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Auteur : Eric Verhaeghe

Dépenses immobilières du RSI à Saint-Ouen: “la charge de loyer va se réduire de 49%”

Après notre article sur les dépenses immobilières du RSI et son installation à Saint-Ouen, la direction générale du RSI nous indique les informations suivantes:

La vérité sur les dépenses immobilières du RSI en Ile de France

Dans une logique d’optimisation notamment de ses coûts de gestion, le RSI est en train de réduire drastiquement le nombre de ses caisses régionales dans l’hexagone qui passera au 1er janvier 2019 de 26 actuellement à 10.

Dans ce cadre, en Ile de France, les trois caisses actuelles (IdF Est, Centre et Ouest) vont fusionner. Pour une bonne efficacité, les collaborateurs jusqu’ici implantés sur trois sites différents : Levallois Perret, Maisons Alfort et Paris intra-muros doivent être regroupés.

Un bail vient d’être signé qui permettra de réunir ces équipes à Saint-Ouen. Cette opération immobilière, permet au RSI de réduire les surfaces occupées de manière significative puisque, en SUB (surface utile brute), elles passent de 13 738 m² à 8 666 m² soit une baisse de 37%.

A la faveur de cette opération, la charge de loyers pourra également être réduite de 48,6 %, économie qui sera complétée par une baisse des coûts de fonctionnement, puisque le bâtiment DOCKS EN SEINE est un bâtiment classé HQE et BBC.

Cet effort de rationalisation est continu depuis la création du RSI. En 2006, le nombre de sites occupés par le RSI à sa création était de 224. Le parc immobilier aura été réduit de moitié puisque 111 immeubles ont été vendus et 7 sont encore en cours de commercialisation.

Dans une stratégie d’optimisation, le régime renégocie régulièrement ses baux, ou prend à bail des volumes sur des bases performantes, comme c’est le cas dans l’opération réalisée à Saint-Ouen. Il peut aussi procéder à des acquisitions pour se libérer de baux trop onéreux.

Il faut ici saluer l’effort de transparence et de communication du RSI sur des décisions qui concernent la vie des cotisants. D&E est fier de participer à cette évolution notable qui permet à chacun de mieux comprendre la gestion d’un régime encore très impopulaire.

Mais combien coûtent les futurs locaux du RSI à Saint-Ouen?

La société foncière Gecina vient de louer les derniers locaux qui lui restaient dans le programme Dock-en-Seine à Saint-Ouen. L’heureux locataire des 8.700 m2 encore vides construits à plus de 10.000 euros le m2 n’est autre que le RSI. Le régime des indépendants devrait y installer sa caisse régionale parisienne, en application des redéploiements géographiques décidés par la Convention d’Objectifs et de Gestion.

Mais combien ça coûte, Saint-Ouen?

Officiellement, Gecina avance une rentabilité de son opération à 7,8%. Les petits malins feront les calculs sur le coût du loyer que le RSI va acquitter pour installer ses collaborateurs dans ce bâtiment ultra-moderne. On notera simplement que les prix affichés pour cette opération situe le m2 annuel hors taxe et hors charge entre 250 et 300€. Assez logiquement, on déduira donc que le loyer annuel se situera autour de 2,5 millions €.

Pourquoi le silence du RSI sur ces chiffrages est perturbant

On notera que le RSI ne communique pas sur le coût de ces opérations. Ce silence est, de notre point de vue, maladroit dans la mesure où il nourrit le sentiment que le régime a des choses à cacher sur une question pourtant très sensible.

On se souvient en effet qu’en 2014 la Cour des Comptes avait consacré un chapitre de son rapport sur la sécurité sociale au dossier de l’immobilier du RSI. Elle avait à l’époque pointé que le RSI employait 6.000 collaborateurs environ, mais disposait de plus de 150.000m2 pour les faire travailler, soit la bagatelle de 25 m2 par collaborateur. Pas mal!

Voici ce qu’elle disait alors:

La fusion des caisses a partiellement entrainé la libération de surfaces de bureaux et la réinstallation d’équipes, généralement sur un site unifié. En 2005, la surface hors œuvre nette (SHON) gérée par les trois caisses nationales préexistantes au RSI atteignait 167 000 m² pour 226 sites. En 2012, un nouveau recensement mené conjointement par le RSI et l’UCANSS a établi une surface SHON occupée égale à 152 650 m². La réduction des surfaces depuis 2006 était alors de 14 350 m², soit un recul encore limité à 8,6 %.

À fin 2013, 92 sites sur les 118 à céder avaient été vendus. Selon le RSI, sur les 26 sites restants, 12 avaient fait l’objet d’une offre à fin avril 2014. Dans l’hypothèse où l’ensemble des 26 sites non encore cédés serait vendu, les surfaces occupées s’établiraient à 116 650 m², soit alors 43 % de réduction par rapport à la situation initiale.

La Cour ajoutait ce graphique tout à fait parlant:

On le voit, les coûts d’occupation au RSI étaient, en 2012, quatre fois supérieurs à ceux de la MSA ou de la CNAV.

Il semblerait donc de bonne politique vis-à-vis des cotisants de communiquer clairement sur les mesures prises pour réduire ces coûts. Mais les vertus de la transparence ne semblent pas encore claires pour les gestionnaires du régime.

Macron avait promis un chiffrage… il montre son alliance

Le ralliement de Bayrou à Macron intervient le jour même où ce dernier avait promis le chiffrage de son programme.   les juges referment le bracelet des menottes sur le Front National. La conjonction astrale de ces deux éléments portera-t-elle chance au chouchou des médias?

Comment Macron a fait oublier son (non)-chiffrage

On dira bravo à l’artiste! il n’a toujours pas de programme, mais Bayrou (qui n’en a pas plus) se rallie à lui. Il avait promis un chiffrage pour le 22 février. Visiblement… le chiffrage n’est pas prêt. Mais personne ne s’en est rendu compte puisque, astucieusement, l’attention des observateurs a été monopolisée par l’opération Bayrou, très téléphonée. Bayrou a teasé les medias sur sa (non) candidature pour finalement faire une offre de services à Macron, qui était trop heureux d’amuser la galerie avec ce nouveau coup de théâtre.

Du coup, on ne sait toujours pas combien coûte le non-programme de Macron. Lui-même ne doit pas plus le savoir. Mais on s’en fout, après tout: l’enjeu est bien d’arriver au pouvoir, pas de dire comment on l’exercera. Sur ce dernier point, il suffira de suivre le mode d’emploi envoyé par Bruxelles.

Pour l’instant, le revirement de Bayrou est efficace

Le coup de théâtre, hier, suscité par François Bayrou, a en tout cas permis à Emmanuel Macron de booster sa popularité dans les réseaux sociaux. Sur Twitter, notre Predicto indique un net rebond:

Macron a renversé le rapport de popularité avec Fillon et se rapproche désormais de Benoît Hamon. Désormais, la somme des indices favorables à Hamon et Macron est supérieure à celle de Marine Le Pen. On y verra l’effet positif direct de l’élargissement progressive de l’assiette des deux candidats à gauche pour Hamon et à droite pour Macron, qui marginalise de fait Jean-Luc Mélenchon et François Fillon.

Toute la question est de savoir quelle sera la durée de vie de cette embellie. Il est probable que, tôt ou tard, Macron cherche à sortir de l’ambiguïté sur ses idées. Comme on le sait, ces sorties se font toujours au détriment de celui qui en prend l’initiative. Dans le cas du duo Macron-Bayrou, on imagine déjà les tiraillements internes qui interviendront sur pas mal de sujets.

Tiens! au hasard! l’autonomie des établissements dans l’éducation. On s’en amuse par avance. L’avantage, pour Macron, est qu’il a choisi un partenaire qui n’a pas d’idée fixe. L’inconvénient est qu’il n’a pas non plus de scrupule.

Le gouvernement des juges servira-t-il Marine Le Pen?

Parallèlement, la justice française fait du zèle et convainc une fois de plus les candidats qu’il ne faudrait surtout pas s’aviser de lui donner plus de moyens que ceux dont elle dispose.

De façon hallucinante, après avoir choisi de mettre une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Fillon (qui, naïf, s’est précipité dans le piège au mois de janvier), la voici toute occupée à déstabiliser Marine Le Pen. Ou à chercher à le faire. La cheffe de cabinet de la candidate, Catherine Griset, vient donc d’être mise en examen pour recel d’abus de confiance, à deux mois de la présidentielle.

Est-ce bien raisonnable? On en pense ce qu’on en voudra, mais tout est parti d’une enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude ouverte en 2014. L’enquête s’est terminée très opportunément en juillet 2016. C’est le 26 juillet 2016 que l’OLAF a transmis ses éléments à la justice française. Pourquoi cette justice s’empare-t-elle du dossier quelques semaines avant les élections alors qu’elle dispose de ces éléments depuis pus de six mois? Dans tous les cas, les enquêteurs ne pourront nier qu’ils ignoraient l’approche du scrutin présidentiel.

Cette affaire est quand même extrêmement maladroite et montre comment les enquêteurs prennent (au mieux) d’importants risques vis-à-vis de l’opinion, et manifestent (au pire) leur parfaite incompréhension des ressorts qui portent le Front National au pouvoir. Le fond de commerce de Marine Le Pen repose sur la dénonciation d’une Europe technocratique qui écrase la volonté populaire. L’apparente partialité de la justice (même si elle est imaginaire, ce n’est pas le problème ici), qui agit à la suite d’une procédure européenne, ne peut que nourrir les convictions de ceux qui ne demandaient plus qu’à être convaincus.

Et que reproche-t-on, sur le fond, à Marine Le Pen? d’avoir utilisé des fonds européens pour faire travailler des Français en France?

On peut douter que l’accusation n’érode la popularité de la candidate. Bien au contraire. En revanche, elle risque de discréditer en profondeur notre justice, qui paraît mue par des ressentiments partisans. Cette opération risque fort d’être perdant de bout en bout. Et même si elle parvenait à « torpiller » la candidate du Front National, elle nourrirait le sentiment, chez ses partisans fidèles,  d’une manoeuvre déloyale pour les écarter du pouvoir.

Mais jusqu’où cette présidentielle ouvrira-t-elle des portes vers l’aventure?

RSI et paradis fiscaux: la réponse du médiateur du RSI

Notre article sur le RSI et les paradis fiscaux a suscité de nombreuses réactions. Nous en profitons pour déplorer sans la moindre ambiguïté la confusion qui peut exister dans l’esprit de certains lecteurs entre la responsabilité personnelle des salariés du RSI et les problèmes de structure.

Nous publions aujourd’hui une interview de Jean-Philippe Naudon, médiateur du RSI, sur ces sujets. Compte tenu du climat très passionnel qui règne sur ces dossiers, nous rappelons notre position sur le sujet: le monopole du RSI est, de notre point de vue, l’un des symptômes du déclin français. Il ne peut en aucun cas justifier des attaques ad personas contre les salariés du régime (dont on me dit qu’elles auraient également porté contre leurs enfants, ce qui est inadmissible).

Le RSI est représenté au sein de la gouvernance d’un OPCVM d’Amundi. Cette représentation signifie-telle que le RSI investit dans cet OPCVM? Quelle est la pertinence, pour le RSI, d’être représenté dans cette structure financière?

Non, le RSI n’investit pas cet OPCVM d’Amundi dont il est, par ailleurs, administrateur.

L’intérêt pour le RSI d’assister aux séances du CA de cette structure financière est uniquement de bénéficier d’informations de marché sur les actifs sous-jacents (obligations convertibles), dans le cadre de la gestion de nos réserves. Il s’agit d’un canal d’informations parmi d’autres. Enfin, les jetons de présence perçus par la participation à ce CA sont intégralement reversés au  régime complémentaire retraite des artisans et des commerçants.

Pouvez-vous nous indiquer quels sont les montants d’actifs placés par le RSI? Dans quels véhicules financiers investissez-vous? D’où viennent ces sommes? Qui en contrôle l’utilisation?

Le RSI est un investisseur institutionnel qui agit en conformité à une réglementation stricte en matière de placement d’actifs issus des cotisations sociales obligatoires.

Les actifs placés par le régime complémentaire des artisans et des commerçants (RCI) et le régime d’invalidité-décès, fonctionnant, rappelons-le, tous deux en répartition provisionnée, s’élèvent, au 31/12/2016, à 17,8 Md€. Les investissements sont largement diversifiés, dans un souci de maîtrise des risques de marchés et se décomposent en 10% en immobilier, 33% en actions, 47% en obligations, 10% en monétaire.

Ces réserves correspondent aux excédents techniques cumulés, c’est à dire la différence entre les cotisations encaissées et le paiement des pensions et des charges de gestion, et au rendement financier de ces excédents. La gestion des réserves et le pilotage financiers de ces régimes sont développés dans la publication l’Essentiel du RSI en chiffres (https://www.rsi.fr/chiffres.html, pages 196 à 204).

Tous les placements réalisés par le RSI sont décidés par des administrateurs nationaux élus, représentants leurs pairs, artisans et commerçants. Ces administrateurs siègent au sein de la Commission des placements émanant du Conseil d’administration. Comme les autres administrateurs du RSI, ils sont élus au suffrage universel direct tous les six ans. Les dernières élections ont eu lieu en 2012 et les prochaines sont attendues pour 2018.

Les décisions de cette commission sont strictement encadrées par la réglementation (Décret n° 2002-1314 du 25 octobre 2002, Arrêté du 9 février 2012 portant approbation du règlement du régime complémentaire obligatoire d’assurance vieillesse des professions artisanales, industrielles et commerciales), sont contrôlés, d’abord, en interne par un contrôleur financier indépendant puis par un contrôleur général économique et financier dépendant du Ministère de l’Economie et des Finances et par des représentants des Ministères des affaires sociales et du Budget qui siègent à cette commission. La gestion des placements est également contrôlée une fois par an par un audit externe (cette mesure va au-delà des prérequis réglementaires actuels) et peut faire l’objet de missions de contrôle par l’Inspection générale des finances, l’Inspection générale des affaires sociales ou la Cour des comptes. La Cour des Comptes a d’ailleurs souligné la rigueur de la gestion des réserves par le RSI dans son rapport sur la sécurité sociale de 2014 (chapitre XVI, page 482 du rapport) : « Le RSI s’est imposé des règles de gestion qui respectent, voire sont parfois plus rigoureuses que celles qu’impose la législation en la matière… La gestion elle-même tient compte des obligations de décaissement et des objectifs de durée de vie du régime, le rendement recherché découlant du choix d’une exposition limitée au risque. ».

Enfin, il est précisé que la gestion des réserves par le RSI a été certifiée ISO 9001 dès 2008.

Le RSI fait l’objet de beaucoup de passions. Le sujet des placements financiers du régime n’en est lui-même pas exempt. Comprenez-vous l’agacement de certains cotisants du régime? Que souhaitez-vous leur répondre?

Cette question revêt un caractère politique qui va bien au-delà de la question des placements financiers du régime de retraite complémentaire. L’agacement de certains cotisants du régime est à mettre en lien avec le poids des cotisations qu’ils jugent excessif. Pourtant ces cotisations sociales des indépendants sont moindres, d’au moins un tiers, à celles qui seraient acquittées si l’indépendant était affilié au régime général. Cette problématique des cotisations occulte très souvent les prestations sociales servies par le RSI, dont c’est la mission fondamentale.

Ainsi, il faut donc rappeler que les placements financiers sont nécessaires au pilotage des régimes complémentaires qui fonctionnent, comme rappelé ci-dessus, en répartition provisionnée ce qui garantit aux artisans et commerçants, d’une part, le versement de leur pension de retraite complémentaire jusqu’à la fin de leur vie avec, d’autre part, un rendement du régime pour les actifs (estimé par le rapport entre la valeur de service et le revenu de référence) à 6,8 %, supérieur à celui offert par la plupart des autres régimes et notamment l’ARRCO.

Depuis le rapport de la Cour des Comptes de 2012 qui portait sur la période compliquée des années 2008 -2011, le RSI est régulièrement vilipendé et sa gestion est mise en cause. Continuer à le faire aujourd’hui, c’est sans fondement sérieux. Le RSI a mis en œuvre de nombreuses réformes qui ont porté leurs fruits, notamment dans la normalisation des procédures de gestion du recouvrement impliquant également les Urssaf. Il est dommage qu’elles ne soient pas perçues comme des avancées positives par les assurés. Nous pourrions citer la mise en œuvre d’un bouquet de télé service accessible par « mon compte RSI », la modification du calcul et du paiement des cotisations (réforme du 3 en 1) qui est qualifiée comme étant une réussite par les cotisants et leurs experts comptables, la baisse des cotisations minimales pour la maladie et le régime complémentaire de retraite. Il faut également ajouter les améliorations apportées à la protection sociale avec la validation de 3 trimestres par an pour les chefs d’entreprise ayant opté pour le paiement d’une cotisation forfaitaire. L’objectif du RSI est d’obtenir le passage à 4 trimestres.

Hamon est-il sous-estimé par les sondages d’opinion?

Benoît Hamon est-il sous-estimé aujourd’hui par les sondages d’opinion (comme il l’avait été durant la campagne des primaires, d’ailleurs)? En comparant les résultats récents annoncés par la presse et les scores affichés par notre Predicto, la question mérite d’être posée.

Hamon bénéficie d’un capital de sympathie plus élevé que Fillon et Macron

Certes, Benoît Hamon suscite deux fois moins de réactions sur Twitter que François Fillon. Mais la sympathie qu’il suscite est de façon constante supérieure à celle de ces deux rivaux annoncés avec un meilleur score que lui au premier tour. Ce hiatus surprend dans la mesure où les sondages indiquent volontiers que Benoît Hamon plafonne à 5 points sous Macron et près de 10 points sous Fillon.

Une chose est sûre, en tout cas: la perte de popularité ou d’intention de vote que Benoît Hamon accuserait dans l’opinion ne se traduit pas à ce stade dans l’expression favorable dont il bénéficie sur les réseaux sociaux. Il est bien entendu difficile d’en tirer une conclusion dans un sens ou dans un autre: l’analyse sémantique des réseaux sociaux en est à ses débuts et nous ne disposons pas d’outils suffisamment étayés scientifiquement pour tirer des conclusions claires de ces éléments contradictoires.

Reste que, du point de vue de la simple observation, on peut noter que des éléments sérieux laissent à penser que Benoît Hamon pourrait créer la surprise et qu’il existe probablement un biais dans les sondages sur sa candidature.

Le renversement en cours concernant Mélenchon

Inversement, s’agissant de Jean-Luc Mélenchon, la quotation des expressions sur Twitter laisse à penser que le dévoilement de son programme a suscité des opinions négatives et devrait produire un recul du candidat dans les intentions de vote. Il est d’ailleurs le seul aujourd’hui à totaliser des expressions négatives supérieures aux expressions positives. On notera aussi qu’il suscite globalement moins de réactions que les autres candidats.

Il sera intéressant de suivre, dans les prochains jours, l’éventuelle confirmation qui sera donnée à cette tendance globale par les sondages eux-mêmes.

Pour notre part, nous sommes assez convaincus que la mesure des expressions sur les réseaux sociaux permet d’approcher de façon plus rapide et plus précise la réalité de l’opinion que ne peuvent le faire les sondages eux-mêmes, même si, répétons-le, nous sommes encore loin de maîtriser toutes les arcanes de ces variations.

Santé: la perspective d’une réforme systémique s’éloigne

Après la sortie de Fillon sur la distinction, dans le domaine de la santé, entre grand risque et petit risque, tout espoir de réforme en profondeur de notre système est probablement mort. Les candidats ont retenu la leçon: il ne faut toucher à rien, sauf à l’aide médicale d’Etat destinée aux étrangers. Lors de l’exercice auquel ils se sont livrés ce mardi à la Mutualité, cet immobilisme n’a plus fait de doute pour personne.

Hamon est-il désormais le plus libéral en santé?

Paradoxalement, c’est peut-être Benoît Hamon qui défend désormais la vision la plus libérale de la santé, ce qui est un comble. Il est en effet celui qui propose le moins de hausse des remboursements, et celui qui veut le moins développer le champ d’action de la sécurité sociale. Cette posture, qui rejoint l’idée que le revenu universel est la protection sociale de demain, tranche avec les promesses de hausses de remboursement faites par les autres candidats.

On ajoutera que Hamon propose des actions concentrées sur les maladies chroniques et une lutte générale contre les addictions.

Marine Le Pen veut développer la sécurité sociale…

À l’inverse, Marine Le Pen veut créer une cinquième branche de la sécurité sociale, consacrée à la dépendance. Elle propose en outre trois mesures qui sont tout sauf des réformes: la suppression de l’aide médicale pour les étrangers et une lutte accrue contre la fraude, une baisse autoritaire du prix des médicaments et une augmentation du nombre de médecins formés chaque année.

Bref, le Front National préconise une gestion de l’existant, sans véritable stratégie financière.

Fillon revenu sur le chemin de la dépense

Si François Fillon reprend les idées de Marine Le Pen sur l’aide médicale et la lutte contre la fraude, il propose 20 milliards d’économies sur les dépenses. Parallèlement, il se place à rebours de ses propositions initiales en suggérant différents relèvements de dépenses. En particulier, il prévoit des lunettes remboursées à 100% pour les enfants, et une approche des 100% pour les prothèses audio ou dentaires.

Surtout, François Fillon propose d’encadrer les remboursements des mutuelles par une « Agence de garantie de la couverture solidaire ». La liberté des prix devrait donc disparaître…

Macron plus économe que Fillon

À front renversé, Macron s’est finalement montré plus économe que François Fillon. S’il ne propose que 15 milliards d’économies, il annonce, comme François Fillon, un relèvement des remboursements à 100% pour les lunettes et les prothèses. Il annonce également des investissements dans l’innovation médicale et une remise en cause du tiers payant généralisé.

Pour le reste, Macron propose diverses mesures qui n’emporte pas de réforme fondamentale du système sanitaire ni de l’assurance maladie.

La fin des ambitions réformatrices

Structurellement, les candidats à la présidentielle ont donc abandonné les grandes ambitions réformatrices. Selon toute vraisemblance, le prochain quinquennat sera dédié à la gestion du système et à son amélioration (éventuelle) à la marge, sans remise en cause fondamentale des règles du jeu.

À La Réunion, un nouvel acte administratif fragilise encore le RSI

À La Réunion, le combat juridique du CSAPR contre le RSI continue et connaît des progrès réguliers. Cette fois, un cotisant de notre île océanique préférée a obtenu un document qui ne devrait pas manquer de faire des émules et des heureux:

Ce document délivré par le tribunal de commerce établit que le RSI n’est pas inscrit au registre du commerce et des sociétés.

En soi, cette information n’est pas nouvelle. En revanche, elle consolide le montage progressif du dossier tendant à prouver que le régime social des indépendants (et surtout ses caisses régionales) n’ont pas de personnalité juridique régulièrement constituée. Pour les adversaires du RSI, ce combat vise à priver le régime de toute existence légale.

La Réunion en avance sur le sujet

Le Collectif de La Réunion mène une action qui mérite d’être suivie de près. En effet, la justice va devoir prendre position sur l’interprétation à donner de l’article 34 de la Constitution. Celle-ci prévoit que seule la loi peut prévoir « la création de catégories d’établissements publics ». Or, si le RSI et ses caisses ont bien été créés par la loi, ils ne relèvent toutefois pas du droit public, mais sont des « organismes de droit privé chargés d’une mission de service public ».

En cas de question prioritaire de constitutionnalité élevée devant le Conseil Constitutionnel, le CSAPR, qui est en avance sur le dossier par rapport à la métropole, pourrait donc bien s’engouffrer dans cette faille juridique pour remettre en cause l’existence légale du RSI…

Exclusif: notre Predicto montre comment Hamon met Mélenchon au tapis

Décider & Entreprendre lance le Predicto, un outil de mesure sémantique sur Twitter, qui permet d’évaluer les courbes d’adhésion à chaque candidat à la présidentielle. Predicto tournera jusqu’à la présidentielle en temps réel pour dévoiler les grandes tendances électorales. Lancé hier à 18h, il montre que Marine Le Pen continue sa campagne en tête, et que la stratégie de Mélenchon est aujourd’hui en situation délicate par rapport à Benoît Hamon.

Predicto mesure l’efficacité de la stratégie de Benoît Hamon

Très tôt, Décider & Entreprendre avait dessiné les contours de la victoire que Benoît Hamon remporterait à la primaire. Avec Predicto, nous pouvons aujourd’hui mesurer l’efficacité politique de sa stratégie vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon. Alors que ce dernier a révélé un programme hallucinant, fondé sur une quasi-étatisation de l’économie française, la riposte de Benoît Hamon convainc l’opinion et lui attire beaucoup plus de sympathie. Disons même que Hamon a mis Mélenchon au tapis.

Dans ce rapport de force qui s’installe entre les deux candidats, on relèvera deux points.

Premier point, Mélenchon a probablement déçu beaucoup (les commentaires sur ce site le montrent d’ailleurs), avec un programme excessif dont beaucoup d’électeurs prennent conscience qu’il constitue un danger profond pour les grands équilibres de notre société. On peut désormais penser que la stratégie extrême de Mélenchon le coupe de tous ceux qui n’appartiennent pas au fond « soviétique » de l’opinion publique. On ajoutera que les prestations audiovisuelles de ses soutiens (dont Clémentine Autain sur France Inter, qui a peiné à expliquer ce programme) n’améliorent pas la crédibilité de sa démarche. Il est très probable que les déçus du mélenchonisme se replient aujourd’hui sur Hamon.

Deuxième point, la capacité de Benoît Hamon à résister à la pression de son rival d’extrême gauche joue en sa faveur. Les électeurs attendent d’un candidat à la présidentielle qu’il ne vire pas au vent, mais qu’il sache défendre une ligne. La prise de parole de Benoît Hamon face à Mélenchon a, de ce point de vue, porté, même si elle n’exclut pas qu’en sous-main les seconds couteaux qui l’entourent tentent de raisonner l’insoumis.

Fillon passe devant Macron

Autre enseignement du Predicto: François Fillon est désormais devant Emmanuel Macron. En attendant de nouvelles révélations gênantes (annoncées pour le mois de mars), François Fillon a repris du poil de la bête et doublé Emmanuel Macron sur son couloir.

Là aussi, on y verra la conjonction de deux phénomènes.

Premièrement, François Fillon s’est remis à faire campagne et cette stratégie est payante. Le fait que le candidat ne soit plus seulement sur la défensive, mais qu’il reprenne l’initiative sur le terrain des idées lui profite.

Deuxièmement, le voyage d’Emmanuel Macron en Algérie laisse des traces. Sa sortie sur la colonisation comme crime contre l’humanité, suivie de palinodies, a montré la fragilité d’une candidature marketing, sans programme fixe, et dédiée à des circonvolutions opportunistes.

Marine Le Pen en tête

Enfin, le Predicto montre clairement comment Marine Le Pen fait, de façon stable, la course en tête, contre vents et marées. Il faudra suivre, dans la durée, l’ampleur de son avance…

Qu’est-ce que le Predicto?

Le Predicto est un outil de mesure sémantique de Twitter, dont les droits appartiennent à Tripalio©.

Cet outil fait la moyenne en temps réel de la popularité de chaque candidat aux présidentielles sur Twitter.

Il est « lancé » depuis le 20 février à 18 heures.

Mélenchon veut passer la dépense publique à 70% du PIB

Dans l’étrange folie contagieuse de la présidentielle, le programme de Jean-Luc Mélenchon tiendra longuement une place à part, puisqu’il repose sur une quasi-soviétisation de l’économie française. Détaillé pendant cinq heures hier, ce catalogue foisonnant apparaît comme une bulle spéculative (intellectuellement parlant) dont le résultat net est la soviétisation de fait de l’économie française. On a du mal à y croire, mais il existe encore quelque part dans le monde des gens qui présentent comme une solution d’avenir tout ce qui a provoqué la ruine de l’Europe orientale… et qui continue à empoisonner la vie de millions de Nord-Coréens et de quelques autres.

1oo milliards d’investissement public

Mélenchon n’hésite pas à proposer un plan d’investissement public équivalent à 3,5% du PIB, soit une explosion complète du déficit. On retrouve ici la croyance superstitieuse dans la dépense publique comme levier de croissance. Supposons!

Mélenchon, c’est aussi 173 milliards de dépenses de fonctionnement nouvelles

Là où le programme de Mélenchon sombre dans le délire, c’est évidemment dans la programmation d’une hausse des dépenses publiques équivalent à 7 points de PIB. Et là, tout y passe: le retour à la retraite à 60 ans à taux plein, un million de logements publics en cinq ans, une hausse de 50% du budget de l’éducation, et autres calembredaines sorties tout droit de cerveaux d’idéologues dont aucun n’a la moindre idée du fonctionnement réel du circuit productif.

On se demande si, en dehors des fonctionnaires qui profiteront de ce système, il existe encore en France des cerveaux prêts à recevoir ce genre de discours.

1,5 million de fonctionnaires en plus

Comme Mélenchon ose tout, il pousse le vice jusqu’à annoncer (façon Trump: plus c’est gros, mieux ça passe) 3,5 millions d’emplois créés en cinq ans, dont 2 millions dans le secteur marchand. Par déduction, on comprend donc que Mélenchon propose de financer 1,5 millions d’emplois publics ou associatifs.

Les gogos avaleront tout cru le mensonge des 2 millions dans le secteur marchand, dont on voit mal comment un gouvernement peut s’engager à les pratiquer. En revanche, nous ne couperons pas à l’irresponsable création de 1,5 millions de fonctionnaires occupationnels vivant sur le dos d’une bête qu’ils passeront leur temps à trouver ingrate.

L’inquisition fiscale comme méthode de gouvernement

Pour financer ce délire collectif, Mélenchon a trouvé plusieurs solutions simples. D’abord, il supprime tous les allègements de cotisations sociales (tout en augmentant les prestations de sécurité sociale, ce qui revient à faire exploser le coût du travail). Ensuite, il lutte contre la fameuse fraude fiscale: il paraît que cela rapportera 33 milliards. Il y ajoute la suppression des niches fiscales: 38 milliards de plus.

Bref, sur les seuls particuliers, l’effort fiscal serait majoré de 70 milliards d’euros. On imagine aisément par quelles méthodes l’administration fiscale atteindra ces objectifs extravagants: inquisition, répression, surveillance généralisée, interprétations abusives des textes et décisions rétroactives destinées à pénaliser au maximum la création de richesse.

Comment Mélenchon prépare la déstructuration de l’économie française

On se demande comment un tel programme peut réellement exister, dans la mesure où il décrit ce contre quoi les peuples européens de sont révoltés depuis plus de cent ans. L’analyse de Mélenchon repose ici sur un déni de réalité, notamment sur l’occultation du poids réel des dépenses publiques aujourd’hui en France, et de l’exaspération que ce poids suscite.

Après le choc fiscal causé par Hollande et sa fine équipe, et qui a tué la croissance en faisant exploser le chômage, Mélenchon propose cette fois une overdose de dépenses publiques… dont la franchise inquiète quant à la santé idéologique d’environ 15% de l’opinion publique.

L’Etat employeur est-il au-dessus du Code du Travail?

Les fonctionnaires qui font au jour le jour l’Etat employeur seraient-ils capables de respecter les innombrables obligations du Code du Travail? Cette question lancinante mérite d’être posée, car, au jour le jour, tout démontre que les administrations françaises dysfonctionneraient encore plus si la technostructure qui les dirigent devait respecter ne serait-ce qu’une part infime des obligations faites aux employeurs privés. Nous en donnons aujourd’hui deux exemples précis.

L’Etat employeur et le harcèlement moral

Les patrons du secteur privé savent par coeur les risques qui pèsent sur eux dès lors qu’on évoque le harcèlement moral, le stress et toute la sphère du psycho-social. Cette menace plane en permanence sur l’exécution individuelle du contrat de travail, au point d’en devenir empoisonnante. On pense ici en particulier aux affaires Renault ou France Telecom, où quelques cas de suicide suffisent à provoquer une campagne de dénigrement sur les méchantes entreprises qui en demandent trop à leurs salariés.

Oui… mais l’hôpital public alors? Depuis le suicide d’un interne à l’hôpital Georges Pompidou, on sait tous que la fonction publique hospitalière baigne dans un climat bien pire que celui des entreprises. L’association qui s’est créée dans la foulée a astucieusement montré l’étendue des dégâts provoqués par le harcèlement moral dans les structures publiques.

Pour le coup, c’est la théorie selon laquelle le capitalisme rend agressif et l’étatisation apaise qui s’effondre. La violence au travail, au mieux, est en effet totalement indifférente à la nature juridique de la structure où elle se produit. Ce n’est pas parce qu’une entité productive ne cherche pas le profit qu’elle n’est pas violente.

Au pire, certains soutiendront même que le secteur public est plus violent que le secteur privé: la garantie de l’emploi autorise en effet des excès qu’une relation contractuelle privée amène directement devant la justice.

Reste que le secteur public paraît aujourd’hui très en retard, par rapport au secteur privé, dans la protection des salariés. Une application pure et dure du Code du Travail dans les rangs du secteur public provoquerait de nombreux dégâts et montrerait, s’il le fallait, que les entreprises sont beaucoup plus respectueuses de l’humain que les entités qui se réclament de l’intérêt général.

La question des rémunérations variables

Parallèlement, l’Etat employeur apparaît aussi comme un espace de non-droit dans le domaine des rémunérations variables. L’exemple de l’université de Caen l’illustre assez bien.

Selon la CGT, la directrice générale des services de l’université perçoit une prime annuelle de 43.000 euros, qui n’a donc rien à envier à un cadre dirigeant du secteur privé. Simplement, deux différences majeures existent entre ce qu’on appelle le régime indemnitaire du secteur public et les entreprises.

Première différence: le secteur public ne réglemente pas individuellement l’attribution des primes. Alors que le code du travail oblige les entreprises à expliquer aux salariés les règles du jeu pour l’attribution de ces émoluments (même si ces règles sont à bien des égards factices), le secteur public se contente d’un décret créant la prime (ou les primes, car elles sont nombreuses) et ne précise pas, pour le reste, établissement par établissement, les règles d’attribution. D’où un sentiment d’arbitraire et d’opacité qui serait jugé insupportable dans une entreprise.

Deuxième différence: le secteur public a totalement déconnecté le montant des primes et la performance individuelle ou collective de leurs bénéficiaires. C’est le fin du prince et non l’intérêt général qui domine ici. Une privatisation de l’université de Caen, par exemple, n’exclurait nullement que le directeur général perçoive une prime de 43.000 euros. En revanche, elle instaurerait des critères de performance qui semblent absents ici. Depuis 2013, le classement international de l’université n’a pas progressé d’un pouce, et l’importante prime financée par le contribuable ne récompense pas ici une réussite, mais simplement un service.

Soumettre l’Etat employeur au Code du Travail

Il y a fort à parier, en réalité, pour qu’un assujettissement de la fonction publique au Code du Travail ait à très court terme des vertus positives pour le secteur privé. Si les hauts fonctionnaires devaient à leur tour respecter au jour le jour les innombrables prescriptions du Code du Travail, on découvrirait sans tarder qu’ils se révolteraient contre un tissu de règles incompréhensibles et étouffantes.

Soumettre le secteur public aux mêmes règles que le secteur privé conduirait à une très rapide simplification du droit…