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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Referendum grec: qui va gagner le Waterloo de l’euro?

Le referendum grec restera quand même comme un très beau pavé dans la mare monétaire européenne. Il devrait préparer un véritable Waterloo pour la zone euro, mais on peine aujourd’hui à savoir qui en sera le vainqueur final – étant entendu que le perdant est déjà connu: la monnaie unique devrait rapidement disparaître désormais.

Le referendum grec était prévisible

Depuis plusieurs semaines, Tsipras faisait courir le bruit d’un recours aux urnes, sous une forme ou sous une autre (législatives anticipées ou referendum), pour faire passer le nouveau plan de sauvetage européen. Ses partenaires ont en effet exigé de lui des concessions pour lesquels il ne dispose pas de mandat populaire. Coincé par son aile gauche, Tsipras a besoin de « réassurer » ses arrières pour éviter une crise politique et raffermir une majorité parlementaire.

L’annonce lancée dans la nuit vendredi à samedi d’un recours au referendum n’était pas une surprise. Si l’Union Européenne était un espace démocratique, elle l’approuverait d’ailleurs: il n’y a rien de scandaleux à consulter les citoyens sur des décisions importantes. On peut simplement reprocher à Tsipras d’avoir fait durer le plaisir depuis plusieurs mois pour sortir de sa botte, in extremis, une arme qui compromet le processus engagé en février.

Le referendum, un choix tactique des créanciers?

A lire les propositions soumises à Tsipras, toutefois, on peut se demander dans quelle mesure les Européens n’ont pas tout fait pour rendre le recours aux urnes inévitable. L’offre d’une aide de 12 milliards d’euros en 2015 est notoirement insuffisante pour remettre la Grèce sur les rails et organise l’insolvabilité du pays:

L’argumentaire développé par le gouvernement dans cette note est que chacune des tranches prévue jusqu’à novembre ne servira qu’à rembourser différentes échéances dues au créanciers jusqu’à cette date: 4 milliards d’euros prévue d’ici mi-juillet se répartiront entre le remboursement d’obligations détenues par la BCE (3,5 milliards) et la contribution aux fonds structurels européens (500 millions) ; 4,7 milliards début août, également destinés à rembourser la BCE et 1,5 milliard en octobre pour payer le FMI.
Conséquence, en déduit la partie grecque: la proposition ne contient par la moindre liquidité pour l’Etat, et ne compense pas le refus, jugé probable par les Grecs, que le FMI ne verse pas les prêts prévus initialement jusqu’en mars 2016 puisque la dette publique grecque ne sera pas jugée soutenable.

Autre grief des Grecs: le montant de 12 milliards d’euros ne tient pas compte du fait que l’Etat grec, qui attend depuis près d’un an le feu vert des créanciers au versement d’une aide prévue dans son programme d’assistance internationale, a accumulé des impayés et subi une hausse de son taux de refinancement.

Autrement dit, les Européens ont fini par proposer aux Grecs de l’argent pour se rembourser eux-mêmes, à charge pour les Grecs de se débrouiller pour survivre. En contrepartie de cette solution minimaliste, les Grecs doivent entreprendre des réformes sanglantes: une TVA sur la restauration à 23%, des coupes sombres dans les retraites et un excédent budgétaire massif.

Mathématiquement, Tsipras n’a évidemment aucun intérêt à accepter cet accord léonin. D’où son idée de referendum, et son appel à refuser les propositions des créanciers, qui apparaît comme un véritable coup de poignard dans le dos de ceux-ci.

Le referendum est-il une victoire prussienne?

Depuis le mois de février, le ministre allemand des Finances, le cruel Schaüble, soutient qu’un « Grexit » serait un bien plutôt qu’un mal, et qu’il ne comporterait que très peu de conséquences négatives pour la zone euro. Cette conviction explique très largement la ligne maximaliste des « Prussiens » en Europe, Jeroen Dijsselbloem, président néerlandais de l’Eurogroupe, en tête. Ce « parti » a tout fait pour pousser les Grecs dans leurs retranchements (on notera que la Française Danièle Nouy, présidente du conseil du Mécanisme de supervision unique, pense de même).

La grande illusion de Tsipras a consisté à croire que la France de Hollande avait une quelconque autorité ou influence capable d’infléchir la ligne prussienne. Il a donc systématiquement misé sur l’effroi qui s’emparerait des Européens au moment de passer à l’acte du Grexit. La suite de l’histoire (je l’ai écrit plusieurs fois sur ce blog d’ailleurs) a montré que la mesure du rapport de force n’était pas la première qualité du Premier Ministre grec.

Cette semaine, le camp Schaüble a continué à faire entendre sa voix, contribuant à faire capoter les négociations mais sans toutefois pouvoir faire seul la différence. Schaüble déclarait d’ailleurs hier:

Nous ferons tout notre possible pour éviter une contagion à la zone euro.

En revanche, la rigidité de la position allemande est apparue plusieurs fois cette semaine. Ainsi, alors que François Hollande estimait jeudi:

«Il y a encore des écarts qui demeurent», a confirmé le président français, François Hollande, jugeant toutefois que les deux parties n’étaient «pas loin d’un accord». Mais il a appelé à ne plus perdre de temps: «Il faut savoir terminer une négociation (…) il n’y aurait rien à gagner à laisser trop de temps encore», alors que «la Grèce n’en a plus».

Angela Merkel affirmait pour sa part (avant de plaider l’extrême générosité de son offre):

«D’après ce que j’ai entendu aujourd’hui, nous n’avons pas encore fait les progrès nécessaires»

Le referendum grec, une victoire du FMI?

Selon Jean Quatremer, il semble toutefois que, plus fort encore que la ligne Schaüble, la folie du FMI aurait conduit à un échec des négociations. Prise dans un processus de réélection, Christine Lagarde a dû donner des gages à ses futurs électeurs.

« C’était une négociation surréaliste, car le FMI ne semble plus savoir ce qu’il veut », raconte un diplomate proche des négociations. « Ainsi, il voulait une hausse de la TVA sur la restauration à 23 %, une mesure que rejetait Tsipras à cause de son effet récessif. On lui a expliqué que cela lui permettra de trouver les 900 millions qui manquent pour parvenir à un deal. Il négocie durement avec sa majorité et finalement accepte. Mais à ce moment le FMI explique qu’il a refait les calculs et qu’à cause de l’effet récessif, cette mesure va seulement ramener 300 millions et qu’il faut augmenter la TVA ailleurs. De quoi devenir dingue, non ? »

L’attitude du FMI soulève ici une question majeure: certains concurrents de l’Europe font-ils pression sur Christine Lagarde afin de torpiller l’euro? Le scénario n’est pas dénué de fondement si l’on songe que la FMI détient la clé de la stabilité monétaire en Europe et qu’un moyen commode (et discret) de neutraliser politiquement et économiquement le Vieux Continent consiste à mettre la Grèce en situation de faillite…

Et l’on peut faire confiance à l’absence de vision politique prussienne pour ne pas comprendre qu’elle se fait l’alliée de fait d’une stratégie globale qui court à rebours de ses intérêts.

Le referendum grec et la BCE

Si le FMI semble à la manoeuvre du côté des politiques, les Prussiens retrouvent tout leur poids du côté des banquiers centraux, où le gouverneur de la Bundesbank, Jens Weidmann, mène la fronde pour arrêter la discrète perfusion de liquidités assurée par la BCE. Depuis le mois de février, en effet, Mario Draghi assure la survie de la Grèce en autorisant les banques du pays à se refinancer en urgence en échange des bons d’Etat qu’elles apportent. Cette mécanique a permis au gouvernement grec de placer ses emprunts sans trop de difficulté auprès des banques locales.

Depuis jeudi, toutefois, la BCE a décidé de juguler l’hémorragie. Elle se réunit aujourd’hui en urgence pour décider des mesures à prendre désormais face au défaut grec attendu officiellement mardi… Mario Draghi est désormais le maître du destin européen.

Telle est probablement la principale leçon à retirer de cette tragédie grecque: l’euro, invention des financiers, périra (ou non) par les financiers. Les six mois qui viennent de s’écouler auront simplement démontré le naufrage des politiques, incapables de décider au mieux de l’intérêt général.

L’Italie va-t-elle suivre le chemin ouvert par la Grèce?

Pendant que la Grèce met l’Europe au tapis, d’autres fronts secondaires s’ouvrent, qui pourraient devenir tout aussi nuisibles pour la construction communautaire. C’est notamment le cas du dossier des migrants, qui n’en finit pas de déchirer les Etats membres. Le sommet européen de jeudi, brillamment présidé par le Polonais Donald Tusk, a montré une fois de plus la rupture entre les nouveaux arrivés dans l’Union, qui sont peu sensibles à la solidarité continentale, et le noyau présent dès le traité de Rome, partisan d’une politique plus ambitieuse.

Alors que Jean-Claude Juncker proposait des quotas obligatoires par pays, de nombreuses passes d’armes ont eu lieu.

« La discussion a été longue et elle a connu quelques moments de tension », a souligné dans un euphémisme François Hollande à l’issue de la réunion.

Selon la presse italienne, Matteo Renzi aurait lancé pendant le sommet : « si c’est ça votre idée de l’Europe, alors gardez là pour vous. Nous nous débrouillerons seuls », laissant entendre comme il l’a fait souvent par le passé qu’il laisserait passer chez ses voisins les migrants entrés sur son territoire. (…)

Cela n’a pas été la seule passe d’armes de la soirée. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, s’est ainsi frotté à Donald Tusk, le président du Conseil européen, l’instance où siègent les Etats. Le premier s’est vu reprocher par le second d’avoir, avec sa proposition initiale du mois de mai, pris trop de liberté par rapport à la feuille de route que lui avaient délivrée les Etats en avril. « La Commission s’estime libre de présenter un texte législatif au Conseil et nous ne retirerons pas ce texte », a répondu devant la presse Jean-Claude Juncker.
Au final, le Conseil n’a pas retenu le principe de quotas obligatoires.

La Grande-Bretagne donnera-t-elle le coup de grâce?

Lors du même sommet européen, David Cameron a exposé les grandes lignes de ses revendications quant au fonctionnement de l’Union. La bataille du Brexit a toutefois semblé faire interlude dans la tension entre Européens sur les migrants… Voilà qui en dit long sur l’état de décomposition avancée du projet communautaire.

Dans la pratique, le choix de sortir de l’Union n’est pas encore mûr en Grande-Bretagne. Sa menace constitue toutefois un puissant levier pour réorienter un projet collectif dont la bonne santé n’est pas manifeste en ce moment! Et les Anglais pourront, une nou

Les écoutes de la NSA en rajoutent une couche

Semaine noire pour l’Europe qui vit un véritable Waterloo: les révélations, par Wikileaks, sur les écoutes dont la France, présidents de la République compris, a fait l’objet depuis plusieurs années, n’ont guère réchauffé le climat multilatéral. Immédiatement, de nombreuses voix se sont élevées en France pour réclamer un arrêt complet des négociations sur le traité transatlantique.

Mesure que François Hollande a refusé de prôner.

Waterloo, Waterloo, morne plaine…

Bref, la situation de l’Union Européenne paraît plus que jamais dégradée. Quelques jours après les célébrations du deux-centième anniversaire de la bataille qui mit un terme à l’expérience impériale contemporaine, tout concourt à laisser penser que l’état du continent devrait revenir à ce qu’il était en 1815…

République des petits marquis: anatomie du cas Pérol

On s’est bien amusé, cette semaine, au procès Pérol, où la république des petits marquis s’est donnée en spectacle. En soi, le scénario n’avait rien de très drôle: personne ne se réjouit de la comparution de François Pérol devant un tribunal. Mais les propos qui ont été tenus à la barre valaient finalement leur pesant d’humour. Ils ont permis une captivante plongée dans le capitalisme d’Etat tant prisé en France.

La banque et le pouvoir: une histoire de collusion

Il est reproché à François Pérol d’avoir pris les commandes d’un groupe (Natixis) qu’il aurait contribué à créer en tant que fonctionnaire en charge du secrétariat général de l’Elysée. Officiellement, cette collusion est interdite: la déontologie de la fonction publique interdit d’être recruté dans une entreprise qu’on a peu ou prou contrôlé.

François Pérol était secrétaire général adjoint de l’Elysée au moment du fait. Il faut préciser que cet inspecteur général des finances, en 2009, avait derrière lui une très belle carrière consacrée aux sauvetages d’entreprises publiques, notamment en cabinet ministériel. Il était, en 2004, directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy alors ministre des Finances, lorsqu’Ixis, filiale de la Caisse des Dépôts, est cédée à la Caisse d’Epargne.

Nous sommes ici au coeur du capitalisme financier français: la banque dépend du pouvoir politique, qui dispose, pour agir, de bras armés comme la Caisse des Dépôts. Les rapprochements, les interventions financières, les décisions, se prennent dans un discret écheveau où s’entremêlent les moquettes épaisses des sièges bancaires parisiens, les tapis persans de la République, les ors ministérielles et les salles à manger des directoires.

Quand, en 2005, la Caisse d’Epargne décide d’entrer en bourse, le même scénario se reproduit. La Caisse des Dépôts, pour le compte du gouvernement, surveille les opérations qui ont, de toute façon besoin de la validation finale de Christian Noyer, gouverneur de la banque de France.

De façon assez amusante, tous les protagonistes de l’affaire de 2009 qui vaut à Pérol de comparaître aujourd’hui sont encore et toujours les acteurs actuels du système financier français. Tous ou presque sont inspecteurs généraux des finances. Tous ont un pied dans la fonction publique et un pied dans la banque.

Tout l’enjeu de Pérol consiste à prouver, pour se disculper, que ce petit monde se retrouve ensemble par hasard et ne dispose, bien entendu, d’aucun pouvoir de décision. « Vous comprenez, Monsieur, nous n’avons pas les manettes…. »

Les petits marquis, sherpas du président de la République

Donc… en 2009, François Pérol est secrétaire général adjoint de l’Elysée. Il est l’homme des sauvetages d’entreprise. La crise de 2008 a frappé. L’univers BPCE comme l’univers Natixis sont vérolés par des placements douteux et l’ensemble est menacé de faillite. En octobre 2008, le président de BPCE, Charles Milhaud, a dû partir après 750 millions d’euros de pertes irrégulières. Il faut dire que Milhaud est juste franc-maçon notoire, mais pas inspecteur des finances: une qualité qui ne lui permettrait pas d’échapper à la punition quand, pour 50 milliards perdus par Kerviel, l’état-major de la Société Générale jouera aux victimes innocentes.

En tout cas, les banques françaises vivent un moment très difficile, et le pire est à craindre. Mais les états-majors de BCPE et de Natixis ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une fusion. Comme l’a expliqué Claude Guéant vendredi:

« Il faut se rappeler qu’à l’époque, le président de la République est complètement immergé dans cette lutte pour sauver la finance européenne. Il me semble normal qu’il soit informé [des difficultés des Caisses d’épargne] et qu’il s’en empare. Il a considéré que le sort de deux établissements populaires méritait son attention active. » Il ajoute même, un peu plus tard : « A un moment, il faut un point de cristallisation, on était toujours sans solution, il y a quelqu’un qui a pris cette responsabilité, c’est le président. » (…)

A la fin des débats, le tribunal devra dire si M. Pérol est intervenu d’une manière ou d’une autre sur le dossier et s’il doit être condamné pour prise illégale d’intérêts. « Le sujet était d’une telle importance que personne n’aurait compris que le président ne s’en occupe pas », redit simplement Claude Guéant.

Assez naturellement, Nicolas Sarkozy finit par trancher: c’est Pérol qui prendra la tête du nouveau groupe. Guéant explique:

« Le président de la République lui-même a beaucoup hésité, poursuit-il. François Pérol était pour lui un collaborateur extrêmement précieux. Mais il fallait sauver les deux établissements bancaires. »

Ainsi se prennent les décisions bancaires en France: dans les salons de l’Elysée, à partir du vivier de fonctionnaires qui grenouillent dans les allées et les secrets du pouvoir qu’on appelle les cabinets.

Quand les petits marquis jouent aux concierges

Lors de l’ouverture de son procès, François Pérol a pourtant nié le rôle décisionnel des membres de cabinet, et c’est ici qu’on s’amuse follement.

« Mon métier à moi, c’est de savoir traiter les solliciteurs », a répondu François Pérol. « Je n’ai rien à leur donner, mais je les reçois », a-t-il ajouté. « Ça ne fait pas de moi une autorité décisionnelle. » (…)

Pour un peu, on confondrait le secrétaire général adjoint de l’Elysée avec l’huissier chargé de recevoir les invités.

Le lendemain, Pérol ajoute:

« A l’Elysée, en période de crise, nous sommes le relais des décisions qui sont prises par la ministre des Finances (Christine Lagarde, NDLR) », a-t-il déclaré mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Si « la décision politique d’aider ou non les banques » a effectivement été prise par le président de la République – et fait l’objet d’un avis de sa part -, le dispositif technique et les modalités de sa mise en oeuvre ont, eux, été décidés par Bercy, assure François Pérol.

Bien sûr, mais comme le relève le tribunal, le rôle de l’Elysée semble être allé un peu plus loin que le simple « suivisme » dont parle Pérol:

Le 10 novembre, François Pérol a reçu successivement à l’Elysée les dirigeants de la Banque fédérale des banques populaires et de la Caisse nationale des caisses d’épargne (CNCE), deux jours avant la signature de l’accord d’ouverture des négociations qui posera les jalons de leur rapprochement.

Une « coïncidence des dates » relevée par le président d’audience, qui a demandé si les dirigeants étaient venus chercher auprès de lui « l’imprimatur » de l’Elysée.

« Qu’ils l’aient interprété de telle ou telle manière, je ne sais pas », a répondu François Pérol. « Mon devoir était de relayer un message.

Un petit télégraphiste, au fond…

Les petits marquis se tiennent tous par la barbichette

Dans la minoration héroïque de son rôle, qui est si peu crédible qu’elle apparaît comme un morceau de bravoure, François Pérol a reçu un soutien chaleureux qui rappelle l’étroite imbrication d’intérêts entre les petits marquis qui tiennent la Cour. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et jamais avare d’une petite phrase burlesque, a par exemple affirmé à la barre:

Avant lui, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, avait aussi dédouané François Pérol, assurant qu’il n’avait jamais reçu « d’instruction » de la part des pouvoirs publics sur l’aide à apporter aux banques.

L’idée de relancer le processus de mariage entre les deux groupes est sortie de ses propres services et non d’une « impulsion politique », avait-il ajouté.

« Déontologiquement, je n’ai pas eu le sentiment qu’il y avait un problème (avec la nomination de François Pérol), sinon je lui aurais dit », a encore déclaré Christian Noyer.

Evidemment, le gouverneur de la Banque de France ne voit pas en quoi il y avait un problème… Et comme Noyer sent bien que la théorie du secrétaire général adjoint guère plus influent que le concierge ou le chauffeur de service est difficile à défendre, il ajoute:

Mais « tout ce que nous avons élaboré techniquement a été repris par le ministère des Finances. »

Bien sûr, la fusion s’est faite entre la Banque de France et Bercy, et le spécialiste historique du dossier devenu depuis lors secrétaire général adjoint de l’Elysée, se contentait de prendre des notes.

Pour le tribunal, en tout cas, le délibéré ne sera pas simple. Le cas Pérol est en effet emblématique du rôle des cabinets dans la technostructure française: jamais expliqué, toujours opaque, il va falloir pourtant l’éclaircir…

Taxis: la protection sociale au coeur de la guerre

Sans qu’on n’y prenne vraiment garde, la protection sociale est devenue le point de crispation du conflit entre les taxis « officiels » et leurs concurrents recrutés par Uber. De façon très emblématique, ce sujet apparaît de plus en plus comme le coeur d’une crispation des activités traditionnelles face à la nouvelle économie.

Les charges sociales au coeur de la concurrence déloyale

D’une manière générale, les chauffeurs de taxi dénoncent la concurrence déloyale qui leur est faite par des chauffeurs qui ne sont soumis à aucune forme de taxation ni de contribution sociale sur leurs transactions.

Dans ce plaidoyer contre la déloyauté de la concurrence, le prix de la protection sociale occupe une place essentielle, les taxis étant soumis à une TVA de 10%. Les chauffeurs de taxi reprochent aux chauffeurs envoyés par Uber de pouvoir pratiquer des prix bas faute de charges à payer.

De façon très significative, l’absence d’assujettissement de l’économie collaborative à la protection sociale bouleverse le modèle économique traditionnel.

La question des licences de taxi

La question des charges n’est en réalité que la face émergée de l’iceberg. Plus profondément, l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché du transport urbain individuel de voyageurs déstabilise la logique économique traditionnelle du secteur. Celle-ci était fondée sur un numerus clausus garanti par un mécanisme de licences cessibles à titre onéreux. Avec le temps, ces licences ont pris énormément de valeur: 80.000 euros à Lyon, plus de 200.000 euros à Paris.

Peu à peu, la licence s’est transformée en épargne retraite pour les artisans taxi: pour acquérir la licence, il faut s’endetter. La revente finale au moment du départ à la retraite permet de récupérer un capital équivalent à une assurance vie. C’est ce mécanisme qui explique l’exacerbation des passions aujourd’hui: les artisans qui sont encore en phase d’acquisition de leur licence comprennent que l’arrivée de nouveaux concurrents va « écraser » le montant du capital de sortie et constituer une moins-value nette dans la durée.

En réalité, la violence des affrontements dans les rues, hier, trouve d’abord son origine dans la confusion très française entre une mécanique de licence et un système professionnel d’épargne-retraite.

Le premier conflit social contre une application Web

Signe des temps, le mouvement des taxis constitue une première historique: les chauffeurs de taxi demandent en effet la disparition d’une technologie… Le symbole est fort. Il constitue un tournant dans notre histoire sociale en soulignant que nous atteignons une limite: la révolution numérique est entrée dans la vie quotidienne, et elle perturbe désormais le fonctionnement traditionnel de nos relations sociales.

C’est un précédent. Ce n’est probablement pas une fin…

A la clé, c’est le financement de la protection sociale qui est en jeu.

République des petits marquis: deux nouveaux sauvetages

Si François Hollande peine à inverser la courbe du chômage pour le commun des salariés, il se montre beaucoup plus efficace pour le cercle ferme des anciens élèves de la promotion Voltaire.

Le sauvetage en eaux douces de Claude Revel

La presse s’est largement fait l’écho de la nomination de Claude Revel comme conseillère de la Cour des Comptes en service extraordinaire. Outre que cette nomination revient à un ultime voyage vers le cimetière des éléphants administratifs sans possibilité de retour, elle comporte certaines conséquences qui adoucissent la potion létale: émoluments à 15.000 euros (nets) par mois, absence complète de travail à fournir et disponibilité horaire totale pour… les loisirs.

Un tel traitement inhumain fait suite à une autre violence qui fut faite à l’intéressée: sa nomination, en 2013, en qualité de déléguée interministérielle, en remplacement d’Olivier Buquen qui fut nommé par Sarkozy. Déjà, à l’époque, ce traitement réservé à une « ex » de la Voltaire avait fait jaser et avait nourri le sentiment d’une politique de placement proche du népotisme.

Le sauvetage en eaux troubles de François Morlat

La presse s’est moins étendue sur le sort de l’ancien directeur général du Crédit Immobilier de France, François Morlat, autre ancien de la Voltaire. Après la faillite du CIF, François Morlat est demeuré directeur général de la structure dédiée à la gestion du « run-off ». Le Crédit Immobilier conserve en effet la gestion des prêts accordés par le passé, soit un actif d’1 milliard d’euros environ, qui suscite les appétits.

Certains se sont plaints des conditions dans lesquelles l’intéressé avait géré ce magot et le principe de son licenciement a été acté en avril. Il semblerait toutefois que Michel Sapin, autre ancien de la Voltaire, n’ait manifesté qu’un engouement limité pour cette opération et ait bloqué pendant plusieurs semaines la décision officielle de rupture du contrat de travail.

Reste à savoir ce qui sera proposé à l’intéressé dont la santé ne paraît pas, par ailleurs, excellente.

Protéger ses amis, un attribut du pouvoir régalien

Une fois de plus, on retrouve ici l’habitude acquise dans la fonction publique d’intervenir « politiquement » pour soutenir des amis en dehors de tout critère de compétence. Ce biais, caractéristique des petits marquis, est particulièrement fort pour la promotion Voltaire, et il se murmure que les mêmes réflexes sont pris pour la promotion Seddar Senghor.

Epinglé dans l’affaire Agnès Saal sur ce même propos: la protection « rapprochée » accordée à des amis, qu’ils aient fauté ou non, le gouvernement devrait pourtant se méfier. La politisation des carrières dans la haute fonction publique est un symptôme parmi d’autres du déclin de l’esprit public et de l’intérêt général. Motif régulier de grief citoyen contre la gouvernance en vigueur dans le pays.

Pourquoi les profs sont-ils si mal payés?

Interview parue sur Atlantico.
Voici le texte d’une interview consacrée aux profs, publiée par Atlantico ce matin.

En France, 6,1% du PIB est alloué à l’Education nationale, classant la France devant l’Allemagne, l’Autriche ou le Japon. Comment sont concrètement investis ces 145 milliards d’euros annuels ? Quels sont les principaux postes de dépenses ?

Dans ce chiffre, vous intégrez l’ensemble des dépenses d’éducation, qu’elles soient publiques ou privées. On oublie trop souvent que l’Etat ne représente qu’une grosse moitié de ces dépenses, et les collectivités locales un quart. Le reste est partagé entre les familles… et les entreprises, qui financent, par exemple avec l’apprentissage, l’effort éducatif français. Les entreprises mettent quand même un ticket de 15 milliards annuels dans cet effort. Ce n’est pas rien. La plus grande partie de la dépense est absorbée dans la masse salariale des enseignants et des innombrables personnels qui tournent autour des enseignants. En gros, pour quatre enseignants, il faut compter un administratif ou un agent chargé de la vie périscolaire: les cantines, l’entretien des bâtiments, l’animation. La France doit probablement être le pays industrialisé où la paperasserie et la bureaucratie sont aussi présents dans le système éducatif. La machine éducative française, avec son obsession des règles, a multiplié les procédures et les usines à gaz incompréhensibles. Ce grand système de brassage des populations appelé le « mouvement » des enseignants, c’est-à-dire leur mobilité géographique sur le territoire, absorbe par exemple une énergie et une masse salariale colossales. 

Les professeurs français font pourtant partie de ceux qui sont le moins bien payés de l’OCDE – et gagnent 72% du salaire des actifs français ayant un diplôme équivalent. Comment expliquer qu’un si gros budget n’assure pas de meilleurs rémunérations ?

Pour deux raisons. La première tient au temps de travail. Avec des vacances scolaires de quinze jours toutes les sept semaines et des obligations horaires réduites, les enseignants français ont fait le choix du temps de loisir au détriment de la rémunération. Deuxièmement, les enseignants français sont, par élève, beaucoup plus nombreux qu’à l’étranger. Cette particularité française explique que, pour une masse salariale égale, il faille payer beaucoup plus d’enseignants en France qu’à l’étranger. Ce problème provient du manque de polyvalence des enseignants. Par exemple, il est courant qu’à l’étranger un même enseignant enseigne l’anglais et l’allemand ou le français et l’italien, ou l’histoire et la géographie. En France, ce principe de la bivalence n’est pas accepté. On enseigne la physique ou la biologie, mais pas les deux. On enseigne la philosophie ou les lettres, mais pas les deux. Forcément, cette absence de bivalence oblige à recruter beaucoup plus. Pourtant, au collège par exemple, on voit mal pourquoi cette bivalence n’existe pas. Elle entraîne de fait un renchérissement de la masse salariale qui se traduit par une conséquence simple: une politique salariale malthusienne dont les enseignants sont victimes. 

Ce paradoxe n’est en rien neuf : est-il insoluble ? Face à quels blocages culturels fait-on face ?

Sur le cas de la bivalence, c’est un véritable serpent de mer. Chaque fois qu’un ministre a essayé de l’introduire, il a dû affronter le conservatisme des filières universitaires qui forment les futurs enseignants. On oublie trop souvent que l’offre éducative dépend de la capacité des universités à préparer le vivier des candidats aux concours enseignants. Pour pouvoir recruter un enseignant, il faut en effet qu’il y ait un candidat (si possible compétent) au concours de recrutement. Vous ne pouvez donc pas penser le concours enseignant en dehors de l’offre universitaire. Allons plus loin: l’offre universitaire dicte largement le contenu des concours enseignants. L’affaire des langues anciennes au collège en est le meilleur exemple: supprimer ou réduire la place du latin et du grec au collège, c’est réduire le nombre de recrutements en langues anciennes. Et par conséquent tuer très rapidement les trois quarts d’unité de langues anciennes dans les unités françaises. Dans beaucoup d’universités comme à Reims, Clermont-Ferrand, ou Caen, on compte depuis de nombreuses années plus d’enseignants que d’étudiants en langues anciennes. Si vous diminuez de moitié ou des deux tiers les places au CAPES ou à l’agrégation dans ces disciplines, vous supprimez purement et simplement ces unités d’enseignement dans ces universités-là. Pour préserver l’emploi dans les universités, cela fait des années que l’on maintient artificiellement des enseignements marginaux au collège. 

Quels autres postes devraient voir leur financement repensé ?

L’éducation nationale devrait utilement s’interroger sur ce que j’appelle la pédostructure, c’est-à-dire la masse de personnels non enseignants qui vivent sur le dos de la bête. On en compte 200.000 aujourd’hui. Les rectorats sont par exemple truffés de personnels à la productivité faible mais qui coûtent très cher. La machine a par ailleurs pris le pli de se compliquer la vie. Prenez l’exemple du baccalauréat: la fabrication des sujets représente plusieurs milliers d’équivalents temps plein d’enseignants chaque année. Il faut ensuite recruter des centaines d’administratifs pour organiser l’examen, mobiliser des dizaines de milliers de chefs d’établissement, de surveillants, de correcteurs, pour un « rite de passage » dont l’utilité pédagogique laisse perplexe.

#WikileaksElysée: quelques souvenirs personnels

Elle est bien amusante, cette affaire de #WikileaksElysée, où l’on fait mine de découvrir que les services secrets américains passent toutes les conversations au crible. Dans le cas de François Hollande, lui qui s’était déjà fait gaufrer par Closer sur son scooter, on n’imagine de toute façon pas qu’il puisse échapper à la surveillance américaine.

Au-delà de l’anecdote, tout le monde sait depuis longtemps qu’aucune information n’est sérieusement protégée contre l’espionnage.

Je me permets ici de raconter un petit souvenir personnel. Lorsque je faisais mon « stage ENA » en ambassade à Athènes, j’avais eu l’idée de proposer une mission de coopération entre la France et la Grèce sur les nouvelles technologies. J’étais donc entré en contact en téléphonant, depuis l’ambassade et avec le combiné crypté bla-bla bla-bla, à un conseiller du Premier Ministre grec. Ce conseiller était un garçon charmant et m’avait immédiatement accordé un rendez-vous. Il s’appelait Georges Papaconstantinou et le destin a voulu qu’il devienne ministre des Finances sous Papandréou.

Bref, Georges me reçoit amicalement trois jours après mon coup de téléphone. C’est un parfait francophone et francophile. D’une mine amusée, il me dit: « C’est marrant. L’ambassadeur de Grande-Bretagne m’a personnellement appelé hier pour me proposer la même chose que vous ».

Il était évident pour tout le monde que soit les téléphones des services du Premier Ministre grec étaient sur écoute anglo-saxonne, soit les téléphones de l’ambassade de France, soit les deux. Mais aucun déplacement ne passait inaperçu et aucune conversation n’était inconnue.

Quelques semaines plus tard, je devais monter je ne sais plus quelle mission de coopération avec la CIA. J’appelai les bureaux de celle-ci à Athènes. Mon interlocuteur me dit: OK, on vous rappelle, on a une autre communication. Le temps de « checker » ma place dans l’organigramme de l’ambassade, l’Américain me rappelait en proposant de me voir illico.

Cette transparence des services français pour ses puissants alliés faisait et fait partie de la vie quotidienne depuis longtemps. L’affaire #WikileaksElysée a un seul intérêt: elle permet à chaque Français de mesurer le pouvoir d’intrusion que la loi sur le renseignement donnera aux services secrets français. Rien ne leur échappera de notre vie privée.

 

L’angoisse de l’entrepreneur face au droit du travail

Radio Notre-Dame m’invite (ce mardi 23 juin de 18h30 à 19h30) à parler des propositions Lyon-Caen et Badinter sur la refonte du droit du travail, sujet sur lequel j’aimerais revenir en tant qu’entrepreneur. La doctrine selon laquelle le Code du Travail est trop volumineux est en effet bien connue, mais elle ne reflète pas forcément le sujet majeur des entrepreneurs.

L’entrepreneur face à la complexité du droit du travail

Il suffit que l’entrepreneur procède à son premier recrutement pour comprendre qu’il entre tout à coup dans un monde d’une complexité fulgurante. Une fois le contrat de travail signé, une multitude d’obligations s’abat soudain sur le chef d’entreprise, dont il soupçonne peu l’existence: il faut remplir pléthore de documents uniques, acquitter des cotisations dans tous les sens pour la médecine du travail, afficher des tas de papiers mystérieux dans l’entreprise, et entrer dans la mécanique infernale des URSSAF qui veut que, en gros, pour un euro versé au salarié, il faut ajouter un euro au titre de la protection sociale.

L’épaisseur de ces obligations est sans limite, et j’ai coutume de dire aux amis ou collègues ou confrères que je rencontre: les règles sont complexes pour justifier que, dans tous les cas, le chef d’entreprise se fasse aligner pour ses mauvaises pratiques. En réalité, la société française a besoin de se prouver que les entrepreneurs sont des « salauds » et elle les place dans une situation impossible à tenir pour pouvoir arguer du nombre d’infractions qui sont relevées chaque année. C’est bien la preuve que ces gens-là ne sont pas fréquentables.

Quand on veut tuer son entrepreneur, on dit qu’il a la rage… C’est pourquoi chaque année les parlementaires inventent de nouvelles règles à appliquer, dont la seule utilité est de prouver que les entreprises n’en font jamais assez pour l’intérêt général.

De ce point de vue, la mise en place de la perception de l’impôt à la source constituera à coup sûr un nouveau raffinement dans la torture. Décidée pour des raisons politiques, elle servira sans doute les politiques, mais elle n’apportera rien de bon ni aux salariés ni aux chefs d’entreprise.

Le patronat, premier ennemi de l’entrepreneur

Curieusement, toutes ces complexités sont au fond subalternes par rapport à l’angoisse qui m’a prise lorsque, pour la première fois de ma vie, j’ai dû appliquer une convention collective à un salarié: comment le positionner en termes de coefficient ? à quoi ce coefficient correspondait-il ? à quoi cela m’engageait-il?

Ce jour-là, personne ne m’a expliqué le lien entre le coefficient et l’accord fondateur de l’AGIRC. L’explication se trouve pourtant là: le contrat de travail d’un cadre (je ne recrute que des cadres) sert à positionner le salarié sur les grilles de cotisation de l’AGIRC, ce qui emporte tout un tas de conséquences notamment dans le domaine de la protection sociale complémentaire. En particulier, un accord collectif doit préciser, dans les catégories objectives qu’il retient, la place des cadres recrutés à un niveau de coefficient inférieur à 300.

Vous le saviez?

C’est effrayant, n’est-ce pas? Et tout de suite vous vous dites: quel cerveau malade, quel esprit de fonctionnaire, a bien pu inventer une mécanique aussi hermétique et incompréhensible pour le commun des mortels? Même moi qui fut en mon temps administrateur de l’AGIRC et de l’ARRCO j’en suis resté scotché. Jusque-là, j’avais toujours abordé l’exercice par le biais de la réglementation et de la synthèse budgétaire. Le jour où j’ai dû sortir mon stylo pour rédiger un contrat de travail et mon chéquier pour payer le salarié, j’ai compris mon malheur.

Qui a inventé tout cela? Le législateur, les fonctionnaires? non! les partenaires sociaux, patronat compris.

Et soudain, j’ai mesuré que le patronat pouvait être le premier ennemi de l’entreprise.

L’entrepreneur et le droit du travail conventionnel

Car, à l’usage, la première complexité du droit du travail ne vient pas de la loi, mais des textes inépuisables pratiqués dans les branches professionnelles, qui constituent souvent une impressionnante littérature concoctée par les mouvements patronaux loin des entreprises. Dans le cas du salaire des cadres, de ses contraintes innombrables, la lourdeur est colossale et entièrement imputables aux partenaires sociaux eux-mêmes.

Cette complexité conventionnelle qui se surajoute à la complexité législative rappelle bien l’inclination française pour les règles et les protections contre la concurrence qui en découlent. Inclination partagée par de nombreux mouvements patronaux.

On aimerait que Lyon-Caen et Badinter s’y intéressent, car le grand leurre est de croire qu’en dégonflant la baudruche du code du travail, le problème sera réglé. Rien ne serait pire que de supprimer les textes législatifs pour les remplacer par une littérature conventionnelle tout aussi abondante mais de moindre qualité.

 

Migrants: Sarkozy est aussi responsable de la « fuite d’eau »

Les arrivées massives de migrants qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie souligne l’incohérence de la politique étrangère menée par Nicolas Sarkozy et les risques d’une Europe germanocentrée qui tourne le dos à la Méditerranée.

Les migrants, victimes d’une Europe germanocentrée

Si l’Europe apparaît aujourd’hui comme débordée par les flux migratoires venus de Méditerranée, elle ne le doit qu’à elle-même! Depuis le traité de Maastricht, son seul pôle d’intérêt est l’élargissement à l’Est. Au mépris du bon sens, l’Union a intégré une multitude d’États dont la seule utilité était d’apporter, grâce à la politique de Schengen, une main-d’oeuvre bon marché et indo-européenne à l’Allemagne, tout en offrant de nouveaux débouchés aux produits allemands.

Grâce à cette politique, l’Allemagne a boosté sa croissance: les réformes Harz ont permis de maintenir la main-d’oeuvre slave ou prussienne qui a inondé son marché du travail à des tarifs lui permettant de revendre pas cher aux pays d’origine les produits que les émigrés sont venus fabriquer en Allemagne. Volkswagen, par exemple, a abondamment profité de ce système qui a permis à l’Allemagne de gagner facilement, en reconstituant son Lebensraum, une guerre économique qui a contribué à désindustrialiser la France.

Pendant ce temps, l’Allemagne torpillait, avec la complicité des gouvernements naïvement europhiles en France, le partenariat euro-méditerranéen, qui aurait pu compenser l’expansion à l’Est. On en mesure les conséquences aujourd’hui: alors que la France aurait dû imposer la Méditerranée comme sphère de co-prospérité à l’Europe, l’Allemagne a imposé une relation privilégiée avec son glacis oriental et ce sont ces pays qui ont profité de la manne européenne.

Conséquence: la Méditerranée est devenue un cloaque rongé par la misère.

L’aberrante politique méditerranéenne de Nicolas Sarkozy

Dans cet abandon vieux de vingt ans de nos intérêts stratégiques, Nicolas Sarkozy, quoiqu’il en dise, occupera une place à part par l’intensité de son action.

C’est lui qui a activement mis la main à la pâte d’une destruction en règle du régime de Khadafi en Libye. L’histoire nous dira un jour quelle turpitude cet activisme cachait. Il n’en reste pas moins qu’il est assez étonnant d’entendre l’un des principaux responsables et acteurs de cette stratégie déplorer aujourd’hui les vagues migratoires qui quittent les côtes libyennes. Ce n’est pourtant pas un hasard si la Libye est devenue une zone de non-droits dont les passeurs de tous bords tirent des profits scélérats.

Nicolas Sarkozy s’est aussi illustré par ses amours avec le Qatar et les pétromonarchies du Golfe, qui continuent à lui payer des conférences à prix d’or. Ces mêmes pétromonarchies ont largement financé l’Armée Syrienne de Libération (ASL) qui, en 2011, a tenté de renverser le régime syrien, allié historique de la France, par la force. L’Arabie Saoudite, avant cette époque, a soutenu financièrement l’État islamique en Irak, dont les faits d’arme sont aujourd’hui bien connus.

Les conséquences de ces choix funestes sont évidentes. Plus de 3 millions de Syriens (plus de 10% de la population) ont fui leur pays et beaucoup cherchent refuge en Europe, notamment en France, en raison des liens historiques tissés entre la Syrie et la France. Cette fuite massive n’est pas venue du ciel: elle résulte d’une politique en rupture avec la politique arabe historique de la France, menée par Nicolas Sarkozy.

Reconstruire un espace de co-prospérité autour de la Méditerranée

Les politiques européens, Sarkozy en tête, mentent effrontément quand ils font croire que la solution au problème des flux migratoires qui commencent à submerger l’Europe repose sur un isolationnisme. Ce n’est pas parce qu’on se met les mains devant les yeux que les problèmes disparaissent. Nicolas Sarkozy le sait très bien.

Le déséquilibre migratoire auquel nous assistons tient d’abord à la rupture introduite dans la politique méditerranéenne de la France après le traité de Maastricht. L’obsession du couple franco-allemand et le suivisme français vis-à-vis de l’impérialisme prussien ont semé les germes des fruits amers que nous goûtons aujourd’hui: les plombiers polonais ont remplacé les plombiers tunisiens, les fonds de développement ont profité aux Tchèques, aux Baltes, aux Hongrois, au lieu de permettre un développement harmonieux dans les pays balayés depuis lors par des révolutions.

De façon très symptomatique, les pays méditerranéens qui ont échappé à ces révolutions sont des pays avec lesquels la France a conservé des relations privilégiées: l’Algérie, le Maroc, le Liban.

L’Europe ne règlera le problème migratoire venu de Méditerranée qu’en ayant une politique assumée de co-prospérité avec les pays dont elle a voulu l’affaiblissement politique. Le vide que nous y laissons y a fait le jeu des islamismes de tous poils (j’y inclus la folie saoudienne ou la folie qatarie), dont nous payons désormais le prix fort.

Nicolas Sarkozy, dont Carla Bruni disait, dans sa chanson rappelée un peu plus haut,  » qu’il vient d’ailleurs » et qu’il est « un Juif hongrois de Salonique », le sait très bien: la France paie son cher son isolationnisme méditerranéen.

Waterloo: en finir avec l’Europe de 1815

A Waterloo, il y a 200 ans jour pour jour, l’armée impériale perdait une bataille sur un coup de dés (la perte de Grouchy dans le brouillard brabançon, qui permit à Blücher de sauver la mise de Wellington). Cette bataille était aussi une guerre capitale: depuis 200 ans, l’Europe vit sur les conséquences de cette journée funeste, et du congrès de Vienne qui s’en suivit.

Une France injustement amoindrie

Depuis 1815, la place de la France en Europe est minorée, et cette minoration déséquilibre le fonctionnement du continent tout entier. Après l’épisode bonapartiste, la Prusse et l’Angleterre ont en effet deux obsessions: empêcher la France de reconstituer un empire sur le continent, et organiser systématiquement son affaiblissement et son maintien dans une sphère géographique plus étroite que son territoire naturel. D’où l’invention de ces pays absurdes comme la Belgique ou le Luxembourg, qui sont des no-man’s land entre la France et le reste de l’Europe.

Rappelons au passage que ces glacis ont permis à la Prusse de mettre par deux fois, au siècle précédent, la France en difficulté. En 1914, la neutralité de la Belgique permet à l’armée allemande d’avancer rapidement sur le flanc nord du pays. En 1940, le refus du traître Léopold III, roi des Belges, d’une avancée préventive de l’armée française sur son sol permet à la Wehrmacht de désorganiser la résistance française.

On ne peut pas comprendre l’Europe du traité de Rome et de l’Acte Unique, si l’on n’a pas en tête cette stratégie d’affaiblissement systématique de la France, au profit de ce qui est devenu l’Allemagne, et du Royaume-Uni.

La Prusse, vraie vainqueur de Waterloo

Après Waterloo, une puissance s’affirme en Europe: la Prusse, qui profite de l’affaiblissement de la France pour absorber les territoires germanophones que la France n’a plus la force d’influencer. C’est ainsi que naît l’Allemagne, par phagocytage progressif des anciennes principautés allemandes.

Cette politique du Zollverein (qui obéit à une logique d’intégration progressive qui commence par une suppression des frontières… comme c’est bizarre, cela rappelle l’Union Européenne…) permet à la Prusse de proclamer en 1871, à Versailles, la naissance du Reich, qui court de la Pologne jusqu’au Rhin. Cette naissance funeste a produit des conséquences bien connues: deux guerres mondiales, un total de 70 millions de morts, et des traumatismes collectifs massifs depuis l’Oural jusqu’aux Pyrénées.

Avec intelligence, les alliés ont démantelé le monstre prussien entre 1945 et 1991: cette mise en suspens a offert au monde industrialisé 45 années de paix.

Vingt ans après la réunification allemande, les effets de la politique du Lebensraum menée avec détermination depuis lors (élargissement de l’Europe vers l’Est au pas de charge, imposition d’une politique monétaire au service de l’Allemagne, abandon des relations avec la Méditerranée,…) a déjà produit des conséquences cataclysmiques. Le bassin méditerranéen devient un champ de ruines et de misère (Syrie, Libye, révolutions arabes) qui provoque des vagues de migrations sans précédent. L’Ukraine est en guerre avec la Russie, la Hongrie pose un mur sur sa frontière serbe, la Grèce est au bord de l’implosion.

Jusqu’où ira la Prusse?

Sortir de l’Europe de 1815

Il est urgent de réviser les frontières de 1815 et de redonner à la France la place qu’elle mérite en Europe. Seule la France, historiquement, est porteuse d’une vision de l’Europe qui garantisse un équilibre satisfaisant entre les peuples, et qui soit productrice d’une paix durable sur le continent.

Les principes de cette vision sont simple: une relation privilégie avec le Rheinland (Rhénanie, Palatinat, Bade-Wurtemberg, Bavière) qui fait partie de notre sphère naturelle d’influence, une co-prospérité autour de la Méditerranée, une politique monétaire souple qui permet aux pays sans spécialisation industrielle de développer un commerce extérieur suffisant pour garantir la prospérité, une relation d’estime et de respect avec la Russie.

Faute de renforcer la place de la France en Europe, en revenant à l’état connu en 1805, l’Europe implosera.