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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

La délicate préparation du budget 2016

Cet article est paru sur Tripalio.fr

Pour le gouvernement, la préparation du budget 2016, qui donne lieu aux derniers arbitrages, constitue un impressionnant casse-tête. Officiellement, la France devrait afficher un déficit public de 3,3% en 2016 (Etat, collectivités et organismes sociaux compris), soit un montant d’environ 70 milliards d’euros. A ce stade, et compte tenu de la rigidité des dépenses de l’Etat, on voit mal comment le gouvernement espère y parvenir, sachant qu’entre le pacte de responsabilité et les baisses d’impôts promises aux ménages, l’exercice se complique singulièrement.

La situation 2015 est mauvaise

C’est surtout la lecture de la situation mensuelle à juin 2015 qui éveille l’attention.

En un an, sur le premier semestre, le déficit de l’Etat n’a guère diminué que de 1 milliard! il était, au 30 juin 2014, 59,4 milliards. Il est passé, au 30 juin 2015, à 58,5 milliards. A ce stade, rien ne laisse donc présager une atteinte des objectifs budgétaires de 2015. Alors ceux de 2016…

Les recettes fiscales diminuent

Notamment sous l’effet du CICE, les recettes fiscales sont en diminution d’1,4 milliard par rapport à l’an dernier. Cette baisse est principalement due à l’effondrement de l’impôt sur les sociétés, qui a rendu 5 milliards de moins que l’an dernier. Ce phénomène devrait se poursuivre en 2016. Le gouvernement semble donc « coincé » sur ce sujet. On notera avec intérêt que l’impôt sur le revenu à grimper de plus de 1 milliard dans le même temps. Le gouvernement a donc besoin d’afficher une baisse de 2 milliards sur les ménages pour revenir à la situation de 2014…

La dynamique de la dépense est toujours forte

Dans le même temps, les dépenses de l’Etat ont augmenté de 2 milliards d’euros, passant, sur le premier semestre, de 154 à 156 milliards d’euros. Cette dynamique est d’abord due aux dépenses d’intervention qui augmentent de 4 milliards (de 37,5 à 41,5 milliards) et marginalement à la masse salariale, qui prend 1% d’augmentation (600 millions). Les administrations ne sont donc toujours pas sous contrôle.

Quelles marges pour le gouvernement?

Reste donc, pour l’exécutif, très peu de marges de manoeuvre. Les recettes devraient logiquement diminuer en 2016, et les dépenses de personnel ne semblent pas devoir diminuer. La seule véritable variable est celle de la dépense d’intervention. Mais… dans un monde de plus en plus dangereux, où l’exigence de sécurité des personnes est de plus en plus coûteuse, la compression des dépenses paraît de plus en plus complexe à expliquer. Surtout à l’approche d’une élection présidentielle où François Hollande devrait jouer gros.

Cela sent le dérapage budgétaire l’an prochain…

Urgences: le coût des lièvres à courir en même temps

Le rapport Grall sur les services d’urgence, révélé par Le Figaro, constitue une nouvelle très belle illustration du mal qui ronge la santé publique en France. On y trouve tous les ingrédients qui font notre malheur: l’hôpital comme instrument d’aménagement du territoire en même temps qu’outil sanitaire, la décentralisation et ses effets pervers de copinage, les choix politiques irrationnels faute d’un véritable pouvoir donné aux assurés dans le système de sécurité sociale. Toute la crise très française de gouvernance (que j’aime appelle crise de la décision publique) est condensée dans ce dossier, celle qui veut qu’une décision publique serve à courir plusieurs lièvres à la fois.

L’hôpital comme instrument d’aménagement du territoire

Premier point bien connu: on maintient dans une petite ville un service d’urgence dangereux (c’est-à-dire recevant moins de 1 patient par heure en moyenne) parce qu’on ne peut quand même pas y fermer tous les services publics.

L’anthologie qui enrobe ce raisonnement est bien connue: il ne faut pas dévitaliser les campagnes, on ne peut laisser les gens à plus de 30 minutes d’un service d’urgence, il faut une égalité de traitement sur tout le territoire, arrêtons les raisonnements comptables, etc. Bref, il est normal qu’à Barbezieux, à Lavelanet, à Gérardmer, à Vaison-la-Romaine, à Céret, à Prades, on conserve un service d’urgences.

Bien entendu, les plus virulents pour défendre ces services sont souvent ceux qui n’accepteraient pour rien au monde d’y être soignés, surtout un dimanche soir ou un 15 août, tous ces jours où un improbable médecin de garde s’apprête à vous charcuter pour un oui ou pour un non alors que, manifestement, votre état n’est pas si grave que ça. Ceux-là même oublient aussi de préciser que l’habitant moyen de Vaison-la-Romaine trouve tout à fait normal d’aller plusieurs fois par semaines à Orange ou Carpentras, pour faire des courses, boire un verre ou aller au cinéma, et qu’il y a quelque incohérence à maintenir vivante la fiction de l’hôpital comme outil d’aménagement du territoire, quand l’hypermarché ou le multiplexe ont depuis longtemps fait le ménage dans le territoire français.

L’hôpital et la décentralisation

C’est que l’hôpital, au-delà de sa fonction d’aménagement du territoire, est un vecteur important dans les fantasmes de décentralisation qui participent au naufrage français depuis 30 ans. L’élu local a, dans les années 80, obtenu, pour être bien vu de son électorat, son scanner, son doppler, son service d’urgences, dans son petit hôpital de campagne, quand il obtenait aussi son commissariat, son renfort de gendarmerie, son bureau de poste.

Maintenant que les déficits ont explosé et même si la dangerosité de son hôpital de campagne est prouvée, l’élu local doit se battre pour conserver sa maternité, son service d’urgences, mais aussi son bureau de poste, sa perception des finances publiques. Le calcul n’est d’ailleurs pas seulement abstrait: souvent, le maire, le conseiller général, le député du coin, sait que chaque question posée au gouvernement sur le sujet, chaque délai sur la fermeture obtenu à force de harceler les services ministériels, c’est un électeur en plus, un fonctionnaire qui n’aura pas à déménager et qui votera pour lui.

Chacun le sait, la décentralisation, c’est la victoire de l’intérêt particulier sur l’intérêt général.

L’hôpital et l’irrationalité politique

Si le système de sécurité sociale ne cachait pas une immense étatisation et une vaste combinazione politique, les assurés auraient la faculté d’imposer des choix rationnels contre tous ces arguments.

Par exemple, est-il normal que la Seine-Saint-Denis, avec son 1,5 million d’habitants, ne compte pas plus de services d’urgences que la Charente avec ses 350.000 habitants? Que l’offre hospitalière soit, par endroits, cinq ou six fois supérieure à ce qu’elle est dans les zones les moins favorisées par les pouvoirs publics constitue bien entendu une nuisance que les grands défenseurs de l’égalité n’évoquent jamais, selon un principe simple: la solidarité, c’est recevoir sans rendre.

Ainsi, chacun sait que certaines régions ont systématiquement bénéficié de dotations supérieures aux autres grâce à leur surreprésentation politique. C’est globalement le cas du Sud-Ouest par rapport au reste du pays. Mais il serait incongru de demander quel est le montant des cotisations versées par les habitants de Seine-Saint-Denis ou du Sud-Ouest à l’assurance-maladie, et quelle est la dépense qu’ils causent. Ce genre de questions gênantes, qui permettrait de dévoiler ce que l’égalité territoriale signifie vraiment, et notamment par quel mécanisme caché les transferts de richesses se font en France, ne pourrait exister que si les habitant de Seine-Saint-Denis (puisqu’ils sont les principaux dindons de la farce française appelée sécurité sociale) disposaient de la faculté de gouverner le système de santé qu’ils financent.

Dieu soit loué! le postulat selon lequel l’assuré social devait gouverner la sécurité sociale appartient désormais aux oubliettes préhistoriques. Le ministère de la Santé a fait le ménage dans tout cela, et la carte hospitalière n’est surtout pas l’affaire de ses financeurs. C’est un problème de technostructure où les décisions sont prises de façon irrationnelle dans le mystère des cabinets et des moquettes ouatées.

Sans complexe, Marisol Touraine peut donc annoncer que les services d’urgence dangereux ne fermeront pas. Dans le même temps, pour équilibrer les comptes, les remboursements des gynécologues urbains sont désormais plafonnés. Il est bien normal que les femmes qui prennent des responsabilités dans nos villes paient de leur poche la santé de celles qui prennent leur retraite dans les campagnes, où elles coulent des jours avec le petit pactole qu’elles laisseront à leurs enfants.

 

 

Merci aux 1.600 abonnés de ce blog!

Comme vous l’aviez constaté, la newsletter ne paraissait plus. Une raison technique explique ce silence: 1.000 utilisateurs bots s’étaient inscrits sur ma liste de diffusion, qui dépassait les 2.000 envois quotidiens autorisés sans payer.

Après un sévère travail de nettoyage, il me reste 1600 inscrits sur ce blog…

Merci à tous, de votre patience, de votre tolérance et de votre fidélité.

Alcatel: le grand bêtisier de la haute fonction publique

Le Figaro Vox a publié mon article sur Alcatel sous le titre « Pactole de Michel Combes : et celui des hauts fonctionnaires, on en parle? » Le titre est évidemment plus « tapageur » que celui que j’avais choisi et n’a pas manqué de produire son petit effet (titrer, c’est vraiment un métier…), qui a assuré une bonne visibilité au papier:

 

 

Alcatel

 

Du coup, j’ai reçu quelques mails que je décide de publier, car ils me paraissent tout à fait éloquents sur le tir de barrage que la haute fonction publique dresse dès qu’on revendique un Say on Pay sur les carrières des fonctionnaires.

D’un certain Philippe Gendre:

Monsieur,
>
> Comment peut-on écrire de telle ânerie et comparer le salaire d’un haut fonctionnaire au parachute doré du DG d’Alcatel ?

Je redemande si votre mauvaise foi est génétique ou acquise et si vous avez des enfants s’ils vous regardent dans les yeux sans avoir honte de vous ? Comment ne pas trouver indécente cette assertion que ce patron se goinfre d’une somme colossale pour avoir été à peine quelques années dans une entreprise que ce serait équivalent à l’étalement dans le temps par rapport à sa durée de vie à la rémunération d’un haut fonctionnaire ? Pire mauvaise foi doit être rare.

Oser prétendre que cet homme seul a redressé une entreprise qui ne peut se redresser que grâce à l’ensemble de ses acteurs, les divers directeurs d’usines, les commerciaux, les employés, les clients, les ingénieurs est la légende habituelle des patrons de multinationales. Un chef d’entreprise est un petit rouage dans le redressement d’une entrepris et ce petit rouage ne mérite aucunement 15 millions d’euros. Aucun homme à la tête d’une entreprise ne mérite cette somme, et encore moins pour y avoir passé peine quelques années. Les négociations se font entre cabinets, experts, dirigeants et en quoi le DG mérite-t-il une participation financière à ces négociations d’autant qu’il vend les hommes avec l’entreprise comme du bétail, comme marchandise ? Il valorise donc, ce qui est moralement peu acceptable, la chair humaine à son profit.

Vous osez faire croire que les hauts fonctionnaires sont à des salaires de 200 000 € annuels. Et de plus ces rémunérations sont dues pour le travail effectué et non comme cadeau de départ. Quant aux députés à 16 000 € par mois tout compris avant d’atteindre les 15 millions il faudra 1 000 mois soit 90 ans de rémunération. Pour terminer, je suis PDG de ma boîte, j’ai donné des conseils, j’ai créé des emplois et de la valeur et je ne suis pas socialiste et n’ai jamais voté à gauche, mais des individus imbuvables comme vous et les vôtres avec des défenses iniques et de faux arguments, malhonnêtes, amoraux, font les révolutions.

A dire vrai, vous et les vôtres méritez des claques, mériterez que l’on vous fasse vivre, comme vous faites vivre vos employés pour que vous vous gaviez. Toute entreprise qui dégage des bénéfices ne vit que grâce à un ensemble économique que sont les fournisseurs, les employés et les clients et dans cette chaîne pour que d’immondes patrons s’en mettent plein la poche il faut que tout au long de cette chaîne des centaines de milliers de pauvres gus touchent à peine le SMIC.

Par respect pour l’homme, pour la vie, la justice les patrons qui se cooptent se disant tous indispensables, y compris quand ils coulent leur boîte (vous mentez quand vous dites qu’un patron ne touche rien quand sa boîte s’effondre, combien sont les patrons qui ont touché des sommes mirobolantes quand leur entreprise s’est effondrée) ne devraient jamais atteindre de tels salaires. Ce gars qui touche 15 millions d’euros a fait du commerce de sa société comme d’autres vendent des esclaves. A qui a-t-il rendu service en la vendant chère ? A ses employés, sans lesquels elle ne pourrait se vendre ? Non eux ils servent de valorisation. Enfin quant au contrat astronomique de non concurrence alors qu’il avait déjà un poste n’est qu’un habillage juridique pour se gaver.

Vous êtes un indécent flamboyant. Selon vous ce n’est pas cette somme qui serait un erreur dans le paysage de l’humanité et dans l’économie, mais la mauvaise communication. Vous avez être un disciple de Sarkozy, en fait, l’indécent absolu.

Pour terminer la différence entre ce parasite d’Alcatel et Steve Jobs par exemple est incommensurable. Lui avait un dollar de salaire, et même s’il avait des avantages en nature (avion) et des actions, sa fortune s’est faite par ses innovations, sa vision, sa persévérance, par la transformation du monde, votre gars il a juste allongé deux chiffres, fait bosser trois autres gus pour un gros salaire. Des hommes comme lui il y en a des centaines, et chez Alcatel, sans doute des centaines qui auraient fait aussi bien, sinon mieux que lui à des salaires 10 fois inférieurs et encore très heureux de le faire à ce salaire. Vous êtes dans un autre monde, même pas celui du 0,1 % dont vous parlez du prix de la vente, mais du 1 pour 10 000 ou 100 000. Le rôle d’un dirigeant n’est pas de préparer son entreprise pour la vendre cela c’est le dangereux métier pour l’humanité du dépeceur, le rôle d’un dirigeant d’entreprise est de faire en sorte qu’elle croisse jusqu’à un point acceptable, fasse des bénéfices normaux. Travailler pour faire vendre l’entreprise est un travail de mercenaire au service des spéculateurs. Et il devrait non seulement ne pas en être remercié mais condamné.

Vous avec vos arguments à deux balles de grande mauvaise foi devriez être jeté pendant, deux ans dans une favéla avec un peso par jour pour vivre. Votre monde est celui des nantis arrogants qui ne peuvent vivre que grâce aux autres. Vous avez beau jeu de montrer du doigt ces hommes politiques qui sont tout aussi moralement corrompus que vos amis patrons. Ces deux groupes sont comme la mafia, usent d’arguments fallacieux, de sophisme, de grands mots avec de grandes envolées. L’imbus patron d’Alcatel déclare qu’il vaut bien 15 millions d’euros. Et combien vaudront ses os dans la terre ? Et quelle tête a-t-il quand il pousse bien fort sur le trône quand il est constipé avec son pantalon aux chevilles ? Il vaut là 15 millions d’euros ? Des claques il vous faut, des claques et des années de galère avec en face de vous un arrogant qui vient faire tomber la cendre de son cigare dans le peu que vous avez dans votre gamelle, un brouet sans goût et froid.
Dans le Bouchot d’Hortense Dufour, l’oncle Zio dit que la politesse est le suprême mépris aussi vous salué-je le plus bas possible.
> Philippe Gendre
> PS inutile de me répondre si vous aviez l’intention de vous y abaisser car à avoir lu votre texte publié par le Figaro je n’ai aucune envie de lire à nouveau votre prose. Vous êtes un néfaste au même titre que les Guéant, Tapie et autres Lagarde. Le pire et le pis sont que vous êtes sans doute fier de vous et irrécupérable.

A ma question: acceptez-vous d’être publié, la réponse de Philippe Gendre est:

Croyez que je n’ai aucune raison de faire quoique ce soit de constructif avec des gens comme vous. Que vous publiez mon commentaire privé est de votre responsabilité, j’ai mêlé vos enfants – mais à vous seul et non en public – car ceux comme vous n’ont personne en face d’eux qui leur servent de miroir, parfois il y a le petit espoir que le regard des enfants fassent évoluer les rapaces dont vous prenez la défense. Vos amis ont sans aucun doute un problème psychiatrique dans le rapport à l’argent. Publiez je ne crains rien car je suis en parfaite cohérence entre mes dires et ma vie. Du moins j’essaye sans forcément y arriver toujours. Ah au fait, vous devez être fier de votre bon mot : Merci de cette contribution constructive

De Sabine Gatin:

Vous adorez taper sur les hauts fonctionnaires et votre article sur monsieur Combes en est une nouvelle preuve. Vous parlez très bien du fait que monsieur Combes reçoit le fruit de son travail.
Mais pourquoi ensuite parler des revenus des hauts fonctionnaires qui n’ont pas de responsabilité.
Pour vous montrer votre erreur grossière, je vais vous donner un exemple :
Un TPG ( remplacé par DRFIP ou DDFIP) gagne correctement sa vie mais à des hauteurs qui n’ont rien à voir avec le privé. Ce meme TPG est responsable sur son argent personnel des erreurs commises par ses équipes ( plusieurs centaines de personnes) et par les autres administrations de la région ou departemnt.
Il devra donc payer (ou sa veuve, ou ses enfants) une partie des millions qui ne seront pas rentrés dans les caisses de l’Etat ( sur des milliards d’argent gère annuellement).
Y a t’il beaucoup de responsables du privé qui doivent rembourser sur leur argent personnel leurs erreurs? Et celles des autres? Non.

Alors, merci de corriger votre erreur.
Et arretez de critiquer les hauts fonctionnaires que visiblement vous ne connaissez pas.
Je suis cadre superieure dans le privé mais suis en relation directe de travail avec de très hauts fonctionnaires qui sont tous tres responsables, et tres mal remuneres au regard de leur investissement. Et eux, ils risquent beaucoup.
Alors, stop à vos critiques.

C’est bien connu, Sabine, les « responsables du privé » que sont les chefs d’entreprise ne sont pas responsables sur leur argent personnel de leurs erreurs… Voici la réponse de Sabine à mon mail annonçant que j’allais publier son message:

Ce n’est pas une divergence d’appréciation mais une erreur de votre part de considérer que les hauts fonctionnaires des finances sont royalement rémunères, sans risque.
Je connais bien cela étant moi-même impliquée.
J’ai vu votre parcours et votre suffisance, ayant connu la Mairie de Paris et l’éducation nationale.
Comment pouvez-vous alors parler des hauts fonctionnaires des finances?
Quand on se permet d’écrire dans un grand journal comme le Figaro, on fait attention à écrire la vérité. Moi je la vis. Je la connais donc.
Vous êtes déçu par l’administration d’Etat, n’ayant pas fait une grande carrière, et je le comprends.
Mais de grâce, ne rabaissez pas les préfets, TPG, recteurs, présidents de cours d’appel, directeurs de DREAL ou même les directeurs de grandes administrations centrales. Ce sont des grands responsables, grands commis de l’Etat, des gens qui prennent et assument leurs décisions et qui sont très mal rémunérés et ont des retraites ridicules ( calculées hors primes) par rapport  aux responsabilité qu’ils ont. Il n’y a qu’à comparer à leurs rémunérations et surtout leur retraite avec celles de camarades de promotion qui sont dans le privé
Que savez-vous de ces responsables? Moi je travaille au quotidien avec eux et je vis avec l’un d’entre eux. Je connais donc mieux le sujet que vous. Et étant responsable dans le privé, je peux faire la comparaison.
Remy Pautrat est entré à l’ENA alors que la section de la CFDT existait déjà. Elle a été créée par la promotion Charles de Gaulle (1972) dans laquelle un grand nombre d’élèves s’étaient engagés à ne pas aller dans les grands corps si leur classement le leur permettait. Vous voyez donc que vous ne détenez pas la vérité. Un peu de modestie et acceptez vos erreurs.
Mais moi, je ne suis pas aigrie. Je respecte les hauts responsables de l’administration comme je respecte les dirigeants des grandes entreprises.
Cordialement

La démocratie en France est décidément bien mal en point… et le divorce entre ce que les hauts fonctionnaires acceptent de dire d’eux-mêmes et ce qu’en pense le pays réel me paraît bien avancé…

 

Alcatel: incorrigible France, incorrigible gauche

L’affaire Alcatel (14 millions € de golden parachute pour Michel Combes, directeur général partant) se situe entre le marronnier de rentrée (chaque année, entre septembre et novembre, l’actualité traite d’au moins un cas de patron touchant le jackpot en quittant ses fonctions) et la dispute du vieux couple hystérique: on sait à l’avance ce qui va se dire, et on sent bien que chacun attend avec impatience le moment où il va pouvoir faire l’un voler les assiettes l’autre les valises pour rentrer chez sa mère.

Et on les entend d’ici, les déclarations de haine de chaque partie. Le gouvernement crie au scandale parce que, en période de crise, « au moment où l’on demande des efforts aux Français », les sommes en jeu sont « indécentes », « indignes ». L’anthologie est connue et d’ordinaire elle atteint son sommet lorsque Ségolène Royal est envoyée au front pour, la main sur le coeur, appeler à la responsabilité des patrons, la voix chevrotante façon Jeanne d’Arc arrivant à Orléans. Le camp d’en face va pour sa part rappeler que la retraite d’un député coûte, en annuités actualisées, tout aussi cher que le parachute d’un patron, avec une petite différence: un député peut faire n’importe quoi dans ses mandats (l’exemple de Bartolone en Seine-Saint-Denis, épinglé par la Cour des Comptes, est bien connu), cela n’empêche jamais son parti de l’investir au scrutin suivant, alors qu’un patron qui fait n’importe quoi, c’est quand même plus compliqué à expliquer.

Le patronat français et son siècle de retard dans la communication financière

Ce sujet des golden parachutes intéresse-t-il vraiment l’opinion? Au-delà de l’envie (ou de l’admiration) que peut susciter la somme en jeu, il n’est pas sûr que les Français aiment s’occuper des affaires des autres, ou en tout cas prendre parti dans ces disputes de couple. Cela n’empêche bien entendu pas de prendre plaisir à assister au match de catch dans la boue, mais l’injonction de défendre l’un ou l’autre laisse un peu perplexe dans ces dossiers délicats où l’on a du mal à voir clair.

Dans le cas Alcatel, une chose est sûre: le patronat a toujours autant de mal à gérer les conséquences du Say on Pay généralisé sur les marchés réglementés. Il ne fallait en effet pas être grand clerc pour comprendre que les conditions de départ de Michel Combes, détaillées dans les documents de l’entreprise comme il se doit, allaient susciter des commentaires acides et une polémique. Pourquoi, au lieu de l’anticiper, l’entreprise s’est-elle livrée à un exercice de défense confuse sur le fait qu’aucune somme en cash n’allait être versée à l’intéressé avant 2016? alors que tout laisse à penser le contraire…

Si le MEDEF avait une utilité (autre que gérer la tranchée paritaire qui protège le capitalisme français de la concurrence), elle serait probablement de former les entreprises du CAC40 à la gestion de communication sur la rémunération des dirigeants. Car lorsque, dans la même séquence, Alcatel explique que Michel Combes doit percevoir 4,5 millions € au titre de sa clause de non-concurrence, dont l’effet dure trois ans, et qu’il devient au 1er septembre 2015 président de Numéricable-SFR, on se demande: mais pourquoi font-ils jouer une clause de non-concurrence si le gaillard est déjà recasé?

Ce genre de posture est évidemment dévastateur et il complique singulièrement l’exercice de remise à plat du sujet.

La gauche et la réussite sociale

Car une remise à plat est bel et bien indispensable. La gauche en France vit en effet un étrange paradoxe. D’un côté, elle adore évoquer l’égalité et l’excellence pour tous. C’est à cette sauce-là que Najat Vallaud-Belkacem nous a par exemple servi sa soupe sur la réforme des collèges. D’un autre côté, la gauche jubile de sanctionner tous ceux qui réussissent par leur travail et de les empêcher de sortir de leur condition.

Dans le cas de Michel Combes, l’enjeu est pourtant celui-là. L’intéressé a pris il y a deux ans la direction générale d’une entreprise en difficulté. Il l’a sauvée et l’a valorisée auprès de Nokia à 16 milliards €. En bout de course, il empoche 0,1% de la transaction sous forme d’actions de l’entreprise. C’est à la fois beaucoup et très peu, et les arguments « de gauche » ne manquent pas pour justifier cette opération: en quoi est-il choquant qu’un directeur général soit actionnaire de l’entreprise qu’il dirige? Cette association du travail au capital part plutôt d’un principe vertueux.

Mais, assez curieusement, la gauche française n’aime pas ce principe. Autant elle admire les fils de bonne famille, les héritiers, les jeunes gens bien éduqués, autant elle déteste les corsaires qui accèdent à la fortune par leur réussite professionnelle. Au fond, la gauche française est la première force conservatrice de France: dans l’esprit de ses membres, l’ordre social devrait être immuable et sortir de sa condition un crime lourdement puni. L’une des premières mesures de Jean-Marc Ayrault fut d’ailleurs de tripler la fiscalité applicable à l’épargne salariale.

Quelques oublis sur les rémunérations des dirigeants

Pourtant, la collectivité n’a pas forcément à se plaindre des mesures généreuses dont bénéficie Michel Combes.

Rappelons que les « gains d’acquisition d’actions gratuites », pour reprendre la terminologie officielle, sont soumis à des prélèvements sociaux de 8%, à une contribution salariale spécifique de 10%, puis à l’impôt sur le revenu. Dans le cas qui nous occupe, le taux marginal d’imposition sera de 45%. Autrement dit, sur 15 millions versés à Michel Combes, le contribuable en récupèrera 8,5 et l’assuré social 1,2 million. Il ne devrait donc rester que 5 millions au salarié sur la somme initialement versée par l’entreprise.

Certes, 5 millions, ce n’est pas rien. Mais enfin, ramenés à son espérance de vie (il a 53 ans), cela nous fait un 200.000 euros annuels, hors intérêt. Cette somme est colossale pour le Smicard, mais elle est bien raisonnable par rapport aux rémunérations des hauts fonctionnaires du ministère des Finances… Entretemps, elle aura contribué à joliment financer le déficit public, et ce n’est tout de même pas négligeable.

La France n’aime pas la soft law

Il est tout à fait étrange qu’un système aussi rémunérateur pour l’Etat et le contribuable fasse l’objet d’autant de critiques. On peut d’ailleurs penser que les golden parachutes seraient moins élevés si leur fiscalité était plus favorable. L’une des clés de ce mystère tient probablement à la nature de la norme qui encadre les rémunérations des dirigeants.

Depuis plusieurs années, en effet, les gouvernements qui se succèdent préfèrent miser sur la soft law et, en l’espèce, sur le Code de bonne conduite AFEP-MEDEF pour réglementer les avantages des mandataires sociaux dans les entreprises présentes sur les marchés réglementés. C’est une formule souple qui tranche avec la tradition jacobine de la loi gravée dans le marbre et opposable devant les tribunaux.

Que le législateur soit dépouillé de son pouvoir de légiférer, que les acteurs privés s’organisent, voilà qui défrise les Français, et singulièrement la gauche française. Et c’est probablement cette révolution culturelle-là qui nous reste à faire: nous départir, dans le champ du social, de cette horrible manie de demander au législateur de tout décider.

 

 

Alcatel, FED, migrants, PLF: le briefing de la semaine

Faute de reprise parlementaire, l’actualité de la semaine échappe encore à la pression courante. Toutefois, le briefing est occupé par quelques sujets sensibles, dont la politique de taux d’intérêt de la FED.

Les faucons de la FED dans le doute

Après la crise de Shangaï, les faucons de la FED sont dans le doute. Alors qu’ils prônaient, il y a quelques semaines, un relèvement des taux dès septembre, ils seraient prêts à se rallier à un nouveau délai avant d’agir. La première réunion monétaire où cette question sera traitée doit avoir lieu à la mi-septembre. Les analystes estiment à 50% la possibilité de voir un relèvement progressif des taux y être décidé.

Pour les places européennes, cette décision pourrait causer une nouvelle perturbation, dans la mesure où elle redonnerait une attractivité au marché américain.

Les premières mesures du PLF

En dehors d’une baisse d’impôts, on ne sait rien du futur PLF (sinon qu’il devrait baisser les déficits). Toutefois, quelques mesures commencent à être dévoilées. La ministre des DOM-TOM, George Pau-Langevin, a ainsi assuré que les mécanismes de défiscalisation outre-mer seraient préservés jusqu’en 2017. Fleur Pellerin a pour sa part posé les jalons d’un élargissement de la redevance TV à Internet, malgré la promesse de François Hollande de ne pas augmenter les impôts.

Rappelons que le sujet essentiel d’inquiétude porte sur l’arbitrage final qui sera rendu entre pacte de responsabilité et baisse d’impôts pour les ménages.

Les migrants et l’intégration européenne

Le balai des limousines continue devant les camps de migrants, notamment à Calais où se déplace le Premier Ministre. Ce dossier très émotionnel est l’occasion, pour le gouvernement, de plaider en faveur d’un nouveau transfert de souveraineté auprès de la Commission. L’argumentation mérite d’être suivie de près, car elle donne lieu, en parallèle, à un discours ambiant sur l’intégration économique européenne.

Assez logiquement, cette préparation de terrain devrait donner lieu à une proposition de nouveau traité, confiant de nouvelles compétences à la Commission, dans un contexte général d’affaiblissement politique de celle-ci et de réticences des électorats à un approfondissement de l’Union.

Alcatel et la rémunération des dirigeants

Ces dossiers épineux devraient pour le reste être couverts par le vacarme que le golden parachute de Michel Combes, directeur-général d’Alcatel, suscite. Après deux ans et demi de présence à la tête de l’entreprise, dont il a permis le redressement et la cession à Nokia pour la fine paille de 15,6 milliards d’euros, Combes quitte l’entreprise le 1er septembre pour prendre la direction générale de Numéricable-SFR. Au passage, il empoche une retraite-chapeau de 50.000 euros et annuels, et surtout la promesse d’une attribution d’environ 4 millions d’actions (valorisées à ce jour à 3 euros).

Les conditions exactes de réalisation de cette promesse sont un peu nébuleuses, mais il n’en fallait pas plus pour faire hurler au loup.

Une fois de plus, cette polémique devrait nourrir bien des aigreurs à l’approche des débats budgétaires.

La poule européenne découvre le couteau des migrations

Après une interruption estivale, je reprends ma chronique européenne hebdomadaire (et dominicale!)

Les migrations sont devenues le sujet continental par excellence! Les gouvernements européens s’étaient quittés, le 26 juin 2015, sur un sommet où ils avaient convenu de « poursuivre les travaux sur tous les volets d’une approche globale et systémique, en se fondant sur l’agenda européen en matière de migration présenté par la Commission ». Autant dire que personne ne s’était pressé au portillon pour porter une vision ou une politique commune. Il n’aura pas fallu deux mois pour que les vagues de migrants rattrapent la tortue communautaire.

Une fois de plus, on admirera la grande prévoyance du collectif européen. Après tout, cela ne fait que quelques milliers d’années que l’Europe est un carrefour (ou une destination) des flux migratoires. On peut dire qu’on n’a guère eu le temps de réfléchir au sujet et on peut comprendre que l’Europe découvre les migrations comme une poule un couteau.

Quelques statistiques oubliées sur les migrations

On rendra grâce à l’AFP et à Eurostat d’avoir remis quelques pendules à l’heure sur la question migratoire. Le petit graphique ci-dessous rappelle deux ou trois réalités sur les demandes d’asile:

Migrations

Contrairement à ce qu’on lit partout, la Grande-Bretagne n’est certainement pas la championne de l’asile. Sa performance ridiculement basse (pour un pays qui a créé de la croissance, etc.) explique d’ailleurs une grande partie du problème de Calais: les Anglais s’arrangent pour avoir le moins de demandeurs d’asile possible sur leur territoire. Dans les « grands pays », c’est l’Allemagne qui fournit le plus gros efforts d’accueil, moins elle reste loin derrière la Suède.

Certes, demandeurs d’asile ne signifie pas migrants (ou ne résume pas la question migratoire, loin de là), mais quand même. On voit bien que ni les Français ni les Anglais n’ont donné de leçon à donner à personne sur le sujet.

Les migrations, boomerang de notre hasardeuse politique « arabe »

Dans l’affaire des migrations, on oublie aussi un autre tableau statistique qui en dit long sur l’inconséquence des politiques étrangères menées par l’Occident depuis vingt ans.

Migrations

Un tiers des migrants arrivés par la mer depuis janvier 2015 provient de Syrie. Si l’on prenait le temps de faire la somme des migrants venus de pays touchés d’une façon ou d’une autre par l’islamisme (Erythrée, Nigéria, Somalie, Soudan, Afghanistan, Irak), on ne tarderait pas à atteindre les 75% de flux migratoires dus à la propagation de la peste noire islamiste.

Des années de conflits en Irak, en Somalie, en Libye, en Syrie, et notamment des années d’invasions américaines la fleur au bout du fusil n’ont pas tardé à produire leurs effets sur les grands équilibres européens.

Schengen et Dublin au coeur du débat sur les migrations

Le sujet majeur que les Européens n’arrivent pas à débattre rationnellement est celui de l’ouverture des frontières au sein de l’espace Schengen. Tout plaide aujourd’hui pour que ce système soit rediscuté, en même temps que la convention de Dublin de 1990 qui prévoit que le premier pays d’accueil est le seul compétent pour instruire le dossier de demande d’asile.

Ce mécanisme infernal fait évidemment peser sur les pays de la « frontline » le poids le plus lourd en matière d’asile. Comme ces pays sont aussi (la Grèce et l’Italie) ceux dont le déficit budgétaire est le plus angoissant, il est politiquement difficile de leur imposer une charge démesurée par rapport aux pays du Nord, réputés mieux en forme.

A titre amical, Mutti Merkel a d’ailleurs annoncé qu’elle suspendait l’application des accords de Dublin en suspendant le renvoi des réfugiés syriens vers leur pays d’entrée dans l’Union, c’est-à-dire majoritairement la Grèce. Trop sympa, les Allemands!

Les Européens traînent les pieds sur la politique migratoire

Ces gestes charitables de l’Allemagne cachent mal le grand désordre européen qui règne. A titre d’exemple, la Grèce n’a toujours pas reçu les moyens qui lui ont été promis en mai dans le cadre du renforcement de l’opération Frontex. D’un côté, on veut stopper les migrations et faire régner l’ordre et la rigueur en Europe, de l’autre on laisse les Grecs se débrouiller seuls sur une frontière ingérable.

« En ce qui concerne les îles grecques, Frontex n’a pas reçu les contributions opérationnelles c’est-à-dire des avions, des bateaux en nombre suffisant mais surtout des gardes-frontières qui vont aller faire de l’enregistrement des migrants à la frontière extérieure dans les îles », a ajouté le directeur exécutif de Frontex.

De leur côté, les Italiens apprécient peu les bonnes idées de Mutti Merkel (et de Toutou Hollande), leur demandant des créer des foyers pour demandeurs d’asile.

Lors d’une déclaration commune à Berlin, la chancelière a notamment demandé l’ouverture, « avant la fin de l’année » de centres d’accueil en Italie et en Grèce destinés à accueillir les migrants pour détecter ceux éligibles à l’asile.

La réponse du berger à la bergère ne s’est pas faite attendre de la part de l’Italie:

«L’Italie fait ce qu’elle doit faire (…) et même beaucoup plus, en sauvant des dizaines de milliers de vies humaines et en accueillant les réfugiés», a martelé le chef de la diplomatie italienne, décrivant son pays comme «un modèle positif au niveau international».

En recevant le président français François Hollande lundi 24 août à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel avait demandé que la Grèce et l’Italie mettent en place «cette année» les centres d’enregistrement des migrants dont la création a été décidée en juin.

Mais pour M. Gentiloni, «demander à la Grèce et à l’Italie de faire leur devoir sur l’immigration est comme dire à un pays frappé par une inondation d’accélérer la production de parapluies».

Après les déchirements sur l’euro, voici les déchirements sur les migrations.

Schengen non-négociable pour la Commission Européenne

Face aux risques grandissants d’éclatement, la Commission a commencé à ressortir ces arguments habituels sur l’effet cliquet des accords européens: une fois qu’ils sont signés, ils deviennent irréversibles.

Ainsi, à la demande du Premier Ministre belge d’un assouplissement des accords de Schengen (c’est-à-dire d’un durcissement des contrôles aux frontières), une porte-parole de la Commission a déclaré:

En tant que droit fondamental, les règles de libre circulation garanties par l’accord Schengen sont « non-négociables », a commenté lundi un porte-parole de la Commission européenne en réaction aux propos de Charles Michel qui a évoqué une « adaptation et de nouvelles règles lors de contrôles des identités et des bagages. » Des « outils suffisants » sont disponibles au sein de l’accord Schengen pour assurer la sécurité, et l’exécutif européen encourage les Etats membres à s’en saisir, a encore précisé le porte-parole.

Encore une déclaration habile de la Commission…

Vers une nouvelle perte de souveraineté des Etats?

Pour résoudre la crise, l’Allemagne et la France (sa grande supplétive) propose plus de règles communes, c’est-à-dire le placement des politiques migratoires en Europe sous contrôle bruxellois, dont tout le monde sait qu’il est aux ordres de la Prusse. Après l’été pourri de l’Union (crise grecque, crise migratoire, crise chinoise), on sent bien que l’oligarchie européenne se dit que la seule façon de sauver les meubles communautaire consiste à faire un nouveau saut dans « l’intégration européenne », synonyme pudibond pour dire: subordination à Berlin.

Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE et candidat au poste de gouverneur de la Banque de France, ne s’en est pas caché lors d’un discours devant les ambassadeurs de France réunis à Paris:

« Nous devons utiliser la confiance dans la monnaie unique pour construire des institutions qui renforceront la cohésion de notre union politique et économique » (…)

Le français va un cran plus loin en proposant la création d’un ministère des finances de la zone euro, à travers une réforme de l’Eurogroupe. Doté d’un budget, muni d’un droit de veto si la politique budgétaire de tel ou tel Etat paraît inadaptée, le ministère réintégrerait du contrôle démocratique et de la transparence espère ainsi la BCE. Choisi par le Conseil européen, ce super ministre pourrait être épaulé par un conseil composé de membres permanents et des dix-huit ministres des Finances des pays de la zone euro qui voteraient les décisions. Des mécanismes souples (avec des ces votes à majorité simple ou qualifiée), doivent renforcer des stratégies coopératives plutôt que compétitives entre les différents Etats (comme le dumping fiscal). «  Peut-on imaginer un seul instant que le Conseil des gouverneurs de la BCE aurait pu faire face à la crise s’il n’était qu’un club de dix-neuf gouverneurs décidant par consensus ? », a encore interrogé Benoît Coeuré.

Manifestement, le divorce entre les eurocrates et les peuples européens est consommé. Nul ne sait jusqu’où ira la haine entre les anciens époux…

Qui gagne et qui perd au jeu européen?

Quelques informations entre les lignes permettent de voir (de confirmer!) qui tire ses marrons du feu au jeu européen actuel.

Du côté des gagnants, on trouve bien entendu l’Allemagne, qui, par exemple, sanctionne la Grèce après avoir abondamment corrompu ses décideurs pour profiter de ses mirifiques commandes publiques. Trois entreprises allemandes sont ainsi méchamment engluées dans des enquêtes pour corruption en Grèce: Siemens (qui aurait payé pour obtenir le marché de la sécurité aux Jeux Olympiques), Daimler (qui a vendu du matériel militaire aux Grecs) et Rheinmetall.

Mais d’autres pays ont plus discrètement profité des malheurs grecs. Les Belges ont par exemple estimé à 12 milliards d’euros les bénéfices qu’ils ont tiré de la crise ouverte par Tsipras (celui-ci ayant fait baisser les taux d’emprunt de la Belgique, mais aussi de la France…).

Les pays du Sud restent les grands perdants du système actuel, dont la France qui ne parvient pas à obtenir des mesures de soutien pour son agriculture.

La BCE en plein déni

Bref, l’été 2015 a confirmé les déséquilibres européens et la suprématie allemande.

Combien de temps ce triste attelage pourra-t-il fuir en avant face aux réalités? Economiquement, l’Europe se porte mal: la politique d’assouplissement monétaire lancée par la BCE n’a pas permis, à ce stade, de ranimer l’inflation et la crise chinoise frappe aux portes du continent.

Malgré les dénis officiels sur la contamination des places financières mondiales, il y a bien du souci à se faire, d’autant que les cuves d’arrosage sont vides et qu’on voit mal qui arriverait à éteindre un incendie massif…

L’Europe et le lent fracas de la gauche

L’Europe est-elle en train de reconstituer l’offre politique de gauche? Cet été soulève une multitude de questions dont les réponses méritent d’être méditées avec soin. L’éclatement de Syriza en Grèce qui a divisé la gauche de la gauche et animé la Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse, l’implosion d’EELV, le passage de Chevènement à l’université d’été de Debout la France, la polémique soulevée par Jacques Sapir sur une alliance avec le Front National montrent bien que la question de l’Europe et de son sens provoque une recomposition fulgurante de l’échiquier.

Accepter ou non une Europe germanocentrée, telle est la question

Qu’on le prenne dans n’importe quel sens, le problème revient toujours pour la gauche : faut-il ou non accepter cette Europe de Maastricht, avec son euro fort et sa politique budgétaire restrictive, qui fait la part belle à l’Allemagne?

Entre un François Hollande, qui encore tout frétillant de sa victoire en mai 2012, s’était ramassé sur le casque à pointe de Mutti Merkel et avait dû admettre au bout de quelques semaines (voire quelques jours) que les traités ne seraient ni renégociés ni assouplis, et Jean-Luc Mélenchon qui a dit, dans son dernier livre, tout le bien qu’il pensait de l’Allemagne, on voit que le sujet incontournable qui agite la gauche est celui de l’euro, ou de son rejet, avec toutes les conséquences qu’il emporte.

La question européenne apparaît de plus en plus comme une lame de fond qui fracasse la gauche.

La désillusion Syriza

De façon assez amusante, l’expression de « lame de fond » est venue de Jean-Luc Mélenchon au moment de la victoire de Syriza, en janvier 2015:

« C’est une page nouvelle pour l’Europe. Peut-être que nous tenons l’occasion de refonder l’Europe, qui est devenue l’Europe fédérale des libéraux », a affirmé Jean-Luc Mélenchon sur BFM TV, pour qui le succès de Syriza « est une lame de fond ».

La suite a permis de vérifier, une fois de plus, le grand sens des réalités et de l’anticipation propre au Front de Gauche et à ses affidés. Pour rire, on rappellera les déclarations de Clémentine Autain, grande spécialiste des Révolutions sur la rive gauche, le soir du referendum fantasque organisé par Tsipras:

Le «non» au référendum grec, «un tournant… par libezap

La suite a montré la beauté de ce tournant historique…

L’intérêt de Tsipras est d’avoir posé la question du réalisme politique: faut-il gouverner avec les réalités? ou faut-il s’en affranchir pour tenter l’aventure?

L’aventure d’aujourd’hui s’appelle démantèlement de l’euro et fin de l’Europe maastrichtienne.

Les aventuriers se la mettent en veilleuse au PS

Avec le départ de Montebourg, puis le 49-3 sur la loi Macron, Valls a mis KO ses frondeurs et autres contestataires convaincus qu’ils peuvent réorienter l’Europe. La venue de Varoufakis à Frangy-en-Bresse et l’isolement apparent de Montebourg dans sa démarche ont bien souligné la difficulté, au sein du PS d’aujourd’hui, de promouvoir une vision « volontariste », comme on disait à l’époque où la politique budgétaire existait encore.

Oui, je sais, on a oublié cette époque où la dette publique était à peine à 40% de PIB, où l’inflation rôdait et réduisait presque automatiquement les déficits.

La polémique Sapir en dit long sur les tensions internes

Après avoir écrit ou déclaré qu’une alliance de tous les opposants à l’euro, dont le Front National, était souhaitable, l’économiste Jacques Sapir, réputé d’extrême-gauche, est désormais décrété d’accusation publique par ses amis et fait l’objet d’un procès en sorcellerie. Il devrait prochainement être envoyée dans un goulag au Venezuela, escorté par des fan de Mélenchon.

En attendant, on voit bien que, sous la pression de la « lame de fond », les anciennes digues sont en train de rompre, et un certain nombre d’opposants à l’euro se disent que les postures mélenchoniennes ont un peu moins d’avenir que les coups de bélier lepénistes. A méditer…

Chevènement passe à droite

Autre souverainiste à suivre la voie pavée par Sapir: Jean-Pierre Chevènement, qui se dit que, à gauche, lutte contre l’euro se présente plutôt mal. Le survivant, chassé de son parti au printemps, participe à l’université d’été de Debout la France. Encore un signal faible qui ne trompe pas sur le tumulte que la question européenne produit à gauche.

EELV, première victime collatérale de la lame européenne

Du côté des écolos, on n’en est plus à la condamnation individuelle des dissidents: c’est plutôt un exode massif qui se prépare. Le noyau des contestataires fait le ménage et rend impossible la cohabitation avec les « réformistes » qui préfèrent gouverner les mains sales que s’opposer les mains propres.

Certes, les ruptures chez les Verts s’expliquent aussi par une ruse à la sauce hollandaise: ceux qui ne s’imaginent pas d’avenir à suivre Cécile Duflot et ses prévisibles 3 ou 4% aux présidentielles, préfèrent plier armes et bagages pour guigner un statut équivalent aux Radicaux de gauche et survivre en politique en jouant les supplétifs du PS. On imagine sans mal que leur sortie était préméditée: François Hollande a tellement besoin de ruiner les chances de ses concurrents à gauche pour passer le cap du premier tour en 2017 que les sorties des caciques apparaissent du coup téléphonées.

Une recomposition de la gauche

Il n’en demeure pas moins que la question européenne participe à la recomposition de l’offre politique à gauche. Je veux d’ailleurs bien prendre les paris: d’ici 2018, un bloc souverainiste appelant à une Europe franco-centrée apparaîtra à gauche, les héritiers, en quelque sorte, des Danton et consors qui firent la guerre à l’Europe pour y diffuser leurs idées.

 

L’hilarant rapport Villeroy de Galhau sur le financement des entreprises

Le rapport Villeroy de Galhau sur financement de l’investissement des entreprises remis hier au Premier Ministre a encore suscité une belle hilarité.

Evidemment, le personnage en lui-même prêtait à l’exercice attendu. Ce polytechnicien et énarque (de la même promotion que Moscovici et Philippe Wahl, directeur général de la Poste), inspecteur général des Finances et grand strauss-kahnien devant l’éternel (il fut son directeur de cabinet à Bercy) a bénéficié d’une belle mesure d’évacuation sanitaire en avril 2015. Il était alors directeur général délégué de la BNP. Le Premier Ministre a eu la bonne idée de lui confier une mission sur l’investissement des entreprises: quoi de mieux qu’un banquier pour évoquer ce sujet? Ce n’est pas comme si les entreprises se plaignaient massivement du cynisme de leur banquier lorsqu’il s’agit de les aider à investir.

Cette petite provocation très vallsienne cachait évidemment un autre motif, connu de tous: il fallait refaire une petite virginité à Messire Villeroy avant son parachutage à la tête de la Banque de France où il remplacera avantageusement Christian Noyer atteint par la limite d’âge et en fin naturelle de mandat.

Là encore, l’idée ne manque pas d’être tordante, puisque la BNP s’est ramassée une amende de 10 milliards d’euros de la part des autorités américaines pour avoir violé l’embargo sur l’Iran. Et une amende de 10 millions d’euros, en 2014, de la part de l’Autorité de Contrôle Prudentielle et de Résolution (ACPR) pour avoir stocké en douce quelques contrats d’assurances-vie en déshérence. Or, l’ACPR est de droit présidée par… le gouverneur de la Banque de France. La prochaine fois, on suggère à Manuel Valls de nommer Bernard Tapie au ministère de la Justice et de recruter son prochain ministre de l’Intérieur dans une mosquée salafiste.

Ce petit rappel n’est pas inutile pour comprendre les raisons qui ont poussé Villeroy de Galhau à écrire un texte qui ressemble plus à une longue liste de remerciements au début d’un rapport de stage d’élève de l’ENA qu’à une étude sérieuse sur la question du financement des entreprises. Avec un brin de malice, on reprendra ici chacune de ses propositions pour illustrer le propos.

Proposition n°1: Améliorer l’accès des TPE au crédit, notamment de trésorerie

Villeroy de Galhau remercie ici sa mère patrie la banque pour les bons et loyaux services qu’elle lui a rendus. Il écrit (page 33): « En volume, la France est le pays européen où les financements (bancaires et obligataires) des sociétés non financières ont le plus crû depuis la crise. » La Fédération Française des Banques ne pouvait pas rêver d’avoir un cheval de Troie mieux infiltré dans la place!

Proposition n°2: Développer le financement long du BFR

Là encore, le futur gouverneur de la Banque de France explique que les entreprises n’ont rien compris à ce que leurs banquiers leur disaient (page 39): « La question des garanties bancaires est en effet clé, et elle nous est apparue parfois mal posée. Le sujet n’est pas tant les garanties personnelles demandées au dirigeant. Même si elles sont parfois excessives (…) ». On aimerait voir Villeroy hypothéquer son château à la demande de son banquier pour voir si la question est « parfois mal posée ».

Proposition n°3: Favoriser l’investissement en actions de l’assurance-vie, par le succès d’Euro-croissance

Cette fois, Villeroy envoie un joli mot de remerciement à Moscovici, son camarade de promotion inventeur de l’Eurocroissance. Cette formule qui prétend concilier avantages de l’assurance-vie et investissement en actions est une construction purement théorique dont la crise chinoise vient de balayer les derniers espoirs, mais ça fait toujours du bien de faire un petit compliment aux amis.

Proposition n°4: Recréer une instance internationale d’évaluation des effets des règles prudentielles bancaires

Encore un beau cadeau aux banques françaises qui s’estiment pénalisées par les règles de Bâle III. Villeroy parle ici en futur gouverneur de la Banque de France et nous livre l’un des axes centraux de son action: assouplir les règles prudentielles appliquées aux banques en obtenant à terme une norme Bâle IV plus favorable.

Proposition n°5: pour un continuum des instruments de dette, promouvoir une titrisation sécurisée, les placements privés et des plateformes de prêts directs

Ce charabia reprend la marotte absurde de Christian Noyer consistant à relancer la titrisation. Ce mécanisme, à l’origine de la crise de 2008, est simple à comprendre: une banque accorde un prêt à une entreprise, puis elle charge une autre entreprise financière de recouvrer ce prêt moyennant un rachat de portefeuilles. Ce système conduit donc les banques à accorder des prêts en accordant une attention très limitée à la solvabilité de son client: elle ne supporte en effet plus le risque de défaut.

Encore une proposition qui vient du lobby bancaire et que la Banque de France endossera une fois Villeroy de Galhau nommé.

Proposition n° 6 : Réviser Solvabilité 2 en faveur des investissements à risque

Cette proposition constitue cette fois un petit cadeau aux assureurs qui sont effrayés par le volume de fonds propres nécessaires pour investir en bourse.

Proposition n°7 : développer l’investissement en fonds propres transfrontières, par des mécanismes innovants

Il s’git cette fois d’une adresse à Jean-Claude Juncker et à la Commission. Le mécanisme vise en effet à faciliter la mise en place du plan Juncker en matière d’investissement des PME.

Proposition n°8 : soutenir des actifs européens en faveur des infrastructures de long terme et de la transition énergétique

Cette mesure devrait faciliter l’affichage écologique du gouvernement à l’horizon de la COP21. Nul doute que le Président de la République, qui parie sur cette conférence pour redorer son blason parmi les écologistes, aura apprécié la mention.

Proposition n°9 : mandater trois task-forces dédiées à trois chantiers structurels de convergence : droit des faillites ; informations sur les PME et scoring de crédit ; protection des consommateurs

Cette proposition très européenne vise à donner du contenu à la « convergence structurelle » en matière financière souhaitée par François Hollande. Là encore, merci à la main qui donne à manger.

Proposition n°10 : renforcer la supervision européenne des marchés

Et un ultime cadeau aux banquiers français, qui trouvent que l’Union Européenne ne se fait pas assez entendre à Bâle pour protéger leurs intérêts, alors que les Anglais et les Allemands y sont entendus. Une fois de plus, la technostructure française imagine que l’intégration européenne lui permettra de peser plus efficacement.

Villeroy a donc bien travaillé, et chacun est reparti avec son petit (ou gros) cadeau. On ne pouvait évidemment pas manquer la déclaration faîtière de l’intéressé, qui illustre assez bien la pensée strauss-kahnienne au pouvoir: « Nous n’avons pas besoin de grand soir fiscal en France, nous n’avons pas besoin de changement de traités en Europe, il faut que nous nous mobilisions collectivement avec les autres Etats membres pour mieux utiliser ces ressources ».

Contre vents et marées, la technostructure des petits marquis continue sa stratégie europhile et immobiliste de l’autruche.

35 heures: quand bobocratie et oligarchie se rejoignent

La discrète sortie d’Emmanuel Macron sur les 35 heures à l’université du MEDEF devrait susciter une nouvelle levée de boucliers à l’université du PS, à La Rochelle. Voici la phrase qui fâche:

Christian Paul, leader des frondeurs, en a profité pour lancer une petite phrase qui en dit long sur les murmures qui s’échangeront dans les jours à venir:

« Je ne savais pas que Nicolas Sarkozy était de retour au gouvernement »

On entend d’ici la litanie qui va reprendre, entre notables du Parti, sur cette grande conquête sociale que sont les 35 heures.

Les 35 heures, côte pile et côte face

Bien entendu, chacun répètera à l’envi tout le bien qu’il faut dire des 35 heures: la réduction du temps de travail, seule solution intelligente pour lutter contre le chômage, pour préparer la décroissance, pour libérer les masses laborieuses de l’insupportable contrainte de la production, et lui donner plus de temps pour se cultiver. Car c’est bien connu, depuis que les 35 heures existent, les ouvriers français écoutent massivement France Culture et ne ratent plus un seul festival d’Avignon.

Bien entendu, aucun éléphant du PS n’évoquera le côté pile des 35 heures, sa face anti-sociale qui explique aussi pourquoi les ouvriers désertent les rangs de la gauche pour rejoindre ceux du Front National. Pour beaucoup de salariés, notamment les moins qualifiés, en effet, les 35 heures se sont traduites par une modération salariale durable qui explique la stagnation du pouvoir d’achat. Le renchérissement du travail peu qualifié qu’elles ont produites a accéléré les délocalisations.

Et pour tous ceux qui espéraient sortir de leur condition par le travail, les 35 heures ont comme signé un arrêt de mort, en tout cas une décision privative de liberté: ils n’ont plus le droit de travailler plus pour améliorer leur sort. En réalité, les 35 heures ont très vite rimé avec trappe à bas salaires, dont le résultat est pathétique: le salaire moyen brut en France est 25% inférieur au salaire allemand, et 50% des salariés français gagnent moins de 1.600 euros par mois.

La bobocratie et le nivellement par le bas

Que les 35 heures aient concouru activement au blocage de l’ascenseur social constitue bien entendu un tabou que la gauche ne pourra jamais reconnaître, mais dont elle se félicite chaque jour. Le Parti Socialiste est en effet devenu le fief de ces bobos, de cette petite bourgeoisie le plus souvent fonctionnaire qui craint en permanence d’être débordée par les talents incontrôlables venus des milieux populaires.

Pour que l’on puisse faire du Vélib calmement à Paris, il faut empêcher les banlieusards de passer le périphérique, et l’on construit un tram dans l’Est parisien pour limiter les entrées. Pour bien rappeler aux racailles musulmanes qu’elles sont à peine tolérées hors de leurs ghettos, on fait un Tel-Aviv-sur-Seine avec éloge de l’homosexualité qui se trémousse près de la place Dizengoff. Et pour empêcher les familles laborieuses de financer des études prestigieuses pour leurs enfants, on institue les 35 heures qui sont un limitateur automatique de niveau de vie et d’espérance sociale.

Appauvrissez-les tous, et Dieu reconnaîtra les siens!

Car la vision implicite du monde portée par ceux qui ont fait les 35 heures est bien celle-là: il existe une masse informe de prolétaires à qui il faut rendre la vie plus supportable en leur donnant plus de loisirs. De cette façon, ils n’auront plus la tentation de s’élever. Et moins ils auront les moyens de le faire, mieux les vaches seront gardées.

Les 35 heures et le retour à la logique de classe

D’un côté les prolétaires qui restent prolétaires. De l’autre, les bobos et l’oligarchie qui ont désormais les mains libres pour diriger la société. Le Parti Socialiste reste discret sur le sujet, mais, bien évidemment, aucun des hiérarques qui, à La Rochelle, flétrira Emmanuel Macron pour ses propos sur les 35 heures, n’aurait l’idée de se ranger lui-même dans la catégorie sociale qui les applique. Les 35 heures, c’est pour les prolos, pas pour les décideurs (il faudrait d’ailleurs faire une étude sociologique sur la stigmatisation qu’emportent les 35 heures aujourd’hui).

Dans la pratique, les 35 heures ont profondément renforcé la logique oligarchique qui fragilise la France depuis 30 ans. Elles ont notamment favorisé la sédimentation des différences entre ceux qui travaillent 35 heures parce qu’ils sont « simples salariés » ou « cadres » et ceux qui sont soumis aux forfaits-jours, les « cadres supérieurs » qui travaillent sans limite. On peut même se demander dans quelle mesure l’invention des 35 heures ne s’est pas d’abord justifiée par la nécessité de rétablir des signes extérieurs de classification sociale dans un monde post-30 glorieuses qui les avait bouleversés.

Les 35 heures et le jeu de l’oligarchie

Le grand génie des 35 heures a consisté à donner l’illusion d’un cadeau au prolétariat offert par le capitalisme quand il était essentiellement financé par les classes moyennes, qui sont les grandes perdantes du système.

D’une part, les 35 heures ont accru (on ne le dit pas assez) la pression fiscale sur les classes moyennes, puisqu’elles ont obligé l’Etat à compenser les pertes de recettes de sécurité sociale par un recours à l’impôt. Et ce sont les classes moyennes qui recourent le plus massivement à l’impôt.

D’autre part, le système du forfait-jour a ouvert la porte à une dégradation nette des conditions de travail pour « l’encadrement », qui est entré dans une organisation du travail où le droit à la déconnection n’existe plus. L’émergence du « burn-out » en constitue un signe majeur: beaucoup de cadres doivent compenser à eux seuls la perte de productivité due aux 35 heures et subir sans garde-fous la pression sur la rentabilité accrue par la crise.

Seule l’oligarchie a, au fond, tiré ses marrons du feu dans l’affaire. Elle seule ne paie pas pour les 35 heures, elle seule a préservé sa part de profit en imposant la modération salariale, et elle a même pu augmenter de façon colossale la productivité des cadres.

De là à penser que les bobos sont aujourd’hui les meilleurs alliés de l’oligarchie, il n’y a plus qu’un petit pas à avancer.