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Présidentielles: la chasse aux candidats est ouverte

Les élections présidentielles suscitent des vocations. À un an du scrutin, les candidatures pleuvent de façon de plus en plus impressionnante. Entre les candidatures annoncées, les candidatures possibles et les candidats en embuscade, le scrutin le plus important de la vie politique française se transforme en une sorte de corrida où le seul fait de se montrer en habit de lumière devient un enjeu en soi.

Ceux qui veulent et qui y vont

Dans la sphère des candidats, il y a d’abord ceux qui en rêvent et qui ont d’ores et déjà décidés d’y aller. À droite, on compte notamment Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. À gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est lui aussi déclaré. Cécile Duflot devrait ne pas tarder à en faire de même.

Tous ces braves gens ont bien compris qu’il valait mieux poser ses jalons avec que des esprits malins ne proposent d’organiser des primaires qui risqueraient de les bloquer.

Ceux que la primaire stimule

Pour les Républicains comme pour les Socialistes, se dresse l’obstacle de la primaire, qui est aussi un stimulant puissant. Plus de 10 candidats chez les Républicains se disputent le bout de gras derrière un trio officiel de tête: Juppé, Lemaire, Fillon. Le Parti Socialiste se déchire sur le même sujet.

Au passage, la droite porte avec elle un boulet majeur. Les candidats à la primaire sont en effet convaincus que le vainqueur de cet exercice interne, qui aura lieu en décembre, sera automatiquement le vainqueur de la présidentielle elle-même. Le calcul repose sur l’idée que François Hollande est carbonisé dans l’opinion, qu’il ne dispose d’aucun rival crédible à gauche, et que le scénario du 21 avril 2002 se reproduira: un second tour disputé entre Marine Le Pen et le candidat des Républicains, et un report automatique de voix de la gauche sur ce dernier.

Bref, cette perspective stimule les ambitions.

Ceux qui se tâtent encore

L’idée d’une carbonisation de François Hollande ne domine pas seulement la droite. Beaucoup de gens à gauche pensent la même chose et se verraient bien en candidat alternatif. C’est discrètement le cas de Manuel Valls, et de moins en moins discrètement d’Emmanuel Macron. Ira, ira pas? Ah! le plaisir des interminables supputations statistiques pour estimer ses chances de gagner ou de perdre…

Les mêmes calculs occupent les Montebourg, Hamon et autres seconds couteaux qui ouvrent quotidiennement des poulets pour connaître les intentions du destin.

Le triomphe de la politique spectacle

Le drame français réside probablement dans cette perception opportuniste du pouvoir. L’instauration du quinquennat a profondément renforcé le phénomène. Une candidature aux présidentielles ne répond pas à un appel vital de l’intérêt général. Elle est une étape dans un cursus, un moment de notoriété, d’affirmation politique où un parti, une personnalité, signale ses ambitions et espère glaner quelques sièges aux législatives qui suivent.

La Vè République a glissé dans une logique définitive de posture et de « communication ». Il ne faut pas s’intéresser à la nation, mais faire carrière en marquant sa présence.

Bref, là où la France a besoin de renouveau, elle ne trouve que de la régression.

Combien de Français ne seront pas candidats aux présidentielles?

Les présidentielles compteront bientôt plusieurs millions de candidats. On peut même se demander combien de Français feront le choix de ne pas se présenter. Il est bien loin le temps où la solennité de la fonction limitait les appétits.

Même Rama Yade y va

L’annonce la plus divertissante est tombée hier: Rama Yade sera candidate à la présidence de la République. Aucun observateur n’a été dupe: elle n’a aucun espoir de gagner, ni aucun espoir de quoi que ce soit d’autre. Se présenter à la présidentielle est simplement une façon d’exister, après avoir perdu tous ses mandats et tout soutien politique.

La candidature comme mode d’existence. Voilà qui en dit long sur l’estime que les candidats à la présidentielle porte à cette élection.

Macron ira-t-il?

Dans cet ordre d’idée, la candidature de Macron est la prochaine qui suscite le plus de débats. L’intéressé a d’ailleurs commencé à poser ses jalons: non, il n’est redevable de rien à François Hollande. Il est vrai que François Hollande l’a simplement propulsé comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, puis comme ministre de l’Économie. Ces coups de pouce anecdotiques ne méritent même pas d’être relevés.

Le plus amusant dans une candidature Macron reste quand même qu’elle grillerait le tour que Valls attend patiemment.

Hollande déjà enterré?

Évidemment, cet afflux de candidatures s’explique d’abord par le peu de chances qui est laissé à François Hollande dans le scrutin. Dans le genre, Le Monde en a remis une couche en publiant une interview où l’élimination du sortant dès le premier tour est au coeur du propos. François Hollande n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Il est le premier à avoir crié au loup et avoir avancé l’argument selon lequel un éparpillement des candidatures à gauche risquerait de le pénaliser pour accéder au second tour.

Marine Le Pen sur le segment anti-libéral

Le passage de François Hollande au laminoir à froid fera peut-être le jeu de Mélenchon. Si celui-ci était candidat, il trouverait sur son chemin une autre candidature anti-libérale de poids: celle de Marine Le Pen, annoncée au second tour, et héroïne de la lutte contre l’Europe qui déréglemente. Elle s’est fendue hier d’une déclaration hostile au marché unique du rail, qui obligera la France à renoncer au monopole de la SNCF.

« Imperturbablement, en dépit de ses échecs répétés et au mépris des oppositions démocratiques, l’Union européenne poursuit son travail de destruction de nos services publics« , écrit Mme Le Pen.

Pour elle, l’ouverture à la concurrence du rail domestique « va inévitablement priver la SNCF de parts de marché sur ses lignes les plus rentables, affaiblir sa santé financière et donc mettre en péril ses autres activités. C’est toute la logique du service public qui est ici cassée » d’après l’eurodéputée.

Marine Le Pen au secours de Guillaume Pépy et de la CGT: nous vivons décidément une époque étonnante.

Trop de candidatures pour qu’il y ait moins de candidats

Face à cette constellation de candidatures dont le seul objectif est de s’assurer une exposition médiatique durant le temps de la campagne, le Conseil Constitutionnel vient de valider les contre-feux allumés par les partis de gouvernement, et singulièrement par le Parti Socialiste et les Républicains. Dans sa décision relative à la loi organique de modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle, le Conseil a approuvé le remplacement du principe d’égalité de traitement des candidats avant le début officiel de la campagne par le principe d’équité, tenant compte de la représentativité de chaque candidat:

le troisième alinéa précise que le critère de la représentativité des candidats s’apprécie « en particulier, en fonction des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou par les partis et groupements politiques qui les soutiennent et en fonction des indications de sondages d’opinion » (…)

le législateur organique a, d’une part, entendu favoriser, dans l’intérêt des citoyens, la clarté du débat électoral (…)

Favoriser l’expression des candidats ayant obtenu de gros scores aux précédentes élections, ou ceux qui ont la meilleure opinion dans les sondages: voilà une règle qui va permettre de renouveler la vie politique française au moment où elle en a le plus besoin.

Tout le monde a bien compris la stratégie des partis de gouvernement face à l’atomisation de la vie politique: pousser celle-ci à son maximum, et se réserver la part de gâteau dans les médias pour laminer plus facilement les « petits candidats ».

Bref, tout se met en place pour que la présidentielle ne soit plus un moment de la démocratie, mais une simple formalité médiatique avec des figurants et deux ou trois acteurs principaux qui joueront leur rôle juste pendant le temps de la campagne électorale.