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L’angoisse de l’entrepreneur face à la pénalisation de l’aide aux clandestins

Plusieurs affaires judiciaires montrent la progression de la pénalisation (c’est-à-dire, au sens propre, du traitement pénal) de l’aide aux migrants clandestins, et pour l’entrepreneur, c’est forcément un sujet d’angoisse. Pour le comprendre, je suis obligé de tenir des propos très provocateurs, interdits autant à gauche qu’à droite, mais enfin! dans l’intérêt général, et spécialement dans l’intérêt économique de notre belle Nation, il faut bien qu’elles soient dites un jour.

Pourquoi un entrepreneur aide un clandestin

Bien sûr, il y a le bla-bla bobo récurrent sur les 5 ou 6 millions de chômeurs en France qui rêvent chaque matin de travailler et qui supplient la terre entière de les faire sortir du chômage, mais le méchant capitalisme leur refuse ce droit. Et puis il y a la réalité des entrepreneurs quand ils cherchent quelqu’un pour prendre un job dans leur entreprise. Les uns ne reçoivent jamais de réponse parce que le boulot est d’emblée trop ingrat, les autres en reçoivent trop, parce qu’ils attirent des cohortes d’hurluberlus qui n’ont aucune véritable envie de travailler mais adorent se persuader du contraire et jouer ensuite aux victimes du « système ».

Alors, quand un candidat (ou une candidate, le genre ne fait ici rien à l’affaire) se présente, qu’il correspond aux besoins, qu’il est motivé, quand l’entrepreneur sent que ledit candidat va lui régler ses problèmes, il ne s’occupe ni de sa religion ni de sa couleur de peau, ni de savoir s’il a ou non des papiers, il le recrute aussi sec. Parce que l’entreprise a besoin de ce recrutement pour vivre.

L’entrepreneur face au blabla nationaliste

Bien sûr, recruter un clandestin est un acte délictueux qui peut même heurter la conscience de certains entrepreneurs farouchement convaincus qu’il faut arrêter l’immigration clandestine. Mais il y a les blablas colportés dans les salons ou les medias, et puis il y a les faits, et ceux-ci sont implacables.

Très souvent, sur des emplois peu qualifiés, les seuls candidats que l’entrepreneur voit se présenter à ses portes sont issus de l’immigration, et les clandestins sont à la fois les plus compétents et les plus motivés. Les artisans et les petits employeurs d’Ile-de-France, notamment, et particulièrement ceux qui ont des métiers de force ou pénibles, ne me contrediront pas.

Souvent, sur des emplois qualifiés, les étrangers (et je vise ici spécialement les Africains) font la différence: plus motivés, mieux préparés et pas encore corrompus par cette idéologie de la protection toute puissante en France, où le postulant vous explique une fois sur deux qu’il doit prendre des congés avant de commencer le job que vous lui proposez et qu’ensuite il fera trente-cinq heures semaine, pauses cigarettes comprises, et pas une minute de plus.

On peut donc parler d’identité nationale autant qu’on veut, la réalité économique et sociale en France est têtue: nous avons besoin d’étrangers pour faire fonctionner le pays. Ou alors on assume une sévère explication de texte auprès des « Français » pour les remettre au travail (et ce ne sera pas du gâteau).

Comment l’Etat empoisonne déjà la vie des employeurs

Dans cette situation recouverte aujourd’hui par une chape de silence soigneusement entretenu (merci les medias subventionnés), l’Etat empoisonne d’ores et déjà la vie de l’entrepreneur.

Pour ceux qui recrutent des étrangers en situation régulière mais provisoire, il y a d’abord la séance annuelle extrêmement pénible de renouvellement des papiers. Quand ton salarié t’explique qu’il doit se rendre à la Préfecture pour renouveler sa carte de séjour, tu sais déjà que le pauvre gars va te flinguer, bout à bout, une bonne semaine de boulot, puisque la règle scrupuleusement suivie dans les services de l’Etat est de rendre le service le plus dégueulasse possible aux demandeurs, histoire de bien les décourager.

La procédure est donc bien rôdée. Ton salarié se pointe à six heures du matin aux portes de la Préfecture, où il s’agglutine dans le froid avec des familles équipées d’enfants en bas âge, et des tas d’autres gens qui forment une sorte de cortège de la misère mondialisée. Il attend là deux ou trois heures. Puis il entre, il prend un ticket, et quand il est reçu, le fonctionnaire qui examine son dossier fronce les sourcils en lui expliquant qu’il manque un papier ou qu’il y a un problème trouvé le matin sous le sabot d’un cheval, et ton employé revient au bureau la queue entre les pattes en expliquant qu’il doit y retourner le lendemain.

Ce petit jeu peut durer plusieurs jours, parfois plusieurs semaines si rien n’y est fait. Donc, si, comme moi, tu ne prends pas ton téléphone pour engueuler le secrétaire général de la Préfecture et lui expliquer que tu vas révéler ces dysfonctionnements dans la presse (ce qui permet de résoudre le problème en quelques heures, d’ordinaire), tu entres dans la phase de précarité. Ton salarié bénéficie alors d’un récépissé de demande qui ouvre la porte à toutes les folies et les aventures et fait potentiellement de toi un criminel qui aide un sans-papier. Et si ton salarié ne magouille pas avec une association de sans-papiers pour s’en sortir, tu risques gros…

Quand la paresse des policiers nationalistes te fait plonger

Je lis dans Le Monde ce papier sur un policier « lanceur d’alerte » au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, près de Roissy:

Dans son rapport de 2015, le contrôleur général des lieux de privation de liberté s’inquiétait que « des attitudes mécaniques et indifférentes confinent trop souvent à l’inhumanité » dans les 24 centres de rétention du territoire. Il ajoutait que ceux-ci « constituent la catégorie de lieux de privation de liberté dans laquelle le comportement des forces de l’ordre fait l’objet des critiques les plus nombreuses ». Analyse que le brigadier ne renierait sans doute pas, lui qui dit effectivement avoir été « gêné », par le tutoiement pratiqué auprès des retenus, par ces « poubelles infestées de rats » qu’on « éloigne des zones de vie juste avant une inspection », par ces opérations de contrôle organisées au petit matin devant les gares « parce que ceux-là, ce sont des travailleurs, ceux qui se laissent embarquer sans se rebeller ».

Le rêve de tant de policiers, nationalistes ou non: des délinquants « qui se laissent embarquer sans se rebeller ». Être un héros, oui! mais sans risque et sans effort. Faudrait quand même pas casser l’outil, ni remettre en cause les avantages sociaux.

En attendant, toi, tu comprends vers dix heures du matin que ton salarié étranger ne vient pas aujourd’hui et n’est pas près de revenir, parce qu’un connard de flic l’a chopé à la sortie du métro, histoire de dire partout qu’il a sauvé la France de l’invasion islamique avant d’aller se faire sa belote avec les copains. Et tu es dans la mouise…

Bientôt une pénalisation des employeurs?

À force de stigmatiser le salutaire débat sur l’identité nationale, les intellectuels officiels ont créé une situation paradoxale. D’une part, toute allusion à un débat sur le sujet est devenue suspecte d’appartenance à l’extrême droite. De l’autre, une sorte de passivité totale s’est instaurée sur des attitudes inouïes des pouvoirs publics.

Ainsi, la multiplication des poursuites pénales contre les « complices » des étrangers clandestins ne suscite guère d’émotion particulière. Ici, c’est un « passeur » bénévole qui s’expose à dix mois de prison avec sursis. Là, c’est un universitaire qui a failli subir le même sort.

Les employeurs doivent ici prendre conscience du risque auquel ils s’exposent. Parce qu’à la différence d’un universitaire, ils seront, soumis aux mêmes poursuites pour les mêmes faits, suspectés d’avoir voulu tirer profit de la misère de ces étrangers. Et personne ne viendra les soutenir dans la détresse: ils seront bons pour la tôle en bonne et due forme.

La Cour de Cassation facilite le regroupement familial

Le regroupement familial fait, pour certaines forces politiques, débat. D’aucuns reprochent aux organismes sociaux de fermer les yeux sur des pratiques frauduleuses. La Cour de Cassation vient de démontrer que le fantasme de la fraude est probablement excessif, et de décourager les caisses de sécurité sociale de s’y attaquer avec trop d’engouement.

La Cour de Cassation désavoue la Caisse d’Allocations Familiales

En 2009, une Caisse d’Allocations Familiales s’était opposée à la venue d’une enfant ivoirienne au titre du regroupement familial. L’organisme social avait alors reproché à une maman de n’avoir pas fourni un certificat de contrôle médical délivré par l’Office français de l’immigration et de l’intégration dans le cadre de l’arrivée de son enfant. La Caisse s’était alors opposé au versement des prestations familiales à la mère.

L’intéressée a saisi la justice.

Portée en cassation, l’affaire a donné lieu à cet arrêt en date du 3 novembre 2016:

les dispositions de la convention générale de sécurité sociale du 16 janvier 1985 entre la France et la Côte d’Ivoire, claires et précises et dont l’application n’est subordonnée à aucun autre texte, ont un effet direct sur la situation des ressortissants de chacun des pays concernés ; (…) elles garantissent aux ressortissants ivoiriens résidant légalement en France et y exerçant une activité salariée ou assimilée une égalité de traitement pour l’ouverture des droits aux prestations familiales et (…) la législation française ne doit donc pas les soumettre à des conditions plus rigoureuses que celles applicables aux personnes de nationalité française ; (…) en l’espèce, Mme X…, qui exerçait une activité salariée ou assimilée, remplissait les autres conditions d’attribution des prestations familiales tenant à la régularité du séjour en France et à la charge effective et permanente des enfants

La Cour de Cassation a donc ordonné à la Caisse d’Allocations Familiales de payer les prestations familiales sans conditions d’attribution spécifiques par rapport aux enfants français.

L’histoire est-elle en train de nous échapper?

C’est le retour de l’histoire. On la croyait finie, annihilée par la constitution de grands blocs multilatéraux policés. Et brutalement, non seulement elle revient, mais elle avance trop vite pour qu’on la rattrape. Elle nous dépasse et paraît même hors de contrôle.

La tentation impériale russe

L’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie par un probable policier turc exécuté dans la foulée, lors d’une manifestation officielle, constitue une menace immédiate. À la différence des pays occidentaux, la Russie ne cache pas son hostilité à l’affirmation d’un Islam politique. Elle est directement engagée dans la lutte contre Daesh, là où l’Occident a fait alliance avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Koweït pour déstabiliser le régime syrien en armant des mouvements qui se réclament de l’Islam.

L’assassinat de son ambassadeur par un possible soutien de Daesh au sein de la police turc en dit long sur les risques auxquels cette région expose désormais l’ensemble du monde. Et ici c’est bien le retour de l’histoire qui se produit: la rivalité entre l’empire russe et l’empire ottoman n’est pas nouvelle. Les fantasmes sultanesques d’Erdogan commencent à produire leurs effets.

Bientôt, le retour des démons allemands?

Le soir même où l’ambassadeur Karlov était assassiné en Turquie, un camion fonçait dans la foule à Berlin tuant plusieurs personnes. Selon toute vraisemblance, et malgré les dénis allemands, il s’agit d’un attentat islamiste. Dans cette affaire, Angela Merkel joue gros, et l’Europe aussi.

Le nationalisme allemand devrait tirer en effet un grand profit de cet événement qui intervient moins de deux ans après la vague migratoire provoquée par Angela Merkel. Celle-ci avait misé sur une mise de la Grèce au pilori pour minorer l’AFD et faire remonter sa cote de popularité à l’horizon des élections de septembre. Dans l’hypothèse où une vague d’attentats toucherait l’Allemagne, on imagine que cette stratégie ne suffirait pas pour marginaliser des forces politiques intérieures qui représentent entre 15 et 20% de l’électorat aujourd’hui.

La température montre entre les Etats-Unis et la Chine

De l’autre côté du monde, la situation n’est pas meilleure. Donald Trump a manifestement décidé de tempérer les ardeurs chinoises en Extrême-Orient. Après son coup de téléphone très symbolique avec la présidente taïwanaise, Trump installe l’idée que le libre-échange avec la Chine n’est plus une donnée incontournable de l’ordre international.

Rien n’exclut que le roulement de mécanique continue en Asie. La Chine a saisi un drone militaire américain dans une zone qu’elle revendique malgré un arbitrage international. La Chine est par ailleurs le théâtre d’une véritable fuite des capitaux, à tel point qu’elle n’est plus le premier créditeur des Etats-Unis.

Les cartes de 1991 (et de 1945) rebattues

De-ci de-là, c’est à une nouvelle battue de cartes que nous assistons. Le monde tel qu’il s’est dessiné en 1945 d’abord puis entre 1986 (date de la Perestroïka) et 1991 (date de la réunification allemande) est désormais à l’étroit dans ses habits. Certains aimeraient reprendre quelques tailles supplémentaires (c’est le cas de la Russie), d’autres n’ont pas encore trouvé la bonne taille (c’est le cas de la Chine).

Reste à savoir si ces tensions constituent de simples secousses sismiques tout à fait ponctuelles, ou si elles annoncent un mouvement tectonique de grande ampleur.

Comment la police dissimule sa grève sans le dire…

La police est en grève, mais ne le dit pas… Officiellement, nos policiers sont au travail (et sont payés pour ça). Dans la pratique, ils ont décidé d’abandonner un certain nombre de missions de maintien de l’ordre et limitent strictement leurs interventions à ce qu’ils jugent utile ou relevant de leurs attributions.

La police limite les flagrants délits

Cette stratégie de grève passe par quelques astuces subtiles.

Hier, par exemple, lorsque j’ai subi une agression sur la voie publique sous les yeux des vigiles de Darty, l’agent qui m’a répondu au 17 s’est livré à un interrogatoire particulièrement subtile:

Vos agresseurs sont-ils armés? Sont-ils noirs ou arabes? Bon, alors rendez-vous au commissariat, on envoie une patrouille.

Le fait que la victime ne soit plus sur les lieux permet d’éviter le flagrant délit, et donc d’éviter une procédure d’interpellation immédiate qui oblige les policiers à suivre une procédure lourde. En agissant de la sorte, la police organise donc l’impunité des agresseurs: compte tenu des délais actuels de la justice à Paris, il n’existe aucun risque pour qu’un agresseur du quotidien ne soit inquiété par la police…

Le dépôt de plainte soumis au rationnement

Une fois que le plaignant se déplace au commissariat, le festival commence. Avant même d’entrer dans les locaux, les policiers en faction à l’entrée font tout pour expliquer aux plaignants que le mieux serait de passer son chemin. Voici le dialogue auquel on peut assister quand on se rend sur place:

Autrement dit: « Si vous avez du temps à perdre, portez plainte! et surtout n’y revenez pas, on ne peut rien pour vous ».

Comment la police de terrain se met les citoyens à dos

On mesure comment la grève des policiers de terrain, relayée favorablement sur ce blog, crée de fortes déceptions chez les citoyens. Une fois de plus, nos impôts sont engloutis dans une fonction publique qui considère qu’elle est seule juge du service à rendre à la société, et qui ne se cache pas pour montrer comment elle prend pour des gêneurs tous ceux qui lui demandent compte.

Les rues de Paris sont livrées aux petits voyous, même dans les quartiers chics, et personne ne bouge.

Délinquance à Paris: faut-il boycotter Darty et l’Association des Paralysés de France?

La délinquance à Paris, et sa forme la plus agaçante: l’incivilité au quotidien, ne cesse d’enfler, même si un artifice de la police permet de le cacher. Une scène ordinaire hallucinante, à laquelle j’ai assisté aujourd’hui (et que j’ai subie), illustre bien la dérive à laquelle nous assistons, dans une parfaite impunité pour les fauteurs de trouble.

La délinquance à Paris au quotidien

C’est une scène de rue anodine. Je remonte l’avenue des Ternes vers 15 heures. Sur cette artère chic, la foule se presse pour les cadeaux de Noël. En passant sur le trottoir du magasin Darty, un jeune portant un imperméable orange, au milieu d’autres jeunes habillés comme lui, me propose de donner des fonds pour l’Association des Paralysés de France. J’ai l’esprit occupé, et j’esquisse peut-être une moue, mais je suis pressé, et je passe mon chemin sans mot dire.

Dans mon dos, je l’entends sortir une phrase déplacée, un reproche de ne pas donner: « Alors, comme ça, on est exaspéré, on a trop de sollicitations? » Mais de quoi je me mêle. Je m’arrête, je me retourne, et j’indique à ce vendeur que je trouve sa remarque déplacée. Immédiatement, une de ses collègues se jette sur moi pour me dire de « dégager » et le « chef vendeur » intervient, me menace, me crache à la figure.

La foule fait un pas de côté pour éviter l’incident. Deux vigiles postés à dix mètres regardent et ne lèvent pas le petit doigt.

L’indifférence totale de Darty

J’en suis estomaqué et je décide de demander des explications au directeur du magasin Darty, qui accepte manifestement sans aucun problème d’héberger sur son trottoir des petits voyous qui polluent son image. Je me le fais indiquer, et je me présente clairement à lui. Voici ce qu’il me dit:

Autrement dit, va te faire foutre et démerde-toi mon gars.

L’Association des Paralysés de France se fait-elle escroquer?

Ni une, ni deux, j’appelle l’Association des Paralysés de France, dont tous les directeurs – je le découvre en appelant – sont partis en séminaire.

Je tombe finalement sur l’assistante du directeur général, qui m’explique qu’aucun bénévole, aucun collecteur de fonds ne circule dans les rues de Paris pour lever des fonds auprès du public au bénéfice de l’Association.

Supposons! ce qui signifie bien que ces jeunes collectent de l’argent en réalisant de belles escroqueries. Mais cela ne semble intéresser personne…

 

Les entrepreneurs français face à Trump

Les entrepreneurs français ont subi une grande vague de désinformation sur le programme de Donald Trump depuis plusieurs mois. Pourtant, le personnage mérite qu’on s’y arrête et qu’on s’y intéressé par-delà les clichés et les lieux communs dont il a pu concentrer le feu.

Trump et le multilatéralisme appelé libre-échange

Pour les entrepreneurs français, le discours de Trump sur les grands accords commerciaux multilatéraux mérite un examen particulier. Beaucoup savent la difficulté de concurrencer sur notre marché intérieur des produits fabriqués dans des pays où la réglementation est plus souple et plus clémente. Trump est parti de cette difficulté pour bâtir son discours sur les accords commerciaux multilatéraux qui changent la donne intérieure aux Etats-Unis.

D’une manière générale, Trump a dénoncé la concurrence déloyale que ces accords permettaient sur le marché intérieur américain. Pour le nouveau président américain, le libre échange est l’une des causes de la désindustrialisation aux USA, dont les conséquences sociales sont lourdes. Peu d’entrepreneurs français prendront une position adverse.

Trump a osé porter le fer contre le libre-échange dans sa version contemporaine. La question mériterait d’être posée en France, y compris au vu de la concurrence à laquelle les pays de l’Europe Orientale se livrent.

Vers un New Deal assumé aux USA?

Dans son discours de remerciement après son élection, Trump a annoncé son intention de réinvestir dans les infrastructures publiques. Cette politique de dépenses publiques, proche d’un New Deal rooseveltien, serait menée en même temps qu’une baisse d’impôts importante.

Cette simultanéité entre baisse de la pression fiscale et activation des dépenses publiques retiendra là encore l’attention des entrepreneurs français, dans la mesure où elle répond à des préoccupations fortes.

En effet, si la France se distingue par un matraquage fiscal en bonne et due forme (spécialement sur les revenus personnels des entrepreneurs) qui devient intolérable et suscite une forte résistance l’impôt, elle peut aussi s’attrister devant la faible performance de ses services publics. Avec 5 millions de fonctionnaires et des légions de secteurs protégés de la concurrence (comme le rail), le produit de l’impôt et de la rente est en effet très faible.

La question mériterait d’être, là encore, posée en France.

Trump face au numérique

Peu relayé en France, le discours de Donald Trump sur la révolution numérique mériterait pourtant, et là encore, un examen attentif. Avec une certaine cohérence, Trump a manifesté sa méfiance vis-à-vis de l’univers numérique. Ce n’est guère surprenant, dans la mesure où il s’est plutôt fait l’avocat des perdants dans le grand basculement industriel auquel nous assistons. Voici donc un chef d’entreprise plus sensible à la cause industrielle qu’à l’enjeu Internet.

Après le piratage de données dont Sony avait été victime, il avait notamment déclaré, sur un ton libertarien:

« The internet and the whole computer age is really a mixed bag. It makes life easier in some ways, but in a lot of ways it makes it much more complex. »

<L’Internet et tout cet univers informatique est en réalité un fourre-tout. Il peut simplifier la vie à certains égards, et à beaucoup d’autres il la rend bien plus complexe>.

Cette méfiance et ce scepticisme expliquent la méfiance de la Silicon Valley pour le nouveau président. Etant entendu que tout ce petit monde a un besoin crucial de cerveaux immigrés pour travailler… et que le discours de Trump sur l’immigration ne les réjouit donc pas.

Les entrepreneurs français peuvent retenir quelques idées du discours de Trump

Au total, les entrepreneurs français feraient bien d’interroger quelques idées trumpiennes, par-delà, répétons-le, le prurit de la haine distillée par les médias officiels en France. Si l’on met à part les provocations déplacées du candidat, on retrouve en effet quelques thèmes qui méritent un débat sur le fond.

Le premier thème est incontestablement celui de la relance et de l’activation des dépenses publiques. L’Etat stratège ou régulateur qu’on nous vend, en France, depuis plusieurs années, est d’abord un Etat employeur et recruteur. L’efficacité des services qu’il propose est très contestable, de telle sorte que nous vivons cette situation paradoxale où moins l’Etat agit, plus il recrute.

Inverser cette tendance et mettre l’accent sur l’efficacité des dépenses publiques, jointe à une baisse de la pression fiscale, mérite sans doute une vraie réflexion et un débat transparent.

Le second thème est celui du libre-échange ou, en tout cas, de ce qui nous est présenté comme tel, à savoir une immense division mondiale du travail où certains pays se spécialisent dans la production pendant que d’autres se spécialisent dans la consommation à crédit. On voit bien que ce système atteint aujourd’hui ces limites et les réinterroger sereinement, mais en profondeur, n’est probablement pas une démarche inutile…

Le phénomène Trump changera la vie des entreprises européennes

Quoiqu’en en pense, et quelle que soit la façon dont le mandat de Trump se déploiera, les entreprises européennes, et singulièrement françaises, ne pourront vivre à l’abri de ce qui se passe aux Etats-Unis. Le mandat de Trump, qu’il soit actif ou pas, marquera un tournant idéologique majeur, sans compter la digue qu’il a d’ores et déjà fait sauter.

Trump démontre en effet qu’il ne sert à rien de stigmatiser les « populismes » pour les combattre. Ce message mériterait d’être étudié longuement par les politiques français.

USA: on risque de ne pas être détrumpé tout de suite

Les USA vont-ils être le théâtre de la plus grande duperie électorale du siècle? Beaucoup y croient, qui parient déjà que Trump ne mettra pas en pratique le programme qui a permis son élection. Mais les premiers éléments qui nous parviennent des Etats-Unis nous montrent le contraire.

Trump s’obamise face aux travailleurs clandestins

Trump vient de donner une interview tonitruante à l’émission « 60 minutes » de CBS. Il y réaffirme son intention d’expulser les immigrés clandestins qui ont u casier judiciaire, soit deux à trois millions de personnes.

he said his priority was to deport two million to three million immigrants he characterized as dangerous or as having criminal records, a change from his original position that he would deport all of the estimated 11 million undocumented immigrants in the country. President Obama has deported more than two million undocumented immigrants during his time in office.

<il précise que sa priorité est d’expulser deux ou trois millions d’immigrants qu’il qualifie de dangereux ou ayant un passé criminel, un changement par rapport à sa position initiale d’expulser les 11 millions de clandestins présumés du pays. Le président Obama a expulsé plus de deux millions de clandestins durant son mandat>.

Eh oui! expulser deux millions de clandestins, c’est le bilan d’Obama (passé sous silence, bien entendu, par ceux qui voient dans Trump un dangereux fasciste lorsqu’il propose de continuer cette politique).

Les USA et le Watergate

Trump a en revanche eu quelques phrases détonnantes sur ses relations avec le FBI. Depuis l’affaire du Watergate, l’usage veut en effet que le Président ne soit plus informé des affaires sensibles par les « services ». Trump a expliqué qu’il ne se sentait pas forcément lié par cette tradition.

Rien n’exclut donc que Trump ne s’intéresse tout particulièrement aux affaires qui semblent pendre au bout du nez d’Hillary Clinton…

Trump peut s’attendre à une résistance des services

Rappelons que, durant la campagne, Trump avait plaidé pour un retour à des méthodes de renseignement musclées, incluant une légalisation de la torture dans certains cas.

Les « services » américains, ou une partie d’entre eux, devraient donc livrer une bataille perdue d’avance pour empêcher Trump de prendre possession de la machine étatique. Reste à savoir quelle complication cette bataille d’arrière-garde pourrait causer à la stratégie présidentielle.

Un conseiller de choc

Du même coup, Trump a décidé de construire une équipe de choc, qui devrait l’aider à installer sa politique. Il disposera donc d’un conseiller spécial appelé Stephen Bannon, propriétaire du Breitbart, accusé de complotisme et d’extrémisme. Bannon est le principal accusé de « populisme » dans l’entourage de Trump.

Il aura désormais un poids massif dans la politique américaine.

Pour l’instant, donc, pas de détrumpage aux USA.

Trump fera-t-il la guerre au gouvernement profond?

Article écrit pour économie matin.

Trump vient d’être élu président des Etats-Unis malgré une extraordinaire campagne de dénigrement orchestrée par le gouvernement profond et ses thuriféraires habituels que sont les grands médias subventionnés. Cette campagne a probablement marqué un tournant dans l’histoire contemporaine, puisqu’elle ne fut pas seulement menée aux Etats-Unis, mais dans l’ensemble des démocraties libérales. La presse subventionnée en France s’en est largement fait l’écho et n’a pas ménagé sa peine pour mériter son salarie à force d’injures, d’ordures dont elle a pu couvrir l’impétrant.

Reste maintenant à savoir quelle stratégie va mener Trump pour délivrer sa promesse: va-t-il entrer en conflit frontal avec le complexe militaro-industriel américain, qui constitue le noyau dur du gouvernement profond Outre-Atlantique, ou va-t-il chercher un modus vivendi pour ne pas être barré dans sa présidence?

La question n’est pas anodine, dans la mesure où elle constitue un intéressant laboratoire pour l’Europe, et singulièrement pour la France.

Les deux ruptures entre Trump et le gouvernement profond

Si le gouvernement profond s’est mobilisé autant qu’il a pu pour conjurer la candidature Trump, l’explication tient à deux points de programme qui constituent autant d’impossibilité majeures aux Etats-Unis.

D’abord, Trump a pris son parti dans la crise du multilatéralisme mondialisant que nous traversons. Il a annoncé son intention de rompre avec la doctrine du libre-échange et avec les accords globaux qui le structurent aujourd’hui. Du même coup, il remet en cause les rentes constituées par les grands groupes transnationaux. On se souvient que la stigmatisation dont le mot « nation » souffre aujourd’hui s’explique largement par cette visée transnationale.

Ensuite, Trump fait les yeux doux à la Russie de Poutine, ce qui constitue une ligne rouge pour le complexe militaro-industriel, jamais avare d’une intervention armée dans le monde pour maintenir son chiffre d’affaires.

Sur ces deux points, Trump a déclaré la guerre aux forces qui aiguillonnent la politique américaine depuis plus de 70 ans.

Face à la victoire…

Voici Trump au pouvoir, ou, en tout cas, près d’y accéder, et personne ne sait combien de temps pourra tenir sa stratégie de rupture. La situation en est d’autant plus passionnante qu’elle concerne l’ensemble des pays qui sont entrés, malgré la volonté populaire, dans des dispositifs multilatéraux qui les étreignent. On s’amusera d’ailleurs à voir que les principaux adversaires de Trump en Europe partagent pourtant beaucoup de ses vues sur le commerce international. Mais, on est bien d’accord, se prétendre vertueux n’empêche pas d’être manipulé…

Pour Donald Trump, la situation est très simple: soit il « fore droit » et entre en conflit direct avec les lobbies qui ont cherché à lui faire barrage. Soit il renonce à cette ascension de l’Everest par la face Nord et il se ménage des possibilités de compromis pour stabiliser la situation.

Le scénario du conflit

À quoi s’expose Trump en cas de conflit ouvert avec le gouvernement profond? La tentative de sauvetage d’Hillary Clinton par le FBI dans la dernière ligne droite de la campagne électorale a donné une bonne illustration des manoeuvres qui se jouent en coulisses quand on veut abattre un gêneur ou sauver un allié. On fouille dans les dossiers, les archives, les vies privées, et on exhume le document qui va bien pour déstabiliser l’adversaire.

Trump le sait et a d’ailleurs remercié les services secrets dans son premier discours. Ce sont les seuls services qu’il ait nommé clairement, avec les 200 généraux qui l’auraient soutenu durant la campagne. Ces petites pensées de début de mandat ne sont évidemment pas anodines: Trump sait qu’un président américain n’est rien sans l’appareil de sûreté nationale qui tient le pouvoir. Le dossier Kennedy est là pour le rappeler.

Si Trump entrait en conflit ouvert avec le gouvernement profond, il s’exposerait donc à des mesures de rétorsion qui auraient un fort impact sur l’économie mondiale et sur la situation politique américaine. Il serait intéressant de voir s’il pourrait en sortir vainqueur.

Le scénario du compromis

Assez raisonnablement, Trump devrait donc choisir un moyen terme, car le rapport de force existant ne lui en laisse probablement pas le choix. Il devrait souhaiter mener des réformes intérieures en priorité pour accroître sa légitimité, et prendre du temps pour modifier les grands éléments de la politique américaine, à savoir le multilatéralisme et la stratégie frontale avec la Russie.

Dans ce scénario, Trump se présentera en « meilleur gardien du camp », occupé à la viabiliser et à la remettre sur le rails après des années de désinvestissement public. Absorbé par son « New Deal », il attendra son heure (ou pas) sur la scène internationale, conscient que des (dés)équilibres patiemment construits depuis la chute du mur de Berlin ne peuvent être bouleversés du jour au lendemain.

Trump va-t-il décevoir rapidement?

Dans cette hypothèse, rien n’exclut qu’il y ait rapidement, au moins dans l’opinion mondiale, une déception Trump. Tous ceux qui souhaitent une remise en cause de l’ordre mondial tel qu’il existe, pour des motifs souvent très différents, risquent de rester sur leur fin. Paradoxalement, c’est peut-être le danger le moins grand que Trump court sur la scène intérieure, mais le danger le plus grand que nous courons sur la scène internationale.

On sent bien que les habits du monde, taillés en 1945 et retaillés dans les années 90 pour tenir compte de l’implosion soviétique, ne sont plus adaptés aux réalités contemporaines. La Syrie, l’Afrique, sont autant de volcans qui témoignent de l’activité sismique qui agite le monde. Dans la pratique, la rente pétrolière accordée à quelques monarchies islamistes est devenue un cancer qui supposera tôt ou tard une chimiothérapie brutale. Et nous avons tous bien compris que Poutine se voit volontiers en radiologue en chef.

La politique étrangère annoncée par Trump constitue probablement la dernière porte de sortie pacifique avant que Poutine ne se décide à agir. Un renoncement de Trump pourrait nous coûter très cher.

La mort programmée de l’Europe

Pour l’Europe, en effet, la situation est critique.

Soit Trump met à exécution sa stratégie de retour au bilatéralisme et à l’alliance avec la Russie par-dessus l’épaule de l’OTAN, et c’est la mort de l’Europe. Trump demandera alors à ses alliés locaux de payer pour la couverture militaire qu’il leur accorde. L’Allemagne en sera la première victime et sera la grande perdante du nouveau jeu des puissances. On prend d’ores et déjà les paris sur le réveil du nationalisme allemand (déjà bien entamé). Merkel pourra nous reprocher éternellement de n’avoir pas signé le TAFTA avant le départ d’Obama et pourra rejeter sur nous le poids de la révolution nationaliste allemande qui se prépare.

Soit Trump renonce à ses promesses pour ne pas déclarer la guerre à son gouvernement profond, et il accepte de nous livrer tout crus aux conflits continentaux qui se préparent. Poutine ne restera pas éternellement dans les postures face aux déséquilibres de moins en moins tenables qui frappent sa sphère d’influence.

Dans les deux cas, le multilatéralisme européen deviendra un boulet trop lourd à traîner.

Un laboratoire pour la France

Mais, en attendant que ces plans sur la comète ne se mettent en place, les Français ont évidemment tous la même question en tête.

Les médias subventionnés, dans leur servilité à courte vue, ont identifié Trump et Marine Le Pen. Les deux candidats ont subi et subissent encore les mêmes accusations de populisme, de démagogie, d’incompétence, d’extrémisme, de racisme, de sexisme, et autres calembredaines dont l’opinion publique n’est plus dupe. La même logique de bannissement a agi.

Mais alors… si Trump peut gagner aux Etats-Unis en ne reniant rien de ses aspérités, pourquoi Marine Le Pen ne gagnerait-elle pas en France?

Forcément, le parallèle est fait, et la capacité de Trump à prendre le contrôle effectif de la machinerie gouvernementale aux Etats-Unis tiendra lieu de campagne électorale pour Marine Le Pen. En réalité, ce qui se joue en France en 2017 commence aux Etats-Unis aujourd’hui. Pour le Front National, la réussite de Trump sera cruciale. Que Trump donne le sentiment de réussir d’ici mai 2017, et Marine Le Pen n’aura pas besoin de faire campagne pour remporter le scrutin. Qu’il se plante, et Marine Le Pen n’a plus aucune chance.

À quoi, parfois, tient le destin des peuples…

Une chose est sûre: la démocratie représentative entre dans une profonde mutation.

Comment peut-on être Français, musulman et pro-palestinien?

La révélation par l’Institut Montaigne d’un portrait-robot type du musulman français n’en a pas fini de faire couler l’encre et les commentaires. Ce portrait-robot soulève en tout cas une question majeure: celui de la cohérence des positions habituellement tenues par la communauté musulmane dans le conflit israélo-palestinien. D’une manière globale, nous assistons probablement à un retournement majeur des postures et des visions.

Le musulman face à Israël

Rappelons ici la doctrine arabo-musulmane classique sur la question israélienne. Une grande partie de l’antisionisme historique du monde arabe repose en effet sur l’idée qu’Israël est une exportation abusive au Proche-Orient du problème des réfugiés juifs européens en 1945.

Dans la charte de l’OLP, d’ailleurs, la présence juive n’était pas fondamentalement contestée par le mouvement palestinien, mais celui-ci plaidait pour la création d’un Etat unitaire laïque, où les Juifs auraient respecté les règles de l’Etat palestinien tout en disposant d’une liberté religieuse. Cette solution, présentée comme « terroriste » à l’époque par les partisans d’Israël, constituait le fondement possible d’une approche arabo-musulmane de la coexistence entre musulmans et non-musulmans.

Le monde arabe et la question des réfugiés

Au passage, un petit rappel sur les positions arabes vis-à-vis des réfugiés n’est pas inutile. En Europe, certains, comme le guignolesque et rassis Jean-Marie Cavada, adorent établir un parallèle entre les réfugiés appelés par Angela Merkel que nous serions méchants de refuser, et les réfugiés qui parcouraient nos routes en 1945, dont les survivants des camps d’extermination.

Ce parallèle est une fois de plus édifiant, puisqu’il montre combien l’Europe se culpabilise là où les victimes d’aujourd’hui n’avaient aucune culpabilité hier. Dans les années 30, en effet, les Palestiniens, pour des raisons qu’on ne jugera pas ici, se sont révoltés contre l’accueil sur leur territoire de Juifs européens persécutés. Le moins que l’on puisse dire est, qu’à cette époque, le monde arabe n’a eu aucun scrupule à s’opposer massivement et violemment à l’accueil de réfugiés européens sur son sol.

Si, comme Cavada et consors le revendiquent, nous devions nous inspirer des événements de 1945 pour traiter la question des réfugiés, c’est donc un mur de barbelés que nous devrions construire, et c’est une guerre que nous devrions déclarer…

Ajoutons que, si le monde arabe n’a pas eu beaucoup de tendresse pour les réfugiés juifs qui arrivaient en Palestine à cette époque, il n’en a guère eu beaucoup plus pour les réfugiés palestiniens qui se dispersaient dans les pays voisins. Les Syriens, que nous accueillons à tour de bras aujourd’hui, font d’ailleurs partie des peuples qui ont réservé le pire accueil aux Palestiniens en 1948, les admettant au compte-gouttes et les marginalisant de façon institutionnelle, y compris plus de soixante ans après leur arrivée.

Bien entendu, cela ne signifie pas que nous devons imiter le mauvais traitement réservé aux réfugiés par le monde arabe dans les années 40 et 50. Mais il faut simplement que les donneurs de leçon arrêtent de nous raconter des bobards sur notre prétendue malice contemporaine.

Que nous apprend le rejet des réfugiés par le monde arabe?

Lorsque les Palestiniens ont vu la communauté (le Yichouv) juive se gonfler jusqu’à constituer l’embryon d’un Etat indépendant, processus commencé avec les premières alyiah des années 1880 et achevé en 1948, ils ont (à bon droit dirait-on) réclamé de cette communauté un respect des règles locales. C’est précisément parce que la communauté juive de Palestine a entrepris, dès les années 20, des négociations avec les voisins arabes pour accéder à l’indépendance que les Palestiniens ont pris les armes.

Leur objectif était de défendre leur identité sur leur sol. Chacun, on le sait, a sa perception du sujet, et notamment sa perception de la légitimité historique de la communauté juive à créer un Etat religieux en Palestine. Il n’en reste pas moins que le combat palestinien a reposé sur l’idée que les nouveaux arrivants ne pouvaient abusivement changer les règles du jeu établis, et qu’ils devaient s’intégrer plutôt qu’imposer leurs règles.

C’est sur ce fondement que beaucoup d’Européens ont pris fait et cause pour le combat palestinien: sur l’idée qu’un arrivant doit s’intégrer aux règles indigènes et non les modifier abusivement. D’une certaine façon, le combat propalestinien est un combat en faveur de l’intégration des immigrés, y compris sur plusieurs générations.

Peut-on être pro-palestinien et porter le voile en Europe?

D’où la sidération lorsque ceux qui, en France, s’associent à la souffrance des Palestiniens et revendiquent une solution juste en Palestine, prennent aussi fait et cause, selon un insupportable deux poids deux mesures, pour des comportements en France qui sont à rebours de ceux qu’ils prônent pour les Juifs en Palestine.

Prenons l’exemple de la viande halal dans les cantines scolaires publiques. On peut imaginer que certains prônent aujourd’hui l’introduction d’une nourriture consacrée dans un établissement laïque. Mais, dans ce cas, on admet qu’on n’aime pas la laïcité, ou bien qu’elle dérange, et on ne défend pas la souffrance du peuple palestinien lors de l’arrivée des réfugiés juifs en Palestine.

Être pro-palestinien, c’est en effet revendiquer pour les peuples autochtones le droit à défendre leur identité et leurs valeurs, en les considérant par principe comme supérieures et légitimes par rapport à celles des nouveaux arrivants.

En France, nos valeurs depuis plusieurs siècles sont fondées sur des idées simples et pacifiques. En particulier, nous avons fait le choix (comme beaucoup d’autres pays européens d’ailleurs) de vivre dans des groupes où les appartenances religieuses ne sont pas affichées. Il en va de la paix publique que nous souhaitons préserver. C’est pourquoi nous sommes allergiques aux signes religieux ostentatoires pour les profanes.

Le fait que le gouvernement de Vichy ait imposé aux Juifs le port de l’étoile jaune continue aujourd’hui à constituer un traumatisme collectif. L’étoile jaune est le symbole de tout ce que nous, Français, détestons et détesterons longtemps encore: les distinctions ouvertes entre communautés, leur affichage collectif, institutionnel, dirait-on, la stigmatisation de l’autre sur des critères religieux.

Il est impressionnant de voir aujourd’hui que ce refus de la stigmatisation communautaire soit invoqué par les musulmans pour justifier son contraire. Porter le voile, ou la djellabah, dans le contexte que nous connaissons, signifie bien entendu le refus des valeurs françaises de discrétion sur l’appartenance religieuse. C’est une façon de revendiquer haut et fort ce que les Français de bonne volonté ont combattu en 1940, souvent au péril de leur vie. C’est une façon de défier les valeurs indigènes de tolérance religieuse, et c’est marquer sa préférence pour un changement des règles collectives où chacun se définira par son appartenance religieuse.

De cela, nous ne voulons pas. La concorde que nous connaissons nous va bien et nous ne souhaitons pas connaître l’obédience religieuse d’une femme lorsque nous la croisons dans la rue.

Il est d’ailleurs incompréhensible de voir que tous ceux qui exècrent (à juste titre) Vichy et sa discrimination raciale trouvent souvent des mots de sympathie pour des comportements, au sein de la communauté musulmane, qui sont à rebours de leur combat. Entre porter le voile et revendiquer l’étoile jaune, sur le fond, où est la différence de nature? Nous n’avons pas voulu l’étoile jaune, et nous avons eu raison. Je ne vois pas pourquoi nous voudrions le voile.

Attention à la dangereuse situation allemande

La situation allemande mérite d’être suivie avec attention, parce qu’elle présente désormais de véritables risques politiques systémiques.

Relative contre-performance de l’AFD à Berlin

Il ne faut pas se laisser abuser par la relative contre-performance de l’AFD aux élections régionales de Berlin. Le parti arrive 5è, après le SPD (23% au lieu de 28 au précédent scrutin), la CDU de Merkel, les Verts et Die Linke. Il totalise néanmoins 12,2%, ce qui n’est pas rien dans une ville très hostile, en principe, à cette idéologie.

Surtout, l’AFD peut se targuer d’avoir siphonné les voix des autres partis alternatifs. Les Verts sont en déclin, les Pirates disparaissent de l’assemblée (confirmant leur statut de parti de transition en période instable) et les Libéraux passent tout juste le seuil des 5% nécessaire pour obtenir des sièges. S’il n’y a pas eu de raz-de-marée AFD à Berlin, le parti confirme néanmoins son ancrage national et bénéficie désormais d’une représentation dans 10 régions sur 16.

Premières allusions de l’AFD au nazisme

Ces résultats sont suffisamment prometteurs pour que l’AFD commence à abattre ses cartes. Sa leader, Frauke Petry, a donné une interview au journal Welt an Sonntag, où elle pose la question du « Völkisch ».

En allemand, ce terme est synonyme de « national » au sens nazi du terme. Le slogan du nazisme a longtemps fait allusion à: « ein Reich, ein Volk, ein Führer », c’est-à-dire « un empire, une nation, un chef ». La notion du « völkisch », si elle n’est pas en elle-même nazie, s’est toutefois, avec l’histoire, chargée d’une dimension d’allusion au nazisme.

Frauke Petry n’a pas hésité à déclarer à la presse qu’il fallait changer l’image du « völkisch » et qu’il ne fallait pas y voir la connotation raciste qui lui est d’ordinaire attribuée. On suivra donc avec attention le destin de l’AFD et ses probables prochaines tentatives pour récupérer à son profit une vision doctrinale encore taboue en Allemagne, mais dont seuls les grands naïfs ont pu croire qu’elle était éradiquée.

Le nazisme et l’euro

Pour l’ensemble de l’Europe, la tournure des événements en Allemagne va devenir un problème sensible. L’AFD est notamment très hostile à l’euro, que les institutions bruxelloises défendent mordicus. Or la survie de l’euro se fait au prix d’une politique de taux négatifs qui épuise les épargnants et les retraités allemands. En outre, le système financier allemand sort exsangue de cette politique.

Les ingrédients commencent donc à se réunir pour un profond retournement de l’Allemagne vis-à-vis de la construction communautaire.