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Auteur : Eric Verhaeghe

Macron affronte l’Europe de l’Est en mode bobo

Emmanuel Macron a donné une leçon bobo à la Pologne et à la Hongrie en leur rappelant que l’Europe n’est pas un supermarché où on prend ce qui nous intéresse et où on laisse ce dont on n’a pas envie. Le Président vise notamment la prétendue frilosité de la Pologne ou de la Hongrie sur la question des migrants. Les intéressés ont réagi sèchement.

On peut égrener sans fin les poncifs bobo sur l’Europe: elle a garanti la paix sur le continent depuis 1945 (tout le monde ayant oublié l’OTAN et sa capacité de dissuasion face à l’URSS), elle garantit la prospérité (tout le monde évitant de remarquer que la performance de la zone euro est inférieure à celle de l’UE 28), et elle doit accueillir des réfugiés venus de Méditerranée. Macron a sacrifié à ces poncifs en tançant vertement la Pologne et la Hongrie.

Europe bobo, Europe occido-centrée

Tous ceux qui partagent l’étrange culpabilité de l’Europe bienpensante vis-à-vis des réfugiés applaudiront, bien entendu, à cette sortie fracassante qui vise notamment la résistance farouche opposée par le groupe de Visegrad à la politique européenne de « relocalisation » forcée des réfugiés. Depuis de nombreux mois, la Pologne et la Hongrie mènent une véritable campagne de refus contre l’intention, portée par l’Allemagne, de « placer » de force des migrants dans ces pays.

Dans la vision bobo du monde, dont Macron se fait l’écho, cette résistante procède évidemment d’un racisme profond et n’est pas acceptable. Donc, il faut l’éradiquer.

Ce faisant, Emmanuel Macron reprend à son compte une compréhension à courte vue, essentiellement occido-centrée. C’est le triomphe du boboland.

Les migrations vues de Hongrie et de Pologne

Du point de vue de la Hongrie et de la Pologne, le problème des réfugiés se pose en effet de façon très différente.

Côté Pologne, la leçon sur les migrants ne peut qu’être mal vécue. En effet, le conflit en Ukraine a beaucoup pesé sur la solidarité des Polonais. On parle d’un million de réfugiés ukrainiens qui se seraient installés en Pologne.

Ce million de réfugiés portés par la seule Pologne n’a pas beaucoup inspiré de tristesse ni de culpabilité à l’Europe de l’Ouest. Disons même que personne n’en parle. Mais ils expliquent largement pourquoi la Pologne ne se laissera pas faire pour accueillir de nouveaux migrants dont l’Europe de l’Ouest ne veut pas sur son sol.

Côté Hongrie, Macron devrait se souvenir que la pilule est tout aussi amère. Lorsqu’Angela Merkel a ouvert la vanne pour les réfugiés, c’est en effet la Hongrie qui a dû absorber l’essentiel du choc démographique. On a oublié en France que la Hongrie est historiquement la portée d’entrée du continent quand on vient des Balkans. Les colonnes de réfugiés venus de Grèce en marche pour l’Allemagne se sont toutes échouées en Hongrie, sans que l’Europe ne se mobilise vraiment pour aider la Hongrie à affronter un phénomène inconnu en Europe depuis 1945.

L’égoïsme de la bonne conscience bobo risque de laisser des traces

Dans cet ensemble, la vision occido-centrée risque donc de laisser des traces. Pour la Hongrie ou la Pologne, recevoir des leçons de solidarité de la part de pays qui sont loin d’être exemplaires ne devrait pas contribuer à rehausser une adhésion spontanée à l’Europe proposée par Bruxelles.

Avec ses campements à Calais, avec les images de réfugiés bloqués à la frontière italienne, avec un très faible nombre de réfugiés accueillis sur notre sol, Macron prend la tête d’une croisade qui risque de lui revenir méchamment dans la figure. En quoi la France prend-elle plus sa part que la Hongrie ou la Pologne?

Si Macron veut être crédible vis-à-vis de ses collègues, il devra tôt ou tard accepter une vague de réfugiés sur le sol français. Et rien n’exclut que la réaction ordinaire, y compris au sein de son électorat, soit virulente.

Les réfugiés en Europe avant la vague de 2015

Gouvernement Philippe, gouvernement profond décomplexé?

Avec le départ de Bayrou et des ministres MODEM, le gouvernement Philippe a perdu ses dernières figures « politiques » et connues. L’équipe du gouvernement Philippe II est une énumération de technocrates. Macron dévoile désormais sans complexe sa crispation sur le gouvernement profond.

Macron avait annoncé, durant la campagne, qu’il ferait appel aux meilleurs dans son gouvernement. Il y avait plusieurs façons (non exclusives l’une de l’autre) de comprendre cette intention. D’un côté, il s’agissait, bien sûr, de renouveler l’action politique en favorisant l’émergence de figures compétentes mais non issues de la classe politique. De l’autre, ce renouvellement consacrait un phénomène moins immédiatement compris mais qui définit ce qui est train de se passer: le triomphe du gouvernement profond.

Gouvernement profond, gouvernement par la technostructure

Tous les pays industrialisés sont logés à la même enseigne: par-delà les institutions démocratiques, il existe une ou plusieurs classes sociales qui tendent à monopoliser le pouvoir et à orienter à leur profit les décisions publiques. En France, ces classes sociales, qui ont largement parié sur Emmanuel Macron et ont assuré son élection (notamment par un soutien médiatique), s’appuient ordinairement sur une technostructure. Celle-ci est à la fois l’émanation des classes dominantes et leur cheville ouvrière.

La Vè République a longtemps brandi un paravent plus ou moins flexible devant cette coalition d’intérêts. Ce paravent s’appelait la classe politique. L’entreprise de renouvellement menée par En Marche a consisté à le faire voler en éclat.

On comprend aujourd’hui que l’enjeu d’Emmanuel Macron n’est pas de le remplacer immédiatement par un autre paravent d’illusions, mais plutôt de mener des réformes présentées comme structurelles avant de reconstituer une classe politique en soi. Pour ce faire, il a besoin d’une phase où la technostructure reprend ouvertement le pouvoir et prend les décisions qui lui conviennent ou qui la servent.

Il ne faut pas interpréter autrement la longue liste d’inconnus qu’Alexis Kohler a égrenée hier sur le perron de l’Élysée. Elle témoigne d’un jeté bas de masque et d’une reprise en main directe de l’appareil d’État par ceux qui en ont l’usage le plus intéressé.

Quel est le projet politique de la technostructure?

Sans surprise, c’est au nom de l’intérêt général que ce resserrement des élites est pratiqué. L’argumentaire pour justifier cette opération est bien connu: la classe politique est incapable de réformer efficacement le pays. Il faut donc la remplacer par des gens compétents capables de moderniser le pays.

Toute réaction nobiliaire s’appuie toujours sur le même bréviaire, sous une forme ou sous une autre. Sous Louis XVI, l’éviction des « bourgeois » par la vieille aristocratie incompétente s’était appuyée sur les mêmes ressorts illusoires. C’est en effet un mensonge propagé par la technostructure que de rejeter en bloc sur les élus du peuple la faillite du système sur le dos duquel elle vit; comme la vieille noblesse s’était menti, dans les années 1770, en prétendant que les difficultés du Royaume tenaient à l’infiltration de l’intérêt général par ceux qui exerçaient des professions mécaniques.

Mais, pour la technostructure, qu’est-ce que l’intérêt général sinon l’expression de ses propres intérêts? On l’a vu avec l’affaire Ferrand, où un dirigeant de mutuelle (réputée appartenir à l’économie sociale et solidaire) ne voit pas d’obstacle à se constituer son patrimoine personnel avec l’argent de ses adhérents (puisque le mot « client » n’a pas cours dans cet univers). On le verra avec Agnès Buzyn, médecin qui trouve normal d’imposer 11 vaccins obligatoires dont un vient d’être reconnu à l’origine d’une sclérose en plaques par la Cour de Justice de Luxembourg – le même médecin fut un temps rémunéré par le principal fabricant de vaccins en France.

« L’intérêt général, c’est moi! » proclame le technocrate, et on ne tardera pas à comprendre que l’intégration de la société civile dans le gouvernement ordinaire nourrira abondamment la chronique de ces déviances.

L’intérêt général reste donc à réinventer

Ce que l’équipe d’inconnus s’apprête à démontrer aux Français, c’est qu’elle est effectivement porteuse d’un projet de renouvellement, mais que les objectifs de ce projet sont loin d’être en accord avec la majorité des Français. Même si Macron profite d’une embellie dont il ne sera pas le géniteur, il aura du mal à dissimuler les déceptions que la technocratie porte en germes.

Passe encore sur les ordonnances qui susciteront des animosités mais dont l’échéance était annoncée depuis longtemps. C’est l’ensemble des politiques publiques qui tôt ou tard sera déceptif pour les Français: les mesures qui seront prises seront marquées du sceau d’une certaine efficacité… dont on mesurera la distance qui la sépare d’un projet de société cohérent.

Il ne suffit pas de répéter à tout bout de champ le mot « bienveillance » pour incarner ce qu’on dit. Et il ne faut jamais confondre le sens des bienséances en vigueur dans notre aristocratie avec la bienveillance dont on entend parler tous les jours. Maîtriser les codes de la bonne éducation pour jouer dans la cour du pouvoir n’a jamais suffi à devenir bienveillant.

L’expérience montre et montrera que c’est même souvent le contraire qui se produit.

Retraites: En Marche vers la faillite rapide des comptes sociaux

Le rapport annuel du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a pris des allures d’audit complémentaire à celui de la Cour des Comptes. Loin du triomphalisme affiché en son temps par Marisol Touraine (qui s’était vantée d’avoir terrassé les déficits sociaux), les prévisions montrent que les dix prochaines années seront très difficiles, même en cas de reprise économique.

Dans ce genre d’exercice (celui des prévisions à long terme sur les comptes sociaux), il existe un incontournable: la projection d’une série de scénarios où la croissance, le taux de chômage, la productivité, évoluent de façon différente. Personne n’est jamais véritablement convaincu par les hypothèses ou les combinaisons d’hypothèses retenues. Dans le cas du COR, celles-ci varient d’une croissance à 1% en moyenne pour pousser jusqu’à 1,8%.

L’intérêt des simulations est de montrer que, jusqu’en 2040, dans tous les cas, le régime par répartition, à réglementation inchangée, accusera un déficit important. En dehors de l’hypothèse à 1,8%, le besoin de financement sera d’au moins 10 milliards par an pour les vingt prochaines années. Si la croissance se maintien à 1%, il dépassera les 20 milliards à l’horizon 2025.

Les causes de ce phénomène sont bien connues: la durée de vie à la retraite augmente plus vite que les recettes naturelles du régime.

Une catastrophe pour les retraites à court terme

L’un des intérêts majeurs de l’étude du COR est surtout de montrer que, d’ici à la fin du quinquennat, les retraites seront forcément déficitaires, quel que soit le scénario de croissance qui se produise. Il n’y a donc pas à tortiller, ni à prendre un quelconque pari. Dans tous les cas, Emmanuel Macron sera confronté à une dégradation des comptes sociaux qui l’obligera à réagir pour tenir l’objectif de 3% de déficit dans le cadre des traités.

La dégradation sera même très rapide. Selon le COR, la France se promet un déficit de 10 milliards€ en 2020 si des mesures d’urgence ne sont pas prises.

C’est une très mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron qui avait imaginé pouvoir compter sur un petit répit et n’engager sa réforme des retraites qu’à partir de 2018.

Des solutions difficiles pour le nouveau Président

Dans la pratique, la dégradation des régimes de retraite agit comme une véritable peste: une fois le virus diffusé, il est très difficile de le combattre. Les remèdes à court terme sont en effet peu nombreux, bien connus et pénibles à faire avaler au public.

De deux choses l’une en effet.

Soit Emmanuel Macron retarde l’âge de départ à la retraite… mais cette option sera compliquée à mettre en oeuvre pour un Président qui a annoncé une réforme systémique qui laisserait à chacun le soin de choisir son âge de départ. On voit mal comment d’une main, le Président pourrait promettre un système notionnel où chacun part quand il le souhaite, et d’une autre main expliquer doctement que la traduction immédiate de ce dispositif consiste à repousser l’âge des partants.

Soit le Président adopte la solution déjà discrètement pratiquée par Marisol Touraine: la baisse des pensions. En retardant les indexations d’un semestre, la précédente ministre a en effet pu glaner quelques précieux milliards au détriment du niveau réel des retraites.

Reste, bien entendu, le troisième levier: éponger le déficit par une énième augmentation des cotisations. Mais, dans ce cas, sauf à admettre publiquement qu’il ne renouvelle rien et qu’il déçoit collectivement son électorat, Macron devra trouver des économies sur d’autres sources de financement de la sécurité sociale pour compenser ce sérieux coup de canif à ses promesses.

La difficulté, pour le Président, c’est que le temps va manquer pour finasser. Dès 2019, le déficit devrait repartir en sérieuse hausse.

Programme En Marche

Après plus de vingt ans de réformes successives, le problème des retraites n’est plus un problème financier. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites, qui font référence, le montrent : pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d’envisager l’avenir avec « une sérénité raisonnable » selon le Comité de Suivi des Retraites. L’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d’augmenter la durée de cotisation.
Pourtant, les Français ne savent plus s’ils peuvent se fier à leur système de retraites. Beaucoup, parmi les jeunes notamment, ont perdu confiance. L’opacité des règles conduit à ce que notre système de retraite par répartition, qui est l’expression de la solidarité entre générations, ne fournisse pas à chacun la sécurité qu’il est en droit d’attendre. Ceux dont les carrières sont heurtées ou les font passer par différents statuts – salarié, indépendant, agent public – sont facilement pénalisés. On ne sait si des nouveaux efforts vont être demandés. Chacun a l’impression d’être moins bien traité que d’autres.
Notre projet, ce n’est pas de changer encore une fois tel ou tel paramètre du système de retraites. Il n’est pas de sortir de la répartition. Il est de rétablir la confiance et de construire un système adapté aux parcours professionnels et de vie d’aujourd’hui et de demain. Il est de clarifier et de stabiliser les règles du jeu, une fois pour toutes, en mettant en place un système universel, juste, transparent et fiable, dans lequel chacun bénéficie exactement des mêmes droits.
Notre système restera fondé sur la répartition, qui est l’autre nom de la solidarité entre les générations. Il restera collectif et solidaire. Il continuera à tenir compte de la diversité des carrières, dont certaines sont plus longues ou plus pénibles. Il préservera les avantages sociaux, par exemple ceux qui sont liés à la maternité. Mais il le fera de manière plus transparente et plus juste.

Pourquoi Adam L., fiché S, sera le premier vrai test de crédibilité de Macron sur la sécurité

Où l’on découvre que Djaziri Adam L., auteur de la tentative d’attentat sur les Champs-Élysées, était fiché S et détenteur d’un permis de détention d’armes renouvelé en février 2017 par la Préfecture de l’Essonne. Mais à quoi servent les lois antiterroristes, si les policiers s’en servent pour surveiller les citoyens ordinaires mais pas les terroristes? La réponse est évidemment dans la question.

En arrivant à l’Élysée, Emmanuel Macron a voulu créer auprès de lui une « task force » qui a désormais force de loi. Dans la pratique, donc, le nouveau Président a validé le principe d’une nouvelle strate dans le mille-feuille administratif français, qui lui donne l’illusion du pouvoir et qui lui permet, comme le faisait Mitterrand, d’écouter la vie privée et les secrets d’alcôve de tous les Français directement depuis son bureau.

Et dire qu’on avait pour injonction de voter Macron afin d’empêcher le triomphe du fascisme lepénien…

Pendant ce temps, la lourdeur administrative reste

Sous ces grandes créations policières, la machine reste toujours aussi inefficace au quotidien. La tentative d’attente de Djaziri Adam L sur les Champs-Élysées en témoigne.

L’intéressé est fiché S. En quelques heures, les journalistes sont parvenus à savoir que les voisins s’étaient émus du comportement de l’intéressé:

« On s’était plaint auprès du maire car ils organisaient tous les week-ends de grandes réunions tous volets fermés avec plusieurs dizaines de personnes. (…) Ça a duré pendant plusieurs années, mais ça s’était calmé depuis deux, trois mois », a encore confié la même voisine à l’AFP.

Malgré ces évidentes menaces, l’intéressé a pu s’inscrire dans un club de tir et obtenir un permis de détention, renouvelé par la Préfecture de l’Essonne en février 2017.

En réalité, depuis janvier 2015, c’est-à-dire depuis les attentats de Charlie Hebdo, et malgré l’état d’urgence et un fourmillement de lois antiterroristes, l’administration française continue son travail ordinaire comme si de rien n’était. Aucun fonctionnaire de la préfecture de l’Essonne ne semble vérifier que les détenteurs d’armes appartiennent ou non au fichier S. Ou, si la vérification est faite, personne n’en tire la moindre conséquence utile pour l’intérêt général.

Quelle crédibilité pour Macron dans les semaines à venir?

On le voit, on pourra créer toutes les task force et voter toutes les lois anti-terroristes du monde, si le fonctionnaire du quotidien ne prend pas ses responsabilités, tout cela ne sert à rien. C’est ici que la crédibilité de Macron est en jeu.

Fera-t-il que tous les autres avant lui en cédant au réflexe: un problème, une loi? Ou bien agira-t-il en mettant de l’esprit de responsabilité et d’initiative dans les services publics?

Certes la tâche n’est pas facile car, continument depuis plus de 20 ans, le service public sélectionne ses cadres sur leur incapacité à prendre des responsabilités et des initiatives. On ne reconstruira pas l’esprit public sans brutalité ni sans difficulté.

Mais c’est sur cet enjeu-là que le Président est attendu.

Décret n° 2017-1095 du 14 juin 2017

Le code de la défense est ainsi modifié :
1° A l’article R. * 1122-7, les mots : « coordonnateur national du renseignement » sont remplacés par les mots : « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme » ;
2° La sous-section 3 de la section unique du chapitre II du titre II du livre 1er de la 1re partie devient la sous-section 4 ;
3° Dans cette même section, il est créé une sous-section 3 « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme et centre national de contre-terrorisme » comprenant les articles R. * 1122-8 à R. * 1122-8-2 ainsi rédigés :
« Art. R. * 1122-8.-Nommé par décret en conseil des ministres, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme conseille le Président de la République dans le domaine du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.
« Il coordonne l’action des services spécialisés de renseignement désignés à l’article R. 811-1 du code de la sécurité intérieure, et, en tant que de besoin et pour les seules finalités du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, des autres services de renseignement désignés à l’article R. 811-2 du même code. Il transmet les instructions du Président de la République aux ministres responsables de ces services et s’assure de leur mise en œuvre.
« Avec le concours du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, il rend compte de son activité devant le conseil de défense et de sécurité nationale et devant le conseil national du renseignement. Il prépare les réunions de ce dernier. Il assure le suivi de la mise en œuvre des décisions qui concernent les services de renseignement arrêtées dans ces instances.

Les vraies bonnes raisons de se réjouir du triomphe d’En Marche

En Marche triomphe ce soir, même si ce triomphe est plus limité qu’attendu. Voici quelques bonnes raisons de s’en réjouir. Surtout quand on n’a pas voté Macron aux présidentielles.

Commençons par les mauvaises raisons de se réjouir de ce triomphe. Certains imaginent qu’Emmanuel Macron profitera de cette victoire et que celle-ci aidera directement l’intérêt général. C’est évidemment une erreur magistrale d’interprétation.

En réalité, la victoire d’En Marche est à la fois trop étroite et trop large pour que le Président en retire un véritable bénéfice politique durable. Trop étroite, car elle est loin des 450 sièges évoqués un temps et elle montre que l’électorat a commencé ses premiers repentirs devant la majorité présidentielle. Trop large, car elle donne une majorité absolue au seul mouvement En Marche, qui pourra gouverner sans contradiction.

Commence désormais une période où le principal risque auquel le candidat sera exposé sera de voir sa majorité devenir la caricature d’elle-même. L’image d’une France d’en-haut qui écrase la France d’en-bas risque de prendre forme dès les prochaines semaines.

Personne ne peut d’ailleurs anticiper quelles difficultés, quels conflits sociaux hanteront ce mouvement de caricature.

Les vraies raisons de se réjouir

Non! la vraie raison de se réjouir tient à l’implosion des élites politiques traditionnelles qui ont contribué à enkyster le pays dans le désespoir et dans la haine de soi. C’en est fini de ces boulets appelés Marisol Touraine, par exemple, et quelques autres, qui tiennent depuis des années des discours hors sol et prolongent indéfiniment des politiques qui n’ont pas d’avenir.

On accordera une mention particulière au coup de force mené par Manuel Valls à Évry. L’ancien Premier Ministre jette le masque sur une brutalité anti-démocratique qui illustre bien le mensonge sur lequel la classe au pouvoir a bâti sa fortune.

Au coeur de ce grand nettoyage, la débandade de la droite historique est la meilleure nouvelle qui nous soit arrivée depuis longtemps. Après une campagne lunaire, François Baroin a en effet sapé méthodiquement toutes les chances que la droite parlementaire avait de sauver ses meubles. Face au vide idéologique, En Marche jouait sur du velours. Enfin, cette génération « bien née » portée au pouvoir par Chirac et Sarkozy pour mener une politique godillot, et qui s’est soudain crue sortie de la cuisse de Jupiter, va partir.

Peut-être avant nous enfin une chance d’entamer une autre construction de la France de demain, ni étatiste, ni corporatiste.

Tous ceux qui sont convaincus que les grandes adaptations de la France à son destin ne peuvent passer par des processus fluides se réjouiront pour une autre raison. Avec Macron et la victoire d’En Marche, la France met le doigt dans un processus de décomposition radicale. Ce n’est pas une fin, c’est un début.

Macron n’est pas synonyme d’une nouvelle ère. Il finalise juste la disparition de l’ancien monde. Le vrai renouvellement est pour demain.

Et pendant ce temps, on ferme! le point sur les plans sociaux en France

Une multitude de plans sociaux agite l’actualité française du moment, qui illustre notamment la constante désindustrialisation du pays. Voici une synthèse des opérations en cours.

5.000 départs chez SFR

Patrick Drahi entreprend un plan de suppression d’emplois fondé sur des départs volontaires, à partir de juillet 2017, qui devrait concerner un tiers des effectifs de SFR. Le plan devrait durer trois ans.

Tati, bientôt racheté par GIFI?

Avec 60 millions€ de pertes opérationnelles en 2016, l’enseigne TATI rachetée par le groupe ERAM au fondateur Ouaki, a été placée en redressement judiciaire en mai 2017.

7 offres de reprise ont été déposées, dont celle de GIFI, qui prévoit la reprise de 1.300 salariés et d’une centaine de magasins.

Le tribunal de commerce doit trancher ce lundi.

GM&S lâché par le gouvernement?

L’équipementier automobile GM&S est toujours dans la panade. Une seule offre de reprise, qui prévoit le maintien de 110 salariés à La Souterraine, a été déposée.

Les organisations syndicales se plaignent d’un lâchage en règle par le gouvernement (et spécialement Bruno Le Maire), qui n’a pas obtenu une augmentation des commandes de Peugeot et de Renault à la hauteur des promesses.

Un sous-traitant de Whirlpool, à Amiens, en plein dégraissage

Dans l’hypothèse d’une fermeture de Whirlpool en 2018, à Amiens, son sous-traitant Prima France a négocié un plan de sauvegarde de l’emploi. 56 salariés seront licenciés dans des conditions identiques à celles de Whirlpool.

Où l’on reparle du volailler Doux

En Bretagne, le groupe d’élevage de volaille Doux aurait accumulé de nouvelles pertes phénoménales en 2016. Les organisations syndicales craignent le pire et ont sonné l’alarme.

450 salariés menacés à la Halle aux Chaussures

Les syndicats critiquent un plan de sauvegarde à la Halle aux Chaussures, qui prévoit près de 450 suppressions d’emplois. L’enseigne appartient au groupe Vivarte, qui ne cesse de supprimer des emplois depuis quelques années, après avoir revendu plusieurs marques, comme Kookaï.

80 emplois supprimés chez Primagaz

Cette filiale d’un groupe néerlandais d’énergie qui compte 750 salariés entend supprimer 82 emplois et fermer cinq centres en France.

Les syndicats sont vent debout contre ce projet.

60 emplois supprimés chez 3M en Bourgogne

À Longvic, 3M, fabricant de scotch, devrait fermer son site et ne conserver que 20 des 80 salariés. 30 postes seraient supprimés.

Les salariés sont en grève pour obtenir une indemnité supra-légale supérieure aux propositions de l’entreprise.

Nouveau plan social chez Philips

L’entreprise néerlandaise Philips annonce un plan social de 77 postes, qui s’ajoutent aux 230 suppressions négociées fin 2016 (avec la fermeture des usines de Lamotte-Beuvron et Miribel). Cette fois-ci, ce sont les activités de Recherche et Développement qui sont touchées.

Philips délocalise ses activités en Hongrie et en Chine.

La Matt en grève à Montcornet contre sa disparition

Dans l’Aisne, près des Ardennes, l’entreprise textile Matt, installée à Chaourse, est en grève complète. Les personnels craignent une fermeture du site.

200 suppressions d’emplois chez Tim dans le Nord

À Quaëdypre, près de Bergues, dans le Nord, l’entreprise TIM n’a pas trouvé de repreneur. 200 emplois sont menacés directement.

Bref, la désindustrialisation continue.

Source: Trésor

Source: Trésor

Les ordonnances, une redoutable arme anti-start-up, par Eric Verhaeghe

Officiellement, Emmanuel Macron est le candidat des entrepreneurs et son action est supposée aider les start-up. Dans la pratique, les ordonnances devraient pourtant pénaliser le développement des jeunes pousses et favoriser celles qui bénéficient d’un accès au capital.

Que faut-il pour qu’une start-up survive? Un produit, un marché, une équipe, dit-on. Et surtout beaucoup d’huile de coude. C’est-à-dire une flexibilité forte dans les horaires de travail. C’est précisément ce point qui sera au coeur des ordonnances.

Combien coûte l’heure de travail dans les start-up?

Selon le Code du Travail et les accords de branche, une start-up est obligée de recruter ses salariés aux 35 heures. Pour bénéficier d’une organisation flexible, il faut passer aux forfait jours.

Or, la réglementation applicable aux forfait jours dans les start-up est extrêmement rigide. Elle dépend essentiellement de l’accord en vigueur dans les bureaux d’études techniques, branche à laquelle les start-up se rattachent d’habitude. Et, dans cette branche, le forfait jours est réservé aux managers gagnant au moins 4.100 euros bruts, soit un salaire très supérieur aux possibilités des jeunes pousses.

L’enjeu des ordonnances pour les start-up

Pour les start-up, il est donc vital que les ordonnances « démontent » le verrouillage de compétitivité qui existe. Dans le grand dossier de l’articulation entre accord de branche et accord d’entreprise, la possibilité offerte aux très petites entreprises de négocier un accord de forfait-jour est évidemment essentielle.

Il est vital pour une start-up que le gouvernement autorise la négociation d’un accord forfait-jour dès le premier salarié.

Si tel ne devait pas être le cas, l’impossibilité pour les start-up d’être flexibles a une conséquence simple. Seules les start-up capitalisées par des fonds peuvent disposer des moyens nécessaires pour se développer. Ce qui se joue est donc de savoir si le gouvernement veut des start-up portées par des entrepreneurs, ou s’il veut contraindre les entreprises d’innovation à s’adosser à des financiers qui en tireront le maximum de profit.

L’affaire prend mauvaise tournure

Les mouvements patronaux qui vivent des accords de branche multiplient en ce moment les manoeuvres pour empêcher que les start-up puissent négocier leurs accords et bénéficier du maximum de flexibilité par accord d’entreprise. Elles font le pied de grue devant le bureau du Premier Ministre pour le convaincre de ne pas concéder aux start-up le droit de négocier des accords dérogatoires à l’accord de branche.

Il serait évidemment très fâcheux que le gouvernement cède à cette pression. La flexibilité ne doit pas exclure les entreprises de moins de 11 salariés.

Quelle solution?

La solution consiste bien entendu à autoriser les entreprises de moins de 11 salariés à négocier des accords collectifs, sous le contrôle des branches qui disposeraient d’une commission de validation. Au besoin, ces accords pourraient être négociés par des salariés mandatés par une organisation syndicale.

Source: baromètre AFUP

Mais si, l’accord d’entreprise doit être la règle dans les TPE, par Eric Verhaeghe

Dans le cadre des ordonnances, les TPE françaises ont l’opportunité historique d’obtenir le droit de négocier des accords collectifs dérogatoires aux accords de branche.

Dans la phase de préparation des ordonnances, les organisations patronales proclamées représentatives des TPE par le gouvernement (et en particulier l’U2P, sur laquelle nous reviendrons prochainement) mènent un tir nourri contre les accords d’entreprise, expliquant à hue et à dia que les TPE ne sont pas capables de les négocier. Pour elles, il faudrait conserver le régime dégradant d’accords de branche négociés de façon opaque par une poignée d’inconnus dont les conflits d’intérêt sont légions.

Il fallait donc bien rappeler quelques points essentiels.

Pourquoi l’accord d’entreprise est utile aux TPE

Rappelons d’abord que les TPE ont beaucoup plus besoin que les grandes entreprises de négocier des accords spécifiques, qui leur permettent de dégager de la compétitivité. Ce sont elles qui sont fragiles, pas les grands groupes qui vivent souvent de rentes.

Or, ce qui est demandé n’est pas d’obliger les TPE à négocier.

Il est simplement demandé de laisser les TPE qui le souhaitent négocier les accords d’entreprise dont elles ont besoin.

Qui est Alain Griset, le patron qui combat les accords d’entreprise?

Alain Griset a 63 ans. Il a été patron d’une entreprise de taxi, et a vécu dans la bureaucratie patronale. Son dernier titre en date est président d’une chambre de métiers.

Voilà le profil ringard qu’on propose pour représenter les start-up en France. Un chauffeur de taxi qui préfèrera toujours lutter contre l’innovation plutôt que la favoriser, comme la profession de taxi a lutté contre Uber plutôt que de développer une qualité de service identique à sa concurrente européenne.

C’est le comble de la situation: la réforme du marché du travail est négociée avec ceux qui le bloquent depuis des années.

Est-ce bien raisonnable?

Si, le dialogue social dans les TPE est vital pour l’avenir

Bien entendu qu’Alain Griset et sa clique qui vivent d’accords de branche dans une opacité bien connue vont tout faire pour interdite aux TPE de se battre avec les mêmes armes que les grandes entreprises.

Car, on le sait l’accord de branche est une imposture. Il vise à étouffer les petits pour donner de l’oxygène aux gros. Nous en donnons un exemple dans la branche des start-up.

Nous appelons donc solennellement l’U2P à ne pas usurper sa fonction. Nous lui demandons de ne pas empêcher les TPE qui le souhaitent de négocier les accords qui leur vont bien. Nous appelons l’U2P à ne pas mettre les TPE en difficulté pour protéger ses intérêts financiers.

L’accord de branche, paravent pour engraisser la bureaucratie patronale

L’anthologie des pires prestations des candidats En Marche aux législatives

Les candidats En Marche aux législatives font froid dans le dos. Agissant comme un seul homme, ils refusent systématiquement tout débat public contradictoire avec leurs adversaires de second tour. Quand on assiste à leur prestation: on comprend pourquoi. Décidément, l’hyper-présidentialisation pratiquée par Macron transforme la démocratie en caricature.

De toutes parts, les candidats En Marche sont accusés de refuser des débats contradictoires avec leurs adversaires. Compte tenu des prestations cataclysmiques de ceux qui les ont acceptés, on comprend cette consigne. Il ne faut surtout pas que les citoyens se rendent compte de l’abaissement global du niveau des parlementaires que le renouvellement va produire. Bravo à Jean-Paul Delevoye chargé des investitures d’En Marche. Un vrai sabordage de pro.

Anthologie des candidats En Marche aux législatives

Voici donc quelques vidéos qui témoignent du désastre En Marche pour la prochaine mandature.


Le débat compliqué de Fabienne Colboc… par LePoint

Si beaucoup d’internautes ont vu ce débat avec Fabienne Colboc (qui ne l’a pas empêché d’être en tête dans sa circonscription), d’autres moments mémorables ont été moins vus.

À Paris, l’ineffable mélenchonienne Danièle Simonnet a coincé son adversaire Person sur un marché, en montrant le creux total de son discours politique sur le sujet.

Ou comment Emmanuel Macron s’est entouré de godillots pour mener campagne, et pour détenir tous les pouvoirs.

Libération

De fait, si on trouve des candidats de tous les partis refusant le débat, Libération a compté quelques dizaines de circonscriptions (compte non exhaustif) où les candidats de LREM ont préféré éviter la confrontation. Ceux que nous avons contactés nient toute consigne et invoquent des raisons d’emploi du temps et une campagne de terrain. La direction du parti macroniste parle, elle, de «raisons personnelles».

Bayrou, prochain sur la liste du renouvellement

François Bayrou a décidé de faire de la résistance dans la machinerie macronienne. Assez naturellement, il devrait faire les frais d’un remaniement ministériel la semaine prochaine.

Il est bien marrant, François Bayrou, avec sa trinité. Selon lui, il y a les actes du président du Modem, ceux du garde des Sceaux et ceux du citoyen qu’il serait resté. Voilà qui fleure bon la messe du dimanche dans le Béarn.

Ainsi, quand il plaide sur Twitter en faveur de Marielle de Sarnez, mise en difficulté dans une enquête judiciaire, il explique que les tweets du président du Modem n’engagent pas le garde des Sceaux. Quand il appelle un responsable de l’information sur RadioFrance, après une enquête sur son cas, il explique que les coups de téléphone du citoyen Bayrou n’engagent pas le garde des Sceaux. Génial!

C’est encore mieux que le père, le fils et le saint-esprit.

Bayrou est-il capable de renouvellement?

Tout le pari est évidemment de savoir si François Bayrou, vieux routard de la politique, est « renouvelable » en tant que tel. Le bonhomme, qui ne manquait pas d’un mot acide contre Macron il y a encore six mois, n’est en effet ni né de la dernière pluie ni grand expert en pratiques renouvelées. Il serait même plutôt du genre à incarner l’ancien monde, avec ses billards à quinze bandes et son état d’esprit délétère.

S’il ne tenait pas Macron avec les 6 points qu’il est convaincu de lui avoir apporté à la présidentielle, il aurait probablement disparu des écrans radar. Et, selon toute vraisemblance, Macron doit abondamment maudire les dieux aujourd’hui d’avoir placé Bayrou sur son chemin, dans le rôle du premier rallié de droite à En Marche.

Le président doit donc arbitrer aujourd’hui entre garder Bayrou pour éviter la création d’un groupe Modem à l’Assemblée la semaine prochaine, qui jouera le rôle de frondeurs, ou bien le lâcher et se promettre à un quinquennat où son opposant le plus virulent sera l’un de ses premiers alliés.

Pas facile, ce choix-là!

L’hypothèse de l’élimination

De deux choses l’une, donc.

Soit Macron tolère l’exception Bayrou dans son gouvernement. Dans cette hypothèse, il évite facialement un groupe Modem à l’Assemblée, qui pourrait se comporter en frondeurs. Mais… le frondeur est dans son gouvernement, et il s’apprête à devoir gérer des couacs à répétition.

Soit Macron ne veut pas gérer un gouvernement avec des couacs à répétition et il se sépare, la semaine prochaine, de François Bayrou. À de nombreux égards, cette hypothèse est même souhaitable, puisque Bayrou ne manquera pas de créer son groupe parlementaire dans la foulée… devenant ainsi le premier opposant au gouvernement qu’il aura quitté.

L’avantage pour Emmanuel Macron est de recréer une cohésion dans le groupe parlementaire d’En Marche en réduisant sa voilure. L’inconvénient est de fissurer l’apparente image de rassemblement qui colle au président.

Le lent glissement de Bayrou vers la sortie

Souvenons-nous qu’à l’issue des présidentielles, Bayrou avait méchamment grogné sur les investitures d’En Marche. Le discours avait été violent. Désormais, face à une marginalisation politique probable s’il reste au gouvernement, il a sans doute intérêt à retrouver des marges de manoeuvre en prenant la tête de son groupe.


Bayrou dénonce les intérêts financiers derrière… par libezap