclat à l’occasion de la COP21.

Les mêmes dénoncent une perquisition en Dordogne, chez des maraîchers bio qui avaient participé à un blocage routier pour protester, il y a trois ans, contre la construction de ce fameux aéroport.

Répétons-le, la politique sécuritaire vise à contrôler les citoyens honnêtes avant de contrôler les délinquants. Nous vivons les premiers signaux faibles envoyés par un Etat plus soucieux de se protéger contre les libertés que de protéger la liberté.

Complaisance vis-à-vis des islamistes

Les télévisions francophones se sont régalées des interviews données par le troisième frère Abdeslam qui vit à Molenbeek. On a abondamment vu l’intéressé déclarer sur tous les tons qu’il n’avait jamais soupçonné la radicalisation de ses frères et qu’il partageait la douleur des familles. On sait, depuis ces déclarations, que les frères Abdeslam avaient été interrogés par la Sûreté belge et avaient multiplié les allers-retours tout au long de 2015 entre la Belgique et la Turquie. Pas de quoi éveiller de questions dans sa famille, qui savait pourtant que Salah vivait avec un revenu inférieur à 1.000 par mois…

La presse belge a révélé hier que les affirmations de Mohamed selon lesquelles sa famille n’avait jamais eu de problème avec la justice étaient un peu trafiquées! Mohamed a en effet fait lui-même d’une condamnation de prison il y a dix ans pour avoir pratiqué le détroussage des cadavres lorsqu’il était ambulancier à Bruxelles. Classe!

Le mal hollandiste a encore frappé

Pendant que la police a pris les choses en main dans le pays, François Hollande s’est envolé pour un tour du monde où il a répété inlassablement aux grands de ce monde sa doctrine de stagiaire ENA: faut faire la guerre à tous les méchants, Bachar el-Assad, Daesh et consors. Faisons une omelette, mais ne cassons pas d’oeufs.

Obama, qui préfère Daesh à Assad, lui a gentiment dit d’aller se faire foutre, avec sa force aérienne de lilliputiens. Poutine lui a fait une offre, mais Hollande a répété qu’il ne voulait plus d’Assad.

Être incapable de choisir et de décider, ça passe quand on est directeur de cabinet d’un Préfet de seconde zone. Pour un président de la République, ça craint. Lorsque le prochain attentat frappera, l’engagement de Daesh sera au même point, et j’entends déjà Hollande dire: « il faut frapper les terroristes au coeur » comme s’il découvrait le sujet.

La Turquie cache ses liens avec Daesh

Deux journalistes turcs viennent d’être emprisonnés pour avoir rendu public l’existence d’un convoi d’armement en partance de la Turquie vers l’Etat islamique. Depuis qu’il a fait 50% des voix, début novembre (après un attentat contre un parti kurde qui a mis l’opinion sous tension), Erdogan ne se sent plus pisser. Il pousse son avantage au maximum: fin des libertés publiques en Turquie, utilisation de Daesh comme troupes auxiliaires pour les sales besognes, probable démembrement de la Syrie, avec la complicité américaine, pour créer un Etat turkmène croupion, reconnaissance d’une territorialité à l’Etat Islamique constituent les joyeusetés qu’il nous prépare pour les prochains mois. J’y ajoute déstabilisation de l’Occident grâce à des envois massifs de réfugiés auxquels se mêlent des terroristes. L’avenir nous dira si, dans la déstabilisation de l’Europe, lui (ou ses services secrets) sont allés plus loin.

Aujourd’hui, la Russie est seule sur le front anti-Daesh et Hollande commet une grave erreur en ne la soutenant pas.

Première riposte russe à la Turquie

Pour l’instant, la Russie n’a pas officiellement pris de mesures de rétorsion contre la Turquie. Dans la pratique, les difficultés commencent à apparaître. Non seulement Poutine a appelé ses concitoyens à ne plus aller en vacances en Turquie et a rétabli l’obligation pour les Turcs d’avoir un visa pour entrer en Russie, mais, à la frontière avec la Géorgie, les camions turcs sont désormais soumis à un contrôle tatillon qui exclut désormais l’exportation de fruits et de légumes turcs vers la Russie.

Une première phase de sanctions économiques n’exclut pas de futurs dérapages sur le terrain. L’ennui, dans cette affaire, est que la France a choisi le mauvais camp.

 

Comment se passe la radicalisation en prison?

Article initialement paru sur Lalibre.be.

Les prisons, il connaît. Condamné à 15 ans ferme, il est resté dix ans et quelques mois derrière les barreaux de Forest, Nivelles, Huy, Verviers, Lantin… Cet ex-détenu est en libération conditionnelle depuis un peu plus d’un an. Il a été personnellement témoin du phénomène de radicalisation qui s’opère dans les prisons.

En mars dernier, dans la foulée de l’attentat contre Charlie Hebdo, le ministre CD&V de la Justice, Koen Geens, couchait sur papier un plan d’action contre la radicalisation dans les prisons (voir ci-contre). Certaines mesures vont dans le bon sens, mais elles prendront du temps avant d’être implantées, juge notre interlocuteur. Qui se montre très circonspect sur l’efficacité de ce plan visant à empêcher que les prisons jouent le rôle d’incubateurs pour apprentis jihadistes.

“Cela fait des années que ce phénomène existe. Quand Mohammed Merah a assassiné sept personnes dont trois enfants juifs (à Toulouse et Montauban, en mars 2012, Ndlr ), j’ai vu des détenus se mettre aux fenêtres et montrer qu’ils étaient contents”.

“Ce serait bien que tu sois musulman”

“La prison, c’est un monde hostile, clos, où on se sent seul, où on risque de se faire racketter et agresser. Quand des jeunes, souvent des gamins sans ressources, sont incarcérés, par exemple après des vols répétés, ils sont pris en charge par un petit groupe. On les assiste, on les aide, avec des conditions qui ne sont pas dites”. Elles sont ensuite très vite exprimées. “Ils reçoivent de l’aide pour la cantine et puis on leur dit  : “Ce serait bien que tu sois musulman”…

La plupart des conseillers islamiques essaient de faire du bon boulot, mais ils évoluent dans un contexte très difficile, poursuit-il. “Ils ont affaire, en face, à des têtes dures qui contredisent leurs positions et prétendent le contraire. Il y a beaucoup d’imams auto-proclamés en prison  ! Il suffit d’avoir un Coran en cellule et d’avancer deux ou trois préceptes. Ils expliquent aux jeunes qu’il ne faut pas faire confiance aux représentants du culte, que ce sont des agents de l’Etat, qui travaillent pour l’ennemi, tout comme les gardiens”.

C’est tranquille  : pas de bagarre…

Selon notre interlocuteur, c’est très difficile pour un jeune qui a été ainsi embrigadé de se dégager de l’emprise de ses “protecteurs”. “Quand un détenu reçoit un théologien en cellule, il est très vite dissuadé par les plus radicaux”. Les conseillers islamiques devraient “impérativement” être formés aux codes des détenus, dit-il.

Et les agents pénitentiaires  ? L’ex-détenu soupire. “J’en ai vu qui préféraient fermer les yeux sur certaines choses parce que cela les arrangeait bien. Les meneurs radicaux “tiennent” les sections. Du coup, il n’y a pas de bagarres, pas de problèmes et la journée se déroule tranquillement. Beaucoup démissionnent : c’est plus simple de ne rien dire que de faire un rapport”. Les informations ne remontent donc pas à la direction de l’établissement pénitentiaire.

Exemple vécu à la prison de Nivelles, en 2011, à l’époque où Nizar Trabelsi, condamné en 2003 à dix ans de prison pour diverses infractions en relation avec des faits de terrorisme, y était détenu. “Il était tenu à l’écart et ne pouvait entrer en contact avec d’autres détenus qu’en criant à travers la porte de sa cellule ou par la fenêtre”. Quand il parlait, c’était en arabe, et les agents n’y comprenaient rien…

“Il mettait des CD à fond avec des prêches en arabe où on entendait des coups de canon et des kalachnikovs. Ce n’était pas de la musique   ! Les gardiens n’allaient pas à la confrontation. Ils se contentaient de faire baisser un peu le volume.

Que faire alors, pour éviter la contamination interne  ? Le regroupement des détenus les plus radicaux,“pour autant qu’on les détecte  !” est sans doute la moins mauvaise solution, estime encore notre interlocuteur, mais avec l’assurance qu’aucune communication ne soit possible : le “yo yo” (ou “langage de la chaussette”, avec des messages qu’on s’envoie de fenêtre à fenêtre, d’une aile ou d’un étage à l’autre) fonctionne toujours bien dans les anciennes prisons. Dans les nouveaux établissements, comme à Marche ou à Leuze, il n’est pas possible d’ouvrir les fenêtres des cellules…

La mauvaise tournure des événements en Turquie

La Turquie est-elle une puissance conspirative, comme dirait le procureur Molins? Après la destruction d’un avion russe par la chasse turque au-dessus d’un espace aérien disputé, la situation commence en tout cas à y prendre une mauvaise tournure pour une Europe en proie à l’impuissance.

La Turquie envoie des armes en Belgique

Tout le monde s’est évidemment diverti (encore) une fois de la répétitive farce belge en apprenant que la police italienne avait saisi une cargaison de 781 fusils à pompe de type Winchester SXP venus de Turquie à destination de la Belgique. Manifestement, tous les papiers étaient en règle…

Selon le quotidien italien La Stampa, les fusils disposés dans des boîtes en carton, se trouvaient à bord d’un poids-lourd immatriculé aux Pays-Bas et conduit par un citoyen turc, arrivé lundi dans le port de Trieste (nord-est).

Encore un imam belge parti pour la Turquie

Le même jour, on apprenait qu’un imam anversois (ville tenue par l’extrême-droite flamingante) avait disparu des écrans radars. L’homme, qui avait prêché dans des mosquées de la banlieue de la ville, serait parti en Syrie en passant par la Turquie. Manifestement, le flot de migrants vers l’Etat Islamique ne se tarit pas.

Bravo les Belges, encore une fois!

L’armée US loue des gilets pare-balles aux Belges

Face à la menace, l’armée belge a dû louer des gilets pare-balles à l’armée américaine. L’équipement des soldats belges est en effet trop peu ergonomique pour permettre des opérations sur le terrain. Heureusement que la glorieuse Belgique ne doit pas faire la guerre.

La Belgique n’a pas surveillé les frères Abdeslam

Au passage, le New York Times a révélé que la bourgmestre de Molenbeek avait reçu une liste de personnes à surveiller venant des services secrets belges. Cette liste comportait notamment le nom d’Abdeslam, mais aucune action n’a été entreprise pour les neutraliser. La transmission de l’information datait pourtant de juin 2015.

La Turquie pousse son avantage face à une Europe impuissante

Alors que François Hollande entamait un vain périple planétaire pour monter une coalition anti-Daesh qui ne verra jamais le jour, la Turquie profitait de l’échauffement de notre héros national pour torpiller ses espoirs en beauté. Après une dizaine de sommations, semble-t-il, les F-16 turcs ont abattu un Sukhoï 24 russe qui aurait survolé l’espace aérien turc pendant 17 secondes avant de repasser dans l’espace aérien syrien. Le pilote de l’avion serait mort, mais le co-pilote aurait pu être dégagé par les forces spéciales russes en territoire syrien. L’armée russe a toutefois perdu un hélicoptère et un pilote supplémentaire, abattus par des rebelles turcmènes pendant l’opération de sauvetage.

Poutine a ajouté, lors d’une conférence de presse:

«Les Etats-Unis, qui dirigent une coalition dont fait partie la Turquie, connaissaient le lieu et le moment du passage de nos avions, et c’est précisément à cet endroit et à ce moment que nous avons été frappés».

La Turquie soutient Daesh

Selon des informations précises, le chef des services secrets turcs aurait, hier, déclaré qu’il fallait empêcher la coalition de se constituer contre Daesh. La Turquie serait prête à accorder un territoire aux Islamistes. La stratégie est plus claire que jamais: donner le change aux Occidentaux, mais consolider les régimes sunnites de la région.

Tôt ou tard, la stratégie turque posera un problème majeur, y compris aux Etats-Unis, où la haine de la Russie ne peut être durablement supérieure à la haine de l’islamisme.

Poutine durcit le ton contre la Turquie

Contrairement à la doctrine américaine de la désescalade, la situation entre les deux pays s’envenime, et il y a du souci à se faire. Vladimir a demandé aux Russes de ne plus se rendre en Turquie. Voilà qui n’est pas une excellente nouvelle. De son coté, l’Azerbaïdjan a rappelé son consul général en Turquie. Cette nuit, l’aviation russe aurait bombardé un convoi de camions en provenance de Turquie vers la Syrie.

S’il est difficile d’imaginer une déflagration générale à la suite de l’incident aérien, les relations entre les deux pays devraient en tout cas se tendre durablement jusqu’à la prochaine étape… dont nul ne peut imaginer la teneur.

Incontournable Turquie en Europe

L’une des raisons qui devrait expliquer une réponse mesurée de la Russie face à la Turquie tient à l’incapacité de l’Europe, et singulièrement de la France, à définir une stratégie diplomatique et militaire claire dans le conflit. Dans la pratique, la France s’apprête à profiter de l’appui russe pour affaiblir (au moins en apparence) Daesh tout en collant au mot d’ordre américain de destruction de Bachar el-Assad.

Dans la pratique, les Etats-Unis ne sont pas prêts à renoncer à l’alliance militaire avec la Turquie, dût-elle assurer de beaux jours à l’Etat Islamique, avant un ultime retournement américain. Trop tardif sans doute.

Le rôle de l’Arabie Saoudite dans l’Islam d’Occident

Article paru dans la Libre Belgique.

LaLibre.be a décidé de rediffuser cet entretien publié le 15 février 2015.

Hamid Benichou serait considéré aujourd’hui comme un lanceur d’alerte, mais dans le temps, ce terme n’existait pas. Ce Belge d’origine algérienne a été l’un des premiers à attirer l’attention sur le radicalisme qui montait chez des jeunes de confession musulmane. C’est l’expérience de la terrible guerre civile algérienne, dans les années 90, qui fit de sa génération la plus avertie sur les risques de l’islamisme radical. Bien des hommes qui soutenaient à l’époque l’avènement d’un état islamique en Algérie sont aujourd’hui au cœur de l’actualité.

Quand êtes-vous arrivé en Belgique ?

En 1974. J’ai travaillé au consulat d’Algérie. J’ai aussi côtoyé feu Guy Cudell (NdlR, ancien bourgmestre de Saint-Josse, décédé en 1999) qui dirigeait l’association Belgique Algérie. Un jour, il me dit qu’il avait besoin de quelqu’un dans sa commune de Saint-Josse. J’ai demandé ma nationalité. A l’époque, cela ne posait pas de problèmes. Je suis devenu le premier agent de quartier d’origine maghrébine de Belgique.

Ce travail m’ouvrait toutes les fenêtres. Je voyais exactement ce qui se passait au sein de toutes les communautés. J’étais dans mon élément. Je les voyais comme des citoyens à qui il fallait apporter une aide administrative. J’ai fait l’îlotier bien avant l’heure.

Cudell vous appelait « Mon fils »…

Oui, il me soutenait car j’avais des problèmes d’intégration; pas au sein de la population, mais au sein du corps de police. L’esprit de suspicion était fort, et il existe encore. J’ai entendu un jour un policier, un apostilleur, dire : « J’aimerais bien qu’il fasse moins 24 dehors comme cela tous les Arabes crèvent ! » Cinq minutes après, il avait un Arabe en face de lui, pour une audition. Comment ce bonhomme aurait pu faire correctement son travail ? Il faut dire qu’il y avait aussi des policiers très corrects, très respectueux.

Cette discrimination existe toujours ?

Oui, c’est pour cela que j’ai créé un mouvement citoyen interculturel. On ne peut pas rester dans un cadre culturel, d’appartenance ethnique. Ce n’est pas possible, sinon on va avoir des petits pays dans notre Belgitude. Quels seront les liens entre nous, à part l’Etat central ? Nous sommes des citoyens, nous ne venons pas de Mars.

Lors des émeutes à Saint-Gilles, Molenbeek dans les années 90, cela a été le branle-bas général.

On a créé des institutions. On a créé des maisons de jeunes (j’ai entendu un jour une autorité locale dire : « Parquez-les pour qu’on ne les voit pas. ») Des imams sont arrivés pour calmer ces jeunes. Les autorités communales étaient tout contentes de les avoir invités. Certains imams ne parlaient même pas français. Il leur fallait un traducteur.

Ils ont ligoté ces citoyens et ils les ont donnés à qui ? Aux mosquées. Ces imams, qui ne sont pas si bêtes, ont demandé aux communes de pouvoir ouvrir des mosquées et des écoles coraniques. Les maisons des jeunes pour les enfants ! Et la mosquée, pour les parents ! Et le problème est réglé…

L’essentiel était donc de retrouver le calme dans la commune ?

Oui. Certains services recevaient des subventions pour emmener les jeunes durant le week-end. C’était une solution à court terme. Il n’y avait pas de travail en profondeur pour s’occuper de ces citoyens de deuxième classe. Ils sont devenus communautaristes, mais qui les a poussés ?

Comment les imams se sont-ils interposés ?

Je peux vous citer un exemple que j’ai vécu, à la mosquée Al-Azhar de la rue Saint-François à Saint-Josse. C’était une mosquée paisible, où les gens allaient prier et puis rentraient chez eux.

Tout d’un coup, un bonhomme, qui s’était recyclé chiite, est arrivé. Il lui fallait un pied-à-terre pour qu’il puisse progresser dans la hiérarchie des ayatollahs. Il était d’origine marocaine, de Tanger. Or, à Saint-Josse, dans le bas, il y avait beaucoup de Tangérois. Il a essayé de l’infiltrer. Ses disciples de tout Bruxelles venaient l’entendre. Un discours à hérisser les cheveux. Les fidèles cotisaient de plus en plus. Mais l’ancien conseil d’administration a vu venir le risque.

Le président de cette mosquée est venu voir Cudell, qui m’a demandé de régler le problème. Il m’a donné carte blanche. J’ai vu tous les protagonistes, un par un. Cela a pris des mois. Nous avons organisé des élections – et l’ancienne équipe a gagné. Les autres sont allés voir Cudell en criant : « Allah Akbar », ce à quoi Cudell a répondu que s’il avait appris le Coran, c’est lui qui serait devenu leur imam. Et tout est rentré dans l’ordre. Leur imam est parti à Anderlecht pour fonder la mosquée chiite de Rida (NdlR, incendiée en 2012).

Peut-on dire qu’il y a eu une influence de l’extérieur, de l’Arabie Saoudite, sur l’islam en Belgique ?

Oui ! J’y étais, dans les prêches. Subitement, l’immigré venu en Belgique dans les années 60, licencié dans les années 80 avec les fermetures d’usines et des charbonnages, entendait des imams dire qu’ils étaient au chômage, parce que Dieu les avait punis et qu’ils s’étaient éloignés de la voie. Ils étaient accusés d’avoir laissé leurs femmes travailler et leurs filles s’habiller en minijupes. Tous les vendredis pendant des années.

Et maintenant ?

On a créé le communautarisme. On a créé un groupe qui brandit aujourd’hui l’étendard de la religion.

Ils gravitent autour des Frères musulmans ?

Un de mes amis les a qualifiés de « frérots communautaristes ». Certains gravitent autour de l’Espace Poincaré, un centre islamique dénommé Dar Al Quran (la Maison du Coran).

Quelle est votre conception du religieux ?

Pour moi, la religion doit rester dans l’espace privé. Si la loi dit non, c’est non.

Donc pour vous, les revendications autour du halal sont excessives ?

J’essaie de trouver le juste milieu. Si l’école décide de le faire, c’est sans problème. Je ne discute pas. Mais faire pression, constamment, sur les directions d’école pour obtenir le halal, cela, c’est excessif. Il n’y a pas de halal à la police. Si on ne veut pas manger, il n’y a qu’à prendre ses tartines.

Constamment revendiquer ne crée que des tensions. Il faut faciliter la relation. C’est une question de bons sens. Il faut créer des passerelles entre nous – et non des paravents.

Vous-mêmes, êtes-vous croyant ?

Je suis croyant et pratiquant. Je rentre chez moi et j’ai largement le temps de prier. Les cinq prières sont obligatoires, mais je les fais chez moi. Je les fais d’affilée. Nous ne sommes que des humains.

Est-ce l’islam qui doit s’adapter à l’environnement, ou l’environnement à l’islam ?

Je pars du principe que mon islam soft s’adapte à toutes les situations. Il y a un hadith qui dit que l’islam s’adapte à tous les temps. Si nous n’avons pas le temps de prier les cinq prières à heure et à temps, on peut le faire à la maison. Dieu est miséricordieux ! Vouloir prier devant une maison communale ou dans un bus revient à rabaisser l’islam et sa spiritualité. Je suis convaincu que ma conception est partagée, mais le problème est qu’une minorité crie plus fort. Allez, je vais le dire : elle est soutenue par ces gauchos, un peu bien pensants, qui veulent aider « les discriminés ». Mais cela suffit ce paternalisme ! Nous sommes libres et indépendants. Quarante ans d’immigration pour s’entendre dire que d’autres vont penser à notre place. Il faut libérer l’esprit des citoyens de confession musulmane.

Journal de guerre: la France à l’ère conspirative

Pour reprendre le bon mot du procureur Molins, la France est entrée dans une ère conspirative. Ce changement en profondeur réserve quelques amusantes surprises.

La méthode « conspirative »

L’idée ne vient ni d’un site d’extrême droite, ni d’un mouvement d’hurluberlu, mais des plus hautes autorités de l’Etat: la France est victime de factions conspiratives qui cherchent à lui nuire et se livrent à de dangereuses attaques terroristes. Beaucoup se félicitent des propos du procureur. Mais ils posent quand même une question: il y a donc bien des conspirations qui agissent dans l’ombre.

On saura rappeler au pouvoir que la théorie de la conspiration, c’est lui, que la rumeur conspirative, c’est encore lui.

Cazeneuve, le premier des conspiratifs

Au passage, on rappellera aussi que, dans son ouvrage Karachi, l’enquête impossible, celui qui n’était alors que député de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, racontait les malheurs de la commission parlementaire sur l’attentat de Karachi. Sa thèse, à l’époque, reposait sur une idée simple: l’attentat de Karachi était faussement attribué aux islamistes, et s’expliquait par des manquements sur la scène intérieure française.

Assez curieusement, Cazeneuve est aujourd’hui celui qui s’oppose à la transmission de documents officiels sur la fourniture d’armes à Coulibaly. Vérité un jour, erreur le lendemain.

Partout, la méfiance conspirative

J’avais ce soir un dîner en ville. J’ai bien entendu juré de n’en rien trahir, et je me précipite pour en faire le compte-rendu. Mais le plaisir de se retrouver désormais à table avec des convives qui, il y a six mois encore, n’eussent jamais osé poser la moindre question sur les versions officielles, et s’interrogent aujourd’hui sous le manteau, est à la fois cocasse et illustratif. L’Etat a perdu la confiance des citoyens honnêtes ce qui, en France, est très grave. Il faut voir avec quel embarras, quelle gêne, quel regard affolé, et après combien de circonvolutions les sujets sont abordés. Le mal est profond, dangereux, tumoral.

« Bien entendu, je crois à tout ce qui m’est dit, mais il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas… » Ces mots-là ne peuvent être prononcés qu’avec une sorte de componction sépulcrale, comme lorsqu’on évoque l’esprit des morts.

Les conspiratifs de la 4è équipe

Tous ceux qui connaissent bien l’Est parisien savent. La version officielle selon laquelle, en quatorze minutes, une seule équipe de terroristes aurait exécuté la fusillade du Petit Cambodge, puis de la Bonne Bière, puis de la Belle Equipe, et aurait fini par une action suicide au Comptoir Voltaire – cette version est matériellement impossible. Elle repose notamment sur l’idée que l’équipe aurait mis 4 minutes pour se rendre de la Fontaine-au-Roi à la rue de Charonne. C’est d’autant moins possible un vendredi soir que les bandes vidéos de la Fontaine-au-Roi montrent que les terroristes ne sont pas partis par le chemin le plus court pour rejoindre la rue de Charonne. Ils ont emprunté la Fontaine-au-Roi (au lieu de la Folie-Méricourt) puis l’avenue Parmentier. A cette heure-là, la traversée de la rue Oberkampf est extrêmement longue, même en grillant les feux.

La même équipe n’a pas pu réaliser 4 opérations en si peu de temps. Google Map indique qu’en temps normal, il faut 8 minutes pour se rendre d’un endroit à l’autre. Diviser le temps par deux relève de l’exploit hautement improbable. D’ailleurs, plusieurs témoignages évoquent bien une Mercedes sur les lieux, rue de Charonne, et non une Seat.

Qui cherche les conspiratifs?

A table, cette idée-là – celle d’une équipe différente rue de Charonne – fait consensus. Mais pourquoi la police n’en parle-t-elle pas? Trois hypothèses existent. Soit la police sait mais veut piéger les terroristes en n’évoquant pas le sujet pour endormir leur vigilance. Soit la police ne sait pas, et on peut s’inquiéter sur les méthodes d’investigation. Soit la police ne veut pas savoir, parce que la version officielle est plus facile à tenir que la version vraisemblable.

Et immédiatement, le feu de questions roule sur: « qui connaissez-vous qui s’exprime sur le sujet dans le silence des bureaux? »

L’appareil d’Etat est-il traumatisé par les conspiratifs?

Ce soir, j’ai entendu le désarroi de la technostructure face aux dysfonctionnements de l’Etat. Partout, la machine s’enraie et les gens les plus loyaux se posent des questions sur le sens de leur mission. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que plus personne n’a de véritable espérance sur le fonctionnement des services. Tout se fait à reculons, les mains jointes pour prier, dans la crainte et le tremblement: pourvu que ça tienne.

Nos militaires sont épuisés. Nos services de renseignement traversés par le doute. Le jeu qui se joue est opaque et partout triomphe l’incertitude. Pour tous, il est évident que l’Etat Islamique améliore sans cesse son organisation pour frapper plus fort.

Où s’arrêtera-t-il? Peut-il compter sur l’aide de services secrets étrangers pour agir?

Ces questions-là sont dans toutes les têtes, mais tout porte à croire que la France cherche à monter une coalition avec ceux qui auraient pu aider à porter le fer contre elle. Cela ne signifie pas qu’ils l’ont fait. Mais le seul fait que le soupçon existe est comme un avant-goût des tournures bien plus brutales que ces événements-là peuvent prendre.

 

La presse subventionnée peut-elle être libre en France?

Article paru sur Décider & Entreprendre.

 

Dans quelle mesure la presse peut-elle être indépendante du pouvoir politique ? La prolongation de l’état d’urgence pose à nouveau cette question, illustrée ces derniers jours par les affaires Guénolé et Verdier.

La presse et le climatoscepticisme

Début novembre, Philippe Verdier, présentateur de la météo sur France 2, annonçait son licenciement après la parution de son livre exprimant des opinions « climato-sceptiques ». Si l’ouvrage a fait l’objet de larges critiques sur son manque d’argumentation sérieuse (mais personne ne l’a vraiment lu), il présente surtout un défaut capital: il contrevient aux positions officielles de la France à l’approche de la COP 21, la conférence sur le climat dont François Hollande espère tirer profit pour redorer son blason sur la scène intérieure.

Le cas de figure était évidemment intéressant: un journaliste du service public pouvait-il ou non publier un ouvrage contraire à la pensée dominante, et spécialement contraire aux prises de position du gouvernement?

France 2 et sa nouvelle présidente, Delphine Ernotte, ont contourné le problème en licenciant l’intéressé sous le prétexte que celui-ci aurait mis en avant son appartenance à la chaîne pour assurer la promotion de son livre. Le prétexte fait sourire et vaudra une belle séance aux prud’hommes. Verdier ne devrait pas manquer de reprendre toute la littérature produite par les journalistes de la chaîne depuis vingt ans, en comptant le nombre de licenciements décidés après des promotions soulignant le lien de ces journalistes avec la chaîne publique.

Michel Drucker, à ce compte, aurait dû être licencié à chaque ouvrage qu’il a sorti!

La presse et l’affaire Guénolé

Après les attentats et le vote de la loi sur l’état d’urgence, la question de la liberté de la presse subventionnée se pose avec encore plus d’acuité. Thomas Guénolé, professeur à Sciences-Politiques, vient d’en faire les frais. Chroniqueur sur RMC, la chaîne l’a assez brutalement remercié vendredi dernier, après une chronique où il avait mis en cause les défaillances de la sécurité publique le 13 novembre au soir et appelé à la démission du ministre de l’Intérieur.

Guénolé s’est assez largement répandu sur l’événement en expliquant qu’il était victime d’un licenciement politique. Sur ce point, les explications de RMC méritent le coup d’oeil:

« Demander la démission d’une grande partie de l’état-major de la police et du ministre est irresponsable… Demander des comptes est parfaitement normal, c’est la base de notre métier et notre rôle, mais encore faut-il le faire de manière responsable. Évoquer des sanctions a choqué beaucoup de journalistes et d’auditeurs… Le ministère de l’Intérieur ainsi que tous les services de police invités sur l’antenne ont refusé de venir sur RMC en raison des inexactitudes de ta chronique. La plupart des sources de nos spécialistes police se sont tues depuis mardi, mettant en difficulté tout le travail de la rédaction pour obtenir et vérifier des informations. »

Ces lignes, extraites du mail que la direction de RMC a envoyé à Guénolé pour expliquer sa décision, sont particulièrement instructives sur le processus, décrit en son temps par Chomski, qui permet au pouvoir politique de mettre la presse réputée libre sous domination.

La presse et l’opacité politique

Dans la pratique, grâce à l’absence de transparence politique, le pouvoir dispose d’une immense influence sur la presse. Les décideurs disposent en effet d’un pouvoir arbitraire sur la circulation de l’information. Grâce à cette pénurie, les organes de presse sont placés devant un éternel dilemme: soit ils veulent avoir accès à une information privilégiée et dans ce cas, ils doivent composer avec le pouvoir (et donc se montrer complaisants vis-à-vis de lui), soit ils veulent préserver leur liberté critique, ce qui les oblige à renoncer à l’information privilégiée « d’insiders » dont leurs concurrents disposent.

D’une certaine façon, l’opacité des décisions publiques permet de contrôler la presse en organisant un marché du « scoop » et du « confidentiel ». Les petits copains du pouvoir sont alimentés en tuyaux qui permettent de nourrir le chiffre des ventes par la production d’informations que le consommateur ne trouve pas ailleurs. Les autres n’ont pas accès à cette information et doivent s’en débrouiller.

Dans l’affaire Guénolé, c’est l’exclusion du marché du « tuyau » qui a été pratiquée par le ministère de l’Intérieur pour sanctionner la chaîne et l’obliger à se séparer de son chroniqueur. RMC avait la faculté de conserver Guénolé dans ses effectifs, mais elle endossait le coût de ce maintien: le silence du ministère de l’Intérieur sur les « confidentiels » dont les journalistes sont friands.

La presse et les subventions publiques

L’inconvénient de la subordination au pouvoir politique est bien connu: tôt ou tard, les lecteurs ou auditeurs savent la complaisance du média vis-à-vis du pouvoir et s’en détournent. C’est le grand mal de la presse française, qui aurait dû disparaître en masse depuis longtemps tant la capacité des medias à répéter la parole officielle est forte. Les gens de presse le savent: la liberté est une donnée à géométrie variable, et le droit à la critique est strictement encadré par des pratiques implicites définies par les institutionnels. Concrètement, les directeurs de la publication sont choisis en France sur leur capacité à jauger quelle critique est politiquement correcte et quelle critique va trop loin.

Pour mieux museler la presse, ou mieux la convaincre de s’endormir dans le confort de cette liberté surveillée, l’Etat a mis en place un redoutable système de subventions publiques qui permettent de compenser la perte de lectorat induite par la soumission de la presse. 400 millions sont chaque année consacrés à cette petite assistance humanitaire qui rend bien des services dans les moments critiques.

A titre d’exemple, Le Monde et Le Figaro reçoivent chacun 16 millions d’euros annuels pour survivre. A l’exemplaire, c’est toutefois L’Humanité qui bénéficie des subventions les plus importantes. Chaque numéro vendu donne lieu à une subvention publique de 63 centimes.

Comment la liberté de la presse s’use

Bien entendu, ces stratégies politiques procurent des gains à court terme (le relatif consensus médiatique sur le « politiquement correct »), mais il est coûteux à long terme. Le divorce durable qu’il induit entre l’opinion et la classe dirigeante se manifeste par plusieurs effets collatéraux dommageables pour l’ensemble du système.

Premièrement, la censure douce de la presse nourrit une exaspération et une contestation sourde dont la montée du Front National constitue une manifestation impressionnante.

Deuxièmement, la dissidence sur Internet est virulente et puissante en France. L’audience des sites contestataires, notamment dans la « fachosphère », le prouve.

Troisièmement, la pensée d’opposition est plus radicale en France qu’ailleurs, dans la mesure où elle remet en cause l’ensemble de la sophistique politique dominante.

A long terme, le pouvoir risque donc de perdre bien plus, en muselant la presse même de façon discrète, qu’il ne gagne à court terme.

Journal de guerre: inévitable escalade militaire

L’escalade militaire paraît désormais inévitable au Moyen-Orient après les attentats du 13 novembre à Paris. Alors que la terreur règne, le jeu des puissances européennes tel qu’il a sévi au début du vingtième siècle semble plus que jamais d’actualité.

L’escalade entre la Turquie et la Russie

La destruction d’un avion de chasse russe par des F-16 turcs a marqué un important tournant dans le conflit qui couve autour de la Syrie depuis plusieurs années. Il faut remonter à la fin du dix-neuvième siècle pour comprendre la profonde rivalité entre les deux pays. Rappelons que la Russie s’estime volontiers comme l’héritière naturelle de l’empire romain d’Orient, dont la capitale, Constantinople, est tombée aux mains des Turcs au 15è siècle. Le patriarche de Moscou se verrait bien au Phanar, à la place du patriarche captif d’Istanbul.

Bien avant l’existence de l’OTAN et de l’improbable alliance entre les Etats-Unis et la Turquie islamiste, c’est ce jeu des puissances qui revient en force. Tous les europhiles qui pensaient que l’Europe avait définitivement tourné les pages de son histoire millénaire en sont pour leur grade: la tragédie du continent revient au galop.

La Turquie joue l’escalade

Erdogan pense être en position de force face à la Russie: il est son premier acheteur de gaz naturel et il a l’illusion de pouvoir mener une coalition islamiste victorieuse contre l’armée de son bouillonnant voisin septentrional. La France est face à un problème majeur: ou bien elle rejoint tardivement la coalition russe et elle affronte, peu ou prou, la Turquie, qui dispose contre elle de violentes armes, comme l’envoi massif de migrants. Ou bien elle tient à ses bonnes relations avec la Turquie et Daesh ne sera pas écrasé, parce que la Turquie veille au grain.

L’absurde diplomatie française au Moyen-Orient qui, de Sarkozy à Hollande, soutient la création d’une sphère sunnite dominée par les Etats du Golfe, vire au naufrage. Hollande ne peut s’offrir le luxe de rester inerte face à Daesh, mais il ne pourra gagner cette guerre sans affronter les Turcs.

Le drame est sans doute que, prisonnier de l’angélisme béat de la technostructure, il n’avait pas imaginé que la situation pourrait dégénérer aussi vite.

Intrusive Turquie

L’Europe a eu bien tort d’accepter le dialogue avec une Turquie islamiste. Erdogan mène depuis plusieurs années un double jeu. Officiellement, c’est un musulman civilisé qui joue le jeu du droit international. En sous-main, il serre ou desserre le noeud qui permet à Daesh de respirer. Quand il trouve l’Europe trop peu conciliante, il lâche les chiens, laisse passer les terroristes, assure l’exportation du pétrole de Daesh et apporte un soutien discret au mouvement. Quand l’Europe lui donne de l’importance, il livre quelques terroristes et demande à Daesh de mettre ses liens avec lui en sourdine pour faire illusion.

Pendant ce temps, il instille son poison en Occident, soutient ses sbires et ses partis liges partout où ils peuvent donner de la voix, et n’hésite pas à faire pression sur les Etats souverains pour protéger les communautés turcophones qui vivent dans leurs ghettos. Les Belges l’ont découvert avec étonnement, quand Erdogan leur a reproché d’avoir évincé une élue turco-bruxelloise qui refusait de reconnaître le génocide arménien.

La terreur épuise les opinions publiques

Décidément, l’angélisme politique, l’illusion de conquérir une paix éternelle par la construction communautaire, est bien morte. L’Union Européenne a simplement étouffé les volontés au profit d’un jeu collectif dont l’inutilité apparaît de façon de plus en plus évidente. Elle est devenue le jouet de tous ceux qui peuvent sans difficulté profiter de ses circuits de décision ubuesques et de son impuissance.

Le terrorisme est l’arme suprême de ces « volontaires » qui pensent la démocratie comme une marque de faiblesse. Tôt ou tard, il faudra faire le procès de tous ceux (responsables des partis sociaux-démocrates en tête) qui ont parié sur le communautarisme musulman pour faire leur carrière politique: ils ont précipité l’affaiblissement de nos pays face à cette montée d’un Islam militant, porteur d’un ordre politique radicalement contraire à nos valeurs, mais bien décidé à les utiliser pour les noyer.

En attendant l’hypothétique sursaut qui pourrait, seul, nous éviter le pire, les opinions publiques sont soumises à une rude attrition. Bruxelles, grotesque capitale d’une Europe elle-même grotesque, est paralysée depuis quatre jours et devrait continuer son hibernation plusieurs jours encore. A Paris, l’opinion ne devrait pas tarder à donner des signes de fatigue: le métro est bloqué plusieurs fois par jour, et les toxiques partisans d’une fausse paix qui leur donne bonne conscience reviennent sans cesse à la charge pour nous culpabiliser d’être en guerre.

Alors que le déclin économique frappe l’Europe, les peuples demanderont tôt ou tard l’expérience autoritaire qu’ils imaginent seule capable de les sauver. Le besoin de sécurité prendra le dessus.

Certains imaginaient que la démocratie ne vivrait plus jamais l’épreuve du doute. On pouvait bien se révolter ou changer de régime, mais jamais on n’abandonnerait l’amour des libertés. Et puis, la lassitude d’avoir peur venant, on sent bien que cette certitude se lézardera plus vite qu’aucun esprit n’aurait pu l’imaginer.