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Auteur : Eric Verhaeghe

Néandertal

Inégalités et croissance: ce que je dirai ce jeudi au Modem

François Bayrou me fait l’amitié de m’inviter à disserter d’un sujet: inégalités et croissance devant ses militants, à l’occasion du premier forum qu’il organise dans le cadre des présidentielles (ne manquez pas cet événement!).

 

L’occasion m’est donc donnée de revenir sur un thème que je n’ai plus abordé depuis longtemps, avec quelques informations mises à jour.

Faut-il reparler du mythe de la croissance?

Redisons-le, la notion de croissance est une carabistouille, commode certes, mais qui comporte de si nombreuses limites que le concept ne m’en paraît guère opératoire pour nos politiques économiques, sauf par défaut évidemment.

La croissance est en effet une statistique qui mesure, d’année en année, l’évolution du produit intérieur brut, c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutées. Ce chiffre n’intègre donc que les productions monétisées et met sur un même pied une valeur ajoutée productrice d’externalité positive (une inscription à l’université par exemple), et une valeur ajoutée productrice d’externalité négative (l’achat d’une voiture diesel pour prendre un autre exemple). En soi, la croissance ne dit rien sur la qualité des valeurs ajoutées.

C’est pourquoi la croissance pour la croissance est aussi absurde que l’idéologie de la croissance. On peut très bien « décroître » positivement ou négativement. Décroître pour décroître est vide de sens.

La prospérité plutôt que la croissance

Ce petit rappel sémantique explique pourquoi je préfère généralement parler de prospérité plutôt que de croissance. D’une certaine façon, on pourrait traduire la notion de prospérité par une croissance productrice d’externalités positives. C’est un peu le contraire du gaz de schiste: ce dernier apporte (en théorie) de la croissance économique aux pays qui l’exploite, mais c’est une croissance lourde de pollutions et de désordres. Ce n’est pas de la prospérité.

Mieux vaut privilégier un développement économique qui apporte du bonheur et de l’amélioration concrète des conditions de vie: moins de pauvreté, plus d’espérance de vie, un meilleur accès à la culture, etc.

Inégalités et croissance ne sont pas liées

Un trait marquant de notre époque tient à la dissipation des illusions sur une relation arithmétique qui existerait entre lutte contre les inégalités et croissance. Des statistiques d’Eurostat parues cette semaine le montrent parfaitement:

Source: Eurostat
Source: Eurostat

Ce graphique est à comparer avec la carte ci-dessous qui représente la dispersion des taux de croissance dans les pays de l’Union en 2015:

Source: Toute l'Europe
Source: Toute l’Europe

On le voit, il n’existe aucune corrélation directe entre inégalités et croissance. Ainsi, la Suède et la France sont les deux pays d’Europe où les dispersions salariales sont les plus faibles. L’une connaît la croissance (la Suède) et l’autre la stagnation. La même observation de non-corrélation pourrait être faite pays par pays.

La fin du modèle rawlsien

Ce constat constitue une rupture avec une époque portée par une idéologie dite rawlsienne, du nom du philosophe américain pour qui les inégalités inhérentes au capitalisme étaient souhaitables tant qu’elles permettaient une amélioration du niveau de vie et de bonheur des plus pauvres. Cette philosophie a fortement nourri le discours social-démocrate selon lequel l’action publique devait viser à la fois à la croissance et à la réduction des inégalités.

Nous savons aujourd’hui que le développement des inégalités n’est pas lié à la croissance, et que la croissance est neutre vis-à-vis du sort des plus pauvres. Certains pays connaissent la croissance et l’augmentation des inégalités, contrairement au credo rawlsien. Et inversement.

Quel modèle pour demain?

Faut-il pour autant renoncer à toute ambition que ce soit dans le domaine de la croissance ou de la réduction des inégalités? non, bien sûr, et c’est bien l’enjeu de notre monde post-moderne que de se reforger une doctrine de la prospérité et une approche des inégalités au coeur de celle-ci. Si nous savons que toute nostalgie sociale-démocrate fondée sur la conviction que la croissance conduit à une réduction des inégalités et procède de celle-ci, nous ne pouvons être exempts d’un « buon governo », d’un paradigme pour la conduite des affaires, qui guiderait à la fois les politiques économiques et les politiques sociales.

Protection sociale et prospérité

Premier point pour ce modèle à réinventer: nous savons que la prospérité d’une société est nourrie par l’existence d’un système de protection sociale, en tout cas lorsque cette protection sociale est productrice d’investissement et de confiance. Cela signifie que toute protection sociale n’est pas bonne pour la croissance, mais que la croissance est accrue lorsque le système économique dispose d’un système adéquat de protection des individus.

Cette formulation, qui s’appuie sur des études bien connues de l’OCDE, pose la question de notre protection sociale appelée sécurité sociale. Est-elle la forme de protection sociale qui convient pour optimiser la croissance? Probablement pas, et c’est ici que le modèle républicain doit se réinventer.

Prospérité et égalité des chances

Deuxième point: la prospérité d’une société dépend également de l’investissement que cette société consent dans l’éducation et la formation. Là encore, le sujet est bien connu. Reste à savoir si la France dispose d’un système éducatif qui optimise ses chances en matière de prospérité.

Le sujet est interminable et peut amener à des discussions sans fin. Une évidence s’impose néanmoins avec le temps, notamment à l’occasion des enquêtes PISA menées par l’OCDE: l’école publique, en France, qui s’est construite comme l’école de l’égalité des chances, est devenue avec le temps un puissant outil d’immobilisme et de sélection sociale.

Là encore, les études qui le montrent, bien au-delà de PISA, sont extrêmement nombreuses.

Réinventer l’école et la protection sociale pour réinventer la prospérité

Au vu de ces éléments, il est à peu près acquis que la prospérité en France ne pourra faire l’économie d’une remise à plat à la fois de son système éducatif et de sa protection sociale. Les formes prises par ces deux modèles sont en effet devenues obsolètes et inefficaces. Sans une refonte fondamentale, le retour à la prospérité collective sera difficile.

Santé: que retenir du pénible moment Fillon?

Sur la réforme de la santé, François Fillon vient de traverser un moment difficile, qui mérite d’être longuement mâché et ruminé. Il illustre à merveille les affres auxquelles un candidat qui souhaite réformer en profondeur les dispositifs publics s’expose.

Fillon a-t-il rétropédalé sur la santé?

Beaucoup d’adversaires de François Fillon ont ironisé sur les roulements de mécanique du candidat avant la primaire, et sur le démenti qu’il inflige à ces promesses de « virilité » quelques jours après en rétropédalant sur une question essentielle. La santé fait partie des sujets sensibles qui intéressent les Français. Le flou et cette espèce d’indécision à laquelle nous assistons depuis plusieurs jours dans ce dossier fait en tout cas mauvais genre.

Dans la pratique, François Fillon a-t-il vraiment rétropédalé avec sa tribune signée dans le Figaro? Le seul fait que personne ne soit capable de dire clairement si oui ou non le rétropédalage a eu lieu montre bien l’ampleur des dégâts que cette séquence pourrait causer.

Le site Internet du candidat expurgé

Une chose est sûre, en tout cas, le site Internet du candidat a bougé.

La proposition la plus contestée de François Fillon sur l’assurance-maladie a été retirée, mardi 13 décembre, du site internet du candidat des Républicains à la présidentielle. Elle visait à dérembourser les affections bénignes, pour ne prendre en charge que les affections graves et de longue durée.

En termes d’affichage, ce retrait sans explication claire ne laisse augurer rien de bon. Elle donne le sentiment d’une débandade, d’un repli dans le désordre qui soulève quelques questions majeures.

Fillon au coeur de forces antagonistes

Pour l’instant, l’affaire n’a pas prospéré, mais la séquence « santé » du candidat devrait éveiller de plus en plus de questions sur le sujet. Fillon est-il entouré de diverses sphères ou de différentes nébuleuses qui se parlent peu et ont du mal à se mettre d’accord entre elles?

À ce stade, on peut en tout cas distinguer au moins quatre sphères autour du candidat.

La première sphère est composée de ses soutiens politiques et du lot de ceux qui l’ont soutenu dès la première heure et qui espèrent booster leur carrière politique en 2017 en récupérant un maroquin ministériel. Dans ce lot, on mettra notamment son directeur de campagne, Jérôme Chartier.

La deuxième sphère est composée des gens d’entreprise qui ont participé à l’élaboration du projet. Parmi eux, on compte des figures évoquées largement par la presse: Danon et Castries, en particulier. Ceux-là sont moins rompus à l’exercice politique et ne parlent pas la même langue que les politiques.

La troisième sphère rassemble les « technos », et notamment les fonctionnaires qui entourent le candidat et qui tiennent très souvent la plume. Dans cet entourage coupé des politiques et très attachés à l’étatisme, Jean-Paul Faugère, directeur de cabinet à Matignon et fidèle d’entre les fidèles est toujours là. Mais on retrouve aussi Eric Aubry, conseiller d’Etat, et conseiller social à Matignon, qui ne se démarque pas par une capacité particulière à faire bouger les lignes.

La quatrième sphère est récente: elle se nourrit des ralliements postérieurs à la victoire à la primaire. Elle intègre des figures de la Sarkozie comme Eric Woerth.

Nouveaux ralliés et technos contre projet initial?

La séquence « santé » qui vient de se dérouler pose une question simple: les nouveaux venus dans l’entourage de Fillon sont-ils ligués de fait avec les technos pour ramener le candidat dans le droit chemin, c’est-à-dire dans la ligne du parti étatiste de toujours?

Selon nos informations, le groupe des « technos » constitue de longue date une sorte de barrage autour de François Fillon, qui filtre pour lui les dossiers et la lecture qu’il peut en avoir. Ce barrage ne peut être qualifié de « libéral » et se veut plutôt le gardien du temple. Il est notamment porteur de l’idéologie du « jardin à la française« , qui consiste à réorganiser la société française autour de quelques grands groupes, en javellisant les « petits » ou en les regroupant par blocs soumis à des impôts élevés.

Les ralliés d’après scrutin, comme Jean-Pierre Raffarin (grand manitou du RSI, rappelons-le), trouvent-ils dans ces « technos » des oreilles complaisantes et leur apportent-ils un soutien politique grâce auquel ils peuvent prendre leur revanche sur une campagne où Fillon les a moins écoutés que les entrepreneurs ou les représentants du secteur privé? Les mauvaises langues opineront du bonnet.

Un bel exemple d’intervention du gouvernement profond

La séquence « santé » et les manifestes tiraillements dans l’équipe du candidat montrent en tout cas comment des ambitions réformatrices qui touchent à l’organisation systémique de la société française sont rapidement contrées par les zélateurs du gouvernement profond. Depuis plus d’un siècle, la France subit en effet une torsion historique pour confier à la puissance publique les fonctions providentielles exercées auparavant par les forces privées, notamment par l’Eglise. Ce qui vient de se produire sur la santé illustre à merveille la difficulté de s’abstraire de cette série historique et d’en « inverser la courbe » pour paraphraser l’homme de l’Elysée.

Cette difficulté mérite vraiment d’être calmement analysée et disséquée, car elle fait peser une hypothèque sur la possibilité de réformer le système « de l’intérieur ». Nous avons bien entendu tous l’espérance de pouvoir « changer le système » de façon démocratique et ordonnée. Mais tout montre que ce type de changement suppose l’existence d’une technostructure disposée à transposer les intentions politiques en mesure technique. Et là, les ennuis commencent.

L’habile propagande du pacte social

Enfin, on notera que l’intervention du gouvernement profond en faveur d’une étatisation grandissante de la société française s’opère toujours sous couvert des grands mots qui vont bien: solidarité, pacte social, grande oeuvre modernisatrice du Conseil National de la Résistance, etc. Le système est, de ce point de vue, très bien monté: il consiste à systématiquement présenter une réforme systémique de l’assurance maladie comme une intention de rendre la médecine payante. Cette étape franchie, des journalistes consciencieux sortent dans la rue faire des micro-trottoirs en demandant au quidam: « Entre une médecine remboursée par la sécurité sociale, et une médecine privée payante, que préférez-vous? »

Le résultat du micro-trottoir permet de prouver dans l’heure que tous les Français sont contre cette réforme. Sur ce point, Fillon s’est trouvé trop court d’un uppercut. Dans la bataille des doxa, il n’était pas prêt à rendre les coups ni à imposer ses thèmes. Gramsci demeure bien notre maître à penser.

RSI: Martine Pinville fait un discours sous narcotique

Martine Pinville, la sous-ministre des petites mains, a prononcé un discours sous acide pour l’inauguration des locaux du RSI de Rennes. Alors que des manifestants protestaient dans la rue contre la toxicité de ce régime imposé aux travailleurs indépendants, la représentante du gouvernement, elle-même inspectrice des impôts, a déclamé les contre-vérités d’usage sur le dossier: les choses s’améliorent et vont quand même mieux que si elles étaient pires.

Discours ou provocation de Martine Pinville?

Sans surprise, puisque la langue de bois est la seule autorisée pour les ministres, Martine Pinville a défendu les contre-vérités officielles:

« En cinq ans, nous avons réalisé de vraies réformes au bénéfice des travailleurs indépendants, qui s’achèveront en 2017 pour assurer un service fonctionnel et de qualité aux 6 millions d’assurés »

Ah oui? En 2017, l’amélioration du RSI, à l’oeuvre depuis 5 ans (rien que ce délai en dit long sur l’étendue du dégât et la tolérance inouïe du pouvoir exécutif vis-à-vis de dysfonctionnements qui empoisonnent la vie de 6 millions d’assurés), sera donc achevée en 2017… Ceux qui ont fait une marche à travers la France en novembre pour protester contre le chaos du RSI seront heureux de l’apprendre. Ils peuvent en tout cas témoigner de l’étendue du mensonge officiel. Ceux qui postent régulièrement des commentaires cataclysmiques sur ce blog, décrivant le sort qui leur est réservé par le RSI y ajouteront leur voix.

Les indépendants, grandes victimes d’un système au service des fonctionnaires

On peut quand même se demander quelle rationalité ce genre de discours, qui ne peut résonner que comme une provocation, revêt dans un contexte aussi tendu. Il serait intéressant de voir quel discours Martine Pinville prononcerait devant ses collègues inspecteur des impôts si les difficultés du RSI se posaient depuis plus de 10 ans aux agents du ministère des Finances.

À n’en pas douter, ce que les gouvernements de droite comme de gauche banalisent, minimisent, parce que seuls les travailleurs indépendants en sont victimes, serait depuis longtemps réglé de façon expéditive si des fonctionnaires des Finances devaient le subir. Aucun syndicat de fonctionnaires ne tolérerait, pour ses ressortissants, le dixième, que dire: le centième des dysfonctionnements dont les indépendants sont l’objet depuis 10 ans.

Education Nationale: à quoi ressembleront les 100 premiers jours du prochain ministre?

En mai 2017 arrivera un nouveau ministre de l’Education Nationale. Comme à chaque nouveau scrutin ou à chaque remaniement d’ampleur, le Président et son Premier Ministre devront choisir entre deux voies: soit choisir un personnage falot qui ne touchera rien et habillera son immobilisme à coup de réformettes pour amuser la galerie (cas le plus fréquemment rencontré), soit choisir un réformateur (ou une réformatrice) bien décidé à améliorer notre performance éducative.

Si l’on en juge par le profil des candidats actuels (Vincent Peillon et François Fillon ont été ministres de l’Education), le choix de la réforme devrait s’imposer. Voici un petit guide des manoeuvres d’urgence à opérer durant les 100 premiers jours du nouveau ministre pour rompre avec des décennies de déclin.

Education Nationale: un diagnostic rapide

Sur le fond, les grandes étapes du diagnostic à porter sur l’Education Nationale sont bien connues, grâce aux classements internationaux.

Le classement PISA mesure la difficulté de l’école publique à corriger les inégalités sociales, et plus largement, sa difficulté à épanouir des compétences fondamentales chez les élèves. Par compétences fondamentales, il faut entendre l’aptitude des élèves à maîtriser le langage et son sens.

À l’occasion du rapport PISA, d’autres difficultés inhérentes au système scolaire français apparaissent régulièrement. En particulier, la muraille de Chine que cherche à bâtir chaque matin le corps enseignant pour être séparé du reste du monde pose un problème lourd: les systèmes éducatifs les plus performants dans le monde sont ceux qui intègrent le mieux les parents dans le fonctionnement quotidien de l’école.

Le classement de Shangaï montre pour sa part les dégâts causés par l’implosion universitaire en France. Longtemps niée par le corps éducatif, cette implosion se traduit aujourd’hui par des affectations des étudiants dans les filières de formation à coup de tirage au sort…

On s’intéressera ici à l’enseignement secondaire.

Pourquoi agir en 100 jours?

Beaucoup aiment à faire croire que les réformes éducatives s’inscrivent forcément dans un temps long. Je me souviens même d’un haut fonctionnaire de l’Education Nationale qui me soutenait un jour qu’une bonne réforme ne pouvait se faire en moins de 10 ans.

Cette légende urbaine fait évidemment partie de l’anthologie de l’immobilisme rééditée chaque année par la nomenklatura éducative, d’autant plus attachée à son confort de vie qu’elle n’inscrit pas ses enfants dans les établissements difficiles. Je me souviens d’un inspecteur général de l’Education, déclaré trotskyste, qui condamnait les horribles parents qui recouraient à l’école privée mais était très heureux d’avoir inscrit ses enfants dans une école publique de l’un des quartiers les plus chics de Paris.

En réalité, l’Allemagne est parvenue à métamorphoser son système scolaire en quelques années, avec beaucoup de volontarisme politique. En revanche, elle a remis au travail sa pédostructure et lui a demandé de porter un projet collectif.

Rétablir une pédostructure démocratique

La première mesure que le nouveau ministre devra prendre consistera à suivre le même chemin qu’en Allemagne: une reprise en main de l’appareil éducatif, et une mise à l’écart consciencieuse des capitaines de tranchée qui occupent les bureaux du mammouth avec le même esprit conquérant et performeur que des officiers d’état-major qui entendent pour la première fois le son du canon. Dans cette perspective, plusieurs axes précis doivent être « opérés » de façon très méthodique pour casser les blocages habituels que la machine éducative organise en toute discrétion.

En premier lieu, le nouveau ministre doit rétablir une vraie transparence sur le fonctionnement de son administration centrale.

Ceci place par la mise en place d’outils indispensables, comme une communication d’un budget sincère au Parlement, permettant de connaître les vrais coûts de fonctionnement du système. Il est par exemple d’usage de cacher au Parlement la véritable masse salariale de l’administration centrale ou le nombre exact de fonctionnaires qui y sont effectivement affectés. Ce genre de cachotteries se révèle être la mère de tous les vices. Mais on pourrait dire la même chose des marchés informatiques, qui représentent des sommes colossales que personne n’analyse et dont on aimerait savoir à qui ils profitent vraiment. Il ne faudra sans doute pas longtemps pour comprendre que, derrière les grandes déclarations humanistes et solidaires des pédocrates se cache d’abord une source intarissable de profits pour quelques groupes qui vivent sur le dos de la bête (et du contribuable).

En second lieu, il doit responsabiliser les administrateurs du système en écartant très vite les « planqués »: combien d’inspecteurs généraux n’inspectent plus? voire ont été interdits de mettre les pieds dans une académie, tant leur incompétence est grande et dévastatrice. Une bonne mesure exemplaire de licenciement pour insuffisance professionnelle permettrait de mieux expliquer aux autres que l’heure est venue d’agir.

En troisième lieu, il est temps de mettre fin à la politique systémique d’emplois fictifs en vigueur à l’Education Nationale. Plusieurs milliers d’enseignants sont mis à disposition de structures obscures où n’a lieu aucune action d’enseignement. Cela suffit.

Débureaucratiser le système éducatif

Si l’école publique coûte cher et performe peu, sa surbureaucratisation en constitue un premier facteur d’explication. Plus qu’aucun autre pays, la France a inventé de multiples étages d’administration territoriale de l’Education Nationale, avec pléthore d’effectifs sous-occupés qui produisent ce que produit toute bureaucratie: un empilement de procédures dont la seule utilité est d’occuper ceux qui les inventent et de justifier leur emploi, et dont l’inconvénient majeur s’appelle démotivation et déresponsabilisation des échelons qui les subissent.

Pour rompre avec cette spirale bureaucratique, le nouveau ministre devra procéder en deux étapes.

Premièrement, il devra immédiatement préparer une grande loi comportant deux chapitres. Le premier chapitre doit instaurer dans les dix-huit mois l’autonomie des établissements, spécialement dans le second degré. Cette autonomie doit à la fois porter sur la pédagogie et sur le recrutement des enseignants. Le second chapitre de la loi doit supprimer le système de « barème » qui subordonne les parcours de promotion à l’engagement syndical et non à la compétence éducative.

Deuxièmement, dans les deux ans qui suivent cette loi, le ministre doit préparer loi de dégagement des cadres, visant à licencier l’ensemble des personnels administratifs rendus inutiles par l’autonomie des établissements.

Dans les trois ans, le ministre aura ainsi mis un terme à la tyrannie bureaucratique qui étouffe l’école publique.

Défiscaliser les frais de scolarité dans l’enseignement privé hors contrat

Pour le projet de loi de finances suivant, le ministre doit impérativement obtenir de son collègue des Finances une mesure fondamentale pour la vitalité pédagogique en France: la défiscalisation complète des frais de scolarité dans l’enseignement privé hors contrat, dans la limite d’un plafond correspondant à la subvention moyenne perçue par élève au niveau scolaire idoine.

Concrètement, un lycéen coûte aujourd’hui 8.000 euros par an à la collectivité. Les parents qui inscrivent leur enfant en âge d’aller au lycée dans un établissement privé hors contrat doivent bénéficier d’un crédit d’impôt de 8.000 euros pour financer la scolarité de leur enfant.

Cette parfaite neutralité financière entre l’enseignement public et l’enseignement privé, qu’il soit ou non sous contrat, permettra d’établir une véritable concurrence pédagogique entre établissements, et obligera l’école publique à repenser ses méthodes pédagogiques pour attirer des élèves.

Supprimer la carte scolaire

Le ministre doit annoncer que les établissements disposent d’une période de transition de deux ans pour se préparer à la suppression complète de la carte scolaire. Les parents doivent être libres d’inscrire leurs enfants là où ils le souhaitent. Bien sûr, une telle mesure se prépare, d’où l’instauration d’une période de transition. Mais celle-ci doit aussi permettre aux établissements de préparer une autre réforme fondamentale: l’indexation de la dotation de fonctionnement sur le nombre d’élèves. Chaque année, les moyens de fonctionnement doivent être adaptés à la population réelle des établissements.

Pour tenir compte de la difficulté présentée par certains publics, la dotation doit être majorée pour l’accueil d’un élève boursier. Le système de bourse peut être affiné pour bien tenir compte des difficultés spécifiques de certains établissements.

Réformer la diplomation par l’Education Nationale

Enfin, pour donner une cohérence durable à ce système, le ministre de l’Education Nationale doit réformer en profondeur le système d’examen, et spécialement le baccalauréat.

Cette réforme, qui doit être travaillée avec un corps enseignant remotivé et remobilisé, doit avoir trois objectifs majeurs.

Le premier objectif est d’élever le niveau de connaissances et de compétences de nos élèves en appréhendant mieux leurs savoirs. Un baccalauréat entièrement numérisé doit remplacer le baccalauréat actuel. Il doit servir de pivot à un franchissement fondamental de cap: l’école doit passer de l’ère papier à l’ère numérique.

Dans cet objectif, des épreuves éliminatoires doivent être mises en place. Il faut arrêter de donner le bac S à des élèves nuls en mathématiques mais excellents en sport. Le baccalauréat doit valider des parcours qui ont un rapport réaliste avec leur intitulé. Au passage, il ne serait pas choquant qu’un premier examen intervienne en fin d’école primaire ou de CM1 pour valider les savoirs fondamentaux des élèves. Les recalés pourraient passer un CM2 entier à les réacquérir.

Le deuxième objectif est de piloter la pédagogie en profondeur, en garantissant l’homogénéité relative d’un système désormais fondé sur la liberté pédagogique. L’examen devrait donc être professionnalisé dans sa conception et ses évolutions pour entraîner avec lui l’ensemble du système éducatif, qu’il soit privé ou public.

Le troisième objectif serait d’évaluer la performance éducative des enseignants. Les moins efficaces d’entre eux, c’est-à-dire ceux qui apporteraient le moins d’amélioration éducative aux élèves, seraient licenciés. Bien entendu, il ne s’agit pas de lier arithmétiquement la performance des enseignants aux résultats des élèves à l’examen. En revanche, une sophistication du dispositif actuel permettrait de mesurer les nouveaux acquis des élèves à l’école. Les enseignants qui apportent peu doivent être écartés du système.

Une rupture dans l’Education Nationale vitale pour notre redressement

Ces mesures de bon sens, déjà largement pratiquées ailleurs, sont indispensables à notre redressement collectif. Le gâchis qui consiste à investir chaque années près de 60 milliards d’euros dans un système peu performant constitue en effet un danger colossal pour notre pays. Il nous faut le courage d’agir.

 

Pourquoi Ronaldo doit être déchu de son ballon d’or

Ronaldo vient d’avoir un quatrième ballon d’or, réussite sans égale dans l’histoire. Et curieusement, pas un mot sur la méchante affaire de fraude fiscale à 150 millions d’euros qui lui colle désormais au train après l’affaire du « Football Leaks ». Une fois de plus, on passe singulièrement à côté d’une belle occasion de moraliser le sport, et plus particulièrement un sport très populaire, mais très corrompu, si l’on en juge par l’affaire FIFA qui a fait plonger Michel Platini.

Mais ça pose tout de même un problème de récompenser des fraudeurs, et de nourrir ainsi le mythe de l’argent facile auprès d’une population de fan qui apprécie parfois mal les règles d’une société de droit.

L’estomaquante affaire Ronaldo

En quoi consiste la fraude (présumée) de Ronaldo? L’intéressé empocherait des recettes publicitaires dans des paradis fiscaux. La somme avoisinerait les 150 millions €, c’est-à-dire 200 fois environ ce que Cahuzac a dissimulé en Suisse, et qui lui valent trois ans de prison ferme aujourd’hui.

Dans un cas, la prison, dans l’autre, la consécration.

Une discrimination populiste

Alors comme ça, tu sais taper dans une balle avec un air de beau gosse, et tu as le droit d’enfumer la planète entière: tu recevras un prix. En revanche, tu sais gérer un Etat, une administration, tu produis du bien collectif (ou tu peux en produire) et là, pas de pardon: une fraude deux cent fois moins lourde que si tu tapais dans une balle te conduit directement en prison.

Ce qui signifie qu’être un acteur de la démocratie, c’est tolérance zéro et soupçon généralisé de mensonge. En revanche, le gladiateur qui divertit les masses et les détourne de leur misère, lui, il peut tout.

Qu’on s’étonne, après cela, de la crise qui frappe nos démocraties.

Le dévastateur exemple donné par Ronaldo

Pour tous les gamins de banlieue dont les rêves (et la projection de la société) se limitent souvent à la contemplation d’une balle tapée par vingt-deux coureurs pas forcément cortiqués, la récompense accordée à Ronaldo vaut mieux que n’importe quel démenti apporté à toutes les leçons de civisme laborieusement organisées dans les écoles. Le message envoyé est clair: triche, et tu seras riche et honoré!

Et surtout: pourquoi te fatiguer à gagner ton salaire à l’usine ou à l’atelier. Tape dans une balle, fais-toi de l’argent facile, et fraude pour le garder. Et surtout, ne prends pas ta part dans l’effort collectif.

Nos sociétés sont-elles handicapées de la morale?

Il y a quelques jours, le Monde constatait que la justice française restait « timorée » dans les sanctions qu’elle infligeait aux banques en matière de lutte contre la fraude fiscale. Les juges français ont lourdement sanctionné Cahuzac, mais ils sont beaucoup plus indulgents que leurs voisins occidentaux dès qu’il s’agit d’incriminer les sociétés bancaires qui se rendent complices de ces fraudes.

La sanction réduite dont Axa vient d’écoper de la part de l’ACPR le montre encore une fois. L’autorité publique n’a pas la main lourde quand il s’agit des personnes morales. Pour tout ce qui touche aux particuliers, en revanche, il existe une doctrine qui ne dit pas son nom: les vedettes aimées du public sont épargnées, les autres trinquent.

Et si l’on inversait ce raisonnement en exigeant des idoles une exemplarité au moins aussi grande que celle qu’on attend des responsables?

Remettre les valeurs collectives au centre du jeu

Pour filer la métaphore footballistique, il paraît indispensable aujourd’hui de remettre les valeurs collectives au centre du jeu. On voit bien que l’exaltation de l’argent facile, l’espèce d’hégémonie matérialiste véhiculée par ces chaînes sportives affaiblit en profondeur les fondements de la société occidentale. Le fantasme d’un argent facile et facilement gagné en transgressant tous les principes sociaux, collectifs, moraux, est un poison lent qui engourdit les consciences et fait le jeu de tous les extrémismes.

Est-ce un hasard si la Qatar islamiste possède des chaînes sportives?

Impossible, évidemment, de terminer ce billet sans interroger les raisons pour lesquelles le très islamiste Qatar possède les chaînes sportives Bein et popularise partout dans le monde cette société du spectacle sportif où l’argent coule à flot et où l’éthique est reléguée sur de vieux rayonnages de bibliothèque poussiéreux que plus personne ne fréquente.

Les spécialistes de l’Islam (on se reportera ici au dernier numéro de la Nouvelle Revue d’Histoire) se plaisent à souligner que le matérialisme vide qui sévit en Occident nourrit toutes les révoltes et toutes les réactions islamistes. La décadence de l’Occident stimule la renaissance de l’Islam politique.

Il est donc moralement, mais aussi politiquement salutaire que Ronaldo soit déchu de son Ballon d’Or et que nous commencions à nettoyer les écuries du sport.

Le sens caché de la candidature Peillon

Il fallait oser la candidature Peillon! L’ancien ministre de l’Education, dont son directeur de cabinet disait à l’époque que son ministre était un cerf-volant à piloter depuis le sol, sort tout droit d’un rayonnage de bibliothèque (il est professeur associé à l’université de Neuchâtel, en Suisse) où sont parti le stockait en attendant des jours meilleurs. Et patatras, le voici candidat à la primaire, face à Valls.

Un coup des aubrystes… et des Parisiens

Selon le Canard Enchaîné, ce sont les aubrystes qui ont pris l’initiative de le démarcher. L’affirmation est plausible. Mais, pour prendre corps, elle s’est appuyée sur le soutien de deux autres fédérations qui rejettent Manuel Valls.

Il s’agit de la fédération de Paris, d’abord: menée par Patrick Bloche, le député du 11è arrondissement, elle exprime bien les sentiments d’Anne Hidalgo elle-même pour le Premier Ministre, et sa préférence naturelle pour un intellectuel bobo qui veut plus de fonctionnaires pour régler les problèmes du pays.

La fédération des Bouches-du-Rhône s’est aussi empressée d’apporter ses voix à Peillon. Mennucci, député de Marseille, se répand désormais partout pour expliquer de Peillon défend la ligne traditionnelle du parti en matière économique, et qu’il constitue donc un meilleur candidat que Valls.

Avec le soutien des fédérations du Nord, de Paris et des Bouches-du-Rhône, Peillon devient subitement un candidat sérieux au PS.

Une candidature qui torpille Valls

Pour Manuel Valls, le ralliement des trois grandes fédérations du PS à un rival sorti du chapeau, un cerf-volant que ses soutiens espèrent piloter facilement, est une très mauvaise nouvelle. Le poids de Valls face à Macron et à Mélenchon n’est déjà pas évident. La rivalité avec Montebourg ne l’aidait pas. Mais l’intervention d’une candidature mièvre, certes, mais soutenue par l’appareil, complique encore un peu plus son jeu.

L’objectif de ceux qui soutiennent Peillon est clair. Non seulement, il s’agit de faire du tout sauf Valls. Mais l’enjeu consiste aussi à juguler la tentation « libérale » de l’ancien Premier Ministre, partisan des baisses de charge pour les entreprises et d’une politique de l’offre.

Le PS ne croit pas une victoire possible en mai 2017…

En avançant la candidature Peillon, les grandes fédérations du PS lancent un message simple: la victoire aux présidentielles n’est pas possible. Donc, pas besoin de se rassembler derrière Valls, puisque ce rassemblement servirait seulement à légitimer celui-ci à gauche sans sauver l’Elysée. L’appareil du PS avec ses éléphants immuables pose donc le problème de façon très simple: puisque la primaire ne sert pas à choisir un futur président de la République, choisissons le candidat qui évite le pire.

D’où les démarchages de Taubira et de Touraine, avant le démarchage de Peillon. En vain: les intéressées ont refusé.

… mais cherche à sauver ses circonscriptions en juin

Le PS a désormais un objectif de guerre extrêmement simple: perdre le moins de circonscriptions possibles en juin, dans des législatives qui s’annoncent comme une superbe débandade. Le pari qui est fait aujourd’hui consiste à soutenir que ni la ligne Valls ni la ligne Montebourg ne sont capables de colmater les brèches. Seul un retour aux positions traditionnelles du PS: le marché, l’Europe, la culture, les fonctionnaires, la dépense publique, permettra de limiter les dégâts.

Et sur cette ligne, Peillon est plausible. Il a d’ailleurs fait l’éloge de la création de postes de fonctionnaires dans sa déclaration de candidature.

2022 dans les esprits, déjà

Au-delà de cette préoccupation pragmatique, qui annonce une faible mobilisation pour la présidentielle et un effort surtout porté pour les enjeux locaux, c’est la conduite du parti jusqu’en 2022 qui se décide aujourd’hui. Hidalgo, Aubry et les Marseillais ont structurellement besoin d’affaiblir les « libéraux » pour conserver la mainmise de l’appareil à l’horizon 2022. Le choix de Peillon comme porte-drapeau le prouve, d’ailleurs. Peillon est un rêveur incapable de tenir un appareil politique.

Son éventuelle désignation comme Premier Secrétaire permettra aux clans et aux factions de reprendre le pouvoir dans la maison de la rue de Solférino.

L’étrange sociologie socialiste

On notera, en tout cas, que l’équipe Hollande est viscéralement rejetée par les socialistes des grandes villes. Parisiens et Marseillais soutiennent Peillon (avec des exceptions notables comme celle de Cambadélis, Caresche ou Le Guen à paris, de Vallaud-Belkacem à Lyon, à ce stade en tout cas). Les Lyonnais (Gérard Collomb en personne) soutiennent Macron. Les Lillois soutiennent Peillon.

Ici, c’est l’élite technocratique et économique de gauche qui décide et qui montre la voie. Et sa voie est ringarde à souhait.

RSI: le nouveau siège à Rennes a coûté 10 millions € aux indépendants

Le RSI inaugure son nouveau siège à Rennes, en présence de Martine Pinville, sous-ministre des petites mains et des petites choses dont s’occupe Bercy. Ce bâtiment de 4000m2, soit environ 2.500€ le m2 (prix moyen dans ce quartier) à l’achat, illustre une fois de plus les dérives de coût imputables à cette usine à gaz qui dysfonctionne quotidiennement.

Le RSI de Rennes régulièrement bloqué

Cette inauguration s’inscrit dans le climat très dégradé dû à l’incapacité du RSI à améliorer ses dysfonctionnements.

Ainsi, en octobre, des indépendants avaient bloqué l’accès au bâtiment pendant toute une journée.

« Parmi nous, il y a des gens qui ne touchent plus leurs indemnités depuis quatre ans. S’ils n’avaient pas leur conjoint, ils seraient à la rue »

Le même blocage avait eu lieu six mois plus tôt, mais aussi en juin 2015

10 millions sortis de la poche des cotisants

Malgré ce climat dégradé, donc… le RSI a sorti 10 millions€ pour des locaux flambant neufs. Les cotisants apprécieront l’investissement, alors que la plupart des entreprises préfèrent louer leurs locaux plutôt que de les acheter. Si, dans le cas des locaux de Rennes, la localisation des bureaux répond aux prescriptions de la Convention d’Objectifs et de Gestion signée avec le gouvernement (à savoir quitter des bureaux vétustes et coûteux pour s’orienter vers du fonctionnel moins cher), il n’en reste pas moins que la dépense semblera à beaucoup somptuaire.

Appel à manifester pour la venue de la sous-ministre

Les indépendants bretons pourront donc se retrouver devant les locaux neufs de leur assureur social préféré pour manifester leur mécontentement.

Le rendez-vous est fixé tôt le matin. Un co-voiturage est organisé depuis Quimper.

L’angoisse de l’entrepreneur devant la taxation des robots

La taxation des robots est un serpent de lac (un Loch Ness Monster très français) que Benoît Hamon a ressorti pour amuser et effrayer les téléspectateurs au cours de l’Emission Politique, regardée, paraît-il, par deux millions de personnes. Et forcément, les entrepreneurs qui avaient du temps à perdre et ont échoué sur la chaîne du service public ce soir-là (j’imagine qu’ils n’étaient pas nombreux) ont tressauté en entendant cette fausse bonne idée qui a tout du sabaudet ou du tablier de sapeur: son évocation nous « dit quelque chose » et on a envie d’essayer parce qu’elle fleure bon une tradition sympathique, et quand ça tombe dans l’assiette, c’est tout simplement indigeste.

 

La taxation des robots: une idée vieille comme… Rocard

Contrairement à ce qu’on croit, la taxation des robots n’est pas une idée à la mode des années 90. Elle vient de bien plus profond de notre tradition politique: on remercie Numerama d’en avoir extirpé les racines rocardiennes. De fait, la grande angoisse de voir les humains remplacer par des machines est née avec les machines elles-mêmes, et a particulièrement fleuri dans les années 60. C’est à cette époque que certains politiques imaginent imposer les robots pour libérer les hommes, le travail, et autres rengaines dont personne ne saisit clairement le sens mais dont on se dit: « C’est forcément l’avenir ».

Le fantasme de la raréfaction du travail

Taxation des robots rime avec raréfaction du travail. Cette idée fait partie de l’air du temps: de la « fin du travail » pronostiquée par Jeremy Rifkin, l’esprit contemporain glisse forcément vers l’idée que la révolution numérique remplace les humains. C’est la énième version du même discours des années 60 (au coeur des Trente Glorieuses, donc), mais nourri cette fois à la sauce de l’Internet. Quelle qu’en soit sa version, elle permet de ressortir l’idée décidément très française qu’il faut inventer une nouvelle taxe.

Mon esprit perfide a d’ailleurs la tentation d’émettre l’idée d’une sorte d’hystérie nationale qui rassure ses angoisses face à l’avenir par le recours à l’impôt. J’ai peur, donc je fais payer.

Non, le travail ne se raréfie pas

La théorie de la raréfaction du travail, bien sûr, ne repose sur aucune réalité. Le graphique ci-dessous, tirée de l’INSEE, le rappelle:

taxation des robots

Comme on le voit, entre 1955 et 1967, années des Trente Glorieuses, le nombre de personnes en emploi en France a péniblement stagné autour de 20,5 millions de personnes. Il a brutalement explosé sous Pompidou et sous Giscard. Durant les années Mitterrand, il a considérablement stagné autour des 23 millions de personnes en emploi. Ensuite, durant les années Chirac, la France a mis en emploi plus de 3 millions de personnes nouvelles en emploi. Une nouvelle phase de stagnation commence avec la crise de 2008, dont nous ne sommes pas encore sortis.

Rien, en tout cas, dans ces chiffres, ne laisse à penser que les révolutions technologiques qui s’enchaînent depuis l’invention de l’intelligence artificielle ne conduisent à une raréfaction du travail en France. En revanche, il est très pratique de jouer (de façon populiste?) sur les peurs des Français en leur annonçant la fin du travail, comme on annonçait à une époque la fin du monde, dès qu’un cycle de stagnation de l’emploi commence.

L’angoissante et omniprésente taxation des robots

L’idée de taxer les robots pour financer l’Etat, on l’a vue, n’est pas nouvelle. Elle est aussi beaucoup plus répandue qu’on ne le croit.

Par exemple, Jean-Luc Mélenchon expliquait déjà en 2010:

Le problème du financement des retraites se résume donc à un problème de partage de la richesse créée. Les gains de productivité ont été massivement captés par le capital alors qu’ils devraient contribuer à financer les retraites et à faire progresser les salaires. C’est la contraction de la masse salariale qui compromet le financement des retraites.

L’idée est bien connexe à celle de Benoît Hamon: les robots produisent de la richesse qui doit financer la protection des humains.

Le Front National et la taxation des robots

En grattant bien, on trouvera dans le programme du Front National une idée assez proche, et même redoutablement semblable à celle de Mélenchon et d’Hamon, mais rédigée sous une forme plus éthérée:

Il faut en premier lieu élargir l’assiette du financement des retraites. L’assiette actuelle (les revenus du travail) est trop étroite et pèse sur notre compétitivité. Il convient donc d’élargir cette assiette aux revenus du capital pour financer notamment l’ensemble des prestations qui relèvent du principe de solidarité nationale et non du principe d’assurance : minimum vieillesse, bonifications pour enfants, cotisations du salaire parental, etc.

Comme les robots font partie de l’accumulation capitalistique, et produisent des revenus du capital, on voit bien la proximité des idées…

J’ajouterais même que, lors d’un débat public que j’ai eu avec un conseiller économique de Marine Le Pen, j’ai entendu l’idée que les entreprises qui remplacent les humains par des robots seraient taxées, sauf à recruter des Français à la place de leurs machines. Impressionnant, non?

Mais qu’est-ce qu’un robot?

Ce qui pose immédiatement problème, bien sûr, dans la taxation du robot, c’est la notion même de robot. Car qu’est-ce qu’un robot?

Dans la définition officielle, le robot est une machine pilotée par une intelligence artificielle qui le rend capable d’accomplir une série de tâches programmées. Le robot, c’est donc le bras articulé, de haute précision, qui opère le malade à la place du chirurgien. C’est le pistolet à peinture dans l’usine automobile, qui évite à l’ouvrier d’absorber des substances toxiques au travail. Mais c’est aussi le micro-ordinateur de la secrétaire qui remplace la machine à écrire et qui la soulage d’une multitude de tâches fastidieuses.

Donc: toute entreprise qui achète un micro-ordinateur pour un salarié devra payer une taxe sur le micro-ordinateur, au titre du gain de productivité qu’elle réalise grâce à lui.

La taxation des robots, l’idée ringarde par excellence

On mesure le passéisme profond de cette idée. La taxation des robots est synonyme de taxation du progrès. Là où le travail est suffisamment fastidieux, pauvre, inintéressant, pour être effectué par une machine plutôt que par un homme, on va taxer la machine de façon punitive, simplement parce qu’elle remplace un homme avec sa bonne vieille sécurité sociale et ses droits obsolètes.

Ah! le bon temps où l’intelligence humaine était irremplaçable, même pour compter les prix des produits dans les supermarchés.

Taxation des robots ou hausse de la fiscalité des entreprises?

Derrière la taxation des robots, la stratégie qui pointe est bien celle énoncée par le Front National: il faut taxer le capital beaucoup plus qu’il ne l’est aujourd’hui, pour ne pas réformer les protections dont les humains bénéficient. Et asymptotiquement le paradigme qui pointe le nez est celui de la disparition concertée du travail: pourquoi (en forçant le trait, mais à peine) forcer les pauvres à travailler, alors qu’on pourrait les nourrir avec l’argent que tous les riches se font avec leurs machines?

Structurellement, la taxation des robots correspond à une approche très simple: remplaçons la taxation du revenu du travail, par la taxation du revenu du capital.

Taxation des robots, éloge de l’aliénation

On appréciera l’idéologie cachée derrière la taxation des robots. Bien sûr, elle repose sur la haine du capital, ou par la volonté de le punir, ce qui peut s’imaginer. Mais au lieu de vouloir libérer le salarié de sa condition, au lieu de le désaliéner comme le proposait Marx, c’est bien à un éloge de la servitude qu’invite cette mesure. Ouvriers, employés! ne vous libérez plus! profitez de votre condition et faites payer vos patrons pour continuer à en profiter.

En réalité, la taxation du robot procède du long renoncement, caractéristique de la gauche française, à l’émancipation des salariés.

Entrepreneurs, préparez-vous à partir!

On comprend aussi, derrière la taxation du capital, à quelle sauce seront mangés tous les innovateurs du pays. La tendance dominante dans le grand axe fiscal qui va de Mélenchon à Marine Le Pen en passant par l’aile gauche du Parti Socialiste consiste bine à faire payer les entrepreneurs pour financer l’immobilisme de la société française. Pour ne pas demander aux fonctionnaires de ne pas travailler plus de 35 heures, pour ne pas limiter les visites hebdomadaires chez le médecin pour le moindre bobo, payée par la collectivité, pour ne pas tailler dans une politique d’assistanat qui crée un shadow labor market, pour ne pas revenir à la responsabilisation du plus grand nombre, ce sont les entrepreneurs qui vont passer à la trappe.

Sauf à partir…

Ce malaise qui vient quand on écoute Macron…

Article écrit pour Atlantico.

On écoute Macron (difficile d’y échapper, tant la couverture médiatique dont il bénéficie est grande) et ce moment suscite toujours le même étrange malaise que celui qui étreint le visiteur d’un parc d’attractions. Bien sûr, c’est plaisant, bien sûr, c’est agréable, bien sûr, c’est professionnel et remarquablement conçu. Mais est-ce bien la réalité? et que cache vraiment le décor?

Le malaise sur le travail

Par exemple, Macron se présente comme le « candidat du travail ». C’est évidemment ce qu’on a envie d’entendre. Bravo! même si le parcours personnel du candidat ne le pose pas naturellement dans ce rôle. Et justement, quand on écoute les propositions de Macron sur le sujet, elles ont ce petit côté « note de synthèse » à l’ENA qui installent le malaise.

Bien sûr, on les connaît bien, ces propositions (qu’on me permette de le dire) éculées sur les trappes à pauvreté, les trappes à chômage, et le fameux laïus complètement cramé sur: « il faut que reprendre un travail à temps plein rapporte plus q’un travail à temps partiel », etc. Depuis quinze ans, et même plus (croyez-en un ancien élève qui est entré à l’ENA en 2000, c’était déjà un lieu commun!), le même disque tourne en boucle. Il y a vingt ans, c’était moderne. Et dans la bouche de Macron, le même mot de « modernité » est resté scotché sur ces propositions qu’il discutait, pondérait, décortiquait en deux parties et deux sous-parties lorsqu’il faisait Sciences-Po, il y a plus de quinze ans. C’est là que le malaise vient: Macron est jeune, certes, mais il n’est plus à Sciences-Po, ni à l’ENA, et parfois on se demande s’il s’est vu vieillir ou pas.

Car, qu’il le présente comme il le veut, avec les mots « parc d’attractions » qu’il veut, le discours de Macron sur le travail ne dépasse guère les rapports de « séminaire ENA », ces espèces de dossiers d’entraînement que les élèves de l’école rédigent en groupe pour se faire les dents avant d’entrer dans un corps d’inspection. Sur le papier, les propositions marchent toujours très bien, et comme elles sont évaluées par des énarques, elles ont ce petit parfum de consanguinité tout à fait inimitable – le même que les interminables palabres de la noblesse byzantine avant la chute de Constantinople. Quel peut être leur impact sur la réalité? La question reste ouverte, et le naufrage français, confirmé constamment depuis que Macron est sorti de l’ENA, n’est pas fait pour nous rassurer sur ce point.

Le malaise sur la fiscalité

Le même malaise vient quand on essaie de mettre bout à bout les propositions de Macron sur la fiscalité. On préfèrerait que le candidat joue franc jeu en expliquant clairement sa vision (s’il en a une, bien sûr) sur ce que doit être la stratégie fiscale française. Comme Macron « parc d’attraction » se propose d’abord de nous vendre un rêve, il fractionne en mille morceaux son discours sur le sujet, et, du coup, on est contraint à supputer.

Aujourd’hui, on apprend qu’il veut transformer le CICE en baisse pérenne de « charges ». D’accord, bien sûr, M. Macron, mais c’est l’objet d’un décret, d’une mesure réglementaire, de gestion. Cela ne fait pas un programme, et, sur le fond, c’est une mesure d’affichage qui n’ajoute ni n’enlève aux volumes fiscaux payés par les entrepreneurs. Pas de quoi faire un fromage, à moins, bien sûr, que l’espérance de guérir ce pays malade soit si faible qu’un médecin qui change une perfusion de bras se sente déjà obligé de le claironner comme un retour vers la bonne santé.

Quant à la proposition déjà formulée cette semaine de remplacer les cotisations salariales par de la CSG, soyons francs: elle passe à côté de la plaque. Elle serait novatrice si elle remplaçait non pas les cotisations salariales mais les cotisations patronales par de la CSG. Mais elle deviendrait politiquement incorrect parce qu’elle consisterait à demander aux salariés de payer sur leurs deniers des cotisations prises en charge aujourd’hui de manière invisible par leurs employeurs. Et être politiquement incorrect, c’est tout ce que Macron ne veut pas, malgré ses appels plastiques à la révolution.

Dans les coulisses de Macron

En fait, pour comprendre les propositions de Macron, il faut souvent entrer dans un labyrinthe: on connaît l’entrée, mais on ne connait pas la sortie. C’est d’ailleurs en cela que Macron n’est pas moderne: il pratique la même vieille politique opaque que ses prédécesseurs, même si formellement il en brise les codes.

Par exemple, ses propositions sur le chômage: il propose de transformer le système actuel en régime de solidarité. Voilà une proposition bien anodine qui semble probablement énigmatique pour beaucoup de Français. Incidemment, il habille cette idée obscure avec un blabla sur le droit à la mobilité et autres déclarations d’intention qui ne mangent pas de pain.

Mais il n’explique pas clairement la perspective globale de cette proposition, qui consiste à faire du régime chômage une sorte de nouveau minima social. Les cadres seront par ailleurs libres de s’assurer au-delà de ce régime contre le risque chômage. Ce système existe déjà pour les entrepreneurs, sous le nom d’AGS. Et lorsque Macron évoque l’idée d’étendre la protection chômage aux entrepreneurs, c’est évidemment ce système-là qu’il a en tête: un régime de base public, et des régimes complémentaires privés.

On préfèrerait que ces choses-là soient dévoilées clairement et sans ambages. Nous sommes tous d’accord pour dire que ce dévoilement premier est une prise de risque dans la mesure où il peut susciter des levées de boucliers très rapides. Mais vaut-il mieux vaincre les obstacles au début (en perdant un peu de temps et parfois en transigeant), ou, comme dans le cas de la loi Travail, donner le sentiment de vouloir empapaouter son petit monde et finir complètement stérilisé par des semaines de manifestation et de contestation?

Au-delà des médias, quelle crédibilité populaire?

Dans la pratique, Macron constitue la énième redite d’une mécanique dont les derniers mois ont montré qu’elle s’enrayait. Macron est soutenu par les medias, et les medias ont décidé d’en faire le candidat qui affrontera Fillon au second tour de la présidentielle. Quel peut être l’impact véritable de cette fabrication sur mesure? Les phénomènes Trump ou Fillon ont montré qu’il y avait parfois loin de la propagande médiatique à la réalité du vote.

Les medias ont d’ailleurs peu relayé le nombre de spectateurs de son meeting (toujours mystérieusement financé, ce qui pose un véritable problème) qui sortaient de la salle avant la fin du discours. En réalité, il est très difficile de savoir dans quelle mesure la candidature Macron « mord » effectivement sur l’opinion. Et sur ce point, la démocratie ne se porte pas bien lorsque plus aucune jauge crédible et impartiale ne permet la mesure.

RSI: quand Libération bave de mépris sur un peintre en bâtiment

Le RSI, il y a deux points de vue sur son fonctionnement.

Il y a le point de vue de ceux qui le subissent et qui ont envie de se taper la tête contre les murs au bout d’une dizaine de nuits blanches passées à se demander comment ils vont payer les indus qui leur sont demandés de façon comminatoire. Ceux-là s’appellent des entrepreneurs.

Et il y a le point de vue de ceux qui trouvent qu’après tout c’est pas si grave, et puis ça fait payer des salauds de patrons qui se gavent (sans doute, on n’a pas de preuve, mais le soupçon général et collectif en tient lieu) sur le dos de la bête. Ceux-là s’appellent les bobos et autres défenseurs zélés de la grande aliénation sociale par le salariat. Parmi eux figurent les journalistes de Libération qui se livrent à une répugnante campagne de mépris social pour un petit artisan auto-entrepreneur du Nord.

Rien n’est jamais trop bon, trop utile, pour vanter l’asservissement humain!

L’auto-entrepreneur qui ne comprenait rien à ce qui lui arrivait

Il s’appelle Jonathan Colmont, il habite Escaudoeuvres, près de Cambrai. Il est peintre en bâtiment, sous statut d’auto-entrepreneur. Un jour, il découvre ce qu’il va devoir payer au RSI:

 

En quelques jours, la vidéo est vue plusieurs millions de fois.

Comme 90% (et même plus) des assujettis du RSI, il ne comprend rien à ce qui lui arrive et se trompe dans les calculs. Entretemps, il est devenu une vedette.

Le pseudo-fact-checking de Libération

Dès le 1er décembre, Libération rédige un fact-checking peu amène sur le sujet. L’article est classé dans la catégorie « désintox », ce qui laisse supposer que l’auteur de la vidéo a intentionnellement menti sur les taux de prélèvement du RSI pour tromper ses spectateurs.

On connaît la technique de Libération: dix voyous qui attaquent une voiture de police au débotté dans une banlieue, c’est une révolte saine contre un ordre injuste. Un auto-entrepreneur qui dénonce maladroitement le racket du RSI, c’est un agent du grand capital qui cherche à tromper les masses laborieuses. Le pauvre n’est respecté que s’il reste pauvre et s’il ne cherche pas à sortir de sa condition. Qu’il s’imagine s’en sortir en se donnant du travail et là, il faut l’écraser comme une mouche.

L’article de Libération mérite d’être lu, car il ne cache même pas son recours consciencieux aux meilleures techniques de la Pravda. Ainsi, le journaliste qui fact-checke explique qu’il a croisé l’information de Jonathan avec les responsables du RSI. Mais à aucun moment, le journaliste n’a appelé le fameux Jonathan pour l’interroger sur son statut ni sur sa façon de calculer. Pas de cadeau pour les pauvres qui se la pètent!

C’est à cela qu’on reconnaît les petits télégraphistes auto-proclamés journalistes qui remboursent fidèlement les subventions du ministère de la Culture qu’ils reçoivent chaque année pour éviter le chômage: on donne la parole aux puissants pour écraser les faibles. On sert l’ordre en faisant chien de garde dans la rubrique qu’on tient.

Le répugnant acharnement de Libération contre un peintre en bâtiment

En lui-même, cet article initial n’est pas glorieux, mais il ressort de la petite haine ordinaire du journaliste parisien moyen pour toutes les têtes qui dépassent. Ce qui devient hallucinant, c’est l’acharnement que Libération, l’un des journaux les plus subventionnés par le contribuable, va mettre à démolir la tête de ce pauvre peintre en bâtiment qui a juste eu la mauvaise idée de dire sa colère contre un système injuste.

RSI

La capture d’écran ci-dessus montre les occurrences « RSI » sur le site de Libération depuis 3 mois. Comme le montre l’image, depuis le 17 septembre, Libé n’a consacré aucun article au RSI. Le quotidien n’a donc pas couvert la marche des entrepreneurs qui s’est clôturée à Paris le 28 novembre, et qui a traversé toute la France. En revanche, depuis le 1er décembre, le quotidien subventionné a consacré 5 articles à ce fameux RSI, dont 3 pour parler d’un seul fait: la vidéo de Jonathan Colmont.

Et là, je dis, les mecs, libres à vous d’être des propagandistes pourris, mais ayez au moins le courage de l’assumer, et arrêtez de nous donner des leçons de vertu et de morale. Libres à vous de servir vos maîtres avec une espèce de zèle de parfaits petits lèche-culs, mais ayez au moins la décence de ne plus jouer aux parangons de vertu.

Les bobos, une fois de plus, détestent les ouvriers

Les raisons profondes de l’acharnement de Libération, journal ouvertement au service d’un Président qui déteste les sans-dents, nous les connaissons tous: elles s’appellent mépris social.

Quoi? un ouvrier, un travailleur manuel, un « prol » comme je l’entendais dire dans ma jeunesse au lycée Henri-IV, oserait critiquer le système, NOTRE système, cette sécurité sociale que le monde entier nous envie? Il imagine pouvoir utiliser les codes de l’Internet, une vidéo, un réseau social, pour le faire? Il a l’outrecuidance de décrocher plusieurs millions de vues sur son clip?

Quoi, ce « prol » s’appelle « Jonathan »? mais sa mère regardait des séries télé américaines au lieu d’aller bosser ou quoi? Encore une sans-dent, une « Zézette épouse X », qui a dû pondre une tripotée de marmots tous plus débiles les uns que les autres (et Jonathan n’imagine même pas les longues moqueries dans les dîners bobos parisiens sur tous ces « Jonathan », « Kevin », « Kimberley », qui devraient faire un procès à leurs parents pour avoir gravé dans leur état-civil les stigmates de la misère, de l’inculturation, des heures passées en famille abrutis devant TF1, au lieu de regarder Arte et les émissions politiques de Canal + avant Bolloré – ah! si Jonathan imaginait un seul instant le plaisir qu’il leur a donnés, à ces fils à papa ratés devenus gratte-papiers quasi-fonctionnaires dans une feuille de propagande totalement dépendante du ministère de la culture, et qui se donnent des airs de grands intellectuels méprisants dès qu’ils voient passer dans leur champ de tir un gibier facile à abattre).

Quoi, ce « prol » Jonathan habite à Escaudoeuvres, dans la banlieue de Cambrai? Et il oserait venir nous dire que le RSI n’est pas la plus belle invention du monde? Mais pour qui il se prennent tous ces minables du Nord, ces alcooliques, ces pédophiles en puissance, ces dégénérés qui devraient déjà être très heureux de pouvoir voter pour Martine Aubry ou Jack Lang, et qui ont la mauvaise grâce de donner aujourd’hui des scores fleuve au Front National? Bande d’ingrats! Graine de fascistes!

Et donc: le « prol » Jonathan qui s’imagine échapper à son destin, il est normal qu’il soit rappelé à son rang. Un ouvrier doit se contenter de ce qu’il a. Et s’il commet une erreur de calcul, il mérite de figurer trois fois en une semaine, avec un bonnet d’âne, dans les colonnes d’un journal subventionné.

Au passage, on demande une revanche: que le « journaliste » qui a pissé sa copie fielleuse commente à son tour sa propre fiche de paie, et on va se marrer…

Ce que Libé aurait dû écrire si sa rédaction était composée de journalistes

Au lieu de se moquer avec mépris d’un assuré du RSI qui ne comprend pas le système de prélèvement et de cotisation qui s’impose à lui, les journalistes de Libération feraient mieux de visionner cette interview de Pierre Laroque, inventeur de la sécurité sociale:

De fait, un cotisant du RSI qui ne comprend pas les calculs auxquels il est soumis, et qui fait l’objet de 150.000 partages, ce n’est pas un petit ouvrier qui se la pète, comme on le croit à Libération, c’est simplement un naufrage de la sécurité sociale qui devrait faire réfléchir sur l’avenir de la protection sociale en France.

Comme le dit Pierre Laroque, la sécurité sociale, dans l’esprit de ses concepteurs, devait être la « chose » des assurés. Or, il est évident que non seulement elle ne l’est pas, mais qu’elle suscite un fort rejet en eux.

Alors, évidemment, on peut faire l’éloge d’un système obligatoire, monopolistique, dysfonctionnant chaque jour, en posant comme principe, comme chez Castro ou Polpote, que ce système est bon, beau et grand parce que le parti en a décidé de la sorte. Et on s’emploie alors, comme le fait Libération, à dénoncer avec acharnement tous les dissidents qui disent le contraire.

On peut aussi se comporter en démocrate éclairé, et dire les choses: le RSI est une invention idéologique qui ne marche pas et qui contribue à tuer l’esprit d’entreprise en France. La preuve en est: ses « bénéficiaires » ne comprennent pas son fonctionnement et rêvent d’y échapper…